VI
a jii .
dissent, s'éla^issent peu à peu jusqu'à avoir le diamètre de la masse principale . Celle-ci se rétrécit, et finalement la masse entière de la cellule est portée dans ce qui n'était que le prolongement; la cellule se trouve par le fait avoir cheminé, s'être déplacée ; (?t il arrive quelquefois qu'après avoir dessiné une cellule sur le bord du champ, si l'on attend trop longtemps pour l'observer de nouveau, elle en a disparu. Ces prolongements donnent aux cellules lymphatiques les aspects les plus variés et les plus bizarres.
D'autres cellules restent , comme nous l'avons dit , sphériques et immobiles; d'autres" s'étendent en surface ; nous en avons vu môme s'étaler de telle façon à la face inférieure de la lamelle, qu'elles disparaissaient presque complètement et qu'elles n'étaient plus reconnaissables que poui- nos yeux, qui les avaient suivies dans leurs transformations, et cela grâce à la réfringence spéciale du bord de la lame do protoplasma ainsi formée.
Cette [)remière observation suffit à montrer que les cellules lymphatiques ne possèdent pas de membrane c{ui les entoure, et qu'elles sont constituées par une masse susceptible de changer de forme.
Pour continuer notre étude, et en faire une étiule vraiment expérimentale, comme nous l'avons annoncé, laissons celte préparation pendant vingt-quatre à quarante-huit heures, et examinons-la de nouveau. Pour que, dans ces conditions, la prépara-
FiG. h1. — La môme cellule de la lymplie de la grenouille, observée à la température ambiante et dessinée à la chambre claire, au bout do deux minutes, au bout de cinq minutes, et de deux en deux minutes jusqu'à la dix-septième. Une vacuole v change de situation par rapport au
■ centre de figure de l'élément et sert à apprécier les déplacements de sa masse.
l-ï»* THAITK TKCHNIQI E Ji lllSTOLOOIi:.
tion de lymphe ne soit pas envahie par les bacléries' cl autres microzoaires, il est nécessaire que la lame et la lamelle aient été chauffées d'abord au-dessus de 100 degrés et refroidies immédiatement avant de s'en servir; en second lieu, que la pipette au moyen de laquelle on a pris la lymphe ait été étirée Iraîchement; le tout pour qu'il n'ait pu se trouver enti'aîné dans la préparation aucun germe microscopique. Si ces conditions ont éf(î bien remplies, voici ce que présente, au bout de quarante-huit heures, la préparation. Quelques cellules lymphatiques rondes ont le même aspect que le premier jour, il en reste aussi cà et là quelquesunes avec une forme irrégulière, trace de leurs mouvements amiboïdes; d'autres, également rondes, sont moins réfringentes et renferment un ou plusieurs noyaux ti'ès-distincts, entourés de granulations graisseuses. Dans certaines cellules, ces granulations sont grosses, ti'ès-iv'fringentes, et forment, au nombre de dix ou douze, comme une couronne autour du noyau; d'autres fois elles soni massées sur une des parties de la cellule ; dans d'au- Ires, les granulations sont beaucoup plus fines et disséminées dans toute la subslance.
rAHoiss,mr,.s (Juclqucs cellules jirésentent des sortes d'excroissances en s.ucodiqiK ^. Jjq^^Iq^^ tantôt sur le bord même de la cellule, lantôt un
peu distantes et l'cliées à la cellule par un filament. Ces excroissances sont d'ime tout autre nature que les prolongements amiboïdcs dont nous avons parlé plus haut. Tandis que ces prolongements, une fois produits, changent constamment de forme et peuvent même revenir sui- eux-mêmes pour se confondre de nouveau avec la masse de la cellule, les excroissances dont nous parlons en ce momentet quej'appellerai sarcodiques, d'après Dujardin-, qui les
' Lns bactéries apparaissent d'abord dans les préparations sous la forme d'une niasse sphérique granuleuse, dont les granulations sont extrêmement fines et donnent à relte masse une apparence grise. Plus tard, cette boule s'émiette pour ainsi dire sur les bords; il en reste un noyau central où les granulations sont encore denses et serrées, et autour de lui une sorte d'atmosphère nuageuse i|ui n'est plus formée par des grains arrondis, mais par des grains allongés, ayant déjà la forme de bâtonnets. Plus tard cncone, ce nid de bactéries s'est dispersé, et dans toute la préparation on observe de petits bâtonnets isolés ou articulés par leurs extrémités. Ces petits bâtonnets errent parmi les cléments qui sont contcHus dans la préparation, et les détruisent.
2 C'est généralement à Dnjardin qu'est attribuée la découverte des mouvements amiboïdes, par suite de la confusion faite entre ces mouvements et les excroissances sarcodiques décrites par cet auteur. Il n'a vu ni les mouvements des prolongements
iivuesle premier, une toissoi'tiesde la cellule, demeiireiiLàrendroit où elles se sont produites, et jamais ne rentrent dans son intérieur. Elles ont toujours une l'orme sphérique. Elles sont claires, libmogènes et lisses. On peut considérer leur production comme un phénomène de mort (de même que l'apparition nette du noyau et des granulations), tandis que les mouvements et les prolongements amiboïdes sont des phénomènes de vie.
Si, à une préparation de lymphe de grenouille, on ajoute de Action Teau, le proloplasma' de la cellule lymphatique se gonile, devient moins réhingent, et les noyaux -de la cellule lymphatique appa-
qu'il (lécril, ni la progression des cellules. Le premier qui ait signalé les vrais mouvements des cellules, c'est Wharton Jones [The blood corpuscle considerèd in Us différent phases of development, Philos. Transact., 1846, p. 64). Avant lui, iîiebold et Kôlliker avaient vu des mouvements analogues chez les planaires, mais les considéraient comme un fait isolé et étrange. Depuis lors on a constaté ces mouvements sur des cellules de toute espèce, et aujourd'hui les mouvements amiboïdes sont admis comme une des propriétés générales d'un grand nombre de cellules.
