RECHERCHES
presque toutes les modilications qui lui ont enfin valu le nom de méthode : aussi ai -je cru pouvoir lui donner celui de méthode française (1). Ceci soit dit en passant pour M. Zeis , qui nous accuse à ce sujet d’être injustes envers les étrangers , comme si la part qui revient à la France dans l’histoire de la chirurgie plastique, n’était pas assez belle pour n’avoir rien à envier à aucune nation. En voici les preuves.
Si le passage de Celse que j’ai déjà cité , et dans lequel cet auteur parle de l’art de restaurer les difformités de la face selon le mode par déplacement, peut laisser des doutes dans l’esprit de certaines personnes, il n’en sera certainement pas de même de ce que dit Franco à propos d’un cas de génioplaslie (2). 11 est même étonnant qu’un fait
(1) Ce nom lui a été déjà donné par d’autres auteurs. Voir la Thèse de M. Romand , sur les moyens réparateurs des pertes de substance de la face; collect. de Paris, 1830,
n° 240 Thèse de M. Terrada, de la perte du nez et
des moyens d’y remédier; collect. de Paris , 1833 , n° 144... Médecine opératoire de M. Velpeau, F® édition, tom. ii, pag. 40.... Traité de pathologie externe et de médecineopératoire. parM. Vidal de Cassis, tom. iv, pag. 201.
(2) « Vu certain personnage nômé lacques lanot de Sanagny près de Neufchastcl sur le lac en Suysse eut vu
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aussi saillant, quoique inséré dans un recueil où l’on ne devrait pas s’attendre à le trouver , soit
catarre qui luy descendit en la ioue. et n’y eut ordre que ledict catarre ne vint à s’estiomener, et corrompre tellement la partie , que la ioue tombast , au moins la plus grande partie , et de la mandibule de dessouls et dessus , et fust pansé long temps d’un chirurgien lequel ny peut rien faire sinon l’incarner.
Or ledict vicère estait grand , et print bord à l’enuiron , et estait ronde de sorte qu’un œuf d’oye y eust passé, dont les deux mandibules estoyent desnues de chair, et n’y auoit point de dents de ce coste. il fallait que c’est homme portast une bende de cuir, et autres choses pour empescher qu’en mangeant la viande ne se perdit, combien que pour cela il ne peut empescher qu’il ne sortit toujours quelque chose du boire, et du manger, parquoy ne s’osoit trouuer en bonne compagnie d’autant que la salive coulait toujours par là, et estait en grand peine de boire et manger, aussi pour ce que la bende estait attachée sur la teste assez ferme , elle empeschait d’ouurir la bouche , et demoura en cette sorte l’espace de sept ou huit ans .
Ayant beaucoup cherché , et en plusieurs lieux pour y rémédier, il ne trouua aucun qui voulut mettre la main , ains lui donnoyent à entendre qu’il estait incurable, car on n y pouuait engendrer chair, ni approcher les labiés parce que le pertuis estait rond et grand, il advint que ie pensois là auprès des hernies , et bouches fendues et pierres, voyant ces cures et principalement des bouches fendues, il me vint parler et monstrer sa maladie.
I. a^^ant bien aduisec, luy dis que ie le guariroy aydant nostre seigneur, alors il me dit qu’il l’auoit montré à
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passé inaperçu , et n’ait pas donné plutôt l’idée de la méthode opératoire à laquelle il se rattache.
plusieurs maistres , et que iaduisasse bien devant qu’y mettre la main, ce à quoyie m’accordai ne lui demandant rien que premièrement ne fut guary. pour venir à la cure , ie fis situer le patient contre vn aix à demi droit , et lui attachay les cuisses contre ledit aix sans autre chose, ie conseille toutesfois de les bien attacher, et auais mes cautères au feu touts près dedans un bassin et braise pour m’en servir puis après, alors ie prins vn petit rasoir ou escalpelle et coupis le bort ou cuir tout à l’enuiron; après ie fendis la peau contre l’aureille , et contre l’œil, et contre la mandibule inférieure , tant que ie cogneu estre expédient , en gardant toujours de coupper par trop auant , pour ne faire plus grand dommage à la partie , et de ne couper les muscles de travers, puis couppis au dedans la chair tout à l’entour contre l’oreille et l’œil , bref tout à l’entour tant que ie peu, encore les labiés ne se pouuoyent assembler.
