‹ Traité sur l'art de restaurer les difformités de la face, selon la méthode francaise par déplacement, ou méthode française [et] Atlas de 30 planches representant 120 figuresChapitre 3 sur 59 · RECHERCHES HISTORIQUES · texte numérisé non relu

RECHERCHES HISTORIQUES

Medicina non humani ingenii partus sed temporis fdia. ’

BAGHTI.

L’Art de restaurer les difformités de la face remonte aux temps les plus reculés, et semble avoir pns naissance dans les pays où les lois autorisaient à nétrir les criminels en leur mutilant la figure ;

RECOERCHES

c’est , en effet , dans l’Inde que la rbinoplastie a été pratiquée pour la première fois d’une manière régulière et avec succès. Au dire même des hommes qui se sont livrés, à ce sujet, à de longues et laborieuses recherches , les prêtres indiens qui exerçaient cette branche de l’art de guérir, ne se bornaient pas à corriger les difformités du nez : ils savaient aussi restaurer les autres parties du corps.

Si leurs travaux eussent été connus des anciens , l’autoplastie , pour parler le langage du jour, ne fût peut-être pas restée aussi long-temps dans l’enfance (1); toutefois, il faut en convenir, les écrits de Celse et de Galien contiennent un article spécial ,

(l) Malgré ce que l’on a dit sur la valeur respective des mots ente animale, greffe animale, anaplastie , morwplastie, organoplastie , etc... le mot autoplastie, employé par M. Blandin et reçu en France, est celui dont je me servirai plus volontiers comme terme générique. Ce mot , pris dans le sens de son étymologie grecque , n’est pas rigoureusement exact, j’en conviens; mais il est consacré par l’usage, et c’est déjà beaucoup. N’y aurait-il pas, d’ailleurs , quelque chose à objecter sous le même rapport , relativement au mot chirurgie plastique dont se sert M. Zeis ? En définitive , les mots n’ont jamais que la valeur qu’on veut bien leur donner : il suffit donc de s’entendre.

niSToniouES.

consacré à la restauration des parties qui mauqucuit ou qui ont été détruites. Mais ce n’est pas à la faveur de la peau du front, comme dans la méthode indienne, que Celse conseille de corriger les difformités de la face ; c’est à l’aide des téguments qui touchent à la perte de substance qu’il importe de réparer. Cet auteur ajoute môme , en faisant allusion à la chéiloplastie , que si on a la précaution de pratiquer de longues incisions verticales près des oreilles, il est beaucoup plus facile de ramener la peau vers la ligne médiane (1).

(1) Cuvta igitur in his tribus , ac si qua parva paria sunt , curari possunt; si qua majora surit, aut non recipiunt ciiralioneni , aut ità per hanc ipsam deformanlur , ut tniniis indecora aniè fuermt. Âtque in aure quidem et naribus deformitas sola timen potest : in labris verà si nimiùm contracta sunt , usûs quoque necessarià jactura fit , quia minus facilè et cibus assimitur, et sermo explicatur. Neque enim creatur ibi corpus, sed ex vicino adducitur : quod in Icvi mutilalione , et nihil eripere , et fullere oculum potest ; tn magnâ non potest.... id quod curtum est, in quadratum dmqcre oportet , ab interioribus ejus angulis lineas transversas incidere, quæ citeriorem partem ab ulteriore ex toto diducant. Derndè ea quæ sic reposuimus, in unum adducere Si non salis junguntur . ultra lineas quas antè fecimus] allas duas lunatas et ad plagam conversas immütere quibu ’s summa tantum cutis diducalur : sic enim fit, ut faciUàs

REf.HEnaiES

C’en était assurément assez pour ouvrir la voie et donner un grand essor à la chirurgie plastique ; car cette idée de Celse, quoique très-incomplète, renferme en partie le germe de tout ce que l’on a dit et fait de mieux jusqu’ici sur l’autoplastie faciale. Mais , comme le fait observer avec raison mon honorable collègue et ami le professeur Blandin , l’esprit humain est toujours et partout le même. Son but est le progrès, mais sa marche est le plus souvent saccadée et irrégulière. Ici , une idée nouvelle le pousse en avant , et lui fait franchir d’un

quod adducitur , sequi possit. Quod nonvi coqendmn est, sed ilà adducendum, ut ex facili suhsequatur , et dimissum non niultùni recédai. Hujusmodi loci altéra pars incidenda, altéra intacta habenda est. Ergo neque ex imis naribus, neque ex medio naso , imisve nariuni partibus, neque ex angulis labrorun quidquam attrahere tentabimus : ntrinquè autem petemus , si quidsummis naribus. si quid imis, si quid aut medio naso , aut mediis naribus , aut mediis labrts décrit, etc. (Celse, de re medicâ, lib. vu. sect. ix, pag. 320.) (Edit, de Fouquier et Ratier 1823).

