‹ Traité sur les phrénopathiesChapitre 50 sur 58 · INACTION CEREBRALE · texte numérisé non relu

INACTION CEREBRALE

Les considérations qui suivent sont applicables en partie à V isolement, considéré comme agent curatif de l'aliénation mentale.

Ceux qui se sont occupés du traitement moral ont reconnu les avantages qui se rattachent à ce moyen , mais ils l'ont presque généralement envisagé sous le rapport des sensations inaccoutumées qu'il procure au malade : nous y voyons un puissant agent destiné à faire naître , dans l'organe intellectuel ^ un calme salutaire , non-seulement en éloignant le malade dés causes qui ont excité le cerveau , mais en écartant toutes celles qui peuvent le stimuler soit directement soit indirectement.

(6) Esquirol , voir : Allegemeine und spéciale Pathologia und Thérapela der Seelenstrôrungen , frei bearbeitet von D' Hille.

(7) Nasse Zeitschrift : D^ Ton Hirsch.

(8) Burrow.

(9) Hôrn , Offentliche Rechenschq/i ûher meine Zwôlfjahrige DiensU fûhrung als Zweiter'Arzt des Charité-Krankenhauses.

(10) Esquirol, ouvrage cité.

A Paris , les guerisons sont aux entre'es , conside're'es sous un aspect général , comme 440 sont à 1000. Casper , Karakteristick. (il) Burrow.

(12) Esquirol, ouvrage cité.

(i3) Burrow, ouvrage cité. '

(i4) Millier , Die Irrenanstalt zu ïViirtzhurg, (i5) Burrow, ouvrage cilé.

(16) Esquirol, ouvrage cité.

(17) Dans la généralité des établissemens en Belgique , les sorties sont aux entrées, comme 390 à 1000. Voir noire ouvrage cilé.

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Soustractions des irrltans cérébraux.

Des aliènes , quoique guéris , sont destines a ne plus rentrer dans le sein de leur famille : exposés au tumulte du monde , ces malheureux éprouvent aussitôt des récidives de leur maladie.

La susceptibilité de ces hommes est extrême : un rien les alarme ; à la moindre contrainte , leur intelligence aussitôt se dérange ; une question indiscrète , la vue d un étranger , une nouvelle inattendue , Louleversent en peu d'instans leurs idées : ils cessent leur travail et négligent les soins de leur petit ménage : immobiles , la main appliquée au front, les yeux hagards, leurs traits se décomposent : un irritant physique, l'application d'un vésicatoire , du moxa , du cautère actuel , produisent le même effet : et en secouant fortement le malade , vous faites naître une commotion morale parfois si prompte qu en peu d heures il devient méconnaissable.

Vous trouverez toujours ces personnes moins impressionnables le matin : le sommeil et la tranquillité calment cette vive impressionnabilité du moral : le soir, après avoir couru parles jardins, les cours, et avoir causé avec leur famille, leur figure perd sa sérénité; ils sont plus agités , impatiens , querelleurs. Une délicatesse corporelle les caractérise presque tous. Cet état pris dans une classe d'aliénés , se retrouve chez presque tous.

Nous allons, dans les considérations suivantes, donner à ce point de doctrine toute lextension possible.

CE PRINCIPE APPLiaOÉ AU TRAITEMENT DE LA MELANCOLIE.

Une femme robuste , aliénée par suite d une vive émotion, fondait en larmes dès qu'on l'abordait ou qu'on lui parlait ; particulièrement la vue du médecin, d'une personne étrangère, produisait sur elle cette affection du sentiment.

Ce phénomène est fréquent dans la mélancolie et même chez des hommes d'un naturel triste ou irritable, avec cette diflférence que ceux-ci ne pleurent que lorsqu'une impression inaccoutumée vient frapper leur esprit, tandis que le mélancolique verse des larmes sans motif.

Je donnai mes soins à une dame atteinte de mélancolie hypocondriaque ; je m'efforçais à calmer son moral : pour le moment , elle paraissait rassurée ; mais ses chagrins , ses plaintes se renouvelèrent bientôt avec plus d'aigreur : cette circonstance fixa mon attention et m'apprit que celte consolation même était pour elle un stimulant douloureux.

