‹ Traité sur les phrénopathiesChapitre 42 sur 58 · RÊVASSERIE · texte numérisé non relu

RÊVASSERIE

rxCOIIÊRENCE DANS l'eXPRESSION DES IDÉES.

* ATÎACOLUTHIE (1).

IrreJ'edeiif vei^wirrtheit , des Allemands; Desipientia.

L'incohérence dans Vexpression des idées diffère du délire en ce que celui-ci se rattache a des hallucinations de rimagination ou des sens, sans défaut notable dans renchaînement des idées : dans le mode morbide que nous examinons ici , les idées se reproduisent vaguement , sans liaison entre elles ; vous parlez au malade, et il vous répond non-seulement de travers, mais son discours n'offre rien de suivi ; il n'exprime rien avec clarté : dans le délire , Vidée , quoique fausse , porte un caractère d'enchaînement et des couleurs qui lui sont propres.

Les auteurs , pour autant qu'ils font mention de cet état , le confondent avec la démence : mais ces affections diffèrent entre elles essentiellement : dans l'in

(1) kvaKo\cv^i c. , li^. cohérence.

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cohérence , le malade conserve ses idées de relation ; c'est, le plus souvent , un état actif plutôt que passif, tandis que la démence offre tous les indices d'un affaissement des forces morales et physiques : dans l'aliénation qui nous occupe , le mal réside dans une impossibilité de trouver des termes adaptés à la manifestation de la pensée, dans une incapacité de lier les idées et d'en faire un sens suivi , indépendamment du motif qui les dicte ; ces aliénés se servent de mots qui ne présentent pas la moindre connexion avec l'objet a exprimer. Mais ce qui est remarquable et qui souvent annonce bien le caractère du mal , c'est l'inr tégrité des conceptions : les lettres que ces malades écrivent sont parfois pleines de bon sens et n'ont pas le désordre qui règne dans leur langage; ce qui ferait supposer que le trouble réside moins dans la pensée que dans la parole : ce qui plus est , tous les actes extérieurs n'annoncent pas un aliéné ; quelques-uns de ces malades sont remarquables par l'exactitude et les soins qu'ils mettent a leurs travaux ; ils observent les convenances , même on ne leur remarque point de ridicule dans la parure : or , nous avons a notre établissement un pharmacien dont les discours sont on ne peut plus incohérens; ses ordonnances, cependant, lorsqu'ilse trouve indisposé, sont toujours bien écrites, adaptées au mal , et d'une rigoureuse exactitude quant aux doses.

Voici ce qu'un autre aliéné, atteint de ce genre d'aliénation mentale, m'écrivit un jour : la manière élégante et touchante en même temps, avec laquelle le malade s'exprime , offre un contraste remarquable avec

l'excessive incohe'rence qui règne dans lous ses discours . « Né avec uu cœur sensible et aimant, ma vertu n'a » servi qu à me conduire au bord de labîme le plus » aflfreux où jamais homme ait été enlraînë. Voilà » quarante-un mois et seize jours que je souffre la plus » dure des captivite's, que par une pitié mal entendue » la charité chrétienne se plait encore à rendre plus » terrible : je suis à la fois la victime du monde et de » l'église. — J'ai étudié profondément 1 homme et ses » vices , je ne suis nullement du nombre des êtres » dégradés ; jamais mon corps n'a été souillé d'aucune » tache : je dirige journellement mes vœux et ma » pensée vers le Dieu véritable , le seul et unique » Dieu, le Dieu de l'amour, afin qu'il daigne jeter un » regarddemiséricordesur sa pauvre créature, et qu'il » veuille la préserver de grands malheurs. »

L'incohérence dans l'expression des idées n'est, dans le sens que les pathologistes attachent aux caractères morbides , que le symptôme d'un symptôme : qu'on considère cette altération intellectuelle à Télat aigu , qu'on l'étudié à l'état chronique , jamais elle ne se manifeste comme symptôme primordial ; d'autres phénomènes précèdent, en tout cas, cette anomalie du langage.

