‹ Traité sur les phrénopathiesChapitre 56 sur 58 · RAPPORTS DU MÉDECIN AVEC LES ALIENES · texte numérisé non relu

RAPPORTS DU MÉDECIN AVEC LES ALIENES

Il faut une expérience assez longue , avant qu'on ait accjuis ce tact qui apprend à saisir le langage et la règle de conduite qu'il faut suivre envers les aliénés.

Arrêtons-nous d'abord à un faux maintien que nombre de personnes prennent devant ces malades, et que le médecin plus que tout autre doit éviter d'acquérir. On affecte d'accéder a toutes les demandes, on fait des promesses d'un air qui dit au moins clairvoyant qu'on n'est guère disposé aies réaliser : l'aliéné s'offense d'être traité comme un homme qu'on regarde en pitié, et sent fort bien que le langage qu'on lui tient n'est qu'une vaine formule. Or , ce n'est point celui qui rit sans cesse avec ces malades , qui les caresse , qui complaît u tous leurs caprices , qu'on en

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verra le plus estime ; ceiiiî4à aura seul leur confiance qui leur fera re'ellement du bien , cjui aura Fart de les écouter avec cet éloquent silence et cet accent qui part du cœur et inspire la conviction. « Une voix douce et consolante, dit Petit, dans sa Médecine du Cœur, le ton de Famitié, la prévoyance, des soins, les attentions délicates et non sollicitées, un noble désintéressement, tout ce qui peut enfin prouver cju'on n'obéit qu'a son cœur : voila les vrais moyens de fixer la confiance. »

On se trompé, si l'on croit que le médecin d'un établissement d'aliénés doive être bon orateur; il faut assurément qu'il saclie parler , mais des discours superflus, vides de sens, fatiguent le malade et établissent vme trop grande familiarité entre lui et son tuteur : les distances ne se rapprochent-elles pas à mesure qu'on apprend a se connaître ?

Il n'est point indifférent a cjuel genre de conversation le médecin s'attachera; il sera circonspect avec tout ce qui se rapporte a des promesses, la plus légère pouvant tirer à conséquence ; des discours superflus , avons-nous dit, sont inutiles, des argumens de logique le sont également. Et que pourrait-il faire entendre à ces malades ? Un homme se dit roi , comment le dissuader? Cinquante , soixante individus lui demandent tous les jours a pouvoir sortir , comment les satisfaire ? Quarante autres Fétourdissent par leurs plaintes continuelles , comment les contenter P Cinquante de ceux-ci vocifèrent et menacent ; il ne raisonnera pas avec eux; chez soixante de ceux-là, toute intelligence est éteinte;

qu'il leur parle , il n'en sera point compris.

Mais , s'il lui faut de la réserve dans le choix de ses discours , sa présence est de la plus grande utilité' , sous le rapport de la surveillance et de la direction qu il imprime a la cure. Nous le répétons, se concilier l'amitié de ses malades, c'est son premier devoir ; qu'il agisse envers eux avec les égards dus a leur condition sociale , servant le pauvre et le riche avec la même bienveillance; s'il leur veut sincèrement du bien , il en sera aimé.

Le sexe possède sous ce rapport d'éminentes qualités» et on ne saurait assez insister sur la nécessité d'attacher h un établissement d'aliénés une femme en qualité de Directrice.

Jamais le médecin ne peut personnellement se charger d'une action qui tendrait à le rendre odieux a l'aliéné. Ainsi , il se voit souvent sollicité par les servans pour faire valoir son autorité lorsqu'il s'agit de coercer le malade ; il doit s'y refuser , l'expérience n'a que trop appris les mauvais résultats d'une conduite contraire : l'opinion de tous les praticiens est unanime sur ce point.

Gardons-nous cependant d'exagérer, comme on l'a fait trop souvent , l'influence que le médecin d'un établissement d'aliénés exerce sur ses malades ; quelques auteurs , parmi lesquels il faut ranger la plupart des psycologues allemands , ont attribué a l'homme de 1 art une force morale qui tiendrait presque de la fascination magnétique; il aurait le pouvoir de se rendre maître de la volonté de l'aliéné , de la conduire à son gré , de l'exalter ou de la déprimer , par le seul ascendant de ses discours , de son maintien , par Uû certain charme inhérent a sa personne.