Une dame , d'une constitution très-nerveuse , était atteinte, de temps en temps, de mélancolie sans délire ; j'insistai sur les distractions, je lui conseillai les promenades, une compagnie agréable : Ah! me dit-elle, ne me faites point sortir; jamais je ne me trouve mieux que lorsque je ne vois personne : la vue des gens avec qui je ne suis pas toute la journée , me dérange et m'affecte péniblement : forcée de parler d'objets qui ne m'intéressent guère , j'en suis abattue et je ne pense qu'a regagner ma demeure : là , seule , ne faisant que

ce qui m'est agre'able , ne causant qu'avec des personnes qui ne me fatiguent point , par leurs exhortations ou leurs conseils , je me trouve à mon aise.

Un jour , j'avais conduit un mélancolique a la promenade : pendant toute une après-dînée, pas le moindre trait d'égarement ; les discours du malade étaient on ne peut plus sensés : mais le lendemain , il refusa de manger , et jamais ce symptôme ne s'était encore présenté chez lui. J'attribue cet aggravement aux impressions morales et physiques auxquelles je l'avais soumis la veille : dans une autre occasion , le même malade, de retour d'une promenade, fondit en larmes dès qu'il rentra dans sa chambre.

Faisons une remarque : il est de fait que toute personne attristée cherche la solitude et paraît vouloir fuir les impressions des sens : la propension des mé- /ancoliques tient peut-être à cette disposition de la sensibilité , qui leur fait éviter toute impression morale et physique. Il y a des rapports constans entre notre sensibilité et les stimulans; nous recherchons ou nous écartons ces derniers a notre insu : on cherche, a-t-on dit avec raison , instinctivement le repos , lorsqu'on se sent fatigué, on s'approche du feu lorsqu'on a froid ; on évite la chaleur lorsqu'elle agit sur nous avec intensité. Georget dit ( i ) : « Dans toutes les maladies aiguës, la vive irritabilité des sens ou leur engourdissement , l'affaissement cérébral , la difficulté des combinaisons intellectuelles, l'adynamie musculaire, indiquent assez qu'il faut éviter les sensations vives, les travaux de l'es-

i) Physiologie du Systôme nervotn:.

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prit , les aflfections morales pënlbles , garder le lit ; l'inappétence des alimens , la soif, la sécheresse de la bouche , le désir des boissons abondantes et fraîches , annoncent que les voies digestives ne doivent point être stimulées par des alimens. »

Nous en concluons qu'il faut éviter chez le mélancolique les impressions des sens , et tout ce qui peut lemouvoir ou réveiller en lui des sentimens pénibles ionl éloignera donc de tout bruit, de tout tumulte; mais il faut que son isolement lui soit agréable : une solitude alîsolue , un éloignement complet des hommes, ne peut lui être salutaire ; car trop de monotonie, en faisant trop concentrer ses idées, deviendrait un aliriient nouveaa pour sa mélancolie.

Le moyen qui obtient le plus de succès sur nos mélancoliques, c'est l'inaction mentale.

A. leur entrée , ces aliénés sont placés à l'infirmerie ; la règne un grand ordre et point de tumulte ; ils y sont soignés comme des malades et reçoivent une meilleure nourriture : ordinairement en peu de jours , le changement au moral est remarquable : les pleurs sont moins fréquens, la figure s'anime, l'aliéné devient attentif, soigneux, et demande a s'occuper. Dès que cette aptitude se manifeste, on le transfère a la division des convalescens : ^ ilouré d'autres malades et dans la voie de guérison , on lui donne de l'ouvrage : mu par l'exemple , il travaille avec assiduité ; l'occupation lui rapporte du bénéfice , et ce motif est un de ceux qui ne contribuent pas le moins fortement a le rendre diligent.

La plupart des mélancoliques ont eu, avant leur

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entrée, Tesprit fatigué : leurs parens , leurs amis , ont souvent mis tout en œuvre pour les distraire ; on n'a cessé de les questionner sur les motifs de leur affection ; ils ont été exposés au bruit des ménages, à la visite des voisins, des connaissances; on les a conduits aux promenades, on les a fait voyager parfois; et, trèssouvent, on ne leur a point épargné les menaces, même les coups : tous ces agens ont contribué à émouvoir leur sensibilité déjà surexcitée : livrés à euxmêmes , n'étant entourés de rien qui les irrite , souvent ils deviennent calmes dès les premiers jours de leur entrée dans l'établissement.