Tout en rendant justice à Celse , il est cependant facile de voir que ce passage laisse beaucoup à désirer : Louis, qui plus tard a été dans le cas de le commenter , en a tiré des conclusions presque contraires à celles que 1 on voudrait en déduire aujourd’hui.

IirSTOJRIQCES.

seul bond un espace dont l’étendue étonne; là, au contraire , il s’arrête tout-à-coup , et comme épuisé de l’effort qu’il vient de faire , il se repose et reste stationnaire. Quelquefois, à une autre époque, il détruit lui-même ce qu’il a si laborieusement enfanté, et recule de tout l’espace qu’il avait parcouru (1). C’est là précisément ce qui a eu lieu pour l’auloplastie.

En effet, à en juger par ce que dit Celse, on serait tenté de penser que les auteurs qui l’ont suivi , ont dû marcher sur ses traces , et sinon perfectionner , au moins adopter le mode opératoire dont il fait mention. Il n’en est pas cependant ainsi. A la vérité , Paul d’Egine (2) et quelques-uns de ceux qui sont venus après lui en parlent dans certains passages , mais en des termes si laconiques, qu’il faut nécessairement admettre qu’ils ont com-

(1) Autoplastie, thèse de concours 1836 , pag. 10.

(2) Curta in auribus cmt labris, colobomata grœcivocant, hue ralione curanlur : j>rimùm cutis ab inferiori parte solvitur; mox orœ vulnerum contrahuntur , ac id quod in callum coaluü, aufertur. Dein suturœ illis injici debent, et comjlulinantia. (Pauli yEginetæ medici opéra , édition de hyon, 1331, liv. VI, ch. xxx, pag. 379.)

BECHEUCnES

plétement méconnu la valeur des préceptes donnés par le médecin de Rome.

Ce n’est guère que vers le milieu du xv® siècle que l’attention des chirurgiens fut de nouveau rappelée vers l’étude des restaurations de la face , par les opérations de rhinoplastie que faisait a cette époque un Sicilien nommé Branca , non pas d’après la méthode indienne, mais en empruntant un lambeau aux téguments de la face antérieure du hras. Or, c’est en cela que je trouve que la chirurgie plastique fit à cette époque un pas rétrograde , et recula de tout l’espace qu’elle avait parcouru depuis son origine , surtout depuis les travaux de Celse.

A quoi bon dès -lors disserter avec Sprengel , Carpue et Graëfe , pour savoir comment l’art de faire des nez est passé d’Orienten Sicile (1)? Quels rapports y a-t-il entre la méthode indienne et la méthode italienne? N’est -il pas plus naturel de

(1) Carpue et Graëfe expliquent le fait par les rapports scientifiques qui ont existé entre les Indiens et les Arabes , entre les Arabes et les Espagnols , et enfin entre ces derniers et les Siciliens.

IIISTÜIUQIES» 7

considérer les Branca comme les inventeurs du mode opératoire qui a été décrit sous leur nom (Ij?

Si telle est l’expression des faits, et tout porte à le croire , Tagliacozzi aurait en quelque sorte succédé à Vincent Vianeo, qui avait, à son tour, hérité des talents de l’un des membres de la famille des Branca. Ainsi donc, rigoureusement parlant , Tagliacozzi n’est pas l’inventeur de la méthode dite Italienne, mais il a contribué pour beaucoup à la mettre en faveur, en publiant en 1597 son ouvrage

(t) Il fut un temps où, dans toute l’Italie et la Sicile, les malfaiteurs étaient punis par la perte du nez; on les punissait quelquefois aussi par celle d’une oreille ou des levres. 11 n’est donc pas étonnant que les Italiens aient cherché de leur côté à réparer de pareilles mutilations, 1 autant que la loi ne s’y opposait pas. Le fameux iurisconsulte Paul Zacchias était de cet avis ; il disait que le délinquant ayant satisfait à la justice, il devait lui libre de faire disparaître, s’il le pouvait, une dllîormité dont la destruction, pleine de douleurs et de périls, était

d 11. (1.1- fack ex opération^ lœUio et periculo, prœlertiuàm J od nm videtm, ex med sente, ilià, delhuiuenti s„ir,-m,ari posse. q„edprop,-,o ingenio ellabm e. se mtailntm al eà defZ 1 Minqnens qmnlnm i„ so est