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Mais qu on n'assimile point raliëné a un homme qui jouit de toute sa santé morale ; qu'on ne s'imagine point qu'il soit en état de prêter attention a ce qu'on lui dit , qu'il conçoive ce qu'on veut lui faire comprendre , ou qu'il retienne dans la mémoire ce qu'il a su apprécier. Il faut des doses énormes de poison pour faire baisser l'exaltation du moral , il faudrait de même une puissance morale bien efficace, bien énergique , de la part du médecin pour pouvoir atteindre le degré de stimulation morbide auquel se trouve le système intellectuel de son malade , et de pouvoir, comme disent les magnétiseurs, se mettre en rapport avec lui. Dans l'idée que cette influence eut la force qu'on lui suppose, quelle ne devrait point être l'assiduité du médecin près de son malade, afin de tenir la volonté etl'espritde ce dernier dans une dépendance continuelle? Ce ne sera jamais dans un établissement public, qu'une telle pratique pourra se réaliser. 11 est très vrai que par ses procédés, le médecin se concilie l'amitié de ses malades, qu'il affermit cette confiance en écoutant leurs plaintes sans les contredire: mais on a dû observer que cette affection de l'aliéné , que ce grand altacliement qu'il porte à i'iiomme qui compatit a ses maux, ne se déclare quà la convalescence : lorsque l'aliénation est dans sa période croissante , l'aliéné perd de vue les idées de relation, il devient insensible aux senti mens alïecliieuxson attention ne se porte que sur ses maibeurs j sur s£s idées morbides*

Mais la grande utilité résidera toujours, nous le répétons, dans i'influeiice générale q^^'excicc lliQnime

de l'art sur le service de la maison : prévenir, éloigner du malade , tout ce qui peut lui être nuisible , sera toujours son point de mire.

Rapport des gardiens avec les aliénés.

Lorsque laliene a éprouve des malheurs et que le trouble moral se caractérise par l'abattement et la tristesse , lorsque le malade a perdu tout espoir , ce n'est pas le cas d'étouiFer en lui , par des procéde's rigoureux , un besoin continuel qu'il éprouve de se plaindre et de s'épancher : il faut le relever de cet abattement par des témoignages de bienveillance, et prévenir, par les consolations et les égards, de plus grands malheurs.

Biais lorsque le mal s'annonce par un désir de nuire, par un grand déploiement de la volonté , il ne faut plus cette douceur ni cette condescendance ; il s'agit d'enchaîner les mouvemens tumultueux du malade, de lui inspirer de la crainte, de la frayeur, de le soumettre au pouvoir d'une volonté ferme et constante.

Le trouble intellectuel s'annonce-t-il par de fausses conceptions, par des représentations idéales, par un esprit de sophismes, il est bon de distraire l'aliéné du sujet de son délire. Il faut soumettre son moral a des impressions nouvelles , et donner a son intelligence morbide le temps de se calmer et de se reposer.

Le servant devient l'instrument de la cure indiquée par le médecin. Faut-il distraire l'aliéné, c'est son gardien qui est chargé de cet office : le malade a-t-il

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besoin de consolations , c est le servant qui doit les lui prodiguer : une exaltation impe'tueuse doit-elle être réprimée , c'est encore lui, qui, par l'ascendant de sa volonté, et entouré d'un appareil de répression , doit inspirer au malade une crainte salutaire. Acteurs et continuellement en scène , ces hommes doivent élre doués de précieuses qualités pour saisir à tout moment l'esprit de leur rôle. Le meilleur expédient, c'est d'adapter leur caractère naturel au caractère morbide de l'aliéné. Ainsi ^Inous voulons que dans un établisblissement bien organisé, il y ait tles gardiens dont les fonctions soient uniquement destinées a calmer les souffrances du malade et à le distraire, tandis que d'autres seront chargés d'exercer la répression. On choisira les premiers parmi ceux qui sont aimés des aliénés , a qui ils s'adressent lorsqu'ils ont quelque demande a faire, quelque faveur a obtenir : le servant appelé a exercer une influence répressive sera doué d'une grande force corporelle ; il est nécessaire qu'il soit imposant , qu'il ait la voix forte et sonore , de la détermination dans le caractère.