• Le protoplasma est par excellence la matière vivante de la cellule. Pour l'aire comprendre ce que les histologistes modernes désignent sous ce nom, nous sommes obligé de reprendre d'un peu plus haut l'histoire des conceptions diverses qui ont régné sur la cellule.
Les premières notions un peu exactes sur ce sujet remontent à Schwann [Alicroscopisclie Untersiwhungen iiôer die Uebereinstimmuny in der Structur und dem Wachsthwnder Tliiere imd Pflmizen, Berlin, 1839). Pour lui, la cellule était composée d'un nucléole, d'un noyau et d'un corps cellulaire qui formaient trois couches, trois sphères concentriques l'une à l'autre. Il admettait que le corps cellulaire est limité par une membrane. Cette conception a régné longtemps ; elle a duré jusqu'à l'époque oùSchultze {Ueber Muskellwvperchen und das, was mon eine Zelle zu nennen liabe, Arch. de Reichert et du Bois-Reymond, 1861, p. 1) et Briicke {Comptes rendus de V Académie de Vienne, t. \LIV, p. 381; ont démontré qu'un grand nombre de cellules ne possèdent pas de membrane. Dès lors la cellule est caractérisée par son noyau et une masse cellulaire qui l'enveloppe. Cette masse cellulaire a été comparée à la substance qui entoure les noyaux des cellules végétales et (|ue les botanistes désignent sous le nom de plasma et de [irotoplasma. Aussi délinit-on aujourd'hui la cellule une masse de protoplasma contenant un ou plusieurs noyaux. Quant a la nature de ce protoplasma, il est difficile d'indiquer exactement ce qu'elle est. L'est une substance albuminoïdc qui contient habituellement, sous forme de grains distincts des substances excessivement variées et même des corps inertes. Parmi ses propriétés physiologiques, celle qui la définit le mieux, c'est la faculté qu'elle a de présenter des mouvements amiboïdes ; elle est en outre l'organe d'échanges trèsactifs. Le protoplasma des cellules lymphatiques peut du reste être considéré comme un fort bon type du protoi)lasma en général, et dans les considérations que l'on va lire sur les cellules lymphatiques, on puisera la notion la plus exacte sur la nature de celte substance, sur sa vitalité très-activc, sur ses mouvements et sur les échange! nutritifs variés dont elle est le siège.
i;;8 TRAITE TECHNIQUE D'HISTOLOGIE.
iciissenl neltemeiiL; udditionnéc d'un peu d'ticidr; uccLiquc, Ve-du déleiTiiiue JDeaucoup plus rapidement ces modilicalions.
dc^rlode ^^^^ phénomènes de la mort des cellules lymphatiques s'observent plus nettement encore par l'action de l'iode. Le sérum Ibrtement iodé et la solution iodé(.' que nous avons recommandée sont également bons pour cette expérience. Une fois la préparation de lymphe laite, une goutte du liquide iodé est déposée à côté de la lamelle et y pénètre par capillarité. Immédiatement les cellules lymphatiques se colorent en jaune verdàtre; le noyau et les granulations apparaissent; il se forme des excroissances sarcodiques incolores ou légèrement teintées en violet. Certaines cellules prennent, ainsi que leurs expansions sarcodiques, une teinte d'un brun-acajou. Maiiùro Cette coloration en brun-acajou par l'iode est la réaction carac-
Kbcogciic. (^(^j.jgQq^^ 1-^ niatière glycogène, et comme nous la rencontrons ici pour la première fois, il ne sera pas mauvais que nous nous (Hendions un peu sur ce sujet, car les caractères généraux de cette substance sont les mêmes dans toutes les cellules, et en général dans tous les éléments qui en contiennent.
Cette matière est homogène; elle est répandue d'une manière (lilïuse dans toute la cellule; elle se trouve dans une sorte d'état gommeux qui lui permet de s'étendre partout. Aussi peut-elle même s'échapper de la cellule et former des gouttelettes; si l'action du sérum iodé se prolonge, ces gouttelettes se fondent et finissent par produire fiutour de la cellule une atmosphère colorée en brun. Ces caractères, joints à la coloration caractéristique de l'iode, sont communs à la matière glycogène partout où il s'en trouve. La présence de cette matière dans les cellules lymphatiques nous explique pourquoi les analyses chimiques de la lymphe y ont décelé du sucre.
Adioii L'action des différents réactifs colorants sur les cellules lym-
Toio'î'antcs''' phatiqucs est loin d'être la même. Elle diffère suivant la rapidité avec laquelle ces substances amènent la mort de ces cellules.
Si l'on mélange sur une lame de verre avec une goutte de lymphe une goutte de picrocarminatc d'ammoniaque à i pour 100, l'ensemble de la préparation prend une teinte jaune sur laquelle les cellules lymphatiques se détachent en blanc; au bout de quinze à vingt minutes, ces cellules, d'abord homogènes, laissent voir nettemenl leurs Jioyaux et leurs granulations, el ensuite prennent la couleur du licpiide dans lequel elles llottent. Lepicrocarininate
LVMI'HE. luO
airète doue les iiianilesUitions vitales des cellules lyniphaliques, il les tue rapidement et ne les colore qu'après.
Le carmin, additionné d'un minimum d'ammoniaque en solution étendue, paraît être moins conLi'aii-e à la vitalité des cellules lymphatiques. En opérant avec du carmin ammoniacal dilué, comme nous avons opéré avec le picrocarminate, on voit les cellules lymphatiques, quoique baignées dans la solution carminée, continuer leurs mouvements amiboïdes et prendre les Ibrmes les [ilus diverses. Les cellules qui ne changent pas de l'orme demeur(uit homogènes pendant assez longtemps. Cependant, dès le début, certaines cellules lymphatiques perdent de leur réfringence et laissent voir des granulations nettes ; leurs noyaux se colorent bientôt en rouge. Plus tard seulement les autres cellules deviennent l'ondcs, mais ne se laissent pas encore pénétrer par la matière colorante. La coloration s'y lait ensuite peu à peu, à mesure que l'imbibition se produit. Les noyaux sont alors colorés en rouge et le protoplasma granuleux est à peine rosé.
