TISSU CONJONCTIF DES NERFS
Dans les nerfs, le tissu conjonctif se présente sous trois formes. Entourant immédiatement les faisceaux nerveux, il se condense pour constituer les lames de la gaine lamelleuse. Unissant les faisceaux nerveux, 'soit entre eux, soit au tissu conjonctif voisin , il se montre formé de gros faisceaux connectifs recouverts de cellules plates, entremêlés défibres élastiques et souvent de cellules adipeuses, lissu périfasciculaire. Dans l'intérieur des faisceaux nerveux, il existe des faisceaux connectifs d'une grande minceur, qui ne sont jamais mélangés à des fibres élastiques et à des cellules adipeuses, lissu inlrafasciculaire. Chacune de
ces formes du tissu conjonctif exige une description spéciale.
cjaJnc lameiiciisc. — Les uerfs les plus fins (il en est qui, au voisinage de leurs terminaisons périphériques, sont réduits à un seul tube nerveux) possèdent une gaine lamelleuse extrêmement simple, constituée par une membrane connective enroulée en forme de tube. Sur les faisceaux nerveux d'un diamètre notable, cette gaine paraît formée par plusieurs lames superposées. EnQn, sur les plus gros faisceaux nerveux, et même quelquefois sur de petits nerfs situés superficiellement ou dans des régions qui sont soumises à des frottements ou à des pressions (la main, les doigts, la plante du pied), cette gaine acquiert une épaisseur considérable, et se montre composée d'un grand nombre de couches concentriques.
Ilenle a signalé, il y a déjà longtemps, les gaines minces et simples qui entourent les nerfs tes plus fins, et que l'on peut y observer sans qu'il soit nécessaire de les diviser ou de les dissocier.
Il décrit ces gaines comme « des tubes membraneux, dépourvus de structure, hyalins ou faiblement granulés, à la surface desquels se voient des noyaux de cellules étirés en long. J'ai vu de ces tubes, ajoutc-t-il, qui ne renfermaient que deux fibres primitives »
Sauf en ce qui regarde la situation des noyaux, la description de Henle est parfaitement exacte, et, si n'était cette légère erreur, il n'y aurait rien à y changer encore aujourd'hui. C'est pour cela, et aussi dans le but d'éviter toute confusion, que j'ai désigné cette membrane qui enveloppe les petits nerfs sous le nom de gaine de Henle \
L'étude de la gaine de Henle est relativement facile. On peut la reconnaître sur les petits troncs nerveux isolés dans l'eau par dissociation. Mais, pour l'observer dans sa plus grande simplicité et déterminer en même temps le siège des noyaux qu'elle possède, les nerfs musculaires de la grenouille, et surtout ceux du lézard, présentent de grands avantages; chez ce dernier animal' il convient de choisir les muscles les plus longs^ ceux de la cuisse, parce qu'ils contiennent des nerfs grêles qui ont un assez grand parcours et qui dès lors peuvent être facilement isolés.
' Henle, Anatomie générale {Encyclopédie analomique, trad. française. 1843, t.VM, p. m).
^ Voy. Leçons sur l'histologie du système nerveux, 1. 1, p. 159.
iNEKl'S. — TISSU CONJONCTIF. 753
l/aninial élant sacrifié el les muscles en question étant mis à- „^;;;;,"|jj,"'i^;^ nu, on y fait une injection interstitielle d'une solution d'acide jigg^/ijgg^i-o^g osmique à 1 pour '100. Dès que, sous l'influence de ce réactif, les luuscles ont pris une teinte brunâtre, ils sont enlevés, placés dans osmique. l'eau et dissociés avec des pinces et des ciseaux. A un grossissement faible, avec lequel il est possible d'examiner les parties dissociéessans lesrecouvrir d'une lamelle, on juge des effets de la dissociation et on la poursuit jusqu'à ce que l'on ait isolé quelques-uns des nerfs les plus grêles. Cette opération n'est pas difficile. Pour achever la préparation, il faut faire agir une solution de picrocarminate à 1 pour 100 pendant vingt-quatre heures et la remplacer ensuite par la glycérine. On pourra également colorer par la purpurine et conserver les tissus dans la gomme dammar.