Les médecins attachés a des établissemens d'aliénés peuvent sevils apprécier combien il est difficile de trouver des gens qui veulent se prêter a un tel emploi. Le domestique proprement dit n'offre ses services qu'a la dernière extrémité. Les aliénés convalescens , sensibles au malheur de ceux avec qui ils ont partagé lin for tune , y conviennent ; mais souvent ils sont bornés, sans instruction et parfois trop dévoués aux malades qu'ils soignent : le servant doit nonseulement agir par devoir, mais par goût, et sous

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ce rapport, l'esprit religieux offre cette précieuse ressource. Nous trouvons dans tous les pays catholiques des communautés religieuses vouées au service des hôpitaux et au soin des malades : le de'vouement des hospitalières est connu du monde entier ; des plumes éloquentes ont même fait ressortir les qualités e'minentes qui les distinguent. D'autres sectes ont leurs sociéte's destinées au service des hôpitaux : les Frères moraves, les Quakers en Angleterre et en Amérique sont de ce nombre. Les instituts de Gand et d'autres en Belgique sont desservis par les Sœurs et les Frères de la Charité. Leur humanité , qui me pénètre tous les jours d'une véritable admiration , est au-dessus des éloges cpe je pourrais leur donner.

Le servant séculier et mercenaire connaît, il est vrai, les hommes; ayant Fexpérience du cœur, il sait se rendre raison de ces désordres auxquels mène le commerce du monde : ses besoins le rendent affectueux ; il connaît le point d'honneur et sait apprécier l'amourpropre blessé , les égaremens de l'amour heureux ou malheureux : l'aliéné lui ouvrira de préférence son cœur.

Nos religieux hospitaliers vivent dans l'isolement ; ils connaissent , dira-t-on , moins ces causes sans cesse renaissantes qui agissent si vivement sur le moral : ils sont sans expérience ; avec moins de pénétration à découvrir les causes morales , ils ont aussi moins d'aptitude a saisir les maladies qui en résultent. Leurs besoins , leurs penchans sont sans cesse contrariés par une vie austère ; leur caractère en accjuiert parfois une certaine sévérité , et c'est ainsi qu'en s'isolant des

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hommes , ils déterminent ceux-ci à ne pas toujours les rapprocher d'eux.

Mais leur but est une re'compence celesle : le gain appellele servant mercenaire. Nos religieux sont vrais, sobres , mènent une vie dure; ils exhortent le malade a la vertu. Si le laïque paraît plus apte a pénétrer le moral , il acqui^t souvent une immoralité qui se mêle à ses discours et se dessine dans toutes ses actions , tandis que nous trouvons parmi les membres de nos communautés religieuses les règles de la morale , de la bonne éducation et souvent une instruction solide , qualités qui , comme on peut le sentir, sont d'une grande ressource dans le traitement : leur costume même ajoute a leur donner une certaine dignité'.

Conclusion du quatrième et dernier chapitre»

Les principes émis dans le cours de cet ouvrage nous ont servi de base à la méthode curative des phrénopathies. C'est ainsi que nous avons tantôt adapté les moyens curatifsa la sensibilité lésée, tantôt cherché a rétablir l'action normale du principe actif de nos déterminations. Soustraire laliéné aux influences stimulantes , c'est diminuer la somme de son excitabilité : or , l'exaltation de la sensibilité étant la source commune de toutes les anomalies qui se développent successivement dans le désordre intellectuel , amortir la sensibilité , c'est ramener l'organe a son type fonctionnel.

Il n'y a pas d'aliénation dans laquelle la soustraction des stimulans moraux et physiques, ne puisse être indiquée afin de provoquer le repos de lorgane intellectuel.

Cette inaction du cerveau , on l'obtient :

1° En évitant les impressions des sens de relation et des viscères. — Les sensations visuelles trop vives , les bruits trop intenses, l'usage immodéré du coït, l'introduction de substances irritantes dans l'estomac. '2° En ménageant la sensibilité afFective, en prévenant les émotions , les passions.