M clnn, consumnmmil. (Diction, des sc. mOd. art Fnle

•"«male, par Percy . tout. sn. p. ô/,(i. )

nECiiEur.iiES

De diinirgià curlorum per insüionem. Ce travail , le plus complet sans contredit de tous ceux qui eussent paru jusqu’alors, est un véritable traité ex professa sur l’art de restaurer les difformités de la face ; il est même le seul , abstraction faite de la méthode , où la question ait été envisagée d’une maniéré large et vraiment chirurgicale. Il ne s’agit pas seulement, dans cet écrit, de la rhinoplastie : il y est aussi question de la restauration des lèvres et des oreilles, et chacune de ces parties y est traitée avec ce caractère d’originalité qui n’appartient qu’aux hommes supérieurs (1). Il faut bien , d’ailleurs , que les habitants de Bologne aient conçu une grande vénération pour le talent de Tagliacozzi, puisqu’à sa mort on lui érigea, dans l’amphithéâtre d’anatomie, une statue qui le représentait tenant un nez de la main droite.

Qui le croirait cependant? Ambroise Paré, qui

(1) Je connais le jugement sévère que Perey a porté dans le temps contre le travail de Tagliacozzi , et je n’en persiste pas moins dans l’opinion que je viens d’émettre. Les poèmes grecs et latins dont l’auteur a fait procéder si mal à propos son introduction , n’enlèvent rien au mérite intrinsèque de l’ouvrage.

IIISTÜKIQI'KS.

peu de temps après exerça une si grande influence sur les esprits, alla presque jusqu’à tourner en dérision les idées de Tagliacozzi , et neutralisa par ce moyen l’élan que le chirurgien de Bologne venait d’imprimer à l’autoplastie faciale. 11 y eut alors dans la science un temps d’arrêt, et cet état stationnaire se prolongea jusqu’à la tin du dernier siècle.

Ici commence une ère vraiment nouvelle pour la chirurgie plastique. Autant ce genre d’opérations était resté dans l’oubli pendant plusieurs années , autant il devint dès ce moment un objet de prédilec^tion pour les praticiens les plus habiles : il produisit même une sorte de révolution eu chirurgie. C’est à Carpue qu appartient surtout le mérite d’avoir donné I impulsion en 1814 , en pratiquant la rhinoplastie d apres la méthode indienne, sur un homme qui avait perdu la pointe , la cloison et les cartilages du nez (1).

(1) 11 paraîtrait d après (jiuelqueS ilétails historiques que 1 on trouve dans le Traité de rhinoplastie de M. Labat,

KECIIEUCHES

Cette opération, fort ordinaire d’ailleurs pour 1 époque actuelle , eut alors le plus grand retenlissement en Europe , et deux ans après , par l’une de ces bizarreries dont l’esprit humain seul peut oITrir l’exemple j Graëfe, au lieu de suivre le môme mode opératoire que le chirurgien anglais, pratiqua à son tour la rhinoplastie , mais en empruntant encore le lambeau à la peau du hras^

Dans CCS entrefaites , Delpech, instruit de Ce qui se passait à l’étranger, se livra de son côté à quelques essais dans l’hôpital Saint-Eloi de Montpellier, et ne tarda pas à faire savoir à la France entière ce qu’il fallait penser de la méthode italienne et de la méthode indienne. L’auteur de la Clinique chirurgicale alla même plus loin : enhardi par quelques succès de rhinoplastie, il tenta de restaurer certaines dilFormités des lèvres et des paupières, et parvint ainsi en peu de temps à agrandir le domaine de l’autoplastie. Qui ne connait, par exemple, le cas de cette tumeur éléphantiaque énorme, du sein

que le docteur Lucas en 1800, et le docteur Lynx en 1815, auraient déjà run et l’autre pratiqué cette opération avec succès. {De lu Hhinoplastie , pag. 5'J et 55.)

HISTORIQUES

de laquelle il exhuma les deux testicules et la verge , en fournissant ensuite à chacun de ces organes une enveloppe tégumentaire , prise aux dépens de la peau des parties circonvoisines (1)?

