‹ Traité sur l'art de restaurer les difformités de la face, selon la méthode francaise par déplacement, ou méthode française [et] Atlas de 30 planches representant 120 figuresChapitre 2 sur 59 · AVIS · texte numérisé non relu

AVIS

J’engage le Lecteur à commencer l’étude de cet ouvrage par l’examen des planches ; il en saisira bien plus facilement l’esprit et les détails. Comme ce travail roule sur une idée-mère qui se reproduit à chaque instant , il convient de connaître d’avance l’ensemble des faits qui en font la base.

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AVANT-PROPOS

L’ouvrage que je soumets au jugement du public est le fruit de huit années de recherches et de pratique. A peine avais-je terminé mon Traité de la réunion immédiate , que , voyant que les travaux que nous possédions sur les restaurations de la face étaient fort incomplets, je crus devoir me livrer d’une manière spéciale à l’étude de cette branche de la chirurgie. C’est alors surtout que je pus me convaincre que ce que l’on avait écrit sur l’autoplastie, tant en France qu’à l’étranger, élait loin de constituer un tout homogène, suscep-

AVAM-PKOVOS.

lible do former un corps de doctrine, et que j’éprouvai bien plus encore le désir de réaliser le projet que j’avais conçu.

Depuis cette époque , la science s’est enrichie , il est vrai , de quelques ouvrages qui n’ont pas peu contribué à éclairer cette partie importante de l’art de guérir. De ce nombre sont ceux de MM. Dieffenbacli , Labat, Blandin et Zeis. Ce n’est pas tout: les traités de chirurgie les plus modernes contiennent des articles spéciaux sur la chirurgie plastique ; il n’est même pas un journal récent où l’on ne trouve quelques observations relatives à ce sujet. Mais ce que l’on ne voit nulle part, ce que, du moins, j’ai vainement cherché jusqu’ici , c’est le lien à la faveur duquel on puisse embrasser tous les faits, et en déduire une série de corollaires qui servent de guide aux praticiens.

A VAiVr- PROPOS. vil

Aussi, quoique plein d’estime pour M. le professeur Velpeau , je ne saurais partager son opinion , lorsque , parlant de l’art de restaurer les lèvres, il dit: « Le chirurgien doit deviner plutôt qu’apprendre la chéiloplastie : c’est une opération qui ne peut guère être soumise à des règles de détail , et qu’il faut modifier presque aussi souvent qu’on la pratique (i). »

Quant à moi , il me semble , au contraire, que quelque insolite que paraisse au premier abord la chéiloplastie , cette opération est néanmoins susceptible d’être réduite à un certain nombre de principes qui en facilitent beaucoup l’exécution. Ce que je dis de la chéiloplastie s’applique à toutes les restaurations de la face , et doit même , si je ne

(1) Mcdeciiic opératoire, tom. pag. 6G1, 2 cdilion.

AVANT-PROPOS

me trompe, avoir quelque influence sur les progrès de l’autoplastie.

Alors que, dans les traités de chirurgie les plus modernes, les modes opératoires que l’on propose varient à l’infini, le travail que je publie a l’avantage de les rapporter tous à une seule et même méthode , et de mettre ainsi cette partie de la médecine opératoire à la portée de la plupart des chirurgiens.

Mais je m’empresse de le proclamer : je n’entends parler ici , ni de la méthode italienne , ni de la méthode indienne ; l’une et l’autre de ces deux méthodes ont fait leur temps , et doivent désormais le céder à celle que je préconise , et que je nomme méthode par déplacement ou méthode française.

En signalant la supériorité de cette nouvelle manière d’opérer , je suis loin de prétendre en être l’inventeur; peut-être ce-

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pendant ai-je su mieux que tout autre en apprécier l’utilité, et parviendrai-je un jour à la populariser, en mettant en relief les avantages qu’elle présente. L’importance que j’attache à cette méthode n’est pas, d’ailleurs, l’effet d’une idée préconçue ou de quelques essais tentés légèrement sur le cadavre ; c’est le résultat d’une expérience que des travaux assidus et consciencieux m’ont donnée dans l’exercice de cette branche de la chirurgie , et d’une infinité d’opérations de ce genre que ma position à la tête de l’un des premiers hôpitaux de France m’a permis de pratL quer(i).

