ÉTUDE PRATIQUE DU TISSU CARTILAGIN'EUX
On renconlro chez les animaux des caililages dont la niinceui' est telle qu'en les examinant à plat, sans leur l'aire subir dé sections, on peut en faire l'étude. Tels sont, par exemple, la sclérotique de la grenouille et les ailerons de l'appendice xypliojde du même animai. Pour étudier ces derniers, après que l'on a incisé la peau et les muscles, il suffit de les couper avec des ciseaux et de les étaler sur une lame de verre. Les cellules cartilagineuses y apparaissent nettement.
Quant aux cartilages plus épais de la grenouille, et à ceux de l'homme et des mammifères, par exemple ceux de la trachée, du larynx, de l'oreille, delà cloison des fosses nasales'et des articulations, il est indispensable pour les étudier d'y faire des coupes.
Ces coupes peuvent être faites sur le tissu frais ; la consistance du tissu cartilagineux permet en effet de les pratiquer très-facilement, sans que le cartilage ait été préalablement soumis à l'action des réactifs durcissants. Comme ces coupes sont transparentes, on e.st facilement trompé sur leur épaisseur et porté à croire qu'on les fait, beaucoup plus minces qu'elles ne sont en réalité. Il faut donc s'appliquer à les faire aussi minces que possible.
Nous allons étudier maintenant l'action des différents réactifs sur le tissu cartilagineux.
Prenons pour exemple un objet que tout histologiste a généralement à sa disposition : la tète d'un fémur de grenouille enlevi' à l'animal vivant. Sur la siuface arrondie du cartilage dont cette tête est recouverte, commençons par alTranchir avec un rasoir une surface plane; par une seconde coupe bien parallèle à la première, détachons une fine lamelle de cartilage, et portons la rapidement dans une goutte d'eau mise préalablement sur la lame de verre.
La préparation recouverte d'une lamelle présente à considérer des cellules qui possèdent un noyau à double contour et un nucléole; quelques-unes ont deux noyaux. Elles sont constituées par un protoplasma transirarent, autour duquel on distingue un double contour, représentant la coupe optique de la capsule.
En continuant l'examen de cette préparation, il est llicile de remarquer que le tissu ne présente pas longtemps le même
TISSU CARTILAGINEUX. il'o
asiietT ; bientôt la masse cellulaire revient sur elle-même, et l'eau l)énèlre dans la capsule. Sur les bords de la cellule, qui étaient il'abord recliligncs et nels, on aperçoit comme un collier de ji-rains. En examinant ce bord avec un objectif à grand angle d'ouverture, il est aisé de reconnaître que ce qui parait des grains est en réalité une sorte de feston dessiné sur le bord de la capsule par le retrait du protoplasma. Dans certains points disposés assez régulièrement, le protoplasma, adhérant à la capsule, y reste fixé, tandis qwe dans les intervalles entre ces points, il se retire, en formant des courbes à concavité dirigée du côté de la capsule. C'est ce qui produit cet aspect festonné sur les bords de lacellule qui se présentent de profil. En inspectant au contraire avec le même objectif le milieu de la cellule qui se présente de face, il s'y montre un réseau élégant et régulier. Lorsque l'objectif est bien au point, le réseau est brillant, et les mailles sont obscures ; si on l'éloigné, le réseau devient obscur et intercepte des mailles brillantes. Ces mailles correspondent aux prolongements protoplasmiques encore adhérents à la capsule » Le réseau correspond aux parties déprimées d\i protoplasma qui laissent, entre elles et la face interne de la capsule, un espace rempli du liquide additionnel. On comprendra facilement l'image produite par cet ensemble, si -l'on considère les prolongements protoplasmiques comme des corps convexes placés dans un milieu moins réfringent, tandis que l'eau qui les entoure donne l'image des corps convexes plongés dans un milieu plus réfringent (voy. p. 20). Au bout de quelques heures, la rétraction est achevée, il ne se montre plus dans l'intérieur de la capsule qu'une masse ratatinée dans laquelle on ne voit rien de net.
Sur le cartilage thyroïde de l'homme traité de la même façon que celui du. fémur de la grenouille, et examiné dans les mômes conditions, la pénétration de l'eau dans la capsule est plus rapide, et la cellule se ratatine beaucoup plus vite..
Les modifications que détermine l'action de l'eau dans les cel- I Iules du cartilage sont, comme nous venons de le voir, si considérables, que l'examen du cartilage après l'action de ce réactif ne donne plus qu'une notion fort inexacte du tissu cartilagineux «normal.
