‹ Traité sur l'usage et les effets des vins dan les maladies dangereuses et mortelles et sur la falsification de cette boissonChapitre 85 sur 105 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

A peine le malade eut- il fait usage pendant deux jours de ces me'dicamcns , quil sentit plus de chaleur dans les pieds, Furine coula plus abondamment, la dyspne'e cessa; au troisième jour il revint un peu de' sommeil et d’appètit au malade. Celui-ci continua exactement et pendant quinze jours ces me'dicarnens , et je remarquai, à ma grande satisfaction, qu’il allait journellement de mieux en mieux. Cependant l’enflure des pieds ne ce'dait pas encore entièrement; mais tous les autres symptômes fâcheux avaient disparu : le malade pouvait se coucher, sans plus être oblige' de passer les nuits entières assis dans son lit. Je supprimai alors la de'coction d’i/ca ursi, de bryoine, et je me bornai à prescrire le vin de tabac , toutes les trois heures deux cuillerées. Outre ce remède, je fis boire au malade, pendant le dîner, un à deux verres d’excellent Madère; mais le soir, et pour élancher la soif pendant la journée, je fis continuer la boisson précitée, et répéter régulièrement les frictions. Par cette méthode on vit disparaître l’œdème des pieds au bout de trois semaines, et la difficulté de respirer diminua successivement. L’appéiit revint au malade, et au bout de six semaines il fut entièrement guéri de Fhydropisie de poitrine. Mais , comme il subsistait encore une très-grande faiblesse, je lui fis boire, au lieu du vin de Madère pour lequel il avait pris du dégoût, un à deux verres de

DES VINS DE DESSERT. ibô

bon vin de Würzbourg, et je prescnvis, comme fortifiant, une décoction de quinquina et ursi^

avec fëlixir de Whytt, l’esprit de nitre dulcifie, et la teinture d’ëcorce d’oranges, à prendre quatre fois par jour une cuiller ëe.

On continua les frictions matin et soir, et le malade ëvitait la bière et les mets indl gestes. C’est ainsi qu’il fut dëlivrë de sa maladie. Cependant je n’ai pu parvenir à faire disparaître totalement la difïicultë de respirer : ce qui me fait soupçonner des adhërences entre la plèvre et les poumons , d’autant qu’il n’a toutes les nuits que deux ou trois heures de sommeil. Néanmoins, jusqu’à ce jour, il est dëlivrë de l’hydropisie de poitrine , et l’œdème a totalement disparu.

5.° Dans la phthisie nerveuse, lorsqu’elle a ëtë occasionëe , soit par des évacuations opiniâtres , soit par des mouvemens de l’ame qui ébranlent le système nerveux, comme des peines et des chagrins profonds ; ou lorsqu’elle est survenue après des maladies chroniques , des accès de goutte , surtout lorsqu’ils étaient accompagnés d’insomnie ; enfin’, lorsqu’elle provient d’une forte contention de l’esprit, ou d’exercices violens du corps.

Il faut , dans ces circonstances , commencer par éloigner les causes qui pourraient entretenir la maladie , et prescrire un régime nourrissant et d’une facile digestion pendant l’usage des re-

l34 CHAPITRE X.

mèdes. Que le malade boive alors tous les jours un ou deux gobelets de l’essence, ou, s’il ne peut s’en procurer , de Masslach de la première goutte. Si cependant l’on ne pouvait trouver de ces bons vins de Hongrie, on pourrait y supple'er par la Malvoisie ou le Try- Madeira. Il n’cst pas inutile d’employer en pareils cas des bains aromatiques avec de bons vins, le'gers, de France, surtout lorsque cette pbtbisie nerveuse est la suite d’excès dans les plaisirs de l’amour. Les vins de paille de France me'ritent aussi d’étre recommande's , et peuvent être administres à ces sortes de malades à la dose de deux ou trois gobelets par jour.

4) Dans la consomption dorsale ou ischialiquc. Cette maladie, si commune de nos jours, qui s’observe dans les deux sexes , et qui provient chez les hommes de la trop frequente e'mission de la semence, de l’onanisme, ou d’un coït trop fre'quent, et chez les femmes delà masturbation, doit être traitée par le me'decin avec la plus grande attention : elle exige aussi beaucoup de patience de la part du malade ; car elle dure souvent des années entières , surtout lorsqu’il ne peut facilement renoncer à l’habitude du vice.

Le médecin doit alors cliercber à attirer avec délicatesse et bienséance l’attention du malade sur les suites affreuses de ce vice hideux, et employer l’empire de la raison pour l’en détourner: car,

DES VINS DE DESSERT

à moins d’y renoncer entièrement et à jamais, Ton ne peut espe'rer une guérison rationnelle et permanente. Les vins de Tokay , et leur première goutte , sont , il est vrai , indiques dans cette maladie ; mais il faut les prescrire avec beaucoup de prudence, car leur emploi pourrait devenir plus nuisible qu’utile. Il faut commencer par de très -petites doses, pour ne pas irriter encore davantage l’imagination et les parties sexuelles des malades, et les porter ainsi à se liVrer de nouveau à leurs honteuses habitudes. On n’en prescrira d’abord qu’un, deux, au plus trois cuillerées tà soupe par jour. Si chez quelques individus les organes digestifs étaient fortement attaqués, et qu’ils éprouvassent une faim extraordinaire , des oppressions à l’estomac, des flatuosités après la digestion, ou la diarrhée, il faudrait, au lieu de vin de Hongrie, employer le Try-Madeira ; ce n’est que lorsque ces symptômes auraient disparu , qu’il faudrait recourir à Y essence, à la première goutte, ou aux vins ordinaires de Tokay, et l’on pourrait meme faire usage des Tokay de France.

5.® Dans le marasme sénile. Cette maladie, résultat naturel et si fréquent de Tage, paraît ordinairement accompagnée d’une grande faiblesse des organes digestifs et nutritifs ; souvent elle est la suite du rétrécissement ou de l’oblitération des vaisseaux capillaires, d’une sécheresse morbifique des

Page 1