Aussi , je le dis avec satisfaction et orgueil , c’est de notre Ecole que sont sortis les premiers travaux qui, eu France, ont réveillé le goût de cette chirurgie restauratrice qui apprend , non pas à détruire , mais à conserver les parties malades, et à leur rendre peu à peu leurs formes et leurs usages primitifs.

Il n’en fallait pas davantage : bientôt on vit MM. Dupuytren , Roux , Lisfranc , Velpeau, Blandin, et tout ce que Paris contient de chirurgiens distingués , se lancer à l’envi dans la carrière, et contribuer chacun pour leur part à perfectionner cette branche naissante de la médecine opératoire.

Au milieu d’un concours d’efforts aussi unanime, nos voisins d’outre-mer ne pouvaient pas naturellement rester tranquilles spectateurs de ce qui avait lieu en France ; aussi apprit -on presqu’en même temps, par la voie des journaux, que de nouvelles

(t) Cliniq. chirurg. de Montpellier, loin, u, pag. R

RECHEUCHES

tentatives venaient d’être faites en Angleterre , et que l’autoplastie y acquérait tous les jours une nouvelle importance. C’est donc à tort que M. Zeis a reproché aux chirurgiens anglais de ne pas avoir profité de l’exemple que leur avait donné Carpue ; Hutchinson , Syme et Davies ne sont pas , en effet, les seuls chirurgiens anglais qui se soient occupés de l’art de corriger les difformités de la face ou des autres parties du corps. M. Zeis ignorerait-il ce que A. Cooper , H. Earle, Travers, Lyston , Green et bien d’autres ont fait relativement a l’autoplastie ( 1 ) ?

L’Italie, pleine encore des souvenirs qu’avaient laissés dans ce pays les rhinoplastcs du xv® et du XVI® siècle , ne voulut pas non plus rester en arrière, et, depuis lors, plusieurs praticiens habiles, notamment les professeurs Baroni de Rome (2), Signoroni

(1) D’après les renseignements que le docteur Lawrence de Londres a eu la bonté de me transmettre , il parait qu’aujourd’hui le goût de cette branche de la chirurgie s’est presque perdu en Angleterre , et qu il n y a que peu de chirurgiens qui se livrent à l’autoplastie.

(2) Bulletino delle scienze mediche di Bolocjna , 1835, vol. vu, pag. 267, et Novi commcnlarii Acad, scient. Instituli Bononiensis.

IJISTORIOUES.

(le Padoue (1), Riberi de Turio (2) et Pecchioli de Sienne , ont exercé avec avantage la chirurgie plastique.

Tout récemment encore , le professeur Regnoli de Pise , le digne successeur de Vaccà-Berlinghieri, a publié sur l’autoplastie un recueil d’observations qui prouve combien cette partie de la médecine opératoire lui est familière (3j. Il faut même le proclamer à l’honneur des opérateurs italiens , si cette branche de la chirurgie n’a pas fait chez eux tous les progrès qu’elle aurait du faire dans le pays qui a vu naître Tagliacozzi , n’en rapportons la cause qu’au joug de fer qui pèse sur la malheureuse Italie, et a l’etat d’isolement où se trouvent , par suite du morcellement de ce beau royaume , les hommes qui s’adonnent à l’exercice de l’art de guérir.

Il n est pas jusqu’à l’Espagne qui , malgré les divisions intestines qui la dévorent depuis tant d’an-

(1) Oraodei, Annali universali di medicina, agosto e seltembre 1833, vol. lxvii.

(2) Idem, idem, aprile emaggio 1853, vol. lxxiv.

(3) Ossermzioni chirurgiche raccolte mUa clin ica e pratica del Regnoli, Pisa 1836.

llF.CHKRCIIES

nées, n’ait pris part à ce mouvement : j’aime à citer à ce sujet l’ouvrage de M. Hysern y Molleras sur la blépharoplastie , presque inconnu en France , et qui mérite cependant , à plus d’un titre , d’être lu ( I ). Outre que , dans ce travail , le professeur de Madrid a su prendre la question de haut et l’envisager sous tous ses aspects , il a voulu comparer aussi les modes opératoires qu’il propose avec ceux de Dzondi, Juncken et Fricke , et le tableau qu’il en adonné est vraiment fait de main de maître.

Quoique le professeur Castells de Barcelonne n’ait encore rien publié sur l’autoplastie, je sais également, à n’en pas douter, qu’il a déjà pratiqué avec succès un certain nombre de restaurations de la face , et qu’il a même eu plusieurs fois recours avec avantage à la méthode française. Que peut -on exiger de plus dans un pays où l’on soupire depuis si long-temps après cette paix intérieure , si nécessaire à la culture des sciences et des arts?

