EXTASE ET DÉMENCE
A l'état physiologique : stupidité , ébétement, ébahis sèment.
La démence succède parfois à l'extase: ce phénomène a principalement lieu chez des personnes âgées , et détermine ordinairement l'incurabilité de cette dernière affection.
CONVrLSION ET DiBIENCE.
Rien n'est plus ordinaire que cette combinaison morbide avec des symptômes épilepliformes ; chez l'idiot surtout , cette association est fréquente.
DELIBE BT D£M£NGE.
Le malade éprouve des illusions optiques^ auditives ou tactiles, croît qu'il a- changé de forme ^test enerrétir sur le lieu où il se trouve , s'imagine étrefrîcEë ou pauvre y heureux OU malheureux ; mais^utï grand afl^blissement, une forte oppression des forces inteltecitvelfè s et mo;trices, caractérisent en xnême temps lainaladi^: il y a absence d'égards^ de pudeur ^ deconvenatiC^ f Taliéné reconnaît à peine ses parens et ses tn^îllètffs amis, est incapable de concevoir une combîtiai5dn d'esprit quelconque r Sa démarche est vacillant&;^încertaine; la tête est penchée sur la poitrine ; Vœil terne et sans expression.
Cette variété d'aliénation accompagne ordinairement les décompositions organiques du cerveau3?u l'altération de ses membranes. -—Pronostic fâcheux.
DEUrENCB ET REVASSERIE.
Les sept-dixièmes des aliénés atteints d'incohéreiiço dans les idées, offrent en même temps des indices d'aflfaiblissement intellectuel. A Té tat chronique ^ cette affection est au-dessus des ressources de Fart.
Je me borne a l'indication de ces caractères de fa démence qui sont composés de deux variétés morbides ; les antécédens doivent avoir fait sentir de quelle extension un tel sujet serait susceptible : mais comme tout ce qu'on pourrait rapporter encore , tant sur les variétés du diagnostic de ces affections, que sur leur
SUR LES PHRÉNOPATHIES. 335
influence sur le pronostic, se bornerait a des re'pëtitions , j'ai cru devoir supprimer ce qui est relatif aux autres variétés de l'incapacité intellectuelle. Indépendamment de celles que nous venons de voir, la démence peut former des combinaisons de trois , de quatre , de cinq , de six , de sept , de huit unités morbides.
Conclusion de ce Chapitre,
Les symptômes que nous venons de passer en revue correspondent donc aux altérations fondamentales que nous avons fait connaître dans notre premier chapitre : c est une succession de phénomènes provenant ou de Texaltation , de l'aberration des forces cérébrales , ou bien de leur oppression , de leur anéantissement.
Les symptômes de la mélancolie ne nous ont d'abord fait voir qu'une affection sentimentale.
C'est elle qui exprime la lésion du sens afFectîf- Ainsi, la douleur morale constitue V altération fondamentale du trouble intellectuel: c'est la Mélancolie qui indique cette souffrance dans son état originaire, avec des caractères plus ou moins évidens , depuis le sentiment d'affliction, jusqu'à la frayeur la plus prononcée : c'est le cerveau , sous l'influence d'une impression pénible , qui annonce l'atteinte portée au bonheur moral de rindividu ou à sa conservation phjsique.
Dans la majorité des cas, hi mélancolie n est que le retentissement prolonge' d'une cause morale quelconque , aerissant douloureusement sur le sens affectif.
Dans les cas exceptionnels, Fétat morbide du moral peut dépendre d'une cause physique , irritative ou affaiblissante , mais , toujours ^ l'organe exprime primitivement le trouble de ses fonctions par un sentiment de détresse : et, sous ce rapport, les prodromes de l'e'tat morbide du cerveau sont semblables aux phénomènes qui caractérisent le début des maladies de tous nos organes indistinctement.
La mélancolie , considérée comme symptôme priinordial de toutes les aliénations , présente une durée variable.
Elle persiste parfois pendant le cours entier de la maladie , et constitue la Mélancolie proprement dite.
Quelquefois sa durée est limitée dans l'aliénation : la mélancolie se montre pendant quelques semaines , quelques jours, quelques heures , quelques instans; elle disparaît lorsque le moral réagit sur l'impression douloureuse , ou bien elle persiste et s'associe aux phénomènes de réaction : celle-ci s'élève de la simple irritabilité morale , jusqu a Fétat convulsif le plus prononcé.
