‹ Traité sur l'art de restaurer les difformités de la face, selon la méthode francaise par déplacement, ou méthode française [et] Atlas de 30 planches representant 120 figuresChapitre 45 sur 59 · DIXIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

DIXIÈME OBSERVATION

E8“Oi’0.ement du ^corps de Ja matrice , le col étant sain ; formation de plusieurs abcès ; évacuation spontanée du pus par l’intestin ; guérison.

La femme d\m ofFieier crétat-major , âgée de treîite-einq ans, blonde, nerveuse, impressionnnlile, mère de trois enfans , saine et laien portante , fait remonter à une grossesse et à une eouebe cpii eurent lieu il y a environ cbx ans , les pi emiers symptômes d’im état maladif, qui depuis eette époque n’a jamais Æessé eomplétement, et a ijrésenté plusieurs fois des exaeerbations violentes.

Etant pour la seconde fois enceinte de six mois, il y a dix ans, madame D. fit un mouvement forcé en élevant fortement le bras droit, et à ripststut même elle éprouva dans l^i fosse üiaque .et d‘'uis l’aine droites lu^ç dp.ule.ur si violente, qu’elle tomba sans connaissance. Pendant les deux mois qui suivirent, tous les jours à niidi , retour de la doulcui’, de la syncope , et accès hystérique violent. L’accouclien^ept ,^e fit Jb-eiu’eiisement a la fin du huitième mois.. Dep^^ çet^e époque , la santé de madame D. ncyfnt j^^:ilais^ bonne. Des accidens nerveicx se sont niQnti:és .^PVts tentes les formes; des doulcm’s utérines, efes .dérangemens dans les fonctions digestives la tourmentaient fréquemnient. Deux nouvelleagrossesses survinrent , T une il y a . cinq ans , Pauli e tlMUt^

ans plus tard ; les enfans vinrent , Fun à huit , 1 autre à sept mois , très-bien portans. Ces deux grossesses fiu’ent orageuses , et les accoueliemens faciles.

Cependant la douleur dans le coté droit du ba&? ventre, quemadameD. avait éprouvée dix ans auparavant, s’étaitrenouvelée maintes fois, notamment daus le cours de ses deux grossesses , et à la suite de promenades prolongées. Madame D. ne pouvait se tenir long-temps debout sans éprouver une gène , une pesanteur sur le siège et mi tiraillement dooloureux dans la fosse iliaque droite. Les règles avaient présenté peu de variations dans leur coui’s dui'ant ce long espace de temps.

Appelé pom" la première fois auprès de c,etjte dame en janvier X833 , je la trouvai au lit , souÉfraxd vivement du bas-ventre, avec des envies fréqueiites de vomir et d’uriner. Elle m’apprit encore que, dans le com’s de ses nombreuses indispositions , eüe avait souvent éprouvé du coté de la vessie des accîdens graves qui avaient fixé F attention de ses médecins, que des notabilités médicales réunies en consultation étaient restées dans le doute sur F existence d^un calcul dans la vessie. Ce doute fut dissipé quelque temps après, par de nouvelles perquisitions faites ■avec le plus grand soin.

En examinant la malade , je trouvai spaï ventre douloureux a la pression dans toute son étendue, mais plus sensible en bas et dans la fosse iliaque droite. Après quelques jours d\in traitement ^nti-

phlogistique energicfue , les symptômes s’amendèrent , le ventre diminua de volume | je pus le palper et reconnaître une tiuneur située dans l’hypochondre droit, adhérente ou inhérente à la matrice , et pouvant être la matrice elle-même indurée et développée. Le toucher par le vagin me fit reconnaître 1 état d’intégrité du col et l’engorgement considérable du corps de 1 utérus. Pratiqué par le rectum au moyen du doigt porté profondément dans 1 intestin , pendant que l’autre main était appliquée sur Phypogastre , on circonscrivait une tumeur du volume d’une grosse poire , dure , compacte , pesante et lisse à sa surface , sans trace de bosselures. Les mouvemens imprimés à l’organe excitaient de vives douleurs. Quelques semaines plus tai’d, une tumeur du volume d’mi oeuf de poule se montrait derrière le puliis. Cette tumeur saisie avec une main, pendant que le doigt de l’autre main, introduit dans le rectum , soulevait la matrice , suivait exactement tous lesmouvemensqui étaient imprimés à cet organe. Quoique la tumeur fût très-facile à saisir à travers les parois abdominales amincies , on ne pouvait distinguer aucun point d’intersection entre elle et la matrice ; il n’existait aucun intervalle entre ces deux corps , c[ui n’en faisaient réellement qu’un , et se confondaient l’un dans l’autre. La paroi antérieui'e du corps de l’utérus me parut être miiquemcnt le siège de la maladie, que je considérai coimne un engorgement dui’, succédant à une métritc eJu’Oiiique.