On est peut-être étonné de ne pas m’avoir encore entendu parler de l’Allemagne, la terre classique

(l) Tratado de la blefaroplastia teinporo- facial , o del método de restaurai' las deslruccioncs de los pdrpados. Madrid 18ô'i.

inSTOIUÇüES.

de l’autoplastie , comme l’appelleut quelques écrivains. Il existe, en effet, dans cette partie de l’Europe, un grand nombre de chirurgiens tels que Ammon, Beck , Benedict, Bunger, Chélius, Dzondi, Fricke , Heidenreich , Rimer, Ruppius, Rust, Textor , Walter , Vernuk, qui ont fait plus ou moins pour cette partie de la chirurgie ; il en est un surtout d une habilete rare et d’un mérite incontestable , qui a rendu sous ce rapport de vrais services à la science, et qui a su attacher son nom à un grand nombre de procédés opératoires relatifs aux restaurations de la face et des autres parties du corps. Le lecteur a déjà deviné le nom de M. Dieffenbach.

Mais, de ce que le praticien de Berlin s’est livré d’une manière toute spéciale à l’autoplastie , est-ce à dire qu’avant son arrivée en France, en 1834, cette partie de la chirurgie y fût délaissée et méconnue, comme ledit, en termes très- explicites , M. Ch. Phillips de Liège (1)? Non, c’est ce dont on pourra de plus en plus se convaincre par la lecture de cet ouvrage.

(I) Autoplastie après l’amputation des cancersdnrurgicale à M. Dielîenbacli ,1859, pag. 1 . ’

lettre

nECÏIlîRCHES

Au reste , les travaux de M. DielTenbach sont encore assez récents pour que des médecins contemporains puissent lui disputer la priorité sur plusieurs points. L’ouvrage même de M. Zeis , qui a paru à peine depuis trois ans , et dans lequel se trouvent reproduites toutes les idées de M. Dieffenbach , renferme un certain nombre de procédés opératoires que l’on regarde aujourd’hui à Montpellier comme n’étant déjà plus au niveau de la science. Je dis à Montpellier, et non à Paris , afin de faire sentir à MM. Zeis et Phillips que Paris n’est pas toute la France , et qu’il y a en province des hommes modestes et laborieux qui, quoique éloignés du centre des lumières, n’en travaillent pas moins avec fruit et activité aux progrès de l’art. Si MM. Zeis et Phillips avaient fait comme MM. Beck , Lehmann , Schneider , Laüer , Grimm , Lüis, Cunier et tant d’autres, qui , après avoir été à Paris, ont voulu visiter aussi les autres facultés du royaume , peut-être auraient-ils tenu un autre langage.

Je m’arrête , car je crains que l’on ne se méprenne sur mes intentions; et cependant, je le dis sans arrière-pensée , je professe pour les chirur-

iiiSTüHiyuiis.

gîens allemanils, et notamment pour M. Diefîenbacli , la plus haute estime.

Après avoir jeté un coup -d’œil rapide sur les diverses phases qu’a subies l’autoplaslie , à diverses époques et chez les peuples les plus civilisés, lâchons ^envisager la question au point de vue de la médecine opératoire.

Parmi toutes les méthodes connues jusqu’à ce jour, il en est trois principales qui sont restées dans le domaine de la science; savoir, la méthode Italienne ou par transplantation , la méthode indienne ou par torsion , et la méthode que j’appelle française, ou méthode par déplacement.

La méthode par transplantation , quoique de date plus récente que la méthode indienne, doit figurer ici en première ligne : c’est elle qui, selon moi, marque les premiers pas de la chirurgie plastique; car on n’arrive jamais aux procédés les plus simples et les plus sûrs, qu’après s’ètre livré à une série de tâtonnements souvent infructueux. Comment, en effet, songer à aller emprunter un laml^eau à la face antérieure du bras, alors ,,n’il

KECHERCHES

semble, au premier aspect, si naturel de le prendre sur la partie moyenne du front? Aussi quelle différence dans les résultats !

Et d’abord , n’allez pas croire qu’il soit indifférent de choisir les téguments de l’une ou l’autre de ces deux régions pour restaurer un nez : leur texture anatomique n’est pas la même. D’un autre côté, peut-on comparer la gêne presque insupportable qu’éprouve inévitablement le malade dans la rhinoplastie selon la méthode italienne, à celle si légère qu’entraîne la méthode indienne ?