C'est ainsi que nous rencontrons encore comme altération fondamentale de ce mode morbide , une souffrance morale , s'annonçant d'abord par l'abaltement et la tristesse, passant a 1 état d'irritabilité morale, de réaction violente, de réaction fantastique, extatique ou convulsivc , ou de délire , et s'individualisant

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ensuite dans un défaut de coordonation dans l'exprès^ sion des idées.

Or , le mal a son origine vous offrira , dans la majorité des cas, une peine, un chagrin, une frayeur, comme cause morbide.

Dans quelques cas exceptionnels, cette anomalie intellectuelle résulte de causes dehililantes directes; telles sont entre autres lage avancé, les pertes subites de sang , Tabus dans les plaisirs vénériens , etc.

RÊVASSERIE A l'ÉTAT DE MONOPATHIE.

Le désordre dans l'expression des idées étant ordinairement la suite d'un violent exercice de la pensée ou bien d'une profonde affection du sentiment , cette altération morbide est presque toujours associée a d'autres variétés du trouble intellectuel , et ne se présente que rarement à l'état d'individualité : du moins il ne m'est point encore arrivé de rencontrer une monopathiepar simple incohérence dans l'expression des idées, sans exaltation dans les déterminations , sans fantaisies, sans tristesse, sans délire.

Dans tous les cas, l'incohérence dans les idées est une des complications les plus fâcheuses de l'aliénation mentale , d aulant plus qu elle se manifeste sans symptômes de réaction : or , les cas de guérison sont aux incurables comme 3 a 100,

ASSOCIATIONS MORBIDES

Mélancolie, Manie, Folie, Extase ^ Commlsions , Délire ^ Rêi^asseric.

MELANCOLIE ET BEVASSERIE.

A Tëtal physiologique : divaguer de chagrin, balbutier de frayeur.

A travers des expressions dépourvues de toute liaison, on distingue des motifs qui se reproduisent sans cesseet qui se trouvent lies à la cause du mal : ce sont des sujets daffliction , des actes de désespoir : il y a abattement , propension a chercher la solitude.

Cette aberration dans les idées, rarement primitive, est presque toujours suite du délire lupérophrénique : elle offre dans sa marche une progression continue , et n'est presque jamais périodique. Survenant dans le cours d une mélancolie, qui date de long-temps, elle annonce un accroissement dans le stimulus morbide : sa naissance subite au début est souvent dun favorable augure; elle indique une réaction salutaire.

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HANIE ET fiÈVASSERIE,

A Fétat pliyslologique : bredouiller, balbutier de CO' 1ère, perdre le fd de ses idées, de son discours, Il avoir pas le mot propre,

L'incoliërence dans les idées marche ici de pair avec une exaltation de la volonté : ce sont des mouveniens prompts et rapides , mie intarissable loquacité , des plaintes ; l'exaltation de quelque qualité instinctive , l'ambition , l'amour, la religion, un sujet quelconque: ce sont des accès de colère, des vociférations continuelles, un état d'irascibilité, avec des propos dépourvus de sens et de liaison. Néanmoins, cette combinaison se présente rarement k cet état de simplicité : c'est le délire , ce sont les fantaisies avec lesquelles elle s'associe le plus fréquemment.

Cette variété d'aliénation est souvent accompagnée d'une congestion veineuse a la tête : celle-ci s annonce parfois par une couleur presque noire des paupières ; elle est telle qu'on serait tenté de croire , au premier aperçu, que le malade a reçu des contusions sur ces parties : dès que l'exaltation intellectuelle baisse , les paupières passent successivement de la couleur brunâtre au vert et au jaune.