Les règles venaient re'gulièrement , mais avec une abondance extrême, et elles s’accompagnaient, pendant toute leur duree , de douleurs excessives dans Futerus et ses dépendances. Un e'coulement leucorrliéique existait dans leurs intervalles.

Jusqu’au mois de juin , l’état de madame D. présenta peu de variation; seulement la tumeur acquérait insensiblement plus de volume , et je crus, à diverses reprises, y reconnaître une fluctuation obscure. M.Lisfranc ne partagea pas mon opinion.il ne vit dans cet état qu’une hypertrophie des parois utérines résultant delamétrite chronique; il pronostiqua une longue durée à la maladie et une terminaison favorable, devant laisser toutefois après eUe une indm'ation, qui ne serait pas susceptible de résolution complète.

La malade se fit transporter à Versailles sur la fin de juin, et se confia aux soins du docteur Morin, qui avait dirigé sa santé pendant quelques unes des années précédentes. Ce médecin reconnut l’engorgement induré du corps de la matrice. Il manifesta quelque doute sur le siège de la maladie, qu’il pensa pouvoir être dans l’ovaire. Il reconnut également une fluctuation profonde dans la tumem\ Une application de sangsues sur le col ne procura aucun soulagement ; les douleurs allèrent croissant ; elles devinrent intolérables sur la fin d’août.

Impatientée de la force et de la longue durée de scs souffrances, madame D. se leva un jour brusquement de son ht et fut prise aussitôt d’un besoin

178 diagnostic différentiel

pressant d’aller à la garde-robe. EUc rendit une quantité eonsideralile de matière jaunâtre , liquide, sans q4?41’, qu’elle reconnut ctre du pus. EUe lit pa;^’t de cptte eirconstancc à M. Blorin, qui trouva le volume de la tiuneur considérablement diminué et qui put Ufu de retrouver une quantité plus ou mpins grfuide de pus dans les çelles rendues les jours suivans. pès ce moment les douleurs cessèrent. Elles se renouvelèrent plusieurs fois jusqu’au mois d’octob^’e ^ pii la malade fut de nouveau somnisc à mon qpseryation ; et çela eut lieu chaque fois que, l’écoumepl; s’arrêtant , mi nouvel amas de pus se formait dans P tumeur; son évacuation était suivie du même soulagement.

Dans l’examen que je fis de la malade, je ne retrouvai plus la tumeur que j’avais signalée avant son départ poui’ Versailles. Le col utérin me paï ut toutà-fait sain, le corps encore volumineux, mais réduit des deux tiers de ce qu’il était avant le dépai t ; je cherchai vainement à découvrir par le rectum l’ouyertui'e par laquelle le pus s’était fait jom’ dans l’intestiii. L’ovaire droit et le ligament rpud me parureqt étrangers à la maladie.

Le 10 novembre, ma,dame D. n’avait pas rendu de pus depuis trois semaines. Elle se trouvait trèssouffrante, et la tumeur formée par fa niuü’ice avait repris un volume considéral3le. Je pus m’assuier encore une fois que la collection pundentc avait lien dans les parois de l’organe. Des cataplasmes eiuolliens, des l^ains de siège et le repos, moyens ordmai-

res mis en usage depuis le eomiigeneenient de la maladie, aiiicnèrent en peu de jour^ rabcedation de la tunieiu', dont le pus sortit en quantité par l’anus. Cette collection purulente a été la dernière qui se soit formée.Après quelques jours, le pus a cessé complètement de couler ; la matrice est revenue à son volume naturel ; elle a repris le cours régulier de ses fonctions, et le rétablissement de la santé de madame D. a été solide et durable.

