RÉSUMÉ DES NOTIONS ACQUISES SUR LA LYMPHE
De l'ensemble des expériences dont nous venons d'indiquer les procédés et de décrire les résultats, nous pouvons tirer un cer-
' Le mouvement brownien est un phénomène physique commun à toutes les particules extrêmement petites qui flottent clans un liquide. L'objet sur lequel on l'observe avec le plus de facilité, et en se rendant le mieux compte de la manière dont il se produit, ce sont les cristaux de carbonate de chaux qui se trouvent dans le canal vertébral de la grenouille. Après avoir ouvert le canal vertébral de la grenouille sur une petite étendue et en avoir enlevé la moelle, il suffît de racler la [iaroi avec la Lime d'un scalpel étroit pour obtenir sur cette lame une matière blanciie, t\ l'aspectgrumeleux. Celte matière, délayée sur une lame' de verre dans une goutte d'eau, recouverte d'une lamelle et examinée à la lumière polarisée avec un grossissement de AOO à GOO diamètres, présente des cristaux brillants ou noirs, suivant la position où ils se trouvent par rapport aux axes des niçois. Les plus gros de ces cristaux sont immobiles et conserveul le môme éclat ; mais il se trouve en ouire dans la [.réparation mie nmititude de cristaux trôs-iietil.s q„i changent conslanuncut d'éclat et de couleur; tantôt brillants, tantôt obscurs, ils rappellent le scintillement des étoiles. Cette alternance d'éclat démontre que le mouvement est réel et lient à ce que
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tain nombi-u do notions sur la nature et les propriétés de la lymphe. Nous allons les résumer ici.
«Mmciiis lymphe est composée d'un plasma dans lequel nagent des
lyiuphati.iues. ccllules. Cc plasma baigne, comme nous l'avons dit au début, tous les organes de l'économie, puisqu'il se trouve dans toutes les cavités séreuses et dans tous les interstices du tissu conjonctil'. Le tissu conjonctif, en effet, comme nous le verrons plus tard, environne tous les organes, y pénètre et en constitue la charpente; la lymphe qui se trouve dans ses interstices baigne donc nonseulement les organes dans leur ensemble, mais entoure même leurs éléments, de sorte que l'on peut direavec juste raison qu'elle est le milieu liquide dans lequel ces éléments vivent. Les cellules lymphatiques qui sont mobiles dans le tissu conjonctif et dans les cavités sérieuses, et celles qu circulent dans le système vasculaire lymphatique, y vivent au môme titre et de la même façon que les éléments de nos organes, avec cette seule différence qu'elles sont mobiles, tandis que les éléments des tissus sont maintenus ensemble et demeurent fixes.
Nous aurons à revenir sur cette analogie, lorsque nous traitel'ons de l'origine des cellules lymphatiques. C'est un point dont nous ne parlerons qu'après avoir fait l'histoire du sang, afin de ne pas séparer, dans l'exposé que nous en ferons, le développement du sang du développement de la lymphe, avec lequel il a beaucoup de rapports. Mais nous pouvons dire dès à présent, que les cellules lymphatiques sont très-probablement des cellules du tissu conjonctif mobilisées ; c'est surtout quand nous aurons fait l'étude détaillée du tissu conjonctif que nous pourrons insister sur cette opinion.
Fonctions Lcs ccllules lympliatiqucs sont constituées, comme nous l'avons ymphatiques. dit, par dcs masscs de protoplasma se présentant tantôt sous la forme sphérique, tantôt sous les formes les plus bizarres et les plus variées, dépourvues par conséquent de membrane limitante, et contenant dans leur intérieur un ou plusieurs noyaux, et des granulations réfringentes plus ou moins fines et plus ou moins nombi-euses. Ces cellules ont une grande vitalité, qui se manifeste même en dehors de l'organisme. Cette vitalité totite parti-
ces cristaux, se {lc|il''iÇi>"l sanS ccsSc, tolli'iiallt dîtlls tons les sens, |)niscntpnl à la lumière laulôt leur axe biréfriugcut, tantôt un autre axe; ce qui fait^qii'ils sont allernativenienl clairs cl obscurs dans le champ noir.