Ces phénomènes secondaires effacent parfois le symptôme primordial , au point de devenir individualités morbides a leur tour : parfois la mélancolie se combine avec toutes les vésanies possibles , soit comme prodrome , soit comme symptôme caractéristique du début , soit comme phénomène de la période décroissante.
SUR LES PHRÉNOPATHIES. 337
Or , trois caractères principaux distinguent primitivement la douleur morale :
La mélancolie ;
Un ëtat d'impressionnabilitë ;
L'action douloureuse des stimulans moraux sur le moral morbide.
Tous les autres phénomènes du trouble intellectuel se rattachent , comme il a e'të dit , à une lésion plus profonde de la sensibilité , aux efforts réagissans du cerveaui, ou a la débilité, a. la destruction organique , qui succèdent à cette excitation supernormale.
Nous avons passé en revue les symptômes qui annoncent les différens modes de réaction du moral.
Dans Fexaltation avec réaction , la manie , nou§ avons trouvé la sensibilité et la volonté exagérées en même temps, et s'annonçant^ dune part, par des plaintes , des soupçons , des accusations , par un esprit impérieux , un besoin de commander, de parler , d'agir ; de l'autre, par des menaces, des vociférations, des accès de colère et de fureur.
La réaction fastastique , la folie, modification intellectuelle dansiaquelle nous rencontrons des phénomènes s'éloignant davantage de l'état naturel , nous a offert un genre d'altération bornée au cercle des déterminations , et laissant plus ou moins intacte la sphère des conceptions et de l'imagination. La manie tranquille ou furieuse suppose simplement l'exaltation des forces réagissantes du cerveau : les fantaisies se rapportent à des déterminations ayant un caractère original, bizarre;
tantôt morales , tantôt se manifestant, d'une part, par un excessif entêtement, le refus de manger, de parler , un caprice d'esprit , une bizarrerie dans les affections ; d'une autre , par un besoin de se mettre nu , de léser, de détruire, par des gestes automatiques, etc.
La folie a presque toujours été confondue avec la manie : mais elle diffère essentiellement de cette dernière par son caractère morbide qui se rapporte à un caprice de la volonté dans lequel on ne distingue point cet esprit acerbe , ces emportemens de colère qui sont propres a la manie. ^
Le phénomène qui constitue un état intermédiaire entre la folie et les convulsions , l'extase , s'est annoncé par une propension du corps à l'immobilité , par une tension , une rigidité musculaire.
Les convulsions se sont présentées sous des formes diverses : tantôt le moral seul est le siège de ce mouvement violent, c'est la convulsion léthargique : la convulsion musculaire s'annonce le plus communément par une trémulation universelle , par des accès d epiiepsie.
Dans le délire , les phénomènes morbides se rapportent à lanomalie du domaine idéal. On y distingue les deux altérations fondamentales du trouble intellectuel : l'altération de la sensibilité morale et un effort réagissant dont l'imagination est le siège.
Dans la rêvasserie , le trouble morbide existe plus dans l'expression des idées que dans les conceptions mêmes. Cette altération est tantôt le résultat d'un grand excite ment , tantôt elle se présente comme symptôme asthcnjque.
SUR LES PHRÉNOPATHIES. 339
Les symptômes de la démence annoncent l'oppression ou la paralysie des fonctions intellectuelles : souvent ils dépendent d'un vice organique du cerveau.
On a presque gëne'ralement confondu les symptômes qui sont propres a l'extase et a la rêvasserie , avec ceux qui caractérisent la de'mence : or , dans l'extase il y a suspension des actes intellectuels et en même temps rigidité, immobilité : dans la rêvasserie, l'on ne trouve point cet état d'affaissement , cette absence de spontanéité dans les déterminations , cette abolition de l'intelligence et de la mémoire , caractères qui appartiennent tous à la démence.
La simple lésion du sens affectif, la mélancolie, nous l'avons désignée sous le nom de lupérophrénie.
Les gradations qu'offre le moral dans ses différens modes de réagir, ont été exprimées par les termes de : hjperphrénie , exagération des phénomènes intellectuels ; paraphrénie , aberration de ces mêmes phénomènes ; hjperplexie , état subconvulsif du moral ; hjperspasmiej convulsion proprement dite : ideosjnchysie, aberration dans les idées , anacoluthie, Fincohérence de ces mêmes idées.