3° En suspendant les actes intellectuels proprement dits ; en cessant tout travail de l'esprit , toute spéculation scientifique, toute épreuve logique. L'aberration des idées proprement dite suppose une lésion profonde de la sensibilité morale ; elle n'est , comme disent les pathologistes , que le symptôme d'un symptôme : vouloir combattre ce dernier sans diriger ses vues sur l'organe du mal, c'est agir en pure perte; c'est plus , c'est déterminer dans le système intellectuel un surcroit d'action : en soumettant le malade a des épreuves logiques, c'est l'irriter; l'expérience a prouvé combien ces elTorts lui sont nuisibles.

4° En évitant les exercices musculaires violens.

îl y a des caïmans moraux : ce que le bain tiède fait sur la surface cutanée en amortissant la vive sensibilité des extrémités nerveuses , les émotions douces semblent opérer le même effet sur le moral. Les consolations empruntées a la religion , l'entrevue avec la famille , la mise en liberté du malade , et d'autres moyens , atteignent le but.

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D'autres agens ont une influence spe'ciale sur les déterminations qu'ils dépriment. Parmi les moyens moraux , ceux que l'art emploie donnent lieu a un sentiment de crainte ou de frayeur. Divers modificateurs ont été mis en usage : après la réclusion et l'isolement, c'est le mouvement rotatoire dont on a éprouvé les effets salutaires les plus constans. Ces moyens sont principalement indiqués dans l'exaltation , l'aberration de nos déterminatins.

Quelques sédatifs portent leur action sur le système nerveux , d'autres sur le système sanguin : parmi les premiers , quelques-uns ont une action spéciale sur le cerveau. D'autres agissent particulièrement en détruisant le type morbide.

La digitale, l'opium et le sulfate de quinine conviennent particulièrement.

Le tartre stibié , donné à haute dose , promet des avantages.

Les déplétions sanguines et le régime antiphlogistique sont rarement utiles ; ces moyens sont presque exclusivement indiqués pour prévenir les aifections secondaires du système encéphalique , des organes thorachiques et abdominaux , ou pour les combattre lorsqu'ils existent déjà.

D'autres moyens sont doués de vertus exclusivement dérivatives , tels sont les frictions stibiées sur la surface du crâne, le vésicatoire, le séton, le cautère actuel, etc. Quelques-uns sont couronnés de succès ; telles sont les frictions stibiées et quelquefois le cautère actuel.

Les distractions, quoique utiles dans nombre de ca?, exigent cependant de la prudence : elles excitent le cerveau, augmentent l'activité musculaire , qui par sa réaction sur l'organe intellectuel , peut y déterminer des stimulations secondaires.

Or , les peintures voluptueuses , les concerts mélodieux , les spectacles de toute espèce , si souvent mis à contribution , ne sont ordinairement propres qu'à irriter le malade , lorsqu'on les invoque sans discernement : si agréables à l'homme en état de santé, ces impressions exercent sur l'esprit égaré un eflfet analogue à celui que déterminerait, sur un œil atteint de névralgie , telle couleur que cet organe perçoit avec déleclalion, dans son état normal.

L'établissement où le malade est renfermé , constitue un des plus puissans moyens curatifs. Divisé en catégories , les malades y sont classés d'après le caractère et la nature de leurs maladies. C'est le moyen d'isolement par excellence. Tous les employés exercent sur l'aliéné une influence morale; ils sont les instrumens de la cure : de leurs qualités morales et physiques dépend le succès du traitement. -

En isolant Faliéné dans un établissement spécial, on l'éloigné d'une foule d'influences qui tiennent son moral dans un état d'éréthisme conlinuel. ,'

Jouissant de sa liberté , les impressions de dehors agissent continuellement sur ses sens; elles provoquent son attention sans cesse , et par l'enchaînement qu'ont entre elles les diverses facultés intellectuelles, elles mettent en jeu tous leurs rcssorls : au sein de sa fa-

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mille , entouré de ses amis , en contact avec ses connaissances , l'aliéné est dans un état permanent de stimulation» de passion même, et, ce qui plus est , souvent sous l'influence des causes qui l'ont rendu malade : mille motifs , les incidens dans la vie domestique , dans les affaires privées , publiques et politiques , viennent à tout moment éveiller ses qualités supérieures, susciter des efforts dans son système intellectuel , dans son imagination , sa volonté.

