RÉACTION PAR ABERRATION DANS LES IDÉES
IDÉOSYNCHTSIE (1).
Egarement intellectuel , Illusions , Hallucinations ; Wahnwitz , des Allemands î Raying, des Anglais.
Ij'aliënë est sujet aux impulsions les plus de'sordonnées sans qu'il y ait chez lui délire : le délire , c est l'altération d'un domaine idéal abstrait, une imagination morbide qui, détruisant les rapports entre l'intelligence et les impressions des sens, met le malade dans l'impossibilité de rectifier ses propres erreurs.
Différant par son caractère symptomatique des modifications déjà décrites , le délire offre ces mêmes lésions fondamentales qui sont propres a toutes les variétés du trouble intellectuel.
D'après ce que nous avons dit , les phénomènes morbides du mode délirant peuvent, en dernière analyse , se réduire a la lésion de la sensibilité diver-
(i ) \^c(, , idée j (TÔi^Xuatq , confusion , trouble.
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sèment nuaiice'e et a Taltëration du principe actif re'agissant de notre système inteilectuei , ou bien a ces deux lésions simultanément.
C'est, avons-nous dit, la sensibilité surexcitée qui fait que toutes les sensations naissent d'abord douloureuses chez Faliéné : c'est elle qui le porte à croire que tout le monde conspire pour le perdre, à ne trouver dans les procédés les plus louables que des intentions hostiles.
Mais pour peu que la sensibilité se trouve dans un état d'exaltation morbide, des phénomènes d'action et de réaction se développent aussitôt dans le domaine de Fima^ination. Celle-ci nourrit , renforce, exagère, ou bien diminue , amortit et dissipe nos souffrances.
L'imagination est donc affligeante ou consolatrice chez les aliénés.
Or , nos craintes , nos frayeurs , suscitent en nous des illusions c|ui à leur tour les exagèrent. La mère découvre, dans la moindre indisposition de son enfant, la perte certaine de cet objet de son affection. Celui que la peur agite dans un lieu obscur , voit pendant ce délire momentané des fantômes qui voltigent autour de lui : c'est cpi'un caractère timide et craintif préexistait chez lui , et que l'imagination y fournit des illusions qui le renforcent. Une vive frayeur détermine parfois, chez des personnes jouissant d'ailleurs de la santé intellectuelle la pkis parfaite , un délire pour le reste de leurs jours : elles s'imaginent être atteintes d'une maladie mortelle , et n'osent faire un pas, croyant devoir mourir subitement; quelques-uns ne passeraient point sur un pont, craignant quil
ne s'ëcroule sous leurs pas; d autres pensent, comme ce poète anglais, qu'un précipice affreux est toujours prêt à s ouvrir devant eux. Ainsi, quun homme devienne aliéné par le chagrin que lui cause le décès de sa femme , il s'afflige d'abord , ensuite il se creuse l'esprit pour découvrir s'il n'a rien négligé pour le rétablissement de celle qu'il pleure : il s'inquiète et trouve bientôt des motifs de négligence ; l'idée de crime même n'est pas éloignée de lui : le désespoir l'agite , l'accable , il est condamné au supplice éternel. c( Je ne rêve que crimes et atrocités , dit l'aliéné ; le genre humain entier m'est devenu odieux ; je hais ceux qui ne me veulent que du bien, et à tout moment, j'outrage jusqu'à Dieu même. » Si à cette époque , il prend son recours à des personnes incapables d'apprécier son mal , la moindre crainte bouleverse ses idées et fait naître chez lui des pensées qui ne tendent qu'à nourrir son désespoir. Un premier soupçon établi , une première accusation portée , il bâtit des systèmes les uns aussi peu conformes à la saine raison que les autres, et c'est ainsi qu'il se persuade que , pour mettre un terme à sa doulem- , l'homicide ou sa propre destruction , devient non-seulement une nécessité , mais même un acte légalement permis.
Ainsi , l'inquiétude conduit à la crainte : ce qui dans l'esprit du malade n'était qu'une probabilité d'abord , devient plus tard une vérité démontrée.
Cette réalité imaginaire augmente ses alarmes; des images idéales viennent la fortifier et ajoutent encore de nouvelles douleurs aux sentimcns pénibles qui déjà
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lagitent : c est alors qu'on voit l'aliéné reculer devant le fantôme effrayant qui lui annonce sa malheureuse destinée ou celle des personnes qui lui sont chères.
