clans I iiillaii
Ce serait une double erreur. D'abord, la diapédèse est ■"■'l'O"un phénomène physiologique. On peut s'en assurer facilement en observant avec attention les vaisseaux du mésentère de la grenouille, au moment môme où l'on vient d'ouvrir le ventre et d'étendre la membrane sur le porte-objet; on trouvera toujours alors en quelques points des globules blancs qui émigrent à travers la paroi des vaisseaux. On en remarque aussi sur la membrane interdigitale de la grenouille simplement étalée dans le champ du microscope. De plus, l'accumulation des cellules lymphatiques dans le tissu conjonctifpeut se produire en dehors de l'inflammation, dans l'œdème par exemple'. Si donc, dans l'inflammation, la diapédèse des globules blancs et des globules rouges est singulièrement accrue, on n'en doit pas moins la considérer comme une simple exagération d'un phénomène physiologique.
Il reste à déterminer quelle est la cause de cette exagération. Dans l'expérience qui consiste à exposer à l'air le mésentère, il nous est possible de la comprendre. Comme nous l'avons vu plus haut (V. art. Lymphe), l'activité amiboïde d'une cellule lymphatique est d'autant plus grande qu'elle a, dans des limites déterminées, une plus grande quantité d'oxygène à sa disposition; de plus, cette activité se manifeste facilement lorsque la cellule peut se fixer et ramper sur une surface, résistante. Ces conditions sont réalisées pour les globules blancs du sang des vaisseaux du mésentère quand cette membrane est exposée à l'air.
Notons d'abord que les vaisseaux, surtout après l'action du curare, montrent une dilatation généralement considérable. Dans CCS conditions, comme il circule dans les capillaires un volume plus grand de sang, il y aura une plus grande quantité d'oxygène à la disposition des globules blancs. A cette première source d'oxygène, vient s'ajouter, dans notre expérience, l'oxygène de l'air ambiant qui leur arrive à travers la membrane.
Celte dernière condition n'existe pas dans les inflammations des parties profondes, môme dans celles qui siègent sous la peau,
' Des lésions du tissu conjonclif lâclie dans l'oedème, Comptes rendus, 10 jiiil-
«14 TRAITÉ TECHNIQUE D'HISTQLOGIE.
le phlegmon du tissu conjonctif sous-cutané par exemple. Mgis la dilatation des vaisseaux et la présence d'une plus grande quantité d'oxygène dans le sang des réseaux capillaires et des veinules des parties enflammées sont des faits établis par l'expérience. A ce propos, il convient de rappeler les analyses qu'Ester et Saint-Pierre^ ont faites du sang qui revient des parties enflammées et dans lequel ils ont trouvé plus d'oxygène que dans le sang veineux normal.
D'autre part, la diapédèse n'est possible qu'avec une certaine lenteur de la circulation. C'est ainsi que, dans l'expérience de Ilolmgren, bien que les globules blancs aient à leur disposition la grande quantité d'oxygène contenue dans le sac pulmonaire, la diapédèse ne se produit pas, à cause de la rapidité de la circulation. Quelques globules blancs se fixent bien de temps en temps sur les vaisseaux, mais ils en sont bientôt arrachés par le torrent circulatoire. Peut-être qu'en ralentissant beaucoup ce dernier, on arriverait à observer la migration plus complète, telle qu'elle existe certainement chez les mammifères dans la pneumonie. Prolifération La dilalatiou des vaisseaux et la diapédèse exagérée peuvent
lies CUMIll'IltS 11, , . . O 1
, rciiiiiain-s douc dépcudrc de l'irritation inflammatoire ; mais cette irritation i">iioii. peut aller plus lom et porter directement sur l'activité formative d'un certain nombre d'éléments cellulaires, ainsi que Virchow l'a soutenu. Nous n'avons pas à le développer ici. Qu'il nous suffise de rappeler que dans une maladie inflammatoire bien commune, le coryza, il est facile d'observer, nageant dans l'exsudat de cette inflammation catarrhale, à côté de cellules lymphatiques, caractérisées parleurs mouvements amiboïdes et l'existence de la matière glycogène dans leur intérieur, d'autres cellules, arrondies, dont le volume ne dépasse pas celui des cellules lymphatiques, qui portent parfois des cils vibratiles, ne contiennent pas de matière glycogène, ne présentent pas de mouvements amiboïdes et qui dérivent évidemment des éléments épithéliaux de la membrane aff'ectée. Il y a bien d'autres exemples de la multiplication des cellules dans le processus inflammatoire. C'est ainsi que, dans la cornée de la grenouille irritée par une simple piqûre, il est possible d'observer toutes les phases de la multi-
' Esici' et de Saint-Pierre, Recherches expérimentales sur les causes de la coloration rouge des tissus enflammés. — Journal de l'anatomie et de la physiologie, 18C6, p. lxi\.
l)licafion des cellules, ainsi qu'on peul le reconnaître, lorsque la j)réparalion a été faite au moyen de la purpurine
Les conceptions anciennes de Thémizon, de Brown, de Brous- oofiniiion sais, de Yirchow, sur les maladies inflammatoires ne sont donc maiion. pas renversées par les expériences de Cohnheim, et aujourd'hui on doit encore considérer l'inflammation comme une exagération des phénomènes nutritifs et formatifs. Comme cette exagération, l'inflammation a des degrés, et entre l'irritation physiologique qui est nécessaire à la vie et l'irritation inflammatoire la plus élémentaire il est impossible d'établir la limite.