‹ Traité sur l'aliénation mentale et sur les hospices des aliénésChapitre 38 sur 39 · L'NE · texte numérisé non relu

L'NE

pendant son état de folie, et dit que la frayeur qu'il ressentit lorsqu'il fut tourné, surpasse tout cequ'il a éprouvé en ce genre: mais 11 ajoute qu'il a senti manifestement revenir son goût pour les alimens quelques heur:s après cette expérience, et que ce n’est nullement la frayeur qui l’a déterminé à prendre des nourritures.

Ce changement n’est pas toujours aussi sensible : quelquefois le malade persiste dans le même refus. ; Van Laer, agé de 50 ans, atteint de manie périodique, refuse de manger. On l’expose à la ro= tation, pendant vingt minutes, sans la moindre altération au physique ni au moral. Îl reste opiniâtre dans son refus de manger. Le le:demain. 19 Fevrier, on répète l’opération sans le moindre succès. Le 20, mème insensibilité, même refus; le 21, répétition sans succès; le 22, on observe se il ment chez le malade, qu'il se soumet avec répugnancs à l’action de ce moyen; le 13, on force le malade de prendre de la nourriture au moyen d’un biberon. Comme moyen de répression proprement dit, la rotation sera très avantageuse. J'en ai vu un exemple curieux; le voici : RTR Goossens, individu dont nous avons encore parle ,agé de 52 ans, monomaniaque depuis deux ans, s’infatue de l’idée que sa femme en a voulu aux jours de leurs enfans, De temps en temps , il est d’une humeur insupportable, et s’en prend à tout ce qui l’entoure. Le 17 Juin 1824, il est en querelle avee tout le monde. Porté dans le fau- Bb 4 teuil,

( 592 ) teuil, on le tourne pendant neuf minutes. Sa fi gure pâlit, et il a des vomissemens abondans. Transporté dans son lit, il fait un sommeil de six heures. Jamais, peut-être, changement au moral ne fut plus sensible, Groossens , qui est l’homme le plus sombre, le plus emporté, et le plus indocile de l'institut, est devenu doux, ‘et d’une affabilité prévenante : avant cette expérience il ‘était paresseux, et maintenant il ne cesse de se mettre dans les bonnes graces des gardiens, par ses soins et ses prévenances continuelles. L’idée dominante du délire persiste toujours; mais j'ai le pressentiment que, si des circonstances indépendantes dé ma volonté ne m'eussent empôché de faire des expériences ultérieures sur cet homme, il aurait récupéré la raison par ce moyen. DURE Schneider (1) prétend, pour augmenter l’efficacité de ce moyen, quand on l’emploie comme agent de répression, qu'il est très avantageux de soumettre l'aliéné à cette opération dans un endroit sombre, écarté, et privé de la lumière du jour; par là , dit Schneider, on ajoute à la terreur que la ‘rotation inspire toujours aux aliénés. Done, ce moyen: n’agit par sur le moral, par le sens de la vue:: aussi, le trouble qu’il provoque ne derive t'il pas d’un trouble de la circulation , puisqu'il est en rai= son de la sensibilité de celui qu’on y expose? : Voici des cas où les succès de ce moyen furent assez satisfaisans. SDL CAL + pl *(a) Heilmit, S. 108.

NH... ecclésiastique, agé de 70 ans, d’un tèm= pérament nerveux, jouissant d’une excellente san té, ct d’une force physique et morale nullement en rapport avec son age avancé ; entre à l’hospice des hommes aliénés de Gand, le 8 Fevrier 1824. Il est en état de manie , et la cause occasionnele du mal parait être une vive frayeur. Cet homme, à l’age de trente ans , était devenu aliéné , et n’âvait recouvré la raison qu'après dix années de séjour dans un hospice de fous. À 65 ans, il fut, pour la seconde fois, pris: de manie; mais, en quatre semaines de temps, il revint à Ja raison. A son ‘entrée dans l’institut, le 8 Février 1824, il était en état de manie furieuse, On se vit forcé de l’enfermer dans une cellule destinée à loger ces sortes de malades. Pendant huit jours consécutifs, on ne remarqua pas la moindre diminution dans les symptômes. : Le 17 Février, il fut placé dans le fauteuil rotatoire ; mais à peine s’y trouva-t=il, qu’il ferma les yeux. Après avoir continué l'opération pendant dix minutes, le malade ne parlait plus; la tête lui tombait sur la poitrine, et il était presque sans connaissance, Comme il n’avait point été à selle depuis six Jours, On saisit cette occasion pour lui donner un lavement. Après six heures de sommeil il eut des selles abondantes. Le malade était plus tranquille. Vers le soir, l’agitation augmenta. Le 18, rotation pendant cinq minutes. Le malade tomba sans connaissance. Son pouls ne donna, . tout au plus, que cinquante pulsations par minute. Revenu à lui-mème, l’aliéné resta assez tranquille

Bb 5 pen-

( 394 ) pendant la plus grande partie du jour. Le lendemain 19, il n'était pas du tout furieux. Le 20, ca= ractère primitif du délire. Le 21, le malade était

tranquille. Le 22, accès maniaque: on remarqua que le délire avait pris un caractère intermittent.