C'est le repos qui convient a l'organe intellectuel comme a tout organe malade. Le docteur Barras (i), en appliquant aux névroses de l'estomac ce principe , en a démontré toute la vérité. Or , les antispasmodiques , les amers , pour peu qu'on les administre à forte dose, exaltent la sensibilité de cet organe, et rien n'indique cependant dans la gastralgie un état inflammatoire : la périodicité du mal, l'appétit qui se soutient, la pâleur delà langue, l'absence de toute fièvre, la disparition souvent brusque de la douleur , n'annoncent dans cette affection que des phénomènes névrosiques. D'ailleurs, l'observation prouve que même des applications émollientes augmentent, en quelques cas , par leur poids , ou par la chaleur qu'elles contiennent , la douleur dans la partie atteinte de névrose. Dans le tic douloureux , le plus léger attouchement de la partie affectée, peut exalter les souffrances jusqu'à

(i) Traité sur les Gasivnfi^ies et îcs Etifrcfl^ies.

letat de rage , dit le docteur HaÙiday, dans son traite sur les névralgies (i). Au rapport de M. Piorry , médecin de la Salpêtrière, un épileptique e'vitaitles accès de cette maladie en ne s'exposant pas a l'action du grand jour (2) : et , soit dit en passant, qu'on ne tire point de ma remarque , cette conclusion que la grande excitabilité du système nerveux est une preuve en faveur de l'état inflammatoire, et qu'elle établit la nécessité d'employer dans ces afifections, ainsi que dans les phrénopathies , le régime débilitant : dans les irritations nerveuses , comme dans celles qui sont inflammatoires , il faut écarter les stimulans ; mais on tomberait dans de graves erreurs, si l'on voulait combattre indistinctement ces afîections par les soustractions sanguines, qui , dans les cas d'inflammation , semblent agir moins en épuisant directement la sensibilité nerveuse exaltée , qu'en diminuant le stimulus de la partie enflammée, par la soustraction d'une partie de sang qui , par sa quantité et ses qualités irritantes , tend à y entretenir l'exaltation nerveuse. M. Piorry , que je viens de citer , quoique partisan des saignées , observe très-Judicieusement que, dans les cas de fortes pertes de sang, de grandes hémorrhagies , ou d'autres causes débilitantes , les nerfs , lorsqu'ils sont irrités , manifestent la douleur tout comme dans le cas d'irritation avec congestion. La douleur , phénomène sensitif , cérébral , névrosique , est donc ou indépendante de l'injection des capillaires ou associée à cet état Or, la

(i) Sur les Nét^J''algies de lafaco. PinarJ , Paris, iSS^. (•>) Mémoire sur la nalure et le trailctueut de plusieurs névroses : Journal Unn'ciocl et Hebdomadaire.

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sensation pénible causée par le besoin des alimeris^ primitivement nerveuse , peut passer à Fëtat d'injection rouge de la muqueuse gastrique : le phénomène est prouvé : fera-t-on disparaître la douleur par deâ déplétiôns réitérées? Non, sans doute. On arrêtera peut-être l'injection sanguine, on préviendra des désorganisations , mais on ne calmera la faim , qu'en agissant sur la sensibilité , soit par des narcotiques , soit par des alimens.

Autre serait la méthode cùrative dans ces mélancolies des personnes adonnées à une vie trop austère : dans ces cas , la tristesse et l'abattement résultent souvent de passions comprimées, d'un moral soumis à une influence répressive : nous connaissons Ces pleurs, ces angoisses , ce vide du cœur, chez les jeunes filles à Tûge de puberté , et ces anxiétés, ces terreurs, cette profonde mélancolie , de certaines femmes à l'âge critique; cet état d'abattement, ce besoin de s'épancher des individus qui, contre leur gré, ont embrassé la vie contemplative ; cette inquiétude , cette tristesse sombre accompagnée souvent de suicide, que nous voyons surgir chez des personnes au sein de Fopulence même : dans ces cas , il faut émouvoir le moral , exciter les sens et donner de l'essor aux passions.