C'est donc toujours la sensibilité qui s'offre par des nuances différentes : d'abord indécises , les couleurs du délire souffrant deviennent de plus en plus apparentes et de plus en plus vives, jusqu'à ce cju'elîes se métamorphosent enfin en idées claires, distinctes et détachées du fond du tableau. C'est cette transfiguration des sensations en images, qui annonce le délire.
Cette anomalie de l'imagination se présente a l'état douloureux avec des nuances diverses.
Elle se concentre tantôt dans des illusions auditives : le malade entend des voix qui conspirent contre lui ; elles lui lancent les imprécations les plus affreuses. Ou bien c'est une mère qui croit ouïr les plaintes de ses enfans dont elle est séparée. D'autres vous assurent, avec tout l'accent de la persuasion, qu'ils entendent les gémissemens d'un ami , d'un parent mort depuis long-temps. Un aliéné de notre établissement dit que des personnes invisibles lui parlent , mais qu'il comprend distinctement que les unes l'accusent de meurtre , et lui annoncent la mort de sa mère , tandis que d'autres combattent ces discours : ajoutons que le malade a la parfaite connaissance de son état, et que lui-même cite à tout propos cette singularité de ses idées , ne pouvant s'en rendre raison.
Parfois l'imagination morbide se caractérise par des illusions optiques. Les malades voient partout du
sang ou des objets ensanglantes; des bras nus semblent sortir des murs, des spectres efFrayans leur apparaissent pendant la nuit , qui se présentent parfois sous la forme de leurs amis ou de leurs ennemis.
Parfois les illusions sont tactiles. L'aliéné prétend que des lutins lui rongent la peau, qu'on le pince ou qu'on l'écorche ; qu'on lui arrache les entrailles , que des grenouilles , des serpens y logent ; que la nuit on le perce de coups de stylet ou qu'on essaie de lui couper la tête. Un aliéné m'assura que, vers deux heures du matin , une main froide comme glace s'appliquait sur son épaule droite.
L'illusion se manifeste souvent par un esprit de prophétie , de révélation , de prévision. Demain , disent tels aliénés, à telle heure, est la fin du monde; tel jour on viendra m'empoisonner , me conduire a l'échafaud. Quelques-uns ont des intelligences avec les déjnons ; leurs sinistres présages ne tarissent point.
Parfois les hallucinations de l'imagination douloureuse se manifestent par un esprit de métamorphose. Beaucoup d'aliénés reconnaissent dans une personne étrangère un ennemi , un agent destiné a leur faire endurer les plus grandes souffrances. D'autres prétendent que les jours de la semaine sont intervertis , ou que leur maison ne se trouve plus a sa place ; ou bien le malade se croit lui-même métamorphose en animal , en monstre, etc. Ces dernières variétés constituent la Melancholia metamorphosis des auteurs. Nous
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pourrions , sous ce rapport , citer les faits les plus extraordinaires , mais tous les ouvrages en sont remplis.
L'imagination, comme il a e'té dit dans notre premier chapitre , au lieu d'exagérer les souffrances de laliëné , prend souvent un autre mode d être , et devenant tout-a-fait réactive et consolatrice , transporte le malheureux dans un monde idéal de félicité, dans lequel les idées de douleur font place k des illusions agréables.
Or, les diverses modifications que nous venons de voir pour le délire souffrant peuvent se présenter dans la réaction de l'imagination avec des caractères divers.
hWïéné entend des concerts harmonieux, les accens de son amante , la voix des anges , de Dieu même. Des illusions visuelleslui représentent cette même amante, ces anges ; sa cellule , dégarnie de tout meuble , lui apparaît comme un salon magnifique. Il vous fait remarquer de superbes dessins , là où vous ne trouvez que quelques lignes tracées sur le mur. Parfois il est ravi par des sensations voluptueuses imaginaires. Ces différentes variétés ainsi que celles qui se rapportent aux altérations douloureuses des sens dans le délire , constituent le Wahnsinnjàes psycologues allemands.
L'esprit de prophétie a ses illusions agréables. Le même phénomène a lieu pour les métamorphoses. L'aliéné voit , dans ses vêtemens grossiers, des habits royaux , et , dans des morceaux de verroterie , de superbes diamans. Il est grand seigneur, minisire, roi, pape, saint, etc. C'est le plus haut degré de félicité auquel Fimagination le transporte.