Séquestré dans un institut, le malade subit une notable soustraction dans la somme des impressions : celles qu'il perçoit dans cet asyle, peu nombreuses, toujours uniformes et ménagées avec art, finissent par ne plus stimuler son moral et par le mettre , en quelque sorte , dans un état négatif.

Dans toutes les circonstances , l'homme attache le plus haut prix a sa liberté ; le libre exercice de cette propriété admirable, son état d'oppression exercent l'un et l'autre, non-seulement la plus grande influence sur le moral , mais produisent encore sur les fonctions organiques les modifications les plus étonnantes : les altérations du centre de la circulation , les maladies pulmonaires, les affections du foie et des intestins, sont, comme nous avons vu, la suite fréquente d'un moral soumis aune répression trop forte et trop prolongée^ Or, cet aliéné que vous voyez libre dans les cours d'un institut et qui n'est soumis à aucune médication interne , se trouve sous une influence bien plus puissante qu'un examen superficiel pourrait d'abord le faire sounconner : sa soumission à une volonté étrangère. Ce moyen le plus généralement employé, le plus

indispensable, est aussi le plus efficace de tous les agens de répression.

Nos efforts se sont donc dirigés h faire ressortir les avantages qui se rattachent à Tisolement , au classement des malades entre eux , et a en obtenir , par un bon système de surveillance , le plus grand ordre, le plus grand calme possibles.

Il importe , dans les indications curatives des divers moyens employés dans le traitement des maladies mentales, d'avoir égard aux périodes quelles parcourent.

Le traitement qui convient à telle ou telle espèce d'aliénation est presque toujours celui qui convient à telle ou telle période de cette maladie : or, aussi long -temps qu'elle s'annonce par des symptômes d'une simple affection sentimentale , les moyens qui préservent la sensibilité morale de ses stimulans fonctionnels, ceux qui la dépriment directement, ceux enfin qui opèrent une révulsion sur d'autres organes , favorisent la terminaison heureuse de la maladie.

Aussi long-temps que la maladie est dans sa période croissante , qu elle ne s'annonce point avec les phénomènes d'une réaction trop violente , les moyens qui , d'une part , diminuent la sensibilité , et ceux qui , d'une autre , impriment à la volonté une direction salutaire , trouvent des indications curatives utiles.

A cette époque , on rencontre beaucoup de chances de réussite.

Lorsque la maladie est dans sa période stationnaire, la cure est ordinairement expectante ; clic doit le plus

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souvent se borner a l'emploi de ces agens , qui empêchent la destruction organique du cerveau.

L'effervescence re'agissante e'tant calmée , on agît sur les sens , sur l'esprit , sur le système musculaire ; on a recours aux distractions.

A la période décroissante le traitement redevient ordinairement actif. Souvent la maladie menace de traîner en longueur, en d'autres cas, elle offre une propension à passer a un e'tat de démence : ces situations différentes exigent des traitemens divers , consistant tantôt dans l'emploi des stimulans moraux ou physiques , tantôt dans ceux qui donnent à la volonté morale ou physique , aux forces cérébrales , une nouvelle activité.

A cette époque du mal le malade reste sous Finfluence, d'une sensibilité morbide.

Ces moyens agissent alors en diminuant cette impressionnabilité.

Ils dissipent l'état de mélancolie , si fréquent a la période décroissante des manies ;

Ils abrègent la convalescence ,

Préviennent les récidives ,

Et détruisent les habitudes morbides du cerveau.

Les moyens physiques proprement dits seront surtout utiles au début du mal; la cure parle tartre stibié, par la digitale , par le sulfate de quinine , par les frictions stibiéeSjle moxa, le cautère actuel , conviendront principalement a cette époque , tandis que les sédatifs Tnoraux seront surtout utiles dans la période accroissante , les distractions au déclin de la maladie.