L'afifaiblissement intellectuel a été désigné sous le nom de noasthénie.
Nous avons jugé plus conforme aux habitudes de l'intelligence et de la mémoire de conserver à chaque genre de maladie mentale son nom vulgaire , et en accordant à ceux qui n'ont pas encore été décrits , des dénominations générales déjà connues.
Chaque genre d'aliénation s'est présenté à son degré de plus grande simplicité. Nous avons étudié l'aber-
ration intellectuelle a letat voisin du naturel; nous l'avons vue a celui de monopatliie : nous avons indiqué les diverses combinaisons que les aliénations présentent entre elles , désignées sous le nom d'associations morbides , en ajoutant à ces considérations le type de chacune de ces affections etla différence qu'elles offrent dans les probabilités de guérison-
L'^aliénation peut se présenter avec des caractères généraux, ou bien avec des attributs partiels, et offrir, dans les deux cas , celui des Monopathies, La monopathie indique toujours une lésion fondamentale dégagée de toute autre.
Ainsi , la mélancolie , soit qu'elle s'annonce avec un caractère général de tristesse , soit qu'elle se rapporte à un sujet spécial , sera , dans les deux cas , une monopatliie : elle n'est plus telle dès qu elle s'associe avec d'autres lésions fondamentales , la manie , la folie , l'extase , etc.
La manie s offre avec un caractère d'exagération générale , ou bien ce caractère est concentré dans une idée , dans une qualité instinctive : c'est toujours une monopathie : ainsi un besoin d'agir , de se déplacer , des emportemens de colère, provoqués pour tout objet indistinctement, constituent une monopathie avec caractère général ; un excessif penchant au vol , à l'avarice , un excès de religion , d'amour , d'ambition , sont encore des monopathies partielles.
Il en est de même de la folie : monopathie avec caractère général, lorsqu'elle n'offre point d'attribut fixe et invariable : monopathie avec caractère partiel ,
SUR LES PUIIÉNOPATHIES. 34l
lorsque les actes fantastiques se bornent a quelque détermination particulière,
Kextase et les convulsions n'offrent que des caractères généraux.
Le délire est général ou partiel : on peut délirer sur une foule d'objets a la fois ou sur un sujet particulier: dans les deux cas, c'est une monopatliie lorsqu'elle se trouve dégagée de toute autre lésion fondamentale.
Mêmes remarques pour la rêvasserie et la démence.
Les données que nous fournissent ces considérations, eu égard a la curabiiité ou a l'incurabilité des aliénations mentales , peuvent se réduire aux corollaires suivans:
A. Plus les phénomènes morbides se rapprochent des caractères physiologicjues du système intellectuel, moins le pronostic des aliénations est fâcheux. C'est ainsi que la mélancolie sentimentale morbide , qui ne diffère de la tristesse physiologique cjue par sa marche chronique, se dissipe dans la plupart des cas : que la manie , qui dans ses caractères d'irascibilité , de colère et de fureur, est en tout semblable a ces passions considérées dans l'état physiologique, se guérit le plus souvent : que l'extase , qui se retrouve encore chez des personnes sensibles et agitées par de fortes émotions , offre encore un espoir fondé de curabiiité.
Les probabilités de guérison varieront en raison des complications morbides. Ainsi, dans la mélancolie, considérée à l'état d'individualité , les guérisons sont nombreuses le sixième mois : dans son état d'association , elles seront plus frécjuentes le neuvième.
B. Plus les phénomènes morbides s'éloignent des phénomènes physiologiques du moral , moins les chances de guërison deviennent favorables. Ainsi :
1° Le mode fantastique , qui ne nous offre plus une simple exaltation fonctionnelle , mais qui présente une véritable aberration des actes intellectuels, ne laisse que peu de chances de guérison : l'espoir de sauver le malade ne se retrouve que dans l'association de cette affection avec la mélancolie , la manie et l'extase, lorsque , bien entendu , le mal est dans son début et offre un caractère aigu.
2° Les convulsions dans lesquelles nous ne retroutons plus aucun caractère physiologique , décident de Imcurabilité du malade.