L’observation suivante est extraite du mémoire de M. Blaud , médecin en chef de l’hôpital de Beaucaire, hnprimé dans le numéro de juin 1834 de la Revue médicale. Nous la rapportons textuellement, bien qu’elle ne soit pas complète, à cause des avantages incontestables que ce médecin paraît avoir obtenus de la suie employée , comme moyen cicatrisant, en injections et en ponomade. M. Blaud propose ce nouvel agent thérapeuticpie pour remplacer la créosote, avec laquelle il lui trouve une trèsgi ande analogie , ou plutôt comme contenant mie quantité plus ou moins grande de cette dernière substance.

OyiZIÈME OBSERVATION.

Cancer ulcéré de l’utérus ; cicatrisation prompte de l’ulcération sous l’influence de la décoction de suie employée en injections , et de la pommade de cette même substance.

« Marie Bernard , âgée de soixante-quatre ans , ayant vu scs règles cesser 'a cinquante, éprouva,

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deux ans après, urië sensation incommode de pesanteur dans les parties génitales , cpii fut bientôt suivie d’une leucorrliëe peu abondante , cessant de temps a autre , pour reparaître à intervalles irréguliers.

Cet état dura plusieurs années sans qu’il survint aucun trouble dans l’organisation de la matrice.

Mais peu à peu le sentiment de pesantem* acquit plus d’intensité ; il survint des doulem’s lancinantes dans l’intérieur du vagin; les selles et l’émission des urines devinrent difficiles, et enfin, le 21 décembre 1 833 , la malade ayant réclamé nos soins , nous offrit les symptômes suivans :

Douleurs lancinantes presque continuelles dans l’intérieur des parties génitales ; écoulement par la vulve d’un liquide iclioreux, sanguinolent et fétide ; douleur intolérable dans l’aine gaudie , oîi l’on n’apercevait ni tuméfaction ni rougeur, se propageant au membre pelvien du meme côté ; défécation et excrétion des urines difficiles : la première ne peut avoir lieu qu’au moyen des lavemens, la seconde, que par des efforts violons frécpiemment répétés; sensation d’un froid glacial dans les lomljes qui fait le tourment de la malade, et l’oblige de couvrir constannnent cette région de vétemens de laine fortement échauffés ; sommeil nul; appétit diminué; maigi eur; faiblesse musculaire ; locomotion difficile, et J3ar cette faiblesse , et par les doideurs dont Je membre abdominal gauche est le siège.

Le toucher rend manifeste une large ulcération à la région cju’occupe le col de rutérus. La partie de cet organe accessible au toucher a le volume d’une pomme de rainette ; elle est bosselée , dime , et offre im ulcère de trois pouces dans son plus grand diamètre, et de deux pouces dans son plus petit, à bords inégaux , diu’s , renversés en dehors , et divisé en plusieims lobes par de profondes fissures. Un des lobes , situé à gauche , dur , squirrheux comme les autres , mais plus volumineux, forme une espèce d anse , et se continue avec le reste du corps de l’utérus ; ce cpii explicjue les doulem’s cpie la malade éprouve dans 1 aine de ce côté. Sans doute que le plexus sacre gauche se trouve atteint par l’inflammation cancéreuse ; ce qui expliquerait aussi la douleur du membre pelvien correspondant.

Apres cet examen, il ne peut plus y avoir de doute sm' la natime delà maladie : c’était unscjuirrhe ulcéré de Putérus qu’il fallait combattre; et par quels moyens? Je prescrivis le traitement banal employé dans ces sortes de lésions organicpies

Le mal ne fit cju’empii'er.

Le 24 février, la malade, désespérée, fut à Montpellier réclamer les conseils du professeur Lallemand , qui ajouta l’extrait d’aconit à celui de ciguë, mais sans plus de succès.

Enfin les forces de la malade s’épmsèrent ; la locomotion devint impossible, et la malade s’alita complètement.

C est a cette époque qucjc faisais

mes expériences

sur lâ suie appliquée aux ulcérations diverses ; et , en désespoir de cause, je tentai Fiisage de ce médicament.

Le 1 1 mars , j’employai les injections de la décoction de cette substanee (1), au nombre de cinq à six, faites successivement au moyen d’une seringue à matrice , et répétées cpiatre fois dans la journée. La sensibilité de l’organe n'en fut point augmentée et la malade n’en éprouva aucune douleur.

Le 18 , l’utérus avait perdu de son étendue.

Le 22 , je joignis aux injections l’appbcation de la pommade de suie (2).