Echanges cliimiqucs.
culièrc est une propriété appartenant au prutoplasina, et se traduit d'une part par les échanges chimiques, de l'autre par les mouvements amiboïdes. Elle varie d'intensité suivant les conditions où les cellules sont placées, sommeille parfois, et disparaît dans des circonstances qui amènent ce que nous nommons la mort des cellules. Nous allons revenir sur ces différents points.
Les cellules lymphatiques agissent sur le plasma de la lymphe comme de vraies cellules glandulaires ; comme ces dernières, elles extraient de ce plasma, au moyen de leur activité propre, certaines substances qu'elles fixent ou transforment dans leur intérieur, et que l'on peut déceler par les réactions microchimiques. Ainsi, on y rencontre.de la graisse, reconnaissable à sa réfringence, à la coloration qu'elle prend par l'acide osmique, etc.; on constate, dans beaucoup d'entre elles, l'existence de la matière glycogène, manifestée par la coloration brun-acajou que lui communique l'iode. En outre, nous y avons trouvé, chez les crustacés, des substances non définies, reconnaissables à la couleur particulière que leur donnent certains réactifs. Les matériaux de ces substances ont été tirés du plasma lymphatique et fixés ou translormés dans l'intérieur des cellules par l'activité propre de ces dernières, qui en deviennent les porteurs. Les cellules lymphatiques sont, à ce point de vue, des glandes unicellulaires mobiles.
Les mouvements amiboïdes, qui sont la seconde manifestation ■Mpiivcmcnis de la vie des cellules lymphatiques, persistant en dehors de l'organisme dans des conditions favorables de milieu, de température et d'oxygénation, sont, comme nous l'avons vu, faciles à étudier. Ces changements de forme, ces prolongements poussés vivement dans tous les sens et sur le détail desquels nous ne reviendrons pas, amènent le déplacement des cellules de proche en proche, leur pénétration dans les corps poreux ; enfin leur permettent d'absorber, de recueillir dans leur intérieur, non-seulement des éléments du liquide qui les baigne, mais même des corps solides qui se trouvent simplement dans leur proximité, comme des fragments de globules rouges, par exemple, ou des granules de vermillon.
Le milieu qui permet la continuationdes mouvements en dehors de l'organisme est le plasma de la lymphe. Il faut en outre un certain degré de tempéi ature : chn les animaux à sang chaud, nous avons vu les mouvements se manifester avec intensité vers 80 degrés ; nous n'avons pas constaté la limite inférieure à laquelle
uluiboïdos.
InfluoiRfo dti niiliuU
tcnipcratui'o.
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ils apparaissent chez les animaux à sang IVoid. Ces mouvements sont d'autant plus vils que la température est plus élevée, et cela jusqu'à la limite de 40 degrés.
Outre un certain degré de chaleur (variable suivant les animaux), l'oxygène est nécessaire pour conserver la vie des globules, et sa présence en active les manifestations : nous avons vu que les cellules lymphatiques de la grenouille vivent plus de huit jours dans une chambre humide, celles du lapin, plus de quatre jours.
Cararlèros L'absence des mouvements ne prouve point que les cellules ne dos cciiuios. soient pas en vie; elles peuvent rester immobiles et sphériques pendant plusieurs jours, par exemple sous l'influence du froid, et conserver une vie latente que l'on fera manifester plus tard à l'aide de l'oxygène et de la chaleur. Les cellules qui continuent à vivre se distinguent lacilement au microscope de celles qui sont mortes ; outi e l'impossibilité de leur faire reprendre des mouvements, les cellules mortes, au lieu de l'aspect homogène que jDrésentent les autres, ont une réfringence moins marquée, des noyaux et des granulations apparents ; les matières colorantes les pénètrent immédiatement.