3° Le délire , qui nous présente une altération des idées tout-à-fait en opposition avec ce que nous offre l'état normal, est presque une affection incurable chaque fois qu'elle se présente à l'état d'isolement et qu'elle ne se trouve point associée avec des modes morbides qui augmentent , par leur rapprochement de l'état naturel , les chances de guérison : telles sont , disons-nous , la mélancolie , la manie et l'extase.
4° Même observation a l'égard de la rêvasserie et de la démence.
c. Le type morbide modifie le pronostic des affections mentales. Une invasion instantanée est d'un augure très-favorable : une marche lente avec un accroissement progressif dans les phénomènes morbides , annonce ou la longue durée de la maladie , ou son incurabilité. Cette explosion instantanée est plus fréquente dans la mélancolie , la manie et l'extase , que
SUR LES PHRÉNOPATHlfcS. 343
dans toute autre yariété de trouble intellectuel, à l'exception du mode convulsif : de Ta encore une plus grande probabilité de gue'rison dans ces affections.
L'intermittence et la rëmittence sont d'un augure très favorable.
Le type continu n'offre pas, dans les aliénations qui par leur nature présentent une tendance vers la gue'rison , de pronostic fâcheux.
Le type périodique ne fait ordinairement présager que des guérisons momentanées.
D. L'aliénation mentale se résout par des crises organiques.
Elle alterne , en quelques cas rares , avec des maladies de poitrine ; l'hémoptysie , l'asthme , la phthisie. Ces afifections font parfois disparaître le trouble intellectuel; mais plus souvent elles sont le résultat de l'aliénation même ou sont accidentelles dans celte affection : chez le mélancolique , la phthisie est le plus souvent critique , ou provient de Tobstination que le malade a mise a refuser de manger ; chez le maniaque , elle résulte le plus fréquemment d'une inflammation pulmonaire, suite du froid auquel l'aliéné a été exposé : dans quelques cas, la consomption pulmonaire estla suite d'une émission de sperme trop répétée; parfois elle résulte d'un écoulement abondant de salive. Il y a des circonstances oii les maladies des poumons et du cœur sont dues a une influence particulière , et encore inconnue , du cerveau sur les organes thorâchiques : les chagrins prolongés produits par la privation de la liberté, par une volonté trop fortement comprimée , prédisposent à ces affections.
3â4 TB.AÎTÉ
Pes vices organiques du tube digestif se présentent fréquemment dans le trouble intellectuel : ils résultent d'un état inflammatoire et se retrouvent sur les cadavres d'un grand nombre d'aliénés. On ne s'est pu rendre raison jusqu'ici de la fréquence d'un état morbide qui conduit tant d'aliénés a la tombe. En effet , la rougeur inflammatoire , le ramollissement , l'ulcération de la muqueuse intestinale , ne sauraient être considérés comme cause du trouble intellectuel : celui-ci résulte le plus souvent d'une influence exercée directement sur le cerveau : d'ailleurs les phlegmasies intestinales ne se manifestent ordinairement que dans les aliénations chroniques , et tout prouve qu'elles ne se déclarent que dans le cours de ces dernières. Ce qui plus est , la phlegmasie intestinale ne saurait résulter d'écarts dans le régime , car dans les établissemens , où ces maladies sont plus fréquentes que partout ailleurs , le régime auquel les aliénés sont soumis , quoique substantiel , ne se compose d'aucun mets irritant, d'aucune boisson stimulante. La phlegmasie intestinale dépendrait-elle d'une transpiration arrêtée? Cette cause se retrouve dans les péritonites , dans les pleurésies des aliénés ; mais elle ne nous expliquera jamais comment un si grand nombre de malades qui ne sont pas exposés a des vicissitudes atmosphériques , laissent après leur mort des traces d'inflammation intestinale si fréquentes. Si l'on examine bien les circonstances morales qui accompagnent le développement de ces phlegmasies, on sera tenté d'y voir encore une influence du cerveau , influence qui se fait sentir chaque fois que l'individu éprouve un violent chagrin.
SUR LES PHREN0PATHIE3.