Rotation pendant quatre minutes: le malade témoigne un grand désir qu’on le sorte du fauteuil. On arrête subitement la rotation, et il en ressent, à son dire, un sentiment très pénible. On le porte dans son lit, et il y repose tranquillement. Les accès de manie furieuse avaient disparu; il ne res-

tait, au malade, qu’un langage versatile, mais pas.

absolument incohérent. Il demanda de l’encre et du papier, disant qu'il voulait faire des vers. Je

connaissais sa passion pour la poésie, et lui ac-. cordai sa demande. Il passa trois à quatre jours à écrire des phrases incohérentés ; mais finalement. d'excellens vers sortirent de sa plume. Ce fut le:

signal de son rétablissement. , Après trente jours de convalescence, il sortit de l’hospice parfaitement

raisonnable. | | Je me saurais cependant considérer ce cas

comme une cure parfaite: j'apprends actuellement.

que ce malade a derechef l'esprit troublé, et il n'y a que deux mois qu'il a quitté Phospice.

Joseph de Jonghe, agé de trente ans, tempéra-

ment sanguin-lymphatique , crâne régulier, se.

trouve, depuis trois ans, à l’hospice de hommes aliénés

de Gand. Il est atteint d’une aliénation mentale. qui participe du caractère de la manie et de celui. de la démence. Il est, en quelque sorte, sans

idées »

idées, mais turbulent et parfois très dangereux pañ ses manières brutales, à tel point qu’on est souvent foreén de l’enfermer pendant deux à trois mois consécutifs. Le 22 Novembre 1824, on l’expose à l’action rotatoire pendant douze minutes. Vomissement abondant, pâleur de la face, selles co pieuses, ralentissement du pouls, débilité musculaire. Le changement au moral fut marquant; le malade devint paisible; ils’occupa des travaux de la maison et parvint, en. peu de temps, à un rétablissement parfait. Lors de cette expérience, cet homme en avait gagné une frayeur si vive, qu'il fit les plus grandes instances pour ne plus devoir y Être soumis, et comme son moral s’améliorait, de jour en jour, je crus convenable d’accéder: à sa demande.

Dans un seul cas, j’ai cru observer que le: mouvement rotatoire, loin de produire des effets avan tageux, a fait, au contraire, empirer l’état du malade, Voici le fait. /

P. S. Srophuleux, tempérament lymipathique, crâne mal conformé, se trouve depuis, un an à l'institut des hommes aliénés à Gand. fl est paralytique du côté gauche, et porte une tumeur enkystée considérable à la joue droite. Il est atteint de manie, et offre dans son délire, comme caractère dominant, une obstination à ne pas vouloir répondre aux questions qui lui sont faites. Le 5 Novembre 1824, on le porte dans le fauteul rotatoire, ‘et. après ÿ avoir été exposé pendant seize minutes, le vomissement a lieu, et il

épro u—

éprouve une prostration musculaire considérable,

Le lendemain de cette expérience, on s’aperçut

que le malade était moins remuant que de coutu-

me; mais on observa, en même temps, que l’intelligence avait subi un affaissement considérable.

Cetindividu est resté, jusqu’à ce moment, dans. un

état voisin de la démence.

Cox prétend que la rotation a une influence

salutaire sur les aliénés épileptiques. Il veut qu’elle rende les accès de cette maladie plus rares, et moins violens. Je n’ai point observé cette influence bienfaisante.

« Cox veut encore que ce moyen soit très efficace dans laliénation mentale par suppression des men-. strues. Les cas qui suivent ,.et que je rapporie ICE très sommairement, laissent voir les résultats que. ce praticien a obtenus de la machine rotatoire, dans le désordre intellectuel.

-x3% Uu homme d’un tempérament atrabilaire:

agé de 34 ans, devient aliéné à la suite de fortes contentions d’esprit. Sa folie est caractérisée par un état d’insensibilité, et un défaut total de locomotion. On le: porte dans a machine rotatoire. Il se plaint, pendant l’opération, de sensations très desagréa-: bles, et fait les plus vives. instances pour qu'on cesse le mouvement. Mis hors du fauteuil, il avait des vertiges et des nausées. -L’abattement musculaire était assez considérables la face était défaite, et le pouls bat-:

tait avec moins de vitesse que de coutume. :

Le

Le malade eut un sommeil de trois heures, A son réveil il n’offrit aucun changement au moral. Le lendemain on eut encore recours à la rotation. (Cette fois, le malade vomit.

