INCAPACITÉ, PROSTRATION, PARALYSIE INTELLECTUELLE
NOASTHÉNIE (1).
Indifférence j Imbécillité y Stupidité , Nullité y Idiotisme : Blodsinn, Aberwitz , Albemheitj des Allemands : Amentia, de Sauyagesj Fatuitas.
L'aliéné n'attache plus de prix à la valeur des choses. Il rentre le soir sans fermer la porte de sa maison, se couche tout habillé , ou le matin met dans sa toilette cette négligence , cette malpropreté , que l'usage désapprouve : le domestique ne songe plus au service de la maison. Ces aliénés affrontent les périls avec la plus grande indifférence ; ils traversent , une chandelle à la main , des lieux encombrés de matières inflammables.
Une absence de pudeur et de tout sentiment des convenances s'ajoute ordinairement à cet état : les aliénés se déshabillent au milieu d'une place publique ;
(i) No'oç, intelligence; aaâs'via, ^faiblesse : d'à privalif et de. cr&s'w^; , force.
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la femme ne couvre plus sa nucUté ; elle tient , contre son habitude , les discours les plus libres , et vous adresse les mots les plus dësobligeans , sans savoir qu elle vous offense.
Mais, ces symptômes qui constituent, avec d'autres caractères morbides , ceux de la démence se retrouvent dans la plupart des aliénations mentales : de manière qu'il est presque impossible de décrire une espèce de vësanie, sans que des phénomènes morbides, appartenant à d'autres espèces , ne viennent se présenter au fond du tableau.
Dans l'incapacité intellectuelle décidée , à l'oubli du devoir et des convenances sociales , s'ajoute un grand affaiblissement, parfois une abolition totale des idées de relation : le malade voit et regarde , mais sans reconnaître les objets avec lesquels il est en rapport : abandonné à lui-même , il ne retrouve plus le lit dans lequel il couche depuis des années : se détermine-t-il a sortir de sa chambre , il n'en trouve pas la porte , ne connaît ni ses amis ni ses parens , ne distingue pas un homme d'une femme ; irait droit dans l'eau, ne la distinguant point du sol, et se laisserait consumer dans les flammes , sans bouger d'un pas.
Cet état marche de pair avec une insensibilité physique presque complète : les malades sont insensibles au froid , à la chaleur , aux lésions les plus douloureuses : atteints d'escarres formidables qui mettent les rnuscleSjles nerfs a nu, ils n'en témoignent aucune douleur ; ils supportent les douches , le mouven'ient rotatoire , le cautère actuel avec indifférence.
L'inscusibililé physique s'associe ordinairement c/
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la prostration de la volonté , à l'aboli tion des impulsions musculaires : la marche est yaciîlante ou impossible ; le mouvement de la langue est génë ; en d'autres cas, la paralysie envahit le pharynx , la vessie ou le tube intestinal.
La paralysie est à la démence comme 4 à 7.
La de'mence , considérée comme maladie accidentelle , comme métamorphose morbide , de même que la rêvasserie , le délire et d'autres modes morbides du système intellectuel, est encore une conséquence de cette altération primitive à\i sens affectif cjui constitue le fond des aliénations mentales.
La démence naît, dans cpelques cas, immédiatement d'une cause morale douloureuse : cet effet a principalement lieu chez des sujets faibles, exténués par des maladies antécédentes, ou atteints de faiblesse congéniale; chez des sujets dont le système cérébral , peu apte a la réaction, s'affaisse à la moindre secousse morale ou pliysique.
Ou bien cette affection succède a des réactions morales violentes et prolongées. Dans ce dernier cas , elle dépend ou de la grande excitation cérébrale, de l'épuisement des forces , ou de la désorganisation du tissu cérébral.
Quelquefois les altéralions organiques du cerveau sont cause primitive de démence.
En certains cas , la démence est congéniale : elle prend alors le nom d'Imbécillàc, de Stupidité, d'Idiotie, et résulte ordinairement d'un vice de conformation du ceTveau.
L'affaiblissement intellectuel est donc réel ou apparent : réel, lorsqu'il résulte d un épuisement de forces , de la destruction de l'organe cérébral. Ce tissu, longtemps stimulé, tombe dans un état d'inertie qui entraîne la cessation de ses fonctions : comprimé , désorganisé , comme nous l'avons vu , par l'afflux des humeurs, il devient encore incapable de tout exercice. Le défaut de conformation du cerveau doit entraîner naturellement l'impossibilité d'exercer cet organe.
La noasthénie est apparente , lorsqu'elle dépend d'une trop forte excitation cérébrale. A mesure que quelques facultés intellectuelles augmentent en force , d'autres diminuent leur énergie ou cessent tout-a-fait : l'intelligence s'obscurcit , les rapports qui unissent le malade au monde moral et physique s'affaiblissent ou s'anéantissent ; ceux surtout qui le lient à la société se ressentent les premiers de cette oppression de forces : absorbés dans l'idée qui les occupe , ces aliénés ne voient rien et restent sourds a tout bruit. C'est la trop grande excitation cérébrale qui intervertit Tordre naturel des opérations intellectuelles : plongé dans ses profondes méditations, et ne s'apercevant pas du péril qui le menaçait , Archimède ne se trouvait-il point dans un état de faiblesse intellectuelle apparente ? Une surexcitation de la pensée était cause de ce défaut d'attention dans lequel toutes les forces cérébrales sont enrayées. Darwin parle d'un politique italien qui pouvait concentrer ses idées sur certains sujets avec une telle force qu'il devenait insensible aux douleurs de la torture. C'est le cas d'une foule d'aliénés.