Adonc ie couppis la chair de rechef au dedans de trauers , et de long en deschiquelant , me gardant toutesfois que ne vinse au dehors ; car il ne fallait point coupper le. cuir, et quand il y avait flux ou quelque veine qui fluoit, ie la cautérizois avec les cautères susdits, et ainsi alongis mes pièces ou labiés , et furent assemlfiées. là ou iappliquay incontinent sept aiguilles enfilées comme à este monstre es leures fendues, et au bout de quatre ou cinq jours en tombèrent trois, et n’y en fallut ineltrc d’autres pour ce que les labiés lyroyent. or i’vsay de compresses ou coussinets auec bâtons ou bandes tout à l’entour pour
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Il est cependant digne de remàrque que c’est encore un auteur français , Chopart , qui , le premier, en fit
faire venir la chair de toutes parts à la partie comme auons dict des leures fendues, afin que la chair ne se rompist , et les aiguilles ne tombassent, car sans grande violence , et moyen de mener la chair ou cuir au lieu , ie n’eusse rien aduancé.
le mis aussi un linge mouillé en oxicration dessus, et puis mes restraintifs à ce qu’ils ne se prinsent contre les aiguilles; et leguary en ceste sorte dedans quatorze iours. aucuns disoyent que la ioue tirerait, et qu’il ne pourrait ouurir la bouche; mais la chair y abondas! autant qu’il fut besoing, et a mis barbe dessus tellement qu’il se Gognoit bien peu. » (Petit Traité contenant vne des parties principales de chirurgie , laquelle les chirurgiens herniaires exercent, pag. 122, art. Traité des dents de lièvre , m.d.lvi.)
Si j ai cité ce passage de Franco d’une manière littérale , c’est que je me suis aperçu que les auteurs qui en ont parlé s étaient copiés les uns les autres, et n’avaient ni lu , ni môme vu l’ouvrage où il en est fait mention. Ainsi tous, ceux au moins que j’ai eus à ma disposition , disent que c est dans son traité de hernies, chap. 122 , pag. ^62, que Franco a inséré ce cas de génioplastie. Or, cet écrivain n a jamais publié de traité ex professa sur les hernies , et si , dans l’ouvrage en question, il parle de cette maladie, il s occupe aussi de la pierre, de la cataracte , des bouches et des lèvres fendues, des dents de lièvre, de la manière •l’extirper une jambe, un bras, des loupes cl des abcès. Je dis , en outre , que ce ne peut pas cire au chapitre m
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l’application à la restauration de la lèvre inférieure, et donna ainsi un nouvel essor à l’autoplastie.
M. Larrey n’a- 1- il pas, à son tour, étendu la méthode par déplacement à la rhinoplastie , lorsque, détachant de droite et de gauche , chez un militaire qui avait tenté de se suicider, les portions de peau adhérentes qui avaient fait primitivement partie du nez , il est parvenu à reconstituer cet organe , et à corriger presque en entier la difformité que présentait ce malheureux sous-ofticier (1)? Or, n’est-ce pas là précisément ce qu’a exécuté plus tard M. Dieffenbach , et ce dont on a fait grand bruit dans les journaux? Aussi , M. Velpeau a-t-il eu le soin de dire , en traitant de la rhinoplastie parla méthode française : « M. Dieffenbach , qui , après M. Larrexj , a rappelé cette opération parmi nous, taille, avive, découpe, relève les bords du nez mutilé; ramène entre eux, pour les
que Franco raconte cette histoire notable, comme il l’appelle lui-même , car son ouvrage ne se compose que de sept chapitres ; enfin , c’est bien moins encore à la page 462 que l’on peut trouver l’exposé de ce fait , attendu que le travail de Franco n’a que l^i'i pages.