Il eut un sommeil de six heures: purgatif.

de calomel , bon air et nourriture substantielle. Le malade devient docile ; l’état sombre de son esprit se dissipe, et il suffit, dans la suite, de parler seulement de la rotation, pour lui faire abjurer son entètement. |

M.....,agé de quarante ans, perd l'esprit à la suite d’un chagrin profond. Il est turbulent, et se perd en invectives contre les moyens de répression qu’on emploie pour le contenir, Rotation, pâleur de la face; écoulement involontaire de l’urine. Le malade sup— plie pour qu’on. cesse le mouvement. Vomissement, abattement, sommeil de deux heures. A son réveil, le malade est tranquille et bien dispos. Bientôt, par l’usage d’une diète substantielle, il. recouvre la raison. |

M... , agé de vingt-six ans, habitué à une vie déréglée , après avoir été attaqué d’une maladie inflammatoire avec délire, est atteint d’une altération d’esprit, à la moindre ingestion d’une boiïsson forte. La folie se porte sur un seul objet, et le malade reste dans cet état pendant six mois. Rotation: frayeur, vertiges ; éyacuations involontaires.; Le ma-

la-

lade devient plus paisible, mais ne guérit point. | | M....., agé de vingt-deux ans, d’un tempérament Sanguin, est atteint de manie furieuse, Sans cause connue, après avoir mené une vie dissipée. On le soumet à la rotation; mais ce moyen ne le guérit point; il le rend seulement plus docile.

Mad. .., agée de vingt-cinq ans, d’un tempérament délicat et sensible, est atteinte de phthysie: une manie se déclare, dans le cours de cette maladie, et en fait cesser les progrès. Après avoir essayé différens moyens , on eut recours à la rotation horizontale, D'abord, la malade y fut exposée, pendant dix minutes, et s’y soumit avec répugnance.

On continua les jours suivans , en prolon-

geant, chaque fois, la durée du mouvement

rotatoire. Des nausées se déclarèrent: la face était pâle, et la malade avait l'aspect très

cffrayé. On persista dans l’emploi de ce

moyen , et bientôt il produisit, en moins de cinq minutes, les altérations au physique et au moral qui sont propres à son action.

Les progrès vers le rétablissement furent rapides ; la malade guérit complètement, et n’éprouva plus la moindre rechute de sa maladie de poitrine.

6°. M....., agé de vingt-deux ans, homme som-

bre, taciturne, après s'être adonné à la méditation des doctrines religieuses est atteint

teint de mélancolie avec propension au suï-

‘ide. Le malade se fait une plaie grave, et

refuse de prendre des alimens. On eut recours au mouvement rotatoire horizontal.

L'aliéné en éprouve d’abord de la frayeur; des nausées et des vomissemens eurent lieu. Son caractère sombre et opiniâtre n’en fut point amélioré. Répétition du mouvement rotatoire. Pendant l’opéra-

tion le malade promit d’être plus docile. On

le mit au lit, et il eut un sommeil de plusieurs heures. À son réveil, il refusa toujours de prendre des alimens ; on lui parle de la rotation de la veille, et il obeit en mangeant les alimens qui lui furent offerts. On Flexpose encore, à deux ou trois reprises à la rotation , et il se rétablit parfaitement bien.

ML. ...., agé de vingt-cinq ans, devient maniaque sans cause manifeste. On le soumet à la rotation, mais on ne peut en obtenir qu’un bien-être momentané. Le malade en est fortement effrayé; le délire reste dans

le même état.

Mad..., agée de dix-huit ans, d’un tempérament sanguin, est sujette à des maladies de poitrine; d’une constitution maigre et hectique, irrégulièrement menstruée, elle devient triste, abattue et à la fin complète-

“ment ahénée, sans cause apparente. Dans le

principe du mal, l’aliénation mentale ne fut qu'in-

qu'intermittente; mais à la fin, elle devint continue Après avoir essayé différens moyens, On eut recours à la rotation horizontale. Pendant l'opération, le pouls prenait de l'accélération, la respiration était plus fréquente. On mit la malade dans une position plus droite, et le pouls devint plus lents Ja figure pâlit. En arrêtant subitement le mouvement rotatoire, on provoqua fortement l’attention dé la malade. Conduite au lit, elle eut un sommeil de plusieurs heures. Sa peau était sèche. Le moral n’avait subi, à son réveil, aucune amélioration. On reprit les mêmes expériences, et, en cinq minutes de temps, le pouls s’abaissa; Ja respiration devint difficiles des nausées eurent lieu ; une espèce de salivation s'établit, et l'attention de la malade en devint plus soutenue. L’amélioration au moral n'eut lieu que pendant la rotation ; maïs après quelques répétitions, on observa plus d’ordre dans les idées. L’aliénée redoutait toujours, de plus en plus, d’être exposée à l’action de ce moyen. A la fin , le flux menstruel se fit voir, et l’intelligence éprouva des changemens tellement remarquables, que la malade récupera, en peu de temps, toute sa raison.