Cette succession dans les phénomènes morbides du

trouble intellectuel a presque toujours été méconnue dans le traitement adapté a ce genre d'affections : c'est au défaut de cette connaissance qu'est dû en grande partie le vague que nous rencontrons partout dans les règles établies pour ce traitement : c'est encore à la même cause que nous devons attribuer la diversité d'opinion qui règne souvent sur l'utilité de tel ou tel moyen dans le trouble intellectuel , moyen considéré tantôt comme inutile ou dangereux , et qui employé a une époque convenable , produit des résultats réellement avantageux.

L'on peut réduire aux corollaires suivans ce qui a été dit sur les divers agens thérapeutiques , eu égard aux indications curatives qu'ils présentent dans les différens genres d'aliénation mentale.

La Mélancolie :

Elle exige l'emploi des moyens qui ramènent la sensibilité a son état normal : isolement agréable, soustraction des impressions des sens , du sentiment et de celles qui agissent sur l'intelligence ; — caïmans moraux après Tétat aigu ; consolations ; — moyens qui exercent sur la sensibilité un effet sédatif direct : la digitale , l'opium, etc.

Emploi des moyens qui rompent le type rémittent ou intermittent : sulfate de quinine a forte dose.

Les dérivatifs, moraux ou physiques ; — les distractions : exercices de l'esprit , exercices corporels à la période stationnaire ou décroissante; — les révulsifs appliqués sur la peau : vésicatoires, frictions stibiées au début ou à la période décroissante.

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Les déplétlons comme traitement palliatif.

La Manie :

Eviter les stimulans des sens , les impressions excitantes du sentiment ; — affaiblir directement la sensibilité' par les narcotiques.

Avoir recoms , au début et pendant la période croissante , aux révulsifs : frictions stibiées sur le crâne , moxa , cautère actuel.

Agir sur la volonté; enrayer cette faculté active, au cas que les efforts en soient trop violens , par un traitement sédatif : isolement , réclusion , mouvement rotatoire; tartre stibié à l'intérieur et a. forte dose.

Prévenir, arrêter les congestions cérébrales par un traitement antiphlogistique , employé avec réserve le plus souvent.

La Folie : •

Cure palliative dans un grand nombre de cas.

Eviter les stimulans fonctionnels et accidentels du cerveau.

Amortir les impulsions capricieuses de la volonté par un traitement répressif.

L'extase :

Soustraction de tous les stimulans cérébraux. Les exercices coi^porels a la période slationnaire et déci*oissante.

Les Convulsions :

La soustraction des stimulans cérébraux.

Les révulsifs violens ; le cautère actuel dans quelques cas spéciaux.

Prévenir les congestions, les de'sorganîsations "de Forgane cérébral, en instituant des déplétions sanguines locales ou générales , avec prudence.

Le Délire:

Le repos de Forgane intellectuel.

Les caïmans moraux : consolations.

Les stratagèmes dans quelques cas rares. A la période stationnaire ou décroissante , les distractions.

Quelquefois les sédatifs moraux.

La Rêvasserie :

A Fétat aigu, le repos de Forgane intellectuel. A Fétat chronique , les distractions : exercices corporels.

La Démence :

Soustraction des stimulans cérébraux a Fétat aigu.

A Fétat chronique , impressions des sens , exercices corporels.

Combattre les congestions cérébrales par le régime antiphlogistique et les révulsifs, employés avec réserve.

Ce traitement , tel que nous l'indiquons dans cette analyse et tel que nous Favons proposé dans le cours de ce chapitre, n'est relatif qu'aux aliénations considérées dans leur état d'individualité : les indications curatives doivent varier suivant les différentes associations morbides que ces maladies forment entre elles. C'est ainsi que telle mélancolie , dégagée de toute impulsion des forces réagissantes du cerveau , ne demande

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point remploi des moyens diriges sur les déterminations volontaires , tandis que ces mêmes moyens peuvent être très avantageusement combines avec ceux qui conviennent dans la mélancolie simple , lorsque cette affection se trouve associée avec une hyper tonie de la volonté : or , plus l'altération de la sensibilité prédomine et participe du caractère mélancolique » moins il faut épargner les moyens qui agissent sur la sensibilité exaltée , en ménageant ceux dont l'action est spécialement dirigée sur les propriétés actives du système cérébral.