(1) Tous les dessins originaux qui ont servi à la formation de Tatlas , ont été exécutés par M. Alquié , alors chirurgien interne à l’hôpital Saint-Eloi, aujourd’hui agrégé à la faculté de médecine. Puisse-t-il réaliser un jour les espérances que son intelligence et son amour pour 1 étude m’ont fait concevoir sur son compte !

AVANT-PROrOS.

Aq reste, les principes sur lesquels repose cet ouvrage , sont déjà connus de bien des praticiens : outre que j’en ai souvent entretenu l’Académie royale de médecine de Paris , il ne s’est presque pas écoulé de jour depuis que j’occupe la chaire de Delpech, sans que je n’en aie fait le texte de mes leçons. Je pourrais , au besoin , invoquer le témoignage de plusieurs médecins français et étrangers, auxquels j’ai communiqué, à diverses époques, ce que mes nombreuses recherches sur la chirurgie plastique m’ont appris à cet égard. Chacun concevra dès -lors comment mes idées ont dû se répandre peu à peu dans le monde chirurgical , et tomber jusqu’à un certain point dans le domaine public. Qu’il me soit donc permis de les revendiquer à mesure que l’occasion se présentera.

Je n’ai qu’un mot à ajouter en faveur de

AVANT-PROPOS

l’autoplastie faciale : quelques personnes peu familiarisées, sans doute, avec les ressources que lui doit l’art de guérir , ou peut-être douées de trop peu de dextérité pour la mettre en pratique , ont affecté de ne voir dans les restaurations de la face qu’une affaire de pure coquetterie , et n’ont pas craint d’avancer que le remède était pire que le mal : or, je déclare, par anticipation , que parmi plus de cent cinquante opérations d’autoplastie que j’ai été dans le cas de faire, je n’ai perdu jusqu’à présent qu’un seul malade; encore même sa mort fut-elle due à un accident dont il sera question en temps et lieu. J’en appelle à tous les Elèves qui ont suivi ma clinique à l’Hôtel-Dieu de Montpellier.

L’autoplastie faciale n’a pas seulement pour but de corriger des difformités : la chéiloplastie , par exemple , ne rend-elle pas aux

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malades que l’on opère la faculté de retenir la salive et de savourer les aliments? La blépharoplastie ne sert-elle pas à conserver des yeux depuis long-temps enflammés et couverts d’ulcérations, par le fait seul de la privation des paupières , et du contact continuel de la lumière? Enfin , la rhinoplastie ne favorise -t- elle pas l’olfaction, soit en dirigeant les molécules odorantes vers la partie supérieure des fosses nasales , soit en empêchant que le contact trop direct de l’air ne dessèche la membrane pituitaire?

Ces vérités seront encore bien mieux senties , si , abandonnant pour un instant ce qui a rapport aux restaurations de la face, nous embrassons dans son entier le champ de la chirurgie plastique. Ainsi, dans un cas de perte de substance du canal de l’urètre, Earle et A. Cooper empruntent une portion

AVANT-PROVOS.

(le peau au scrotum , et rétablissent par ce moyen le cours naturel des urines. Plus tard, M. Jobert applique l’autoplastie à la cure des fistules vésico -vaginales, et parvient à triompher d’une maladie jusqu’alors réputée incurable. De leur côté , MM. Jameson de Baltimore et Gerdy tentent de guérir radicalement les hernies, en refoulant les téguments dans l’ouverture herniaire , et nous font entrevoir l’espoir d’arriver un jour à ce résultat. Enfin , l’oschéoplastie , employée d’abord avec succès par MM. Larrey, Roux et Delpech , et remise en pratique à Alexandrie et au Grand- Caire par M. Clot-Bey, ne montre-t-elle pas que la chirurgie plastique, à peine connue il y a vingt ans , est aujourd’hui cultivée avec fruit sur tous les points du globe?

Indépendamment des avantages qu’offre

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celle branche de la médecine opératoire, et des perfectionnements nombreux qu’elle a subis dans ces derniers temps , ce qu’il importe de constater ; un sentiment d’amourpropre national , que je ne chercherai point à dissimuler, aurait dû seul me déterminer à publier cet ouvrage : j’avais à cœur de prouver , contrairement aux assertions de MM. Zeis et Phillips , qu’en fait d’autoplastie faciale , la France n’a rien à envier même à l’Allemagne.

TRAITÉ

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