Les inflammations intestinales sont propres au suicide mélancolique ; elles le sont également a la nostalgie : mais ces affections morales sont assez rares , tandis que les altérations intestinales sont fréquentes dans tous les genres d'aliénation : il faut donc qu'il existe une cause plus générale de ces altérations organiques : nous croyons Tavoir trouvée dans un violent désir qu'éprouve le malade , isolé dans un établissement, de retourner dans le sein de sa famille; sa mise en liberté ne pouvant s'effectuer , une nostalgie, accidentelle en quelque sorte , se développe chez lui : on voit insensiblement se manifester un état d'abattement et de maigreur ; l'appétit se perd , l'aliéné est constipé ; une fièvre irrégulièrement rémittente , une soif continuelle , des douleurs abdominales , annoncent l'état inflammatoire des intestins. On peut dire que ces symptômes sont presque constans chaque fois que ce désir se déclare chez lui avec violence.
Cette influence du cerveau sur le tube intestinal , dans les passions déprimentes , nous venons de la voir dans les maladies thorachiques.
Elle existe probablement aussi pour le foie , organe qui offre quelquefois des lésions marquantes dans le trouble intellectuel provenant de causes morales , quoique , dans certains cas , ces altérations paraissent dues à des agens physiques : c'est ainsi que l'inflam* mation de ce viscère s'est présentée à mon observation dans deux cas de manie survenue h. la suite d'excès dans les liqueurs spiri tueuses. Un auteur anglais a rapporté quelque part des faits semblables.
La diarrhée se manifeste assez souvent dans Falié-
nation mentale. Séreuse , purulente ou grumuleuse, et accompagnant , à la période croissante ou stationnaire , un amaigrissement ge'ne'ral , elle annonce ordinairement une terminaison funeste de la maladie. La diarrhe'e est critique, parfois, et surtout dans la manie aiguë : elle est toujours bilieuse dans ce cas , et devance la guërison de quelques jours. Le flux de ventre succède encore a une forte constipation, et se développant à l'entrée de la convalescence ^ parait dû au rétablissement de la sécrétion de la bile et du mucus intestinal.
L'état fébrile qui accompagne certaines aliénations, accidentel parfois aces maladies , caractérise, en quelques cas , leur début , quelquefois leur période croissante, ou bien se manifeste à leur déclin. Au début, la fièvre est presque toujours contmue , et paraît spécialement appartenir à la manie : dans la période stalionnaire , elle offre fréquemment les caractères de la fièvre hectique et, dépendante d une altération viscérale,^ appartient à tous les genres d'aliénation : à la convalescence , elle se manifeste de préférence dans la manie et%rdinairemenl par une explosion soudaine; presque toujours bienfaisante ^ elle est continue dans la plupart des cas , rémittente ou intermittente dans d'autres. Cette dernière se développe principalement dans le cours de la mélancolie et opère quelquefois la solution de cette affection : dans la démence elle est funeste ordinairement . > f
La transpiration cutanée offre des ' anomalies remarquables : les sueurs sont parfois très-abondantes , et c est surtout la nuit que ce symptôme se fait re-
SUR LES phrénopathies. 347
marquer : il se présente fréquemment au début ou à la période décroissante de la maladie. Parfois cette diaphorèse suit un type intermittent tierce. Quelquefois les sueurs sont critiques , surtout dans la manie avec extase ; mais , plus souvent symptomatiques , elles ne se déclarent qu'à l'entière convalescence. Sous ce rapport , l'aliénation nous offre encore de l'analogie avec les fièvres intermittentes , dans la convalescence desquelles, le malade est souvent affecté de sueurs nocturnes , sans qu'aucun autre symptôme fébrile se fasse remarquer.
Les éruptions cutanées , le panaris , les furoncles , l'érysipèle , la gale , l'anthrax , qui s'offrent , dans quelques cas , comme symptômes critiques , dépendent plus souvent de causes accidentelles.
Quelquefois des écoulemens sanguins , particulièrement le flux menstruel , se présentent comme symptômes bienfaisans à la convalescence.
Une salivation abondante opère, en quelques cas, la solution de l'aliénation , surtout de la manie sans délire : le ptyalisme dans la démence et les nombreuses variétés qu'elle forme avec les autres modes morbides , annonce presque toujours une forte irritation cérébrale , et rincurabilité du malade.
E. Les probabilités de guérison diffèrient d'après la durée de la maladie.
Dans Textase, elles diminuent ou disparaissent après la première année ; dans la mélancolie , de la seconde a la troisième année; dans la manie, après la troisième; dans le mode fantastique , îe délire et l'incohérence des idées, après la quatrième : sauf les exceprions.