Les autres matières colorantes ont sur les cellules lymphatiques une action analogue; elles déterminent une coloration des noyaux alors que la cellule est morte et que l'imbibition est produite.
L'étude des novaux des cellules lymphaticrues présente un soyMK
, - J r 1 i colliilus.
grand intérêt, parce que c est sui' elle que seront fondées les notions que nous pourrons acquérii' sur l;i multiplication de ces cellules. De toutes les méthodes (jue nous avons essayées à cet effet, celle qui nous a le mieux r(3ussi est la suivante : A une goutte de lymphe déposée sur la lame d(( vei're on ajoute une goutte d'une solution d'alcool à 36 degrés dans 2 parties en volume d'eau distillée (voy. p. 77). Lés deux gouttes sont mélangées par agitation avec la pointe d'une aiguille; on recouvre la lamelle et celle-ci est bordée avec de la paraffine. Toutes les cellules lymphatiques sont immédiatement frappées de mort; elles sont revenues à la loi'ine sphérique, présentent souvent sur leui's bords des boules sarcodiques, et les noyaux apparaissent nettement dans leur intérieur. Examinés à un gi'ossissement de 50(1 a 1)00 diamètres, avec un bon objectif, ces noyaux présentent un double contour etdes nucléoles brillants. Ces nucléoles sont sphériques, ou allongés en forme de virgule, de haricot ou de bissac. Pour bien voii- la disposition des noyaux, il vaut mieux les observei'sm- des préitarations coloi'ées avec le rouge d'aniline. Ces piépiu ations se font en mélangeant, coumic il a été dit, la lymphe
ICO TRAITE TliClllNlQUE D'HISTOLOGIE.
à la soJuUoii d'alcool, el en ajoutant sur la lame de vei'i e une f^outte d'une solution de sulfate de rosaniline dans l'alcool dilué. Le tout est mélangé avec la pointe de l'aiguille et fournit une préparation où les noyaux des cellules lymphatiques se montrent avec toutes les variétés de formes que nous allons décrire., l'onnos Dans quelques-unes de ces cellules (et elles sont en netit
viinues dus ^ -i
noyaux. nouilji'e), sc moutre au centre de la masse de protoplasma un noyau sphéi'ique muni ordinairement d'un seul nucléole. Sur d'autres cellules, le noyau est en forme de bissac; il est replié sur lui-même, de telle sorte que ses deux masses terminales, qui possèdent chacune un nucléole distinct, et le pédicule qui les relie, sont voisins des bords de la masse de protoplasma; niais ce ne sont pas là les formes les plus communes. Le plus souvent le noyau a la forme d'un cylindre rej)lié sur lui-même à la manière des anses de l'intestin. Pour se loger dans la masse protoplasjuique de la cellule, ce noyau allongé, dont la longueur serait beaucoup plus considérable que le diamètre de la cellule, est obligé de se contourner en hélice ou en zigzags, de telle sorte que ses difféi'entes pai'ties étant sur des plans très-différents, la masse nucléaire, bien ([u'uni(pie, paraît, lorsque l'objectif est au point pour une certaine région, constituée par deux, Irois ou un plus grand nombre de noyaux distincts. Dans une quatrième forme, à côté d'un noyau en boudin, se trouvent un ou deux noyaux sphél iques isoles, ou reliés au noyau en boudin par une sorte de pédicule. La cinquième qt dernière forme dont nous parlerons ici est celle dans laquelle il y a dans l'intérieur de la masse de protoplasnia de la cellule lyuqihatique deux, trois du quatre noyaux distincts. Cette forme est la plus rare, Uouivoouiio- Imi étudiant une pré})aralion de lymphe faite connue nous dcs'"u,v!uix. venons de le dire, nous ai'i'ivons à observer successivement Ions les modes de iiuiltiplication des noyaux par bourgeonnement : allom>,ement et division des nucléoles, allongement et bourgeonnement des noyaux, chacun des bourgeons prenant un nucléole distinct, et linalemeni se séparant de la masse nucléaire qui l'a produit. Bien que le j)hénomène ne se ])roduise pas sous les yeux de l'observateur, toutes les formes sont réunies les unes aux autres par des intermédiaires si nombreux et si variés, que l'on est conduit à.penser que la mulliplication des noyaux des cellules lymphati(pies est réelle, et qu'elle se produit ]>ar une division rapide el incessante dos noyaux de ces cellules. OuanI à la division
LYMl'llE.
de la cellule clle-inôme, elle est une conséquence si naturelle de la division du noyau, qu'il ne nous paraîtrait pas possible de la mettre en doute, lors même que nous n'aurions pas fait à ce sujet d'observations directes. Or, nous avons pu observer le processus dans tous ses détails sur les' cellules lymphatiques du sang- de l'axolotl. Chez cet animal, la plupart des cellules lymphatiques du sang-, étudiées à l'état frais, à une température supérieure à 15 degrés dans la chambre humide, possèdent un protoplasma clair, dont la faible réfringence permet l'observation du noyau pendant la vie même de la cellule et tandis qu'elle se traduit par tous les phénomènes amiboïdes. Ces noyaux ont généralement la forme en boudin qui a été décrite plus haut, ou présentent des bourgeons en nombre plus ou moins considérable. La formation de ces bourgeons peut se faire sous l'œil de l'observateur et même trèsrapidement. Il se produit un étranglement du noyau en un point. Cet étranglement se resserre peu à peu et se transforme en un pédicule plus ou moins mince. Le bourgeon une fois formé, deux phénomènes peuvent se produire : le pédicule, continuant de s'amincir, finit par se rompre, et le bourgeon se détache en emportant avec lui un ou plusieurs nucléoles; ou bien le pédicule, après s'être rétréci, s'élargit de nouveau, et le bourgeon revient se confondre avec le noyau primitif. Sur certaines cellules encore vivantes, on peut voir des noyaux munis de nombreux bourgeons les plus variés reprendre une forme sphérique par l'effacement de tous ces bourgeons. Plus tard ce noyau sphérique pourra bourgeonner de nouveau.