Ce qui vient d'être dit delà soustraction des stimulans moraux et physiques dans la lupérophrénie , n'est applicable qu'au début et a l'apogée de cette maladie : lorsqu'elle perd de son intensité , lorsque le mélancolique devient attentif à ce qu'on lui dit , à ce qu'il voit , et que le soYnmeil revient , alors on risquerait d'aggraver son état, en prolongeant l'inaction men-

taie , en évitant d^éveiller ses passions , ou de susciter en lui des e'motions. Dès quon remarque un dëcroissement de la maladie , il devient utile d'opérer une de'rivation salutaire sur son moral t alors il faut le soumettre aux impressions des sens , à celles qui remuent le coeur ; les promenades , une socie'té amusante , la vue d'un ami, la conversation d'une femme , peuvent rendre de grands services.

Nous aurons bientôt occasion de revenir a ce sujet. Nous nous bornons simplement à discuter ce point de doctrine sous un point de vue général , notre intention n'étant point d'entrer dans des détails minutieux concernant les divers moyens auxquels on peut avoir recours , afin de soustraire le malade aux influences morbides que nous venons de signaler.

. LE MÊME PRINCIPE APPLiaUÉ AU TRAITEMENT DE LA MANIE.

Plusieurs auteurs , parmi lesquels nous citerons Georget , accordent au maniaque autant de liberté que le permet la prudence. « La captivité irrite le malade , le gilet qu'on lui met lui est nuisible, parce que cela lui fait trop sentir sa dépendance, (i) »

Mais une trop grande liberté nuit au maniaque et a tous les aliénés chez qui règne une exaltation morale. Livré à lui-même, le malade court de droite et de gauche et adresse la parole à tout le monde : il s'irrite continuellement, crie, s'agite, vocifère, se débat, frappe , saccage ; voit dans des étrangers , des amis , des êtres imaginaires. Ce n'est pas qu'il faille l'enfer-

(i) De la Folie.

SUR LES PHRÉNOPATHIES. 363

mer à la moindre agitation , il s agit de l'isoler de tout irritant moral ou physique : c'est la sensibilité qu'il faut me'nager afin de prévenir les explosions Qe la volonté. Les névroses s'irritent dans nombre de cas, par les irritans , avons-nous dit , et la trop grande liberté nuit aux maniaques, parce qu'elle augmente la somme des stimulans qui frappent leur esprit. Un célèbre médecin dit, que le traitement des maniaques doit consister a s'emparer de leur attention : telle n'est pas notre opinion : nous croyons qu'il ne faut que rarement avoir recours à ce procédé: en frappant vivement les sens du malade , on parvient quelquefois a fixer son attention ; mais cette amélioration est de courte durée. Nous verrons , en parlant des agens répressifs , dans quelles circonstances un traitement pertuï'bateur peut être salutaire.

Le repos de l'organe malade, nous le répétons, c'est le moyen curatif que la nature nous indique dans toutes les maladies : or, on a reconnu qu'il faut séparer l'aliéné de sa famille et de ses connaissances : donnons de l'extension a ce principe , séparons le malade de tout ce qui peut stimuler ses sens , de tout ce qui peut réveiller ses sentimens : retranchons autant que possible de la somme de ses idées, de ses penchans.

1° En l'isolant dans une chambre obscure. Le sens de la vue ne fournit aux aliénés que des impressions douloureuses et particulièrement aux maniaques. Reil parle d'une dame, atteinte de manie anxieuse , qui devint à Tinstant calme et raisonnable , en posant les mains sur ses yeux (i).

(l) Rhapsodieu.

J^ai donné mes soins, dit M. Esquirol , à irti jeune militaire allie a la famille de Bonaparte... : il voyait dans toutes les personnes qui l'entouraient des membres de la famille impériale ; il s'irritait et s'emportait dès qu'il voyait les domestiques remplir quelque devoir servile. Je m'avisai , ajoute l'auteur , de lui bander les yeux avec un mouchoir : dès ce moment le malade fut calme et tranquille , et parla raisonnablement luimême de ses illusions. L'expérience a été répétée plusieurs fois et avec le même succès (i).

Le même auteur cite le cas d'une demoiselle qui , atteinte de manie et considérée comme convalescente , après avoir été isolée pendant vingt- cinq jours, dit en arrivant chez elle : Ces murs, ces meubles , me font un mal affreux (2).