Le 26 , l’ulcération était réduite au quart de sa surface primitive. Ses bords étaient affaissés, moins diu’s , plus égaux , et le volume de la tumeur était moindre ; les fissures avaient disparu , les douleurs avaient cessé, les selles et l’émission des urines étaient plus faciles , et le sommeil était revenu.

Je remplaçai la pommade, dont l’application était toujours incomplète, faute de spécidum, et les injections, dont la répétition fréquente fatiguait la malade , par des bains locaux de décoction de suie , au moyen d’un entonnoir dont le bout recourbé ,

(4)^ % Suie , deux fortes poignées.

Eau , une livre.

Eaites bouillir pendant une demi-lieure ; passez avec ex-

pression tiède.

(2) % Axonge 3 j>

Suie sj*

Mêlez.

des ÜLCÉRATtOl^fâ DÈ LÀ MATRICE. lëâ

iritTodiiit dans le vagin, y produisait une alTOSibn continue.

Le 10 a^T'i^ , rulcerfition li’ëët plus sensiblè. Oti a peiriè ^ atteindre l’uteLus , dont Ten^orgelilelii; a Ijeaucoüp diminué. Le doigt, après lé toùclier, iLdst plus recouvert dé mucosités sanguin olénteé , tétmilè aupai’avant. Mais cet ërigorgeirient ri’ést paâ réduit ; i’ utérus est èriéore dur ét squirrïiéüx, et il y a, sans doute , a craindre une ulcération nouvelle , qué là suie ne pourra prévenir.

Telle était encore mon opinion un mois aptè^ , bien cpi’il n’’y eût rien de changé datis Fétat génêràl de la malade , lorscjue , le 10 mai , jé la soiunîs a uhè nouvelle exploration.

Ce ne fut pas sans étonnement que je vis alors là partie de Porgane malade accessible au tcmçhèr nè plus offrir de squirrhosité , et ayant repris sa consistance et sa souplesse normales.

Le coï de l’utérus iPexiste plus ; il a été détruit par l’affection cancéreuse , ainsi cju’une partie considérable du bas-fond de cet organe ; ce qui est sensible par la dépression remarcjuable que présenté la cicatrice a sa partie inférieure. Cette cicatrice s’offre, au toucher, sous la forme d’’une bourse globuleuse , fermée par un cordon.

Bien qu’il iPy ait aucune ouverture sensible, fjuélques gouttes d’un liquide séro-sanguinolent qui s’èn échappent par intervalles, et des douleurs plùs 6u moins vives ([ui se font sentir de temps à autre dans l’hypogastre, me font soupçonner qiie la surface in-

184 diagnostic différentiel

terne de Tutérus est encore atteinte de l’affection cancëreuse ; et comme la décoction de suie n’y peut pénétrer, il est à craindre que ce cancer interne ne fasse des progrès et n’entraîne la perte de la malade. Quoi qu’il en soit, la puissance cicatrisante de cette substance est mise dans tout son jour par ce fait. » Selon toutes les probabilités, les prévisions de notre confrère se réabseront , et le cancer suivra sa marche dans l’intérieur de l’utérus. Il est a regretter que ce praticien n’ait pas continué sa cure si heureusement commencée , en portant , comme le fait M. Mélier, ses injections dans la cavité meme de l’utérus. L’usage du spéculum lui eût été aussi d’une bien grande utilité pour la précision de son diagnostic , pour l’exactitude des applications topiques et pom- la facilité des injections. Si, privé de ces puissans moyens d’exécution , il a pu néanmoins amener a cicatrisation un ulcère cancéreux aussi étendu cjue celui cju’il nous décrit , combien ne devrions-nous pas de reconnaissance à un agent thérapeutique aussi puissant , aussi simple et aussi facile a se procurer cju’est la suie ! Nous avons fait déjà cjuekjues essais avec ce médicament, et, quoicju’ils n’aient pas eu encore des résultats bien satisfaisans, nous nous proposons de les continuer. Les bons effets que nous avons d’ailleurs obtenus de la créosote, et les rapports chimiques cjui paraissent exister

entre cette dernière substance et la suie, nous auto- % •

risent à penser que la suie peut être employée utilement et remplacer, dans certains cas , la créosote ,

qu’il est cpielquefois difficile de se procurer, et qui , jusqu’à ce jour, est d’un prix fort ëleve.

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