Revenons maintenant à l'étude d'un noyau qui, en se divisant, a formé deux noyaux distincts, et disons tout de suite qu'au lieu de deux noyaux, il peut s'en former par bourgeonnement trois, quatre et môme un nombre plus considérable. Lorsqu'une cellule lymphatique possède deux noyaux et présente sous l'œil de l'observateur les phénomènes amiboïdes, chacun des noyaux semble diriger les mouvements d'une portion distincte de la masse protoplasmique. Cette masse tend à se diviser par une sorte d'étiremcnt en deux parties. La portion étirée intermédiaire s'amincit peu à peu, finit par se rompre, et, au lieu d'une cellule lymphatique, il en existe deux. On a assisté ainsi h toutes les phases d'une multiplication cellulaire. J'engage les jeunes histologistes à répéter cette expérience si simple, car elle leur donnera des renseignements très-exacts sur la constitution des
RANViEii, llistol. • ■ 11
Cellules lymphatiques de l'axololl.
Division des cellules.
noyaux et sur leur rôle clans la vie cellulaire. Dans une expérience qui nous a iburni des résultats très-démonstratifs, tous les phénomènes de la division d'une cellule lymphatique se sont produits dans l'espace de trois heures, à une température qui a varié de IG à 18 degrés.
Il y a un détail d'observation à ajouter, c'est que les noyaux qui présentent des étranglements pour former des bourgeons montrent, sur l'étranglement même et dans la région voisine, des plis longitudinaux qui nous prouvent : i° que les noyaux sont des vésicules; 2° que le protoplasma joue un rôle actif dans le phénomène du bourgeonnement en étranglant par une sorte de contraction des portions de la masse nucléaire, comme le ferait un anneau sur un sac.
Si nous sommes entré dans d'aussi grands détails sur ce fait de multiplication cellulaire, c'est qu'il a, une très-grande importance pour la question tant discutée de la formation des cellules.
Action Bien que les cellules lymphatiques des animaux à sang froid la tiiaieui. pQ^jg^jjgj^^ (jgg mouvcmcnts amiboïdes à la température ambiante, la chaleur n'est pas sans influence sur la forme des prolongements amiboïdes et sur la rapidité des mouvements. Prenons, par exemple, une préparation de lymphe de grenouille, faite comme nous l'avons indiqué (page 15-4), bien scellée, ne contenant pas d'air et abandonnée à elle-même pendant vingt-quatre heures. Au bout de ce temps, comme ii n'y a pas d'air sous la lamelle, les cellules, qui ne peuvent pas respirer, comme nous verrons plus loin, sont pour ainsi dire atteintes de paralysie ; elles sont pour la plupart rondes et fixes dans cette forme ; quelques-unes, en plus ou moins grand nombre, frappées d'asphyxie, sont mortes, ce qui se reconnaît, comme nous avons dit, à leur moindre réfringence et à l'apparition nette des noyaux et des granulations. Mettons cette préparation dans la platine chauffante (voy. p. 41), et élevons peu à peu la température. Les cellules à noyau net et évident ne changent point. Mais, parmi les cellules restées homogènes, il en est qui, une fois que la chaleur a dépassé 20 degrés, se réveillent et reprennent des mouvement samiboïdes, qui, vers 30 à 35 degrés, deviennent très-actifs.
La chaleur est donc un excitant pour les cellules lymphatiques, puisqu'elle y fait réapparaître des manifestations vitales qui sommeillaient auparavant.
L'ail' est aussi un agent excitant de la vie des cellules lym- Action
1 ,. , de l'oxyirè
phatiques. Pour en observer 1 action, nous prenons une des chambres humides que nous avons décrites et figurées (p. 44, fig. 25). Cette chambre est passée à la flamme d'un bec de gaz, ainsi que la lamelle destinée à la recouvrir, pour éviter, autant que possible , la présence de germes dans la préparation. Sur le disque médian est déposée la goutte de lymphe; on la l'ecouvre de la lamelle, et celle-ci est bordée avec de la paraffine. De celte façon, la goutte de lymphe, entourée de tous côtés par l'air qui se trouve dans la rigole, est cependant protégée contre l'évaporation. Immédiatement après avoir été incluses ainsi, les cellules lymphatiques présentent les mêmes phénomènes que dans une préparation ordinaire ; mais le lendemain, au lieu que dans cette dernière on observe un grand nombre de cellules mortes, dans la lymphe entourée d'air, il n'y a presque pas de cellules présentant les signes caractéristiques de la mort. Celles qui sont près du centre de la préparation sont en général immobiles, presque rondes ou présentent des mouvements trèslents et des prolongements peu accusés; plus, au contraire, elles se trouvent près du bord, et par conséquent près de l'air, plus leurs formes sont irrégulières et leurs prolongements allongés, plus leur aspect varie et leurs mouvements sont rapides. Cette première observation démontre que l'air est un excitant énergique des cehules lymphatiques. Voici une seconde observation qui l'établit encore mieux. Sur une préparation pareille observée le second jour, il se trouve beaucoup plus de cellules lymphatiques sur les bords que le premier jour. Elles ont donc émigré du côté de l'air, et sont arrivées au bord, à moins qu'elles n'aient été arrêtées sur leur route par quelque obstacle. Comment se fait celle progression ? Il est facile de reconnaître d'abord que les prolongements les plus volumineux et les plus nombreux se produisent sur la partie de la cellule tournée du côté de l'air. En suivant pas à pas les transformations des prolongements d'une de ces cellules, on les voit s'allonger, grossir et absorber peu à peu la substance du corps de la cellule, de telle sorte que finalement celui-ci est déplacé. Sur ces préparations conservées quarante-huit heures et même trois jours, les cellules lymphatiques ont encore des mouvements manifestés, et même si du huitième au dixième jour les cellules sont devenues immobiles, on peut réveiller les mouvements de quelques-unes en chaufilinl la préparation.
thaitl; technique D'HISTOLOGIE.