Il ne faut point non plus perdre de vue ces lésions secondaires qui se développent si fréquemment dans le cours des aliénations mentales , et qui , presque toujours relatives à des affections des organes de la cavité ^pectorale ou de ceux qui sont renfermés dans l'abdomen , offrent un caractère très-grave , et demandent , de la part de l'homme de l'art , les plus grandes précautions. Ces affections , on ne les découvre ordinairement que lorsqu'elles existent déjà à l'état chronique, lorsque la décomposition organique a déjà porté son influence sur les fonctions en général, a moins que la constitution vigoureuse , réagissante et pléthorique du sujet , son jeune âge , ne donnent lieu au début du inal , à un appareil fébrile assez prononcé pour annoncer la lésion secondaire ou accidentelle dont ces organes sont le siège.

Il faut , dans l'emploi des médicamens Internes ou externes, une attention spéciale à l'état d'exaltation dans lequel se trouve le système cérébral : plus les phénomènes morbides , soit du domaine sensible , soit

du domaine réagissant , sont exaltés , plus il est permis de donner les substances médicamenteuses a de fortes doses : on dirait que la vitalité de tout l'organisme se concentre dans le système sentimental réagissant.

Cependant , ce serait partir d'un principe faux que de se ranger de Tavis des auteurs qui assurent que l'aliéné ne perçoit non-seulement pas les impressions de dehors , ou les perçoit moins fortement que de coutume , mais que les irritations de la peau et celles qu'on dirige sur le tube alimentaire, n'amènent point chez lui ces mêmes destructions organiques qu'elles ont l'habitude de produire chez les personnes saines d'esprit : nous avons déjà démontré l'erreur d'une pareille assertion en faisant voir que plusieurs maladies des poumons , grand nombre d'inflammations intestinales, sont dues chez les aliénés a des vicissitudes atmosphériques, au froid de la poitrine et des pieds surtout : ces agens quoique non perçus avec conscience , par l'aliéné, retentissent dans son cerveau et exercent, comme l'a très bien démontré George t, une influence destructive sur les tissus organiques : et comme il faut chez les aliénés user de toutes les précautions possibles pour prévenir les suppressions de transpiration , de même il est nécessaire de prévenir les eô'ets désastreux que pourraient exercer sur le tube intestinal , ces médicamens donnés a fortes doses , et continués pendant un espace de temps plus ou moins long.

Le médecin ne perdra pas de vue l'air que le malade respire : l'air ne saurait être trop pur, car plusieurs maladies provenant de son état d'insalubrité

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sont endémiques dans certains établlssemens : ce qui plus est , la maladie asiatique, qui vient de faire de si grands ravages parmi nos populations et qui n a point épargne nos ëtablissemens , s'est particulièrement manifestée dans ces demeures et ces salles habitées par les aliénés les plus immondes.

Il faut une attention spéciale au régime. Les mets irritans ne conviennent pas en général ; ceux qui nourrissent peu n'atteignent également pas le but : il est prouvé qu'un régime substantiel est le plus salutaire , sauf les cas exceptionnels.

Les boissons spiritueuses seront interdites : le vin convient en certains cas , dans les aliénations sans forte réaction , dans celles accompagnées d'affaissement intellectuel : mais les spiritueux , sont indiquées chez les individus habitués a cette boisson : j'ai vu , il est vrai dans des cas rares , un excès modéré dans les boissons et momentané, ne produire aucun aggravement dans la réaction maniaque , et donner lieu à un bon sommeil.

Or , indépendamment des règles qui concernent la cure proprement dite des aliénations , il est indispensable que le médecin en prescrive de particulières puisées dans l'hygiène et qu'il appliquera encore spécialement a ces affections secondaires qui se développent dans le cours de l'aliénation a la suite de causes occasionelles.