SUB.J.ES?HRÉiNOPATÏIïES. 327
DÉMENCE A l'ÉTAT DE MONOPATHIE.
La maladie se caracte'rise par Tensemble des phénomènes que nous venons de voir , dégagé de toute autre complication morbide. C'est la démence, rimbéciîlilé , Fidiotie proprement dites.
Parfois l'incapacité se borne à un affaiblissement marquant d'une seule opération intellectuelle , et constitue une démence partielle , monopathique , dans toute la force de l'acception. C'est ainsi que nous connaissons un ecclésiastique qui , après avoir éprouvé un violent épistaxis , perdit tout-à-coup la mémoire des choses. Gall a rapporté des faits de cette nature. J'ai vu , dit Georget (i), une dame aliénée depuis trois ans et tombée en démence , qui avait conservé le talent de la musique et oublié celui du dessin, qu'elle avait aussi bien cultivé que l'autre.
ASSOCIATIONS MORBIDES
Mélancolie f Manie, Folie, Extase, Convulsions ^ Délire ^ Rêvasserie,
Démence.
UELANGOLIE ET DEMENCE.
A l'état physiologique : consternation, abattement, absence.
Morosis, des Grecs; Athjmia (2), de Swediaur. La démence est a la mélancolie comme 1 à 7»
(i) Physiologie du Système neri*eux.
(2) A, privatif, Qi^^f^i, courage : abattement.
La demoiselle^ G.,*, âgëe de trente-trois ans, est douée d'une constitution délicate. Sa tante est aliénée. A la moindre contrariété, elle a Tesprit troublé : alors l'aliénation se caractérise par un état de décourage- ^jment et d affaissement général. La malade cesse de se lever aux: heures accoutumées ; on est obligée de la mettre à table et de lui introduire les alimens^ans la bouche. Elle vous regarde d'un air hébété, ne connaît personne et ne fixe son attention sur rien; les évacuations sont involontaires. Lorsqu'elle parle , son acceni; est mélancolique , le front est sillonné jFœil triste.
La lupérophrénie avec démence , le plus souvent continue, suit parfois un type rémittent,, rarement intermittent ; dans quelques cas , il est périodique. Dégagée de toute autre complication „ cette affection parcourt ordinairement ses périodes d'accroissement et de décroissement au bout de six mois ; parfois elle se termine au bout de quelques jours ,• de quelques semaines. Elle n'est incurable ordinairement que lorsqu'elle dépend d'un vice organique soit du thorax soit de l'abdomen, d'une obstruction du foie, de la rate, du mésentère ou de l'utérus ; affections qu'on rencontre particulièrement chez les femmes a Fàge critique, et qui constitue une des complications les plus fâcheuses de cette aliénation. Cette association morbide est d'un pronostic également fâcheux dans la nostalgie , affection que des inflammations, des désorganisations intestinales , compliquent dans nombre de cas , comme déjà il a été dit.
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BLiSlfi ET DEMENCE.
A rëtat physiologique : être hors de soi de colère, de fureur,
M. V... se trouve , depuis plusieurs anne'es , à Fëta- Llissement. Il ne connaît plus personne, ne paraît avoir aucune idée, n'éprouve aucun dësir , aucun besoin , et n*a pas assez de sens pour mettre ses vétemens : sa démarche est gauche, incertaine : en vous regardant, il balbutie : les yeux sont brillans , la figure est animée. Vous le fixez , vous Ivli adressez la parole : il s'élance et vous porte des coups violons; il est pris d'accès de manie , pendant lesquels il frappe sur sa couche et sur la porte de sa cellule , faisant un bruit épouvantable. On est forcé d'introduire les aîimens. dans sa boudie : les évacuations sont involontaires.
Ce qui distingue la manie avec démence, de l'hyperphrénie sans affaiblissement intellectuel , c'est que, dans cette dernière affection , tous les actes du malade annoncent une exagération dans la volonté morale , jointe h une exaltation de la sensibilité intellectuelle : dans la manie avec démence, les impulsions instinctives, passionnées le plus souvent , ne sont point accompagnées de cet esprit de critique , de cette acerbité , dé cette volonté impérieuse, qui caractérisent la réaction morale a son degré de simple exaltation.
Cette variété d aliénation , décrite par les auteurs 50US le nom de Manie avec démence, est aiguë ou chronique. Dans l'un comme dans l'autre cas , la démence
succède presque toujours à la manie avec délire et
rêvasserie. Or, le malade, après avoir beaucoup vocife'ré , tombe dans un état d'aflfaissement et de nullité intellectuelle, pendant lequel on voit cependant les exacerbations maniaques se renouveler a des intervalles variables : Taliené cesse de parler , il pousse encore de temps en temps quelques cris confus , s'agite moins, ne vous reconnaît plus : il s'enfonce lourdement dans sa paille, fait des efforts pour se mouvoir ; mais ils sont infructueux»
On trouve cet état chez 1/8 des aliénés atteints de manie aiguë.