Action combinée de l'air et
De ces diverses expériences on peut conclure que l'oxygène de l'air est nécessaire, non-seulement pour déterminer les mouvements des cellules, mais môme pour leur conserver une vie latente.
Nous allons essayer maintenant l'action combinée de l'air et de la chaleur sur une goutte de lymphe, en mettant la chambre de la chaleur, humide dans la platine chauffante. Comme, dans la chambre humide, il y a une distance très-appréciable entre le disque sur lequel est disposée la goutte et la lamelle qui la recouvre, l'objectif ne fait pas voir à la ibis toute l'épaisseur de cette gouUc. Suivant sa position, il donne successivement l'image nette de la couche supérieure du liquide immédiatement au-dessous de la lamelle, celle de la partie appliquée immédiatement sur le disque, enfin celle de la couche moyenne.
Or, sous l'influence combinée de l'air et de la chaleur, à partir de 20 à 25 degrés, les cellules lymphatiques se comportent trèsdifféremment dans ces trois couches. Dans la couche supérieure, immédiatement sous la lamelle, les cellules ont des formes bizarres, des prolongements effilés, au moyen desquels elles s'appliquent, comme par des tentacules, à la face inférieure de la lamelle et s'y cramponnent; ces prolongements sont souvent nombreux et ramifiés. Dans la couche moyenne, les cellules (flottantes) sont plutôt rondes et ont tout au plus un ou deux prolongements en forme d'aiguilles. Dans la couche inférieure, les cellules s'accroissent beaucoup en dimension; elles deviennent de larges plaques plus ou moins sinueuses, dans lesquelles se distinguent assez bien- un ou plusieurs noyaux. Ce n'est pas à une modification chimique ou vitale qu'est due ici la netteté avec laquelle apparaît le noyau, mais simplement à une modification physique. Dans la cellule flottante et ronde, le noyau, environné de protoplasma de toutes parts, est invisible; ici la cellule, arrivée sur la lame, s'est pour ainsi dire répandue, a difflué, s'est étalée, et le noyau, recouvert d'une couche de protoplasma plus mince, est par suite plus apparent.
Si l'action de la chaleur est poursuivie pendant un certain temps, l'activité des cellules lymphatiques devient telle que des portions de globules rouges, situées au voisinage de leurs prolongements, sont absorbées par ces derniers; on en reconnaît dans l'intérieur de quelques cellules lymphatiques des fragments arrondis qui se décèlent par leur couleur ou parleur l'cfringence spéciale.
Absorption dus globules rougos.
LYMPIUC. 16o
L'activité des ccllulos est d'autant plus considérable que la température est plus élevée, et cela jusqu'à environ 40 degrés. Si cette limite est dépassée et si la température atteint 42 ou 43 degrés, les cellules lymphatiques sont tuées et reviennent à la forme ronde. Celles qui se trouvaient appliquées à la face inlerieure de la lamelle par leurs prolongements, se rompent au niveau de ces prolongements et retombent dans la masse liquide ; les fragments de prolongements restés adhérents se détachent aussi et forment de petites boules entraînées çà et là par les courants liquides que produit dans la préparation l'inégalité de température des difféi-entes parties. Toutes lés cellules redeviennent rondes ; les noyaux et les granulations apparaissent nettement
Les cellules lymphatiques absorbent, non-seulement des frag- Absoi-piimi ments de globules rouges, mais tous les fragments pulvérulents puivûl'u'îunio's! qui se trouvent à leur portée. Pour s'en convaincre, il faut, avant de prendre de la lymphe à une grenouille, injecter dans son sac lymphatique dorsal du vermillon très-fin ou toute autre substance pulvérulente reconnaissable par sa coloration. Si, au bout de quelques minutes, on recueille de la lymphe dans ce même sac, les cellules lymphatiques exurr.irées présentent du vermillon dans leur intérieur. Une expérience encore plus instructive consiste à mêler quelque peu de vermillon très-fm à la lymphe quand elle est sur la lame de verre. Les cellules lymphatiques, voisines de granulations leur envoient des prolongements qui les entourent peu à peu, les englobent, et finissent par les faire pénétrer dans leur intérieur. Toutes les celuUes lymphatiques ne sont pas suffisamment actives pour absorber ces granulations, mais dans de bonnes préparations
' Les courants d'iiuluction appliques avec le porte objet électrique produisent à peu près le même effet que la chaleur exagérée, en ce sens qu'ils déterminent la mort de la cellule, qui par conséquent redevient sphérique et laisse voir le noyau et les granulations qu'elle contient. Cependant, si le courant d'induction n'a pas une intensité et une durée suffisantes pour déterminer la mort de la cellule, celle-ci revient bien à la forme sphérique, mais elle n'est pas morte, car, abandonnée à elle-même, elle manifeste de nouveau sa vie au bout de quelques instants par des mouvements ami hoïdcs (voyez IM/etl, Strickcr's llandbuch, p. 302). Dans cette expérience, il me paraît impossible de se mettre complètement à l'abri de l'aclion élcctrolytique du courant; dès lors, au niveau des lames d'étain, on observe des altérations .les éléments qui surviennent sous l'innuence <le l'acidité ou .le l'alcalinité .h. milieu ,U-[,vmin.'-cs par le passage du .'nm-ant él.ictriqne.
il s'en trouve toujours sur lesquelles on peut observer ce phénomène.