Dans tout ce qui est relatif au traitement des maladies mentales , je me suis strictement renfermé dans un cercle déconsidérations spéciales; j'ai consulté l'expérience, mais prest^uç exclusivement celle qui me sert

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de guide dans les etablissemens confiés a mes soins : dans un sens rigoureux , on pourrait s'attacher à une foule de considérations sur le traitement auquel il faut soumettre ces aliëne's que leur ëtat moral ne force point à être isolés dans un établissement particulier ; à cette direction , à cette éducation morale qu'il importe de donner aux personnes disposées a ce genre de maladies : j'aurais donc pu m'étendre sur le traitement prophylacticjue qui convient a ceux surtout qui ont déjà éprouvé des atteintes de trouble intellectuel : mais ces considérations qui peuvent facilement être déduites de ce qui a été dit précédemment, m'écarteraient trop du but que je me suis proposé d'atteindre , celui :

De simplifier l'étude du traitement des maladies mentales;

D'appliquer à ce traitement les lois de l'organisme vivant;

De prouver par l'expérience même , par les succès et les insuccès obtenus des agens thérapeutiques , la nature du trouble intellectuel.

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Il resuite de ce qui a ëtë dit dans le cours de cet ouvrage que les aliénations décrites par les auteurs , et celles que nous avons tait connaître , ne sont point des maladies différentes par leur nature , mais qu elles se réduisent , en dernière analyse , à une individualité pathologique. Les physionomies si différentes, sous lesquelles cette affection se présente , ne dépendent que de la somme d'altération , tantôt plus grande dans les propriétés passives , tantôt plus forte dans les propriétés actives de Fentendement ; ainsi que des métamorphoses diverses que ces mêmes altérations subissent, et des associations nooîbreuses qu elles forment

entre elles, qui devenant stalionnaîres, dans leurs différentes périodes , se présentent sous Taspect de maladies nouvelles.

Abstraction faite de ces altérations qui résultent dune lésion mécanique , d'un vice congénial de tissu, de celles qui se présentent comme symptômes dans le cours des maladies aiguës , on peut résumer de la manière suivante la doctrine des maladies mentales.

Presque inconnue des peuples nomades et des sauvages , l'aliénation mentale se montre et se multiplie dans les foyers mêmes de la civilisation, la où les désirs et les besoins toujours renouvelés , se heurtent et se repoussent sans cesse.

Anomalie de ce lien social qui nous rend l'existence agréable et souvent pénible en même temps , elle a , dans la grande majorité des cas, sa source dans des a gens qui compromettent notre bonheur moral , nos intérêts, d'autant plus chers cjue le perfectionnement intellectuel est grand ; quelquefois dans une impressionnabilité intellectuelle, une idiosyncrasie, transmissible par la génération ; plus rarement dans des vices organiques du cerveau , dans des troubles des viscères thorachiques et abdominaux , dans des altérations morbides du système cutané ; parfois dans des causes affaiblissantes et des substances délétères mises en contact avec nos tissus.

Affection qui, lorsqu'elle ne provient pas d'un vice congénial d'organisation , annonce une lésion de la

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sensibilité affective , primitivement exprimée par un sentiment d'affliction , de mélancolie , a laquelle succèdent souvent des efforts de répulsion dans les qualités instinctives et perfectibles , caractérisés par des actes désordonnés de la volonté , des écarts de l'imagina tion.

Maladie dont le caractère primitif conserve souvent l'état d'individualité , se présente parfois associé aux phénomènes de réaction ou d'affaissement intellectuel, ou bien s'éclipse , en quelques cas , sous l'apparition de ces derniers , pour se présenter fréquemment de nouveau à l'époque de la convalescence.

Affection périodique dans un grand nombre de cas, intermittente ordinairement à son début, passant à l'état continu rémittent, à l'état continu; acquirant encore a la période décroissante le type rémittent, intermittent ou périodique.

Maladie clironique qui , dans le plus grand nombre des cas , finit par un retour à l'état normal , ou qui se termine par une diminution dans l'expression fonctionnelle du cerveau , dépendante ou non d'une altération organique et secondaire de ce viscère ; altération dont le siège le plus constant est dans les régions excentriques latérales et supérieures des héaiisphères cérébraux: affection donnant lieu a des lésions sympathiques d'autres organes , parmi lesquelles ceux de la respiration et de la digestion occupent le premier rang.

L'aliénation mentale appartient aux névroses douloureuses : primitivement, elle est une phrénalgie.

Les différentes formes sous lesquelles les souffrances du moral se présentent , nous les avons décrites sous le nom générique de Phrénopathies ,

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