(i) Clinique chirurgicale, tom u, pag. 13.
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soutenir et remplir le vide qui les sépare, de petits lambeaux ou de petites bandelettes qu’il prend dans les environs ; puis il réunit le tout avec des aiguilles fines et la suture simple ou entortillée (1). » Chacun concevra maintenant pourquoi M. Zeis s’élève tant contre M. Larrey, et veut, hongre, malgré, le rayer de la liste des rhinoplastes.
Que sera-ce si nous parlons des travaux de M. l\oux de Paris ? Quiconque a lu le mémoire que ce professeur distingué a inséré dans la Revue médicale (2) , restera convaincu que ce n’est qu’après s’être livré déjà à bien des essais , qu’il a dû arriver au point de pratiquer avec succès des opérations aussi insolites que celles dont il est question dans ce travail. Il en est une surtout qui, à elle seule, suffirait pour faire la gloire d’un chirurgien , et dont M. Koux n a pas assurément puisé l’idée dans les écrits de M. Dielfenbach ; car ce n’est guère que cinq ans apres que le chirurgien de Berlin a publié son premier mémoire. La chirurgie plastique n’était
(t) Médecine opératoire , 2" édition , 1. 1®*-, pag. 648.
(2) Janvier 1S50, tora. pa(,. ). Les faits que renferme ce mémoire avaient clé recueillis long-temps avant icnr [)ul)lication.
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donc pas si délaissée en France avant le voyage do M. Dieffeubach à Paris, puisque ce n’est encore que cinq années plus tard que ce praticien célèbre est venu à la capitale.
A peu près à la même époque, M. Roux (de Saint-3Iaximin ) , cbercbant à appliquer les idées d’autoplastie qu’il avait puisées à l’Ecole de Montpellier, pratiqua une série de restaurations de la face qui lui réussirent à merveille , et qui auraient dû faire sentir plutôt combien la méthode par déplacement l’emportait sur toutes les autres. Malheureusement , M. Roux habitait une petite ville de province, et si, au moment où je publiai mon Traiié de la réunion immédiate , je n’avais appelé l’attention des praticiens sur le mémoire qu’il avait inséré depuis plus de deux ans dans la Revue médicale J son travail serait peut-être encore dans l’oubli (1). C’est à lui cependant que nous devons les opérations du même genre qui ont été faites, quelques années après, par MM. Lisfrauc, Rolland, Gensoul et tant d’autres.
Ainsi donc les praticiens français n’ont pas at-
(1) Revue médicale , janvier 1828, pag. 50.
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lendu , pour se livrer à l’élude de i’autoplastie , que les chirurgiens étrangers vinssent leur en inspirer le goût. Sans doute, les Allemands ont fait beaucoup pour cette partie de la médecine opératoire ; on doit même leur en savoir gré ; mais vouloir tout rapporter à leurs travaux , et notamment à ceux d’un seul homme, comme l’a fait M. Zeis, c’est mentir à l’histoire et faire preuve de trop de partialité.
Au surplus, M. Dieffenbach a trop de talent et de modestie pour accepter de pareils éloges; car, tandis que M. Roux , parlant de la chirurgie plastique devant 1 Institut de France , déclarait dans un moment d’enthousiasme « qu’il serait tenté de croire » qu il ny avait rien d’impossible en fait de restau- » rations de la face » , M. Dieffenbach disait à Berlin :
« Quant a moi , j’estime que nous ne savons encore » que fort peu de chose à cet égard , et qu’il en est » du résultat de nos operations comme des ouvrages » du tourneur en bois comparés aux travaux de «sculpture , ou bien comme des poupées grossière- »ment faites mises à coté des chefs-d’œuvre dé » Canova (I). »
(i) /c/l glaube, imr xcissen noch àufsersl wenig davon, tmd