La manie, et surtout la manie furieuse, en passant a l'état de démence, subit de singulières métamorphoses : l'exaltation s'individualise quelquefois dans le penchant à la convoitise , en même temps que l'intelligence s'affaiblit considérablement : ainsi, le malade, dominé par un besoin, je dirai presque furieux, de voler, s'empare de tout ce qu'il trouve sous la main ; les souliers , les bas , les chemises de ses compagnons , leur portion d'alimens , sont ordinairement les objets qu'il convoite de préférence. On a beau le soumettre à une correction sévère , il n'en continue pas moins : son intelligence s'éteint lentement, et ses vols deviennent à la fin des actes purement automatiques.
A l'état aigu , la maladie est loin d'oflfrir un pronostic défavorable : dans ce cas , l'incapacité résulte évidemment de la trop grande excitation cérébrale et du bouleversement total des fonctions intellectuelles. Rémittente parfois , parfois périodique , elle se présente souvent sous cette forme chez les femmes aux
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époques menstruelles. Les phlegmasîes cutanées s'observent, en quelques cas rares, comme effets critiques : j'ai vu l'apparition d'un anthrax être suivie de la solution de cette aliénation. Dans trois cas , une convalescence subite se déclara , avec l'apparition d'une diarrhée bilieuse*
La manie avec démence chronique n'offre qu'un faible espoir de guérison.
Le passage de la manie à la démence s'annonce quelquefois par un excessif développement dans le système adipeux.
Cette association morbide passe fréquemment à l'état de ramollissement cérébral ou d'inflammation méningienne : dans ces cas , les probabilités de guérison sont presque nulles. Parfois, on obtient des améliorations passagères , et on a vu , quoique rarement , des guérisons complètes de cette afFeclion : or, un fait de cette nature se trouve rapporté par M. Fabre dans la Lancette française : Un homme atteint de manie chronique avec démence , paralysie , bégaiement , insensibilité générale et idées de grandeurs , se rétablit complètement , après avoir subi l'amputation de la cuisse, que nécessitait une maladie de l'articulation du coude-pied gauche.
FOLIE ET DEMETÏCE.
Ce sont ou des gestes automatiques , un penchant a. se mettre nu, le désir de boire de l'eau froide, de s'en asperger , qui marchent de pair avec la nullité intellectuelle. Chez quelques-uns , c'est un besoin continuel de déchirer tout ce qui leur tombe sous la main :
ce penchant accompagne presque toujours une progression difficile , des courbatures , un langage traînant , symptômes dépendant ordinairement , comme il a été dit , d'une altération organique du cerveau ou de ses membranes.
Cette aliénation est propre , en grande partie , aux vieillards et constitue une variété de la Démence sénile. Ici elle est parfois rémittente et quelquefois intermittente. Tout à-coup le malade est pris de déterminations bizarres : il refuse de manger , tient les paupières fermées, les mains jointes; déchire ses vétemens, manie ses immondices ; balance son corps de droite a gauche, parfois offre du penchant au suicide : il y a abolition de toute intelligence. Cet état dure quelques jours , est remplacé par des momens lucides, jusqu'à ce qu'il devient continu , et finit avec la mort.
Le marasme nerveux , une diarrhée coUiquatiVé , parfois une salivation abondante , une fièvre maligne , se font remarquer dans cette aliénation , comme dans toutes les variétés du mode fantastique : ces symptômes sont d'autant plus dangereux, que la maladie a son origine dans une cause débilitante , telle que lés veilles , les pertes de sang , la lactation prolongée , les émissions de sperme trop souvent répétées.
J'ai vu guérir un homme âgé d'environ cinquante ans , et atteint de démence avec des actes automatiques : sa maladie , qui résultait d'un violent chagrin , avait débuté avec tous les indices d'une prostration intellectuelle : l'aliéné perdit d'abord les idées de rapport , et ne domia plus aucune marque d'intel-
SUR LES PHRENOPATHfES.
{igence : au bout de huit mois de maladie , la marche, qui e'tait de plus en plus incertaine , devint presque impossible; le malade e'tait en butte aux actes les plus bizarres; les fèces s'écoulaient involontairement; tout annonçait enfin une incurabilité de'cide'e , lorsque , le 25 octobre 1832 , dixième mois de la maladie, Taliëné revint à lui : au bout de quelques heures , sa raison était parfaite. Il s'informa d'abord de sa femme et de ses enfans ; s'étonnait de se trouver dans une maison dlnsensës , et disait avoir d'abord senti, au retour de sa raison , une forte douleur au cou , se propageant insensiblement au dos. Ce cas, et un semblable que j'ai consigne dans un autre ouvrage, sont les seuls qui m'aient offert, dans la démence fantastique, une solution aussi remarquable. »