V. SCABIiATmi: PUERPÉRALE. (SC\RLATIN\ PUERPERALlS
§ 51. Particularité de cette maladie.
La scarlatine puerpérale est une maladie particu-
Hère, qu'il ne faut point confondre avec la scarlatine ordinaire. A l'exception de l'inflammation de la peau, l'autopsie n'a jusqu'ici démontré aucune lésion constante.
La scarlatine puerpérale, c'est-à-dire l'exanthème propre aux femmes en couche, qui par sa forme a rapport à la scarlatine ordinaire, est une maladie particulière, que l'on n'avait pas jusqu'à présent suffisamment différentiée de la scarlatine ordinaire. Les considérations suivantes en montreront les caractères distinctifs : 1° La scarlatine puerpérale n'est point l'effet delà contagion et ne la produit pas. 2° Elle paraît quelques jours après l'accouchement, ainsi que les autres affections puerpérales. 3° Souvent elle n'est accompagnée d'aucun symptôme essentiel de la muqueuse. 4° L'éruption a lieu sans ordre déterminé, c'est-à-dire que tantôt elle précède et tantôt elle suit l'apparition de la fièvre. Tantôt elle débute sur un point de la surface cutanée, tantôt sur autre. 5° La scarlatine puerpérale ne paraît souvent que dans quelques parties du corps, par exemple, sur les bras, sur les cuisses, etc. 6° Elle paraît et disparaît souvent plusieurs fois pendant sa durée. 7° Son apparition plus ou moins fréquente n'a aucun rapport avec l'apparition de la scarlatine ordinaire. Elle est donc une vraie maladie puerpérale, et peut ajuste titre être rangée parmi ces dernières.
L'on ne connaît jusqu'ici aucun changement constant intérieur et primitif; des symptômes de péritonite ou de pleurite, plus rarement despléniteet de méningite, se sont développés secondairement.
§ 52. Marc lie.
Trois ou quatre jours après l'accouchement, un violent frisson et la fièvre se font sentir. Le pouls est plein et fréquent; l'utérus est en môme temps
— Taie siège de légères douleurs, qui ne tardent pas à disparaître. Le lendemain, l'on aperçoit la peau parsemée de taehes d'un rouge pourpré. Les glandes du cou se tuméfient aussi quelquefois , et deviennent douloureuses ; souvent la scarlatine éclate sans la fièvre, qui ne paraît que plus tard, ou pas du tout.
Deux ou trois jours après renfaniement", raccouchée est saisie d'une fièvre intense, précédée d'un frisson violent. Le pouls a quelque chose de particulier qui le caractérise; il est très fréquent, plein et vibrant. La peau est sèche et brûlante; les malades éprouvent une grande chaleur et une soif ardente; le lait et les lochies sont dans leur état naturel. Si de légères douleurs se font sentir dans l'utérus, elles disparaissent ordinairement au moment de l'éruption de l'exanthème. Déjà, le lendemain de l'apparition de la fièvre, la peau, dans toute son étendue, est comme couverte d'une couleur pourpre. Au commencement, l'exanthème se montre sous la forme de taches rondes, rouges, de la grandeur d'une petite pièce de monnaie. Elles augmentent en nombre et en étendue, se réunissent, et tout le corps offre alors une surface rouge non interrompue. L'éruption n'observe aucun ordre, quant aux diverses parties du corps; mais elle éclate tantôt sur toute sa surface à-la-fois, tantôt elle ne se manifeste que successivement. La fièvre, dans quelques cas, ne diminue point; les glandes du cou se tuméfient el deviennent douloureuses. Quelquefois l'exanthème se rencontre sans la fièvre, qui rie se déclare que deux jours après l'éruption, ou même pas du tout. 11 arrive aussi souvent qu'avec une fièvre peu intense, il n'y a qu'une partie alîeciée de l'éruption, par exemple, les extrémités supérieures, ou bien un membre ou la poitrine, etc.
§ 55. Terminaison.
Deux ou trois jours après l'éruplion, l'exanthème est dans toute sa force ; sa couleur est rouge obscure , souvent tirant sur le bleu ou sur le pâle. Du quatrième au sixième jour, ladesquamation commence, et la convalescence suit bientôt ; il arrive cependant fréquemment qu'une splénite, une péritonite, une pleurite, l'anasarque lui succèdent. Souvent la desquamation n'a pas lieu, et la manie se déclare avec ou sans méningite.
Vers la fin du second ou du troisième jour, l'exanthème est dans tout son éclat, et, sous le rapport de la coloration, il est des plus intenses. Sa couleur passe souvent du rouge foncé au bleuâtre; dans quelques cas, elle est très pâle. Si la terminaison est favorable, la rougeur de la peau et la fièvre disparaissent vers le troisième ou quatrième jour ; la desquamation commence : elle est furfuracée chez les femmes blondes et d'une constitution délicate; d'autres fois j'épiderme se détache en écailles d'une étendue considérable. Il y a des cas où la desquamation seule établit la certitude du diagnostic, parce que la pâleur de l'exanthème empêchait de le reconnaître. Ladesquamation n'est cependant pas toujours suivie de la guérison. Chez quelques puerpères, l'on voit, sans cause appréciable, se développer une péritonite, une splénite, l'anasarque, quelquefois même une pleurite, avec un épanchemenl abondant. Si la desquamation n'a pas lieu , ce qui arrive dans certains cas, la malade éprouve de violentes douleurs de tête. La fièvre continue, augmente même; le pouls devient petit, très fréquent , et tout-à-coup l'on voit paraître les symptômes de manie, qui est bientôt suivie d'une terminaison funeste de la maladie.
§ 54. Pronostic et Traitement.
La scarlatine puerpérale n'est jamais saus danger. L'intensité de la fièvre, là couleur d'un rouge intense ou bleuâtre de l'exanthème , ne sont pas de mauvais signes ; mais les violentes douleurs de tête, la péritonite , la pleurite , la méningite emportent la plupart des malades. La manie amène certainement la mort. Au début , un traitement antiphlogistique est le seul moyen indispensable; plus tard» les acides minéraux à l'intérieur et à l'extérieur conviennent seuls.
Quoique cette forme soit presque toujours bénigne, son apparition inspire cependant de l'inquiétude, et l'on ne peut espérer de guérison que d'un traitement antiphlogistique mis en usage à temps. Presque chaque cas demande la saignée, plusieurs exigent qu'elle soit répétée deux ou trois fois. En négligeant ce moyen on s'expose à voir périr la malade. Si l'activité sécrétoire de la peau est diminuée, si l'éruption se. fait attendre, les lotions d'une eau acidulée à la température ordinaire produisent le meilleur effet. On les répète toutes les heures jusqu'à ce que la moiteur de la peau se prononce ; alors on peut les interrompre jusqu'à ceque la peau devienne de nouveau sèche et brûlante. Ces lotions, avec l'emploi des acides minéraux à l'intérieur, sont les meilleurs remèdes pendant toute la durée de la maladie. Si la manie se prononce, il faut recourir à l'emploi des sangsues et des fomentations froides, quoiqu'alors tout soit déjà devenu inutile. La péritonite et la pleurite offrent plus de chances de guérison avec l'emploi d'un traitement convenable.