Des inflammations considérables des organes thorachiques et abdominaux accompagnent parfois cette aliénation : elles paraissent dues le plus souvent , au froid auquel le malade s'est trouvé exposé : or, il m'est arrivé de voir la plèvre , le péricarde , le cœur en suppuration; le mésentère, le foie, le tube intestinal dans

un ëlat de décomposition morbide complète : lïnsensibilite du sujet explique seule les progrès avancés de ces altérations.

Nous rencontrons la rêvasserie , soit au début de la manie, soit dans son cours. Dans le premier cas, ce désordre , qui dénote un haut degré de réaction , est souvent d'un augure très - favorable : au bout de quelques jours, de quelques semaines, de quatre ou cinq mois , Tincohérence se dissipe avec la disparition des phénomènes de réaction , et le malade se trouve Guéri. Mais la rêvasserie se manifesie-t-elie dans le cours d une manie furieuse ou tranquille qui dure depuis long-temps , la réaction devient-elle continue et peu violente , l'appétit reste-t-il vorace , le pouls est-il petit et vibratile , le sommeil est-il bon au milieu do ces symptômes graves , alors cet état de choses annonce presque toujours cpe la nature est insuffisante dans ses efforts curatifs.

Le caractère monopathique dans la manie avec iiicohérence des idées, indique la longue durée de la maladie et ordinairement son incurabilité.

FOLIE ET REVASSERIE.

Cette variété morbide constitue ordinairement un caractère de transition entre la mélancolie et la démence.

On adresse la parole au malade : il sourit, balbutie des mots, qui se rapportent le plus souvent aux objets qu'il a devant lui. On lui dit : Comment vous va-t-ilr* Il répond ^ Gomment vous va-t-il ? et le médecin, et sa

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iiioatre, et son chapeau ? « Tout-a-coup il laisse tomber le discours , court se blottir dans un coin de sa cellule et y reste immobile; puis se retourne a^ec vitesse et revient sur ses pas. D'autres sont indociles, déchirent leurs habits , se déshabillent , refusent de manger.

Celte association morbide suit une marche continue. Les symptômes de la réaction fantastique qui s y remarquent annoncent la gravité du mal , d'autant plus que leur développement s'est fait avec lenteur.

Une fièvre lente intermittente se déclare parfois dans le cours de cette affection : l'apparition , les retours périodiques de cette affection fébrile , se manifestent avec une irrégularité particulière ; parfois le malade n'éprouve d'accès fébriles qu'au bout de huit jours, quelquefois ces accès se succèdent trois ou cjuatre jours de suite ; une période de sueur a lieu en quelques cas sans chaleur , une période de froid sans être suivie de chaleur, etc. Cet état de fièvre semble se développer de préférence dans toute affection mentale 011 les forces réactives portent un caractère d'impuissance : on dirait en effet que la nature épuise toutes ses ressources pour dompter l'état morbide : cependant l'apparition de cette affection m'a semblé plus propre aux fantaisies avec rêvasserie qu'a toute autre variété du mode fantastique , telles que la mélancolie , la manie , l'extase , la convulsion , le délire fantastique et les diverses combinaisons que ces modes forment entre eux. La désorganisation pulmonaire et intestinale se rencontre fréquemment dans la variété de folie dont il 'agit.

e1t4Sf t't rêvasserie.

Le malade assis, immobile, regardant un objet et n'ayant pas Tair de voir , parle peu , ou , lorsqu'il prononce quelques mots , ses phrases sont décousues.

Cette variété , prise a son état de plus grande simnlicité, s'observe rarement; elle se trouve presque *,oujours associée avec d'autres altérations intellec* tuelles , surtout avec le délire.

CONVULSIONS ET REVASSERIE.

Un tremblement général , l'hystérie, l'épilepsie, se rencontrent souvent avec Tincohérence des idées : mais l'observation faite précédemment trouve également place ici : presque toujours , le délire , les fantaisies ou d'autres variétés du trouble intellectuel se joignent , en même temps , aux convulsions.

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