Horn (1) rapporte le cas d’un aliéné guéri par

le

(1) Voyez Archiv. 1813,

le mouvement rotatoire. Un prédicateur issu de parens aliénés, agé de 52 ans, ayant perdu la raison depuis nombre d'années, offrit tous les symptômes d’une manie furieuse, On mit en usage ioutes sortes de moyens, mais sans succès. Horn exposa le malade à l’action de la machine rotetoire, et l'esprit récupera son exercice naturel.

Voilà: du moins ce que lon peut dire, dans l'état actuel de la science, à légard de Putilité de ce moyen dans l’aliénation mentale. En faisant voir ici les principales indications et contre-indications de la rotation, je ne prétends nullement établir ‘des règles fixes et invariables : c’est un résultat des expériences des auteurs et de celles qui me sont propres. Le raisonnement ne peut s’établir: qu'après l'exposition des faits: c’est en accumulant un graud nombre d'expériences qu’on peut seulement parvenir à des données sûres. Trop souvent, une pratique contraire à lieu; un seul fait, une seule réussite, monte l'esprit de celui qui en est l'observateur, et dans cet instant même, son enthousiasme le porie par la force de son raisonnement à mouler tout ce qu’il voit, dans la suite, sur les faits qu'ils a crus dignes de sa méditation. Ce sont ces motifs qui m'ont déterminé à penser, que ce ne sera, qu'avec de la patience, et en accumulant un nombre considérable de ré gultats observés dans des circonstances diverses, qu'on parviendra à déterminer, avec précision, les avantages que procure, dans l’aliénation mentale,

Ce le

TS

le mouvement rotatoire , et les cas où il n’est que} nuisible.

Si nous passons au resumé des expériences que} nous venons de rapporter, nous obtenons pour À résultat : 04

que des huit faits rapportés par Cox, il y en a trois où le mouvement rotatoire a produit des ré= sultats avantageux comme moyen de répression, et un égal nombre de guérisons. Dans un seul cas, il. ue se fit voir qu'une amélioration dans Pétat moral du malade, et, dans un autre, Pexpétience fut faite sans suecbs: titi

que des treize expériences dont je viens de donner le détail, j’obtins ; trois gnérisons complètes ; deux cas de cessation d’aceès maniaques:; trois où la rotation produisit d’excellens effets comme moven de répression ; quatre où le succès fut nul, et uu seul où la rotation fut nuisible,

Conclusion.

1°. Le mouvement rotatoire est donc un moyen qui promet des avantages dans le désordre intellectuel.

2°. J1 provoque l'atténtion de celui qu’on y expose.

5% La débiité qui suit son action: n’est, au

rapport des auteurs, que momentanée, et

ne produit pas de résultats facheux. Une

seule fois j'observai nne exception 1à cette

regle, |

4%. Par

4°. Par rapport aux sensations désagréables qu'il cause, le mouvement rotatoire est un moyen de coercition efficace.

5°. Dans quelques cas, il agit sur le moral comme moyen curatif, produit souvent le sommeil et le repos du corps. Il est utile pour exciter le vomissement, en cas que les émétiques soient sans effet sur l'estomac. Le traducteur allemand de l’ouvrage de Cox cite un cas de cette nature.

6°. Le mouvement rotatoire est inutile dans la folie par vice organique et dans celle avec grande insensibilité.

7°. Il sera éloigné, dans l’aliénation mentale avec propension à l’apoplexie.

8°, La rotation exige de la prudence dans le délire avec pléthore.

9°. Il faut une circonspection sans bornes avec ce moyen dans l’aliénation mentale compliquée de phthisie (1), quoique Cox en ait éprouvé de bons effets dans cette complication.

10% L'application de ce moyen ne sera jamais permise qu'en présence d'un médecin.

11°. L'usage en parait principalement utile avant l’explosion des accès maniaques, et dans la manie périodique.

| 12°. Ce RE EPS D ot TRES PEER RERO

OR: C: sens

12°, Ce moyen promet des avantages dans la monomanie, avec paresse et nonchalance,

15° Il convient également, dans l’aliénation mentale avec propension au suicide.

14°. On dit que la rotation est un bon moyen dans la manie avec épilepsie.

La table des matières paraitra à la fin du second Volumes |

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