Pour faire une bonne préparation d'étude, il faut prendre un caniia-x. î'Cartilage tout Irais, alfranchir avec le lusoii- sec une sui-face plane .. '"X iaire une seconde coupe bien parallèle à la première. La lamelle 'i;-;;:;";'
KÂITJ
J'!Ji
de carlilage détachée est rapidement mise sur la lame, immédiato ment recouverte de la lamelle, et la préparation est bordée avec de la paraffine. Toute cette opération doit être faite le plus rapidement possible pour éviter la dessiccation. L'évaporation est empêchée par la bordure de paraffine, et le cartilage se trouve plongé dans son propre plasma. Tout cartilage frais contient
généralement assez de liquide pour que la coupe disposée ainsi en préparation soit en réalité dans un milieu humide.
La réussite se reconnaît à ce que la lamelle de tissu prend entre les deux lames de verre une teinte bleuâtre ; cette teinte indique qu'il n'y a pas d'air interposé et que le liquide remplit bien tout l'espace. Dans les points où il se trouve de l'air interposé, le tissu paraît blanc lorsqu'il est regardé à la lumière réfléchie.
Ces parties ne sont pas propres à l'observation mici'oscopique, à cause des jeux de lumière variés que produit la présence de l'air. Mais, sur loule préparation, il se trouve des espaces à teinte hyaline, et par conséquent sans air interposé, assez considérables pour permettre une bonne observation.
Dans ces espaces se montrent des masses de protoplasina avec des noyaux très-apparents, et remplissant chacune toute la cavité d'une capsule. A côté de celles-là, on rencontre généralement dans le champ une ou deux capsules qui montrent des éléments cellu* laires ratatinés. Il s'en trouve en outre d'autres qui sont vides, c'est-à-dire qui ne contiennent pas d'éléments cellulaires du toiil. Quelques histologistes en ont conclu qu'il existe deux espèces di' capsules ; les unes qui renferment des éléments cellulaires, d'autres qui n'en possèdent pas. Il n'en est rien. En examinant la préparation avec un objectif à grand angle d'ouverture, il est aise de se convaincre que les capsules des deux dernières espèces se trouvent à la surlace, tandis que les premières sont dans la i)i'0-
FiG. 83. — Cartilage de la tète du lunuude la gTciioulUe, examiné sans liquide additionnel. — j, substance roudanicntalc; c, capsule; noyau ; n\ tiucléolc. — COO diam.
TISSU CARTILACilNEUX. 277
fondour. De plus, en soulevanl un peu la lamelle pour la réappliquer ensuite, on voit quelquefois les capsules, qui étaient vides auparavant, contenir une bulle d'air qui s'y est nichée (A, fig. 84). C'est une preuve que ces capsules sont ouvertes, puisque l'airpeut V entrer ; elles ont été coupées par le rasoir, et leur contenu a été enlevé. On constate de même que les capsules à cellules ratat inées sont des capsules ouvertes situées à la surface de la préparation. C'est donc Là la circonstance qui les fait différer des ^ //
autres et qui a lait ratatiner leurs ^
Dans le cas où la préparation ^ ^ [jÊF ^\
a été faite sans addition d'aucun ^^^L.JÊ}] ^
liquide, la rétraction des cellules dans les capsules ouvertes n'a pu j'V\^ J!
être causée par l'action d'un ré-
.„ , , ., Fio. 8û. — Cartilage de la tête du
actif; elle s est produite Spon- fémur de la grenouille, examiné sans
tanément. Il faut donc admettre imcun Uriuide additionnel. Une cap- 11 1, 1 suie, ouverte sur la surface de coupe,
qu a 1 état normal la cellule ne ^o„ti,„t ^uUe d'air a ; F, subremplit toute la cavité que par stance fondamentale; c, capsule; ..1, • 1 • • , 1 1 P, protoplasma cellulaire; n, noyau
suite d un vide Virtuel, analogue ^^g, nucléoles. 600 diàm. à celui qui maintient le poumon
appliqué sur la plèvre pariétale. Cette cellule aurait une tendance naturelle à se rétracter et à abandonner une partie du liquide qui l'imbibe, dès qu'elle est soumise à la pression atmosphérique.
Une fois ratatinée, la cellule ne change plus de forme ; elle ne présente pas de mouvements amiboïdes '.
