MÉLANCOLIE, MANIE, FOLIE, DELIRE
Un jeune homme, âge de vingt-neuf ans, éprouve des revers de fortune qui lui ôtent , d'abord, la gaieté de caractère qui lui est naturelle. L'aliénation se déclare , et pendant son séjour a notre établissement, il offre les phénomènes suivans :
Mélancolie. • — Tout-a-coup , et sans que rien y donne lieu , il s'écrie : « Ah que je suis malheureux ! quel sort 1 quelle situation î » Il verse des larmes abondantes.
Manie. — Il parle souvent d'objets religieux, désire se confesser, aime a prier dans la chapelle. Souvent il lui prend un besoin de marcher. Il se plaint d'injustices, parle avec volubilité , court de droite et de gauche , ne souffre pas la contradiction , menace de donner des coups de poing a quiconcjue s'oppose a ses vues.
Fantaisies . — Il se refuse à tout , ne veut pas aller le soir au lit; le jour il y reste , la nuit il se lève. 11 refuse obstinément de manger, et , pendant plusieurs mois , quatre servans lui font prendre des alimeUs par la force. 11 aime a marcher nus pieds sur des terrains humides , se met parfois tout nu , se place souvent dans un coin de sa chambre , en s'y tenant des heures entières debout , sans bouger d'un pas.
Délire. — Le servant qui le soigne est vuie femme , dit-il ; les jours de la semaine sont intervertis , le dimanche, c'est le vendredi. La nuit, on crie les plus grandes infamies a ses oreilles ; on lui fait des grimaces, il voit des taches de sang sur le plancher.
SUR LES PHRÉNOPÂTHIES. 309
Lorsque le délire se manifeste subitement et qu il ne se rapporte point a un sujet fixe , il n'est pas toujours d'un augure défavorable : Finvasion des symptômes se fait-elle promptement , les procèdes fantastiques ont-ils un caractère d'inslabilité , le malade ne refuse-t-il pas de manger, n'est-il point opiniâtre , cette association morbide est loin de le mener a Fincurabilité : parfois au bout de quelques jours, de quelques semaines , on observe une terminaison heureuse de la maladie : mais si les caractères morbides procèdent avec lenteur , si le délire prend le caractère mon opathique , les intervalles lucides deviennent moins longs et les eflforts de réaction restent impuissans.
Le délire forme des combinaisons quaternaires en s'associant , tour à tour , avec la mélancolie , les fantaisies , l'extase et les convulsions ; ou bien avec la manie , la folie , Fextase et le mode convulsif.
On trouve des combinaisons de cinq variétés dans l'association du délire avec la mélancolie , la manie , la folie et l'extase ; ou avec les convulsions , l'extase , la folie et la manie, ou bien avec les convulsions, la folie , la manie et Fextase.
Il existe des aliénations dans lesquelles nous trouvons un composé de six variétés à la fois : la mélancolie, la manie, la folie, l'extase, les convulsions, le délire.
SECTION SEPTIEME