Coiiscqucnws Dc l'cxposé qui précède, nous pouvons tirer quelques consilii circuiaiion dératious physiologiques et pathologiques intéressantes. Nous lymphatique. ^^^^^ (page 171) quc, la lymphe du canal thoracique étant à peu près dépourvue d'oxygène, les cellules doivent y présenter la forme sphérique et y avoir une vie relativement latente, ne pas pousser de prolongements, ne pas s'accoler aux parois, etc. Cette condition est très-importante pour la circulation dans le système lymphatique. En effet, comme la tension y est extrêmement faible et le mouvement du liquide très-lent, si les cellules y poussaient des prolongements et adhéraient aux parois comme nous les avons vues faire sur la lame ou la lamelle dans la chambre humide, elles s'accumulei'aient en certains points, y détermineraient des obstructions, et la circulation de la lymphe deviendrait difficile. Comme les cellules se trouvent au contraire à peu près dépourvues d'oxygène dans le système vasculaire lymphatique, elles y conservent la forme sphérique et y circulent facilement. Une fois arrivées dans le sang, elles retrouvent un milieu oxygéné dans- lequel elles peuvent reprendre leur vitalité première. Mais ici la rapidité du courant les entraîne et les empêche de se fixer et de s'accumuler de manière à produire des obstrue-
lions. Il soiail intéressant d'observer direclenient ces laits sur les canaux lymphatiques eux-mêmes et de vérifier l'exactitude de ces déductions; mais il est bien difficile de trouver un organe sur lequel l'expérience soit possible.
Lorsque les cellules sont restées pendant un à plusieurs jours ciobuics privées des échanges de matières qui sont nécessaires à leur vitalité, elles passent, comme nous l'avons vu, de Fétat de vie latente à l'état de mort. C'est ce qui arrive dans l'organisme aux cellules lymphatiques accumulées en grand nombre dans des points où elles ne peuvent avoir de contact avec un milieu oxygéné. Elles restent amassées en ces points,, et leur inertie ou leur mort les empêche d'émigrer ailleurs,, tandis que dç nouvelles cellules peuvent venir s'adjoindre aux premières : ces cellules inertes sont les globules de pus, et c'est par le mécanisme que nous venons de décrire, c'est-à-dire par l'accumulation, dans un milieu non oxygéné, de cellules qui dès lors n'ont plus les conditions nécessaires du mouvemeiit et de la vie, que se forment les abcès. La présence des granulations graisseuses dans les globules de pus est la suite d'un ralentissement dans les fonctions vitales des cellules lymphatiques.
La nécessité de l'oxygène pour conserver leur activité vitale aux cellules lymphatiques nous donne fexplication d'un fait que nous avons signalé autrefois, et dont nous ne comprenions pas alors la raison. Lorsque l'on met sous la peau d'un animal de petits morceaux de phosphore, il ne se produit autour de ces fragments aucune suppuration, c'est-à-dire aucune accumulation de la lymphe. Cela tient à ce que le phosphore, très-avide d'oxygène, l'absorbe plus rapidement que ne le font les éléments lymphatiques; ces derniers, privés d'oxygène dans une certaine zone autour des fragments de phosphore, ne posséderaient plus de mouvements amiboides et ne pourraient sortir des vaisseaux. (Voy. Capillaires aanf/uina.)
L'iniluence de la chaleur sur faclivité des cellules explique comment on peut prévenir des accumulations de lymphe sur certains points de féconoinie en abaissant la température de ces points. Au-dessous de 40% ces cellules ne poussent plus de prolongements, ne changent plus de fqrme, ne s'appliquent plus sur l(is fiarois des vaisseaux ou des cavitf's qui les contiennent, et ce n'est qu'à une teinpéraliuv, supérieureà:3ry' ou .10" que leurs mou- . vemeiils sontassez énergiques pour 1rs Ihiic sortir des vaisseaux et
llANVIBR, Histol.
cheminer à travers les tissus. Ces données nous l'ont comprendi e comment Tapplicalion de la glace, connue depuis longtemps des chii'urgiens, exerce une action salutaire contre la suppuration.