Laplupart des phénomènes qui viennentd'ètre décrits d'après des cannages coupes de cartilage examinées sans l'addition d'aucun réactif peu- ^^t^m^ vent être observés sur des coupes semblables plongées dans le sé- '° rumdu sang. Pour faire cette étude, on reçoit le sang qui s'écoule du cœur d'une grenouille (voy. p. 181) dans un verre de montre, et
' Vircitoui (Ueber bevvegliclie thierische Zellen,7ïVc/iOW)'s Arch., t. xxviii, 1863, p. 237,) a signalé, dans les cliondrûmes, des cellules susceptibles de cbanger de forme et de pousser des prolongements semblables à ceux des cellules lymphatiques. Mais cette observation, faite sur les tissus de l'iiomme à la température ordinaire, laisse subsister dans l'esprit du lecteur un certain doute. Pour ma part, je n'ai jamais vu, dans les cellules ramifiées des cliondrômes, des changements de forme que l'on puisse attribuer à des mouvements amiboïdes.
•278 TRAITK TECHNIQUE D'HISTOLOGIE.
on le laisse si> coaguler. Le sérum se sépare. Une ou deux fioutlos (le ce sérum, qui contient encore des globules rouges en suspension, sont déposées sur une lame de verre; puis, sur la tète du fémur de la môme grenouille, on enlève, avec un rasoir liumecb' de sérum, une série de coupes qui sont placées immédiatement sur la lame. Après addition d'une lamelle et fermeture à la paraffine, on obtient une préparation qui, examinée de suite, montre à la surface des coupes des capsules ouvertes, vides ou contenant des cellules ratatinées et anguleuses. Dans les premières vient parfois se nicher un globule rouge du sang qui, pour la démonstration de l'ouverture de la capsule, joue le même rôle que la bulle d'air dont il a été question précédemment. Les capsules qui n'ont pas été ouvertes sont remplies exactement pai' leur cellule, au milieu de laquelle le noyau apparaît nettement.
Si cette préparation est abandonnée à elle-même pour être soumise à de nouveaux examens les jours suivants, on y observe qu'au bout de vingt-quatre, quarante-huit ou soixante-douze heures les cellules, ({ui remplissaient exactement les capsules au début, reviennent peu à peu sur elles-mêmes en conservant une forme
sjjhérique, tandis que les cellules qui se trouvaient dans les capsules ouvertes j)ar la coupe sont restées anguleuses.
Dans ces préparations, |)as plus que dans celles qui ont été faites sans addition d'aucun réactif, on ne peut remarquer aucun mouvement amiboïde des cellules.
Une coupe très-fine do c;u1ilage hyalin frais , faite avec un rasoir sec et placée dans une goutte de sérum fortement iodé, présente des cellules cartilagineuses avec leurs noyaux nettement accusés. Si la préparation a été faite avec le cartilage d'un mammifère adulte, on remarque, à côté du noyau, des gouttelettes de graisse, re-
Sérum iode. ^^'^^ — Coupe transversale du cartilage aryténoïde du cliiou adulte, faite après macération dans une solution d'acide osmique à 1 pour 300. — s, substance fondamentale, avec des grains élastiques; ??, noyau; r, granulations graisseuses du protoplasma colorées en noir par l'osmium. — 300 diam.
eonnaissablos à leur rrlVingcnco spéciale, el qui ne sont i)as colorées [m' le réactif. Lorsque la cellule contient de la matière iîlycogùne, elle se colore en brun-acajou, tandis que le noyau reste nicolore. Les cellules se conservent pondant une heure à ^une heure et demie dans ce Uquide, puis elles se ratatinent. Celles qui contiennent de la matière glycogène se déforment plus lentement que les autres. Le lendemain, toutes les cellules sont ratatinées, et la matière glycogène a disparu par diffusion.
L'acide osmique employé à la dose de 1 pour 300 et laissé pendant douze heures en contact avec le tissu (soit que le cartilage entier ait été plongé dans le réactif, soit que la coupe ait ' ■ été faite à sec et mise ensuite dans la solution) manifeste très-nettement la graisse dans l'intérieur des cellules par la coloration noire qu'il lui communique (r fjg. 85) . Au bout de douze heures, l'acide osmique doit être remplacé par l'eau phéniquée ou la glycérine pour que la préparation soit persistante. Il faut remarquer cependant qu'elle perd de sa netteté avec le temps; la cellule se ratatine autour de la gi aisse, et l'on ne distingue plus dans la capsule qu'une masse irrégulière noirâtre.
L'acide picriquc en solution aqueuse concentrée permet de distinguer nettement le noyau et ne déforme que lentement la cellule. J'ai cru longtemps qu'd i)ermettait seul de bien voir la cellule, en retardant sa rétraction; mais je me suis assuré depuis lors qu'il y a une série de réactifs qui ne ratatinent pas la cellule au début. Ainsi l'alun, a pour 1000; le nitrate d'argent, à 1 pour 1000; le sulfate 'f""' le chlorure d'or, à 1 pour ^200; le a I pour iOO; |;i potasse caustique, à