343 TPxAlTÉ
F. L'âge inilu€ fortement sur la curaLllilë des alie'nës Les guërisons sont les plus fréquentes de 20 a 35
ans : mais il importe de remarquer que c'est à cette époque de la vie que laliënation se développe de préférence, surtout chez ies hommes : chez 1^ femme, une autre époque se présente , Tâge critique ; elle la prédispose particulièrement au trouble intellectuel. Les guérisons sont rares passé les 55 ans.
G. Ajoutons que le sexe a une influence marquaule sur la curabilité.
Les guérisons se présentent chez la femme comme 3 à 5 , tandis qu'elles ne s'ofifrent que dans la proportion de 2 à 5 , chez riiomme.
H. Les smsons apportent des modifications dans la guérison des aliénés.
Le printemps et l'été sont pi us favorables à la cure que l'automne; celui-ci l'est plus que l'hiver. Les mélancolies s'aggravent ordinairement en hiver , et pendant les jours brumeux ; elles s'améliorent au printemps : c'est Tinverse des manies , dans lesquelles il y a toujours plus d'exaltation a la nouvelle saison , plus de calmé pendant l'hiver.
G. La mortalité est la plus forte de 55 h 70 ans.
Les décès sont plus fréquens en janvier , mars et avril , qu'à toute autre époque de l'année.
SUR LES PHRÉNOPATHIES. 349
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CHA.PITÎIE QUATRIÈME.
TRAITEIWîSÎNT KCORAL et PHYSÏQtJE DES ALαNATîOK'S IffiSKTALES j OÉâUîT ÛEff PRIS^CîPES ÉMIS PB.ÉCÉDEnïI*IËÎîT.
Remarques générales.
Pouf jiigër de l'efFet thérapeutique d'un moyen quelconque, les expériences faites sur une vaste échelle donnent seules des résultats rigoureusement justes: s'attachant a des cas isolés et rares, on généralise ce qui appartient aux individualités ; et, ce qui arrive souvent , on confond le succès appartenant à la nature avec ce que lart peut opérer de salutaire. Or, Tunique moyen de parvenir à des conclusions exactes, cest de collatiohner les faits, de les séparer suivant ia diversité des phénomènes , de les réunir derechef par toutes les sommités par lesquelles ils se touchent.
C'est ainsi que, voulant faire ressortir les causes auxquelles les aliénés de notre établissement ont du leur guérison , nos calculs statistiques nous ont fait voir que , dans la moitié des cas , l'art borne ses ressources à écarter ce qui peut arrêter la marche naturelle de l'état morbide vers l'état de santé. Nos moyens sont donc négatifs dans nombre de cas : n'étant point
entravée par un traitement subversif, la maladie suit un cours normal, mais elle procède avec moins de violence.
L'aliénation a ses périodes d'incubation, d'invasion; son apogée , sa période décroissante ; elle tend vers im terme critique que jamais le médecin ne peut perdre de vue : plus que toute autre aflfection chronique , le désordre intellectuel se caractérise par des efforts salutaires de la nature : nous avons reconnu ce principe , nous ne nous y arrêterons plus. Ne point s'opposer a cette marche progressive et critique, ne point trop l'activer, est un des points essentiels de l'indication curative : le traitement des phrénopathies ne consiste point dans l'emploi de quelque spécifique , ni dans l'applica* tion de ces agens qui font partie des indications curatives des maladies en général : ce qui contribue le plus au rétablissement des aliénés, c'est le régime moral et physique auquel ils sont soumis dans un établissement spécial; c'est leur éloignement de tout ce qui pourrait agir dans un sens contraire a leur guérison , c'est la dépendance dans laquelle ils se trouvent , c'est enfin l'ordre, la surveillance scrupuleuse et continuelle qui règne dans ces instituts. Or , en tout cas, le plan curatif sera toujours moins applicable aux individualités qu'à la masse générale des malades.
Je termine ce court préambule par un aperçu statistique sur les guérisons qui se sont effectuées dans notre établissement pendant l'espace de quatre années: il contribue a démontrer que l'aliénation mentale n'offre pas une incurabilité plijs grande que toute autre maladie.
SVR LES PHRÉNOPATHIES. 351
Pendant la période comprise entre le 1^*^ juillet 1829 et le 30 juin 1833 , nous avons obtenu à rétablissement des hommes et a celui des femmes aliénés à Gand :
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