INTRODUCTION. ^ XI
l'êfiet qu'elles suscitent au moral, et nous sommes parvenus à trouver comme phénomène fondamental , une exaltation de la sensibilité morale : ces rapports entre les stimulans et la sensibilité' , nous ont fait dire que toutes les impressions naissent douloureuses chez lalie'né. L'altération des idées, les anomalies dans les de'terminations, tantôt violentes , tantôt capricieuses , tantôt convulsives, nous ont paru résulter d'une lésion primitive de la sensibilité. L'opinion d'un médecin célèbre tend a faire dériver les troubles intellectuels d'un défaut d'attention. L'aliénation sera pour nous, et dans la majorité des cas, une douleur du sens affectif. Cet état ,^ nous l'avons désigné sous le nom de Phrénopathies,
Notre opinion sur la nature du trouble intellectuel diffère de celle que G ail a émise , en ce que nous considérons moins les facultés de cet organe sous le rapport de la pluralité de ses qualités instinctives que sous celui d'une propriété fonctionnelle générale. C'est donc de cette sensibilité par laquelle nous sommes tristes, effrayés ou colères, que nous traiterons de préférence.
Nous admettons avec Gall une altération dynamique du cerveau. Nous la considérons comme un dérangement dans l'expression fonctionnelle, sans anomalie constante ni permanentedans la circulation, l'exhalation, la nutrition ou la composition intime de l'organe. Rattachant les phénomènes morbides aux causes qui les font naître, nous avons adapté les lois de la vie organique aux phénomènes pathologiques du moral ; nous nous sommes abstenus soigneusement
Xîï INTRODtCTlON.
de vouloir déterminer quelle part Tessence immortelle de la pensée prend au désordre de Fesprit.
Nous différons avec Georget en ce que nous rapportons les aliénations à une lésion fondamentale. Cet auteur s'est attaché à décrire le trouble intellectuel sans assigner une source commune aux phénomènes qui le caractérisent. Nous admettons la grande prééminence des causes morales sur les physiques , sans toutefois exclure ces dernières , comme le fait cet écrivain, ainsi que le docteur Voisin.
Nous ne voyons point avec le professeur Lallemand dans l'inflammation de l'arachnoïde une cause générale du délire. L'arachnoïdite peut produire le trouble des idées dans les maladies aiguës; lorsqu'elle est chronicjue ou la suite d'une métastase ou de quelquacte violent exercé sur la tête, elle peut donner lieu encore a cette affection : mais si le délire naît d'une causa morale, si l'autopsie constate l'engorgement rouge de l'arachnoïde , cet état organique doit , dans le plus grand nombre des cas, être considéré comme secondaire au trouble du système nerveux encéphalique.
Nous différons d'opinion avec le docteur Bayle. Le plus grand nombre d'aliénations tiennent, selon lui, à l'inflammation de la pie-mère , à l'irritation qu'elle exerce sur le cerveau , opinion également émise par le docteur Falret. Sans admettre l'engorgement sanguin de cette membrane comme toujours primitif, nous croyons qu'il l'affecte plus fréquemment que le cerveau. Les altérations morales sont fortement restreintes par ces auteurs ; selon nous , elles constituent le plus grand nombre des aliénations.
INTRODUCTION. XIIî
Nous voyons, avec M. Broussais, une affection cérébrale dans le désordre moral : son siège ne saurait être dans les plexus splanchniques , comme le prétendent Pinel et Amard. La cause peut y résider , ou bien le cerveau surexcité renvoyer sa stimulation morbide dans les viscères. L'irritation de cet organe constituerait, selon cet auteur , la lésion fondamentale dans l'aliénation. Nous avons suivi dans nos recherches une autre route : nous attachons d'autres idées à ce mode d'être de nos qualités morales : notre ouvrage n'a de commun avec l'écrit que M. Broussais a publié sur l'irritation, que le but. Distinguant les lésions de la sensibilité de celles qui sont propres au principe actif de notre système intellectuel , nous nous sommes surtout attachés à un phénomène remarquable, mais dont, jusqu'ici, on n'a fait aucune application spéciale aux aliénations : c'est la réaction, que nous appellerons morale , appliquée à ces dernières. Nous admettons le passage de l'irritation nerveuse au système vasculaire du cerveau ; mais nous voyons dans la fluxion sanguine plus souvent une congestion passive , déterminant à son tour des inflammations secondaires chroniques , qu'une phlegmasie franchement aiguë. Nous avons cru reconnaître ce premier état dans une foule de ramollissemens cérébraux, altérations qui ont fait l'objet des recherches spéciales de MM. Bécamier, Bostan, Calmeil , Coindet, Parent, Martinet , Miquel , Bricheteau , Dan de la Yautrie , Bochoux , et d'autres auteurs déjà cités dans cette introduction.
Nous nous étions d'abord proposé d'offrir au public tm recueil où chaque observa |.ion eut été suivie de son