Pénoiiaiion Les mouvements des cellules lYmnhatiques les portent nondans les j 1 1 1
corps pomix. sculement à absorber des corpuscules voisins, mais aussi à pénétrer dans des corps poreux. Ainsi un fragment de moelle de sureau introduit dans le sac dorsal d'une grenouille pendant vingt-quatre heures, et ressorti ensuite, se trouve rempli de
FiG. 43. — Une cellule d'un fragment tle moelle de sureau ayant séjourné vini^tquatre heures dans le sac dorsal de la grenouille. Coupe faite au rasoir, étudiée sans addition d'aucun liquide. — CV, cavité de la cellule ; L cellules lymphatiques -, n, canaux poreux.
lymphe. (Pour que l'expérience réussisse, il faut choisir un morceau de moelle de sureau recueillie sur une tige de l'année et desséchée). L'air que contenaient ses cellules a été remplacé, par du plasma lymphatique. Pour étudier la disposition de la lymphe dans la moelle de sureau et la manière dont elle y a pénétré, on en fait des coupes avec un rasoir sec à main levée. Ces coupes sont simplement déposées sur la lame, recouvertes avec la lamelle, et la préparation est bordée à la paraffine.
Les grandes cellules polygonales de la moelle de sureau sont remplies de cellules lymphatiques, mais pas toutes également. La
première rangée de ces cellules, relie qui se trouvait au bord du frai;ment de moelle, en contient beaucoup ; la paroi des cellules de moelle en est couverte, et elles ont des formes diverses qui témoignent de leur vitalité. Dans la seconde rangée des cellules de la moelle de sureau, on trouve des cellules lymphatiques en nombre presque aussi grand, accolées aux parois et présentant des formes diverses. Mais en considérant la troisième et la quatrième rangée de cellules de la moelle de sureau, les cellules lymphatiques se trouvent de moins en moins abondantes ; elles ne sont plus étalées sur les parois, affectent des formes plutôt sphériques, et, à mesure que l'on inspecte des parties de la moelle plus rapprochées du centre, il s'en trouve un certain nombre dont les noyaux sont nets et qui présentent des granulations graisseuses. De celle observation, il résulte qu'aux bords de la moelle les cellules ont conservé leur vitalité, tandis que celles logées dans l'intérieur sont paralysées par asphyxie ou mortes. Or, on sait que les cellules de la moelle de sureau communiquent entre elles au moyen de canaux poreux. Il faut donc admettre que les cellules lymphatiques, arrivées directement à la périphérie de la moelle, y ont cheminé grâce à leur vitalité propre jusqu'aux pores intercellulaires et les ont traversés, gagnant ainsi de couche en couche l'intérieur du fragment. Mais, à mesure qu'elles s'éloignent du milieu oxygéné, elles perdent la vitalité qui permettait leur mouvement, ce qui fait que vers le centre du fragment de moelle de sureau, il n'y a plus que des cellules mortes'.
' Il y a quelques années déjà que Wagner et Middeldorf [Pitka et Billroth, Handbucli der Chirurgie, 1865, vol. I, p. 338) ont parlé de la transformation graisseuse que subissent les corps spongieux introduits dans l'organisme. Suivant ces auteurs, les transsudats de Téconomic, après avoir pénétré dans les interstices du corps spongieux, se transformeraient en graisse. D'après ce que nous venons de dire, cette graisse se produit dans les cellules lymphatiques elles-mêmes, qui, après avoir pénétré dans les corps spongieux, y subissent la dégénérescence graisseuse.
On nous a objecté que les cellules observées dans la moelle du sureau ou dans d'autres corps spongieux n'y seraient pas immigrées, niais se développeraient spontanément par aulogenèse dans le blastème qui se serait infdtré ; cette théorie ne rend pas compte de la différence que nous avons rencontrée dans le nombre et raspectdes cellules suivant les couches successives de l'objet spongieux. Mais ce qui prouve à l'évidence Timmigration directe des cellules lymphatiques, c'est l'expérience suivante :
Un morceau de Laminaria digUnta, c'est-à-dire un corps spongieux dont les alvéoles ne sont pas commtmicants, est introduit dans un sac lymphatique. Au bout de deux jours, il en est sorti et traité comme le fragment de mopllo de sureau
<C8 TRAITK TECHNIQUE D'HISTOLOGIE.
Lympiio Chez l'écrevisse et le homard, la lymphe présente certaines
l'ccrcvissG • • '
et particularités intéressantes. Pour l'obtenir, après avoir essuyé l'animal pour éviter le mélange de l'eau, on fait un trou dans sa carapace, et le liquide qui s'en écoule est aisément recueilli sur une lame de verre.
Outre les cellules lymphatiques ordinaires, ce liquide présente de grandes cellules arrondies remplies de granulations très-rélringentes et disposées autour du noyau. Ces granulations laissent entre elles et le contour de la cellule un bord clair qui pourrait faire croire à une membrane. Au bout de quelques secondes, ces cellules envoient des prolongements amiboïdes en forme de piquants; ils s'étendent lentement, arrivent à être deux ou trois fois plus longs que le diamètre de la cellule, et se subdivisent en ramifications plus fines ; les prolongements de plusieurs cellules voisines s'enchevêtrent, de telle sorte que ces cellules, jointes entre elles, semblent former une- seule masse granuleuse des bords de laquelle partent des prolongements. Los granulations de ces cellules passent en partie dans les prolongements, et en partie restent autour du noyau. Elles se colorent en rouge par le carmin, et en rouge brun par le picrocarminate d'ammoniaque. Elles ne sont donc ni des granulations protoplasmiques ordinaires, ni des granulations graisseuses, car ni les unes ni les autres de ces dei'nières ne se colorent en rouge par le carmin. Leur nature chimique est encore indéterminée ; mais les réactions qu'elles présentent sont les mêmes que celles des corpuscules vitellins (corpuscules du jaune de l'œuf) des raies, des torpilles, des squales, des grenouilles. Ces corpuscules présentent des différences de forme suivant les animaux : tantôt ovalaires, tantôt polyédriques, ils paraissent constitués par des lames superposées et se colorent, comme les granulations dont nous venons de parler, en rouge par le carmin, en rouge brun par le picrocarminate.
