‹ Traité sur les phrénopathiesChapitre 51 sur 58 · APPLICATION DU MEME PRINCIPE A LA CURE DE LA FOLIE · texte numérisé non relu

APPLICATION DU MEME PRINCIPE A LA CURE DE LA FOLIE

A son état d'individualité comme à celui d'association, le mode fantastique résulte toujours, avons-nous dit , d'une surexcitation intellectuelle ; le refus de manger, l'obstination , le laconisme, le besoin de nuire , de lacérer, ne se développent, dansla mélancolie, qu'après avoir été précédés par cette dernière ; il en est de même des fantaisies à Tétat de monopathie : une peine , une frayeur, une souffrance morale quelconque, devancent, dans la majorité des cas , les impulsions bizarres de la volonté. Il en est de ce mode morbide comme des autres; en éloignant les stimulans moraux et physiques , en ménageant la sensibilité , on prévient le développement de ces déterminations insolites que nous avons désignées sous le nom de fantaisies.

BlÊME APPLICATION AU TRAITEMENT DE l'eXTASE.

Les auteurs nous disent tous que la sensibilité est engourdie , épuisée , dans ces espèces d'aliénations ca-

ractërisées par une immobilité générale ; qu 11 faut la ranimer par les stimulans les plus forts : le camphre , les ve'sicatoires,le moxa, le cautère actuel, sont recommandés, tour a tour , et princi^4*lement par les médecins français. Les psycologues allemands pretendent réveiller la sensibilité qu'ils supposent éteinte, par des impressions fortes dirigées sur les sens; par les sons des trompettes ou d'une musique militaire ; en exposant le malade aux rayons du soleil ardent , ou d'un feu TÎf, au bruit des cloches, à Vexplosion de quelque arme a feu, a un tonnerre simulé, ou à de fortes odeurs sternutatoires. Schneider (i) prône fortement l'emploi de ces agens subversifs; Reil les avait préconise's avant lui (2) ; et Cox (3), a son tour, en est grand partisan. On voudrait toutefois voir l'opinion de ces auteurs basée sur des expériences concluantes : l'étude des faits , on l'a dit souvent , peut seule reculer les limites de la science.

Une forte émotion, une commotion morale, précède, comme nous avons vu , l'extase; elle se remarque particulièrement chez les femmes , les hommes délicats , les constitutions nerveuses en général.

N'oublions point qu'une surexcitation de la sensibilité est la cause originaire du mal : ainsi on veut par des stimulans agacer la sensibilité affective : qu'on sache donc que les stimulans physiques dirigés sur ies sens, quel qu'en soit le degré d'intensité, doivent être assimilés, quant à leur mode d'agir , à ces impres-

(i) Dans son Heîïmittellehre.

(2) .Dans ses Rhapsodien.

(3) Praciical Observations on insanity.

SUR LES PHRÉNÙPATTIIES. 369

sions du sentiment, et auxquelles le médecin ne peut avoir recours q' 'avec une extrême réserve.

J'ai employé dans des cas pareils les stimulans. Je partais d'un principe généralement admis, croyant trouver la sensibilité éteinte , la oii elle s'était élevée au plus haut degré d'exaltation : les douches d'eau froide , les frictions stibiées sur la tête , le moxa à l'épaule, le cautère actuel a la nuque, etc., furent employés , mais sans aucun succès : mes malades empiraient ; l'intelligence devenait plus dure, l'œil hagard ; le tronc et les membres se raidissaient ; et des aliénés qui avaient encore assez de sens pour retrouver leur lit , restaient immobiles et debout des nuits entières , après l'emploi de ces agens. Plus d'une fois, ce phénomène a fixé mon attention chez des convalescens , lorsqu'une maladie douloureuse accidentelle à l'aliénation, la goutte, une colique, une plaie, des contusions, l'apparition de quelque furoncle par exemple , les faisaient fortement souffrir. L'irritation déterminée au physique se propageait au moral , et au même instant on voyait surgir des phénomènes indiquant une plus forte excitation cérébrale : ce qui plus est, nous devons souvent à l'emploi des stimulans , le développement des phénomènes convulsifs, proprement dits , dans Textase.

J'ai changé de plan , tout en suivant l'indication générale dont il s'agit, et qui repose sur des principes si simples. Des malades, me suis-jedit, qui se troublent a la moindre impression , qui se saisissent au plus léger bruit, ne sauraient recevoir une influence salutaire des irritans moraux et physiques : au lieu donc

de stimuler laliëné atteint d'extase , je le soumets au re'gime indique dans les articles précëdens ; a la tranquillité des sens et de l'esprit , à une solitude agréable , a des soins assidus , à de légères distractions.

Ce traitement hygiénique et moral est modifié d'après les diverses associations que présente la maladie avec d'autres modes morbides ; il marche de pair avec les agens répressifs , avec l'administration de médicamens donnés a l'intérieur , la digitale , la valériane , etc. , suivant que la mélancolie , la manie ou toute autre vésanie vient s'associer à l'extase.

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