Que l’on ne parle pas des changements que M. Graëfe a fait subir à la méthode par transplantation , et qui lui ont valu, de la partde quelquesecrivains, le nom de méthode üllemünde. Outre que 1 idee piemière de ces modifications est due à Tagliaeozzi , et quelle a été ensuite reproduite par Reneaulme de la Garanne , je suis loin d y attacher toute 1 impoitance que certains auteurs ont bien voulu lui accorder. C’est parce que j’ai vu mettre cette méthode en usage , que je me crois en droit de parler ainsi.

Les inconvénients qu’elle présente sont un peu moindres , il est vrai , que ceux de la méthode italienne , mais le vice en est toujours le même.

HISTOUIQÜES.

A quoi bon aller chercher sur la peau du bras, c’est-à-dire loin et très-loin de la difformité, ce qu’il est si aisé de trouver dans le voisinage même? Aussi la méthode par transplantation n’est-elle plus admissible, et si , de nos jours , on a pu encore la mettre quelquefois en pratique , ce n’a été que d’une manière très-exceptionnelle, ou lorsque le mauvais état de la peau des parties voisines n’avait pas permis de l’utiliser : tel est le cas de génopîaslie dans lequel le professeur Roux eut l’idée à la fois heureuse et hardie d’emprunter un lambeau à la lèvre inférieure pour le faire adhérer à la supérieure, et de le déplacer ensuite secondairement pour le transporter plus loin et le faire servir à oblitérer une perte de substance de la joué et du nez(l). Ce mode opératoire, que M. Blandin a si heureusement désigné sous le nom à’autoplastîe par migration' successive du lambeau j ne prouve-t-il pas toute l’étendue des ressources qu’offre la chirurgie plastique?

Quant à la méthode indienne , j’admets volontiers, avec presque tous les auteurs, qu’elle l’emporte de beaucoup sur la méthode italienne, et

(I) Revue médicale, loin. 1850, pag. 27.

UECIIKBCHKS

qu’il est certaines difformités auxquelles on ne saurait remédier que par ce moyen; toutefois, il ne faut pas perdre de vue que cette méthode a toujours le grand inconvénient de substituer une nouvelle plaie à la difformité déjà existante , et de faire subir aux téguments un mouvement de torsion qui gêne la circulation lymphatique et sanguine , et expose le lambeau à la gangrène*

Ce qui montre combien ce double reproche que j’adresse à la méthode indienne est fondé , c’est qu’il est des praticiens recommandables , tels que MM. Lallemand et Lisfranc, qui se sont attachés, l’un pour la rhinoplastie , l’autre pour la chéiloplastie , à disposer les incisions de manière à réduire de moitié la torsion que l’on imprime au pédicule. Ont-ils atteint complètement le but qu’ils s’étaient proposé? Je ne le pense pas; je suis même en mesure de le démontrer. Au surplus, les efforts auxquels ils se sont livrés pour y arriver, témoignent assez hautement de l’utilité et des avantages que présente le mode opératoire que je cherche à faire prévaloir : je veux parler de la méthode par déplacement , ou méthode française.

niSTOKlQUES.

Celle-ci se distingue parmi toutes les autres , en ce que d’abord elle est plus simple et plus rapide dans l’exécution , qu’en outre elle ne laisse aucune nouvelle plaie à fermer, et qu’enfin elle n’expose que très-rarement le lambeau à se mortifier, par cela seul qu’il ne subit pas la plus légère torsion. Tous les auteurs , ceux même qui ne la croient applicable qu’à un très -petit nombre de cas, sont d’accord sur ces divers points. Cette méthode , dit le professeur Burggraëve , est incontestablement celle qui présente le plus d’avantages , car on taille le lambeau sur le coté de la solution de continuité , sur laquelle on le ramène par glissement. Son apposition est directe et ne présente aucun des inconvénients du renversement. Chaque fois donc que la partie sur laquelle on opère le permet, il convient de lui donner la préférence [Ij.

Ce mode opératoire , envisagé d’une manière isolée, n est pas chose nouvelle, je le sais; et sans aller fouiller dans les écrits de Celse ou de Galien, je me plais à reconnaître que c’est en France qu’il a pris réellement naissance et qu’il a subi ensuite

(1) Annales de la Société de médecine de Gand, juillet 1S5‘J, pag. 3o0.

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