Lymphe des animaux à sang cliand (chien, lapin). — NouS
dont nous avons parlé Les cellules végétales qui sont sur le bord et qui se trouvaient ouvertes à l'extrémité du fragment de Lmimaria, sont bourrées de cellules lymphatiques; celles qui sont demeurées fermées de toutes parts, bien que remplies de liquide, ne contiennent pas une seule cellule lymphatique. C'est donc bien l'accès du dehors qui est la condition de leur présence.
J'ai fait ces expériences il y a déjà plusieurs années, et j'en ai communiqué les résultats à la Société de biologie.
LYMPHE. Uii)
avons indiqué plus haut (page i5 J) les procédés à employer pour recueillir de la lymphe, soit dans le canal tlioraciquc, soit dans les cavités séreuses des animaux à sang chaud, et spécialement du chien et du lapin.
Chez le lapin, tous les liquides cavitaires^ (lymphe péricardique, lymphe péritonéale, etc.) se coagulent lorsqu'ils sont sortisde l'organisme, comme la lymphe, du canal thoracique. Chez le chien, le liquide péricardique ne se coagule pas.
La première différence qui frappe l'observateur entre la lymphe nimnnsions de grenouille et celle des animaux à sang chaud, c'est que les ""' cellules lymphatiques, qui chez la grenouille avaient des dimensions peu variées, présentent chez les animaux à sang chaud des différences beaucoup plus considérables de grandeur. Ainsi, une goutte de lymphe prise dans le canal thoracique d'un chien à jeun montre des cellules dont le diamètre varie entre 5 et 12 (millièmes de millimètre) ^ Ces cellules sont généralement sphériques ou munies d'excroissances très-petites "^.
Dans les cavités séreuses, les dimensions des cellules lymphar tiques différent encore plus que dans le canal thoracique ; elles vont depuis 5 ^ jusqu'à 20 i-»-. Ces variations sont si considérables, qu'elles ont amené certains auteurs à les classer en diverses espèces : c'est ainsi que l'on a appelé globulins les plus petites ; quelques observateurs les considèrent à tort comme le noyau des autres.
Les cellules lymphatiques des animaux à sang chaud ne pré- £ dmîcur. sentent généralement pas de mouvements amiboïdes à la température ordinaire ^ Il faut soumettre la lymphe à l'action de la
' Nous nous servirons de la lettre grecque jj. pour désigner le millième de millimètre, qui est l'unité de dimension la pins couramment employée par les histolO' gistes.
2 Dans les recherches que nous avons faites, le nomfjre de ces cellules s'est trouvé être une fois de 4800 par millimètre cube; dans un autre cas, chez un chien, nous en avons compté 7500 dans un millimètre cube, tandis que le sang contenait 25 000 globules blancs dans un volume égal. Chez nn lapin, dans le canal thoracique, les globules blancs ont été au nombre de 11 300, tandis qu'il ne s'en trouvait dans un millimètre cube du sang de raorte que 7500. Nous reviendrons sur ces chiirres et sur le procérlé dont on se sert pour compter les globules, à propos du nombre des globules ronges et des globules blancs du sang.
3 Cependant, sur une préparation de lymphe do lapin conservée dans une chambre humide à la température de l'appartement (15 dogrésj et ayant été refroidie pendantla nnil jusqu'à C ou 7 degrés, nous avons constaté, le lendemain, des n.pnvcments amiboïdes
no TRAITÉ TECHNIQUE D'HISTOLOGIE.
chaleur pour voir apparaître nettement ces mouvements. En plaçant des préparations de lymphe de lapin dans la platine chauffante (p. 41), on les voit pousser des prolongements amihoïdes lorsque le thermomètre indique 20 degrés centigr. Ces prolongements se manifestent aussi bien dans les petites cellules que dans les grosses, et môme les petites paraissent se mettre en mouvement plus rapidement que les grandes. A mesure que la température s'élève, ces mouvements s'accentuent et se produisent plus rapidement : vers 86 ou 37 degrés, il n'est plus nécessaire de dessiner les éléments pour se rendre compte de leurs changements de forme ; sans quitter des yeux les cellules, on voit leurs prolongements se former, s'allonger, disparaître, pour se développer d'un autre côté, comme nous l'avons observé dans la lymphe de la grenouille ; les cellules se déplacent et peuvent traverser en peu de temps le champ du microscope. Mais ici les prolongements ne soni ni aussi longs, ni aussi étalés que ceux que nous avons décrits plus haut ; ce sont ou bien des bourgeons plus ou moins obtus, ou bien des arborisations filiformes.
Si l'on continue à élever la température, on reconnaît qu'au-dessus de -40 degrés les cellules éprouvent une transformation subite, les unes plus tôt, les autres plus tard ; elles reprennent la forme ronde , deviennent moins réfringentes et le noyau y apparaît nettement, ainsi que les granulations. Nous n'avons pu remarquer aucun rapport entre la dimension des cellules et leur résistance plus ou moins prolongée à l'action de la chaleur. Aciiou L'oxygène exerce sur la vie des cellules lymphatiques des ani- 1 "^^(!:<!ll'^. :^ gjjj^g. chaud une influence analogue à celle que nous avons
décrite plus haut pour les cellules de la grenouille. Pour étudier cette action, il faut faire deux préparations de lymphe de chien, l'une à la façon ordinaire, l'autre dans la chambre humide que nous avons décrite plus haut (voy. page M). Dans la première préparation, examinée quarante-huit heures après, la plupart des cellules lymphatiques sont mortes ; leur noyau est nettement apparent. En exposant la lymphe dans la platine chaufllinte à une température de 36 à 37 degrés, ces cellules ne présentent plus aucun
faibles, mais évidents, à la température de 16 degrés. La basse températures laquelle ces cellules ont été soumises a-t-elle été pour quelque chose dans la vitalité qu'elles ont manifestée à la température ordinaire? C'est un point que nous comptons élucider par des recherches ultérieures.
mouvement. La seconde préparation, conservée à une température variant entre 7 et 15 degrés pendant trois jours, conlient encore, au bout de ce temps, lorsqu'on la place dans la platine chaullante à la température de degrés, des cellules qui ont manifestement des mouvements amiboïdes et poussent des prolongements. II y en a fort peu de mortes, c'est-à-dire fort peu qui ne remuent point et qui présentent un noyau apparent. L'oxygène est donc tout aussi indispensable à la vie des cellules lymphatiques chez les animaux à sang chaud que chez les animaux à sang froid ; même à une basse température, à laquelle on ne distingue aucune manifestation de leur vitalité, ce gaz est nécessaire pour leur conserver une vie latente, qui pourra se réveiller par l'excitation de la chaleur. Au contraire, lorsque l'oxygène est absent ou ne se trouve qu'en quantité très-petite dans le plasma de la lymphe, la vitalité des cellules se manifeste à peine, même à une température relativement élevée. C'est ce que l'on constate par l'expérience suivante.
