MÉLANCOLIE .FOLIE, DELIRE
Marie Z. ... , âgée de trente ans , d'un caractère naturellement capricieux , devient aliénée par suite de chagrins domestiques. Elle se croit perdue , destinée au supplice de l'enfer. Ayant fait des tentatives pour se détruire , elle arrive a notre établissement, offrant la peau du cou livide , et portant les traces de la corde avec laquelle elle avait voulu se pendre. Pendant son séjour a l'hospice , elle ne cesse de se livrer au plus profond désespoir ; assise du matin au soir devant son lit , la tête appuyée sur une main , elle ne répond que par monosyllabes ; parfois elle s'entretient assez longuement sur un affreux supplice qui l'attend. Un jour s'etant procuré des ciseaux , elle cribla un matelas et son bonnet de petites entailles, et tout cela sans la moindre apparence d'humeur ni de colère : elle m'avoua très ingénuement que ce désir de couper dans ses habits était un besoin auquel elle ne résistait pas. De temps en temps , elle refusait sa nourriture. Mais, au bout de deux ans , elle guérit complètement.
C'ost ainsi, qu'après avoir trouvé le suicide, 1° comme phénomène terminant un accès de colère, 2° comme
SUR LES PHRENOPaTHIES.
dëterminaûoii fantastique , 3° comme symplônie de mélancolie fantastique , il se présente encore ici comme mélancolie fantastique avec délire.
L'association des procédés fanlastic[ues et du délire avec le mode mélancolique aggrave beaucoup le pronostic de cette dernière affection ; le suicide surtout , ainsi cjue la monopathie homicide , sont des complications très- fâcheuses : cependant, uii désespoir réel n est-il point la cause du mal, le délire n'offre-t-il point un caractère fixe, on peut espérer de réiablir le malade , ce dont l'exemple précédent nous fournit une preuve.
Cette variété d'aliénation mentale , qui ordinairement a pour cause une frayeur, des inquiétudes , un grand chagrin , est fréquente chez les hommes d'un caractère sensible et timide, ainsi cjue chez les vieillards.
Les affections de lutérus y donnent souvent lieu.
L'influence de cet organe sur le système intellectu^ a été remarquée par tous les observateurs. Mais c'est son engorgement sanguin qui n'a pas été considéré avec toute l'attention qu'il mérite. On rencontre, à tout moment, des femmes qui se plaignent de douleurs hypogastriques , chez qui les règles se présentent à des intervalles rapprochés , avec un état de mélancolie : abattues , tristes et assiégées par des craintes chiméricjucs , des écarts de l'imagination , des procédés fantastiques , elles-mêmes sont étonnées de leur situation singulière. Remarquez, a l'âge de retour , les fcnimos atteintes d'Lé.iicrrhagics utéxùnes , vous les
verrez souvent dans cet état : dominées par un sujet triste, vous leur trouverez constamment les paupières humides. D'ailleurs , nous savons que la femme pleure facilement à l'approche de ses règles : aussi est- elle plus irritable, plus fantasque a cette époque c|ua toute autre. Il nous est arrivé plus dîme fois de rencontrer laffection dont il s'agit chez des filles atteintes de leucorrhée et se plaignant de pesanteur à la région utérine.
M.™^ X. . . . , ayant dépassé Tàge de retour , se trouve tout-à-coup assaillie par des idées tristes et chimériques. Eprouvant une pesanteur dans Fhypogastre, jointe a une chaleur mordicantedans les parties sexuelles, elle se dit atteinte de cancer à la matrice. L'exploration ne fait découvrir aucun indice du mal qu'elle accuse : l'assurance de n'avoir rien trouvé qui put légitimer ses soupçons, les exhortations de sa famille, la détournèrent pour le moment de son délire ; mais elle reste triste, pleure souvent, a une propension aux actes les plus bizarres , ne dort point et porte sans cesse son attention sur le bas- ventre. Mais le motif de ses inquiétudes change bientôt de caractère : ce n'est plus un cancer dont elle est atteinte , c'est la pierre dont elle est menacée. Au bout de deux ans de mélancolie, d'aberration dans les idées et dans les déterminations, la convalescence se fait sentir subitement.
Je soigne en ce moment une demoiselle, qui, atteinte d'une descente de la matrice , provenant d'une chute violente sur le sacrum, se trouve prise tout-à-coup d'une profonde tristesse , avec des aberrations les plus singulières dans les idées, et une propension au sul-
cicîe , chaque fois que , par un effort quelconque , le col de Futérus se présente a lemboucliure du vagin et qu'il la dépasse. L'usage d un pessaire a fait disparaître ces anomalies étonnantes.
J. V perd ses règles à vingt-neuf ans , et devient
triste avec une propension au suicide. A trente-cinc| ans , elle entre a notre établissement , et en sort a trente-six , améliorée de sa mélancolie. — Rentrée a quarante-cinq ans : mélancolie, imagination morbide , tendance au suicide ; a quarante-neuf, marasme, ascites, mort. A l'ouverture du corps , toute la membrane péritonéale abdominale et intestinale noire comme de l'encre ; Tépiploon gastro-colique décomposé : les parois de la matrice épaissies , distendues par un sang noir , ainsi que la rate.
Girot ^ de Dinant, a rapporté des faits analogues (i).