2*' En éloignant le malade de tout bruit, de tout contact avec d'autres aliénés. Un bruit quelconque, surtout lorsqu'il se fait brusquement sentir , la fermeture d'une porte , les cris , les chants , l'irritent et provoquent ses vociférations ; car l'aliéné est imitateur : ainsi un institut situé au centre de la ville fait presque participer à tous les bruits populaires; une fête, un« émeute , l'entrée d'un prince , y produisent chaque fois de l'agitation et du tumulte. Plusieurs malades, dit M. Foville , qui sont poursuivis de propos injurieux, d'invectives outrageantes , se bouchent d'euX-mêmes les oreilles poiir goûter quelque tranquillité. Un de ces malheureux que j'ai observa', dit l'auteur, avait fait entrer avec effort dans chaque oreille un gros

(1) Des IlliisionB chez les aliénés.

(2) Même traité.

SUR LES PHUÉJNOPATHIES. 365

noyau de prune ; il garda ces corps étrangers pendant plusieurs mois sans se plaindre. Le même aliéné , poursuivi d'odeurs infectes, avait l'habitude de se boucher les narines avec de l'herbe , du linge , des pièces de monnaie (i).

3° En empêchant qu'il ne soit exposé à une chaleur trop intense ou à un froid trop rigoureux. Il est prouvé que ces deux agens favorisent les exacerbations maniaques. Ainsi , il faut que pendant l'été , l'habitation du maniaque soit préservée des rayons du soleil ou d'une chaleur trop étouffante , et que dans l'hiver elle soit convenablement chauffée.

4** En rompant tout commerce avec la famille , les amis et les hommes indistinctement. Mainte fois, on remarque que la présence d'un étranger visitant l'institut, provoque parmi les maniaques Tagitalion et le désordre dans les salles.

5° En évitant avec les maniaques toute conversation superflue , en leur parlant avec beaucoup de ménagement.

6° En ne leur concédant aucun met irritant , aucune boisson forte.

7° En agissant avec une extrême réserve dans l'emploi des irritans externes , tels que douches , vésicatoires, moxa, cautère actuel, etc Ces moyens, par l'excitation qu'ils causent , peuvent la déterminer dans l'organe cérébral : le bain chaud même augmente souvent l'exaltation morbide.

8* La solitude étant une des indications les plus

(i) Encyclopédie du xix« siècle, article Folie. Bruxelles.

essentielles dans la cure de Thyperplirenle, riiabitation qu'on destine au maniaque sera une des plus importantes conditions du traitement : qu elle lui soit agréable et ne lui inspire point , pendant ses momens lucides, de sombres réflexions. Mais il est difficile, presque impossible , dans un établissement public , de suivre cette règle a la lettre; le grand nombre d'hommes turbulens s'opposera toujours à ce que ce calme bienfaisant règne parmi eux : en tout cas , il faut éloigner, autant que faire se peut , les habitations des maniaques les unes des autres. Bornons-les, dans un institut privé , à quatre loges n'offrant dans leur aspect rien de repoussant, chacune d'elles placée dans l'angle d'une cour carrée ornée de gazons et bordée de quelques arbres. 11 est vrai , une telle disposition nécessiterait une vaste étendue de terrain; mais les avantages en seraient incalculables : malheureusement le défaut d'espace s'oppose presque partout à cet isolement complet. Dans nos hospices à Gand , les aliénés atteints de manie furieuse sont séparés des maniaques tranquilles ; ceux qui crient sont éloignés des autres; les maniaques à intervalles lucides occupent une division particulière. Je puis assurer que ce classement produit le plus grand succès.

Ici, plus que dans la mélancolie, il faut user de précautions à la convalescence ; l'excitabilité du malade persiste long-temps après que les symptômes morbides proprement dits ont disparu; quelquefois elle est telle , qu'elle dure pendant toute sa vie , quoique en apparence, sa guérison soit consolidée. Il ny a pas d'hommes qui doivent avec plus de soin éviter les im-

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pressions des sens , les e'motîons et les violens^ exercices corporels , que ceux qui ont été atteints de manie ; des individus guéris depuis des années éprouyent parfois un retour momentané de leur maladie , lorsqu'ils se livrent avec trop d'abandon à la gaieté. C'est ainsi que j'ai observé plusieurs retours de manie , après des fêtes où ces anciens malades s'étaient exposés, sans réserve, à de fortes émotions, à la danse ou à des écarts de régime : ceci est donc une preuve de plus en faveur de ce que nous avons dit de la grande impressionnabilité du malade.

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