Après avoir dégagé chez un chien le canal thoracique, on y fait une petite incision, dans laquelle on introduit un tube capillaire pénétrant assez profondément, et se continuant à son autre extrémité avec un tube capillaire aplati sur deux faces opposées, que nous décrirons plus tard avec détail à propos de la numération des globules du sang. Ce tube aplati se continue lui-même à son bout opposé avec un tube de caoutchouc à parois assez résistantes. On applique la bouche à l'extrémité de ce dernier tube, et l'on aspire assez fortement de manière à faire arriver beaucoup de lymphe dans l'appareil, et jusqu'à ce qu'il en pénètre une certaine quantité dans le tube de caoutchouc. De cette façon, la lymphe qui s'est trouvée en communication avec l'oxygène de l'appareil est amenée au delà du capillaire artificiel, et il n'y a plus dans ce tube que la lymphe normale du canal thoracique. Le tube de caoutchouc est alors enlevé, les deux extrémités du capillaire sont fermées avec de la cire à cacheter, et le capillaire est observé dans la platine chauffante. Nous avons constaté que, dans ces conditions, les mouvements amiboïdes ne se produisent que vers 38 degrés, et qu'ils sont lents et Irès-limités. Cette observation nous montre que dans le canal thoracique les cellules oui une vitalité peu active, en rapport avec le peu d'oxygène que l'analyse chimique décèle dans la lymphe du canal thoracique ; nous verrons plus tard combien cette circonstance est importante pour la circulation de la lymphe.
UMiTau '^'"^ goutte d'eau ajoutée sur le bord de la lamelle avec laquelle on a recouvert une préparation de lymphe de lapin altère peu à peu les cellules; le protoplasma se gonfle, les noyaux et les granulations deviennent apparents.
Action L'iode fait mourir inslantanémcnt les cellules : lorsqu'on fait pénétrer une goutte de solution d'iode ou de sérum iodé sous la lamelle qui recouvre une préparation de lymphe, les cellules se colorent la plupart en jaune, les noyaux et les granulations apparaissent ; quelques-unes de ces cellules présentent la couleur brun-acajou caractéristique de la présence de la matière glycogène, et des excroissances sarcodiques colorées en violet pâle (voy. page 156); certaines contiennent des granulations colorées de celte façon. Il y a donc de la matière glycogène dans la lymphe des animaux à sang chaud aussi bien que dans celle de la grenouille.
Cette matière glycogène se trouve chez les, différents animaux en quantité plus ou moins considérable, suivant des conditions qui ne sonl pas encore déterminées.
Action Les matières colorantes présentent les mômes particularités ' coinràntrs,' ' dans leur action sur les cellules dont nous nous occupons que sur celles de la lymphe de grenouille. Le carmin très-légèrement ammoniacal et très-étendu colore d'emblée environ la moitié des cellules de la lymphe, tandis que l'autre moitié résiste à son action assez longtemps; nous avons môme vu dans une prépal'ation de lymphe de lapin, où nous avions introduit du carmin ainsi dilué, quelques cellules demeurées incolores au bout de vingt-quatre heures. Il faut dire que le carmin était dilué dans le sérum de la préparation, et qu'en réalité les cellules se trouvaient dans un sérum coloré en rouge.
La coloration des cellules coïncide avec l'apparition du noyau, c'est-à-dire avec la mort de la cellule ; aussi les cellules mortes se colorent-elles instantanément. Si l'on introduit du carmin ûans une préparation qui a été soumise à une température de plus de 42 degrés, tous les globules se colorent immédiatement.
ciiyi,<. Au point de vue histologique, le chyle n'est qu'une des variétés de la lymphe. Il ne diffère de la lymphe ordinaire que par la présence d'un grand nombre de granulations qui lui donnent une couleur lactescente. Il existe toujours de ces granulations dans la lymphe, nous en avons môme trouvé dans la lymphe d'un chien à jeun depuis huit jours; mais dans lo chyle elles
sont si nombreuses, qu'elles le rendent opaque. Ces granulations présentent le phénomène du mouvcmenl broivnien Elles ne sont pas constituées simplement par de la graisse ; d'après H. Mûller, elles sont composées d'une matière albuminoïde qui limite une cavité remplie de graisse. Cette opinion est coniirmée par l'action de l'acide acétique sur le chyle. Sous l'intluence de ce réactif, la matière albuminoïde étant dissoute, les granulations se réunissent et forment des gouttelettes arrondies nettement graisseuses.
Si l'on met dans un flacon du chyle auquel on ajoute une quantité égale d'élher, et si l'on agite de temps en temps, il reste au fond du flacon un dépôt blanchâtre. En examinant ce dépôt au bout de deux ou trois jours, on y reconnaît les granulations conservées avec leur forme, mais beaucoup moins réfringentes. Comme l'éther dissout la graisse, il est évident que ces granulations sont composées en partie d'une matière albuminoïde.
En ajoutant à une goutte de chyletléposée sur une lame de verre une goutte d'une solution d'acide osmique à 4 pour 100, et en fermant la préparation, on remarque au bout d'un ou deux jours que l'albumine est coagulée, et que les granulations, facilement reconnaissables, sont légèrement colorées en brun.