Dans ces préparations, en suivant vers sa terminaison un nerf composé de plusieurs tubes nerveux, on le verra se diviser et se subdiviser; la gaine de Henle qui l'entoure se divise et se subdivise également, de manière à former une enveloppe distincte à chacun des petits nerfs qui se dégagent du tronc principal, et, dans ces divisions successives, elle se comporte comme une arborisation vasculaire. Dans leurs dernières ramifications, les nerfs musculaires arrivant à n'être plus lormés que par un seul tube nerveux à myéline, chacun de ces tubes, outre sa gaine de Schvs^ann, dont l'existence est démontrée par les étranglements annulaires, les segments interannulaires et les noyaux de ces segments, possède encore une seconde membrane (voy. fig. 250). Cette membrane, plus ou moins distante du tube qu'elle enveloppe, ne suit pas sa forme au niveau des étranglements annulaires, et, sur sa face profonde, eUe présente des noyaux dont la position exacte peut seulement être déterminée lorsqu'ils sont de profil.
L'espace compris entre la membrane de Henle et la membrane de Schvvann est occupé parle plasma nutritif ou lymphatique, qui baigne ainsi l'élément nerveux et peut en pénétrer la partie essentielle, le cylindre-axe, au niveau de chaque étranglement annulaire. C'est à ce niveau, en effet, ciue se produisent les échanges nutritifs nécessaires à la fonction du nerf, ainsi qu'il ressort des observations qui ont été faites à propos de l'action du picrocarminate et du nitrate d'argent sur les tubes nerveux. Nous reviendrons encore sur ce point lorsque, à la fin de ce chapitre,
ra.NviEu. llislol. ^8
Cellules cndotliélialcs de la gaine do
Henle.
FiG. — Tubo nerveux oliciiiiiiant
isolé dans les muscles de lu cuisse du lézard 5?ris. Injection interstitielle d'une solution d'acide osmique à I pour 100; dissociation dans l'eau ; coloi-ation à la purpurine; conservation dans la résine dammar. — H.gaîne de Henle ; n, noyaux delà gaîne/le Henle; e , étranglements annulaires; n', noyaux des segments in- Icrannulaires. — 600 diam.
nous présenterons un résunié des connaissances acquises sur riiislologie et la physiologie des nerfs..
Les noyaux qui doublent la membrane de Henle appartiennent à des cellules endothéliales qui tapissent sa face profonde. Pour le démontrer il faut avoir recours au nitrate d'argent. En traitant les nerfs thoraciques du lapin, du rat ou de la souris suivant la raé- Ihodequia éléindiquéep. 72/i, on obtient des préparations dans lesquelles l'endothélium de la gaîne de Henle est rendu évident Les cellules qui constituent cet endothélium sont grandes , extrêmement minces et limitées par des lignes d'imprégnation fines et peu sinueuses (voy.lig. 25i).
Au-dessous de l'endothélium, si la solution de nitrate d'argent a pénétré au delà, on distingue, à la surface du nerf et quelquefois aussi dans son épaisseur, les barres transversales ou les petites croix latines qui indiquent les étranglements annulaires.
L'existence de la gaîne làmelleuse autour des faisceaux
' C'est à l'aide d'un procédé analogue que Wiensky, sous la direction de Ruduew (voy. Cannslatl's Jaliresbericht, 1868, t. I, p. 25), a déterminé Texistence d'un endothélium à la surface des petits troncs nerveux.
iNEHFS — TISSU CONJONCTIF. 7bi)
norveuxd'un diamètre notable peut être reconnue sur des coupes transversales de nerfs préalablement durcis à l'aide de l'une des méthodes indiquées page 789.
Dans ces coupes, lorsqu'elles ont été colorées au carmin, chaque faisceau nerveux paraît entouré d'un anneau fortement coloré en rouge et formé par des lames superposées, d'autant plus nettes qu'elles sont plus profondes Cette coloration rouge , que prend le tissu qui compose la gaine lamelleuse des nerfs sous l'influence du carmin, est encore bien mieux marquée si l'on assure l'élection de cette substance en faisant usage des procédés suivants.
Le scialique ou tout autre nerf aussi volumineux d'un mammifère
(j;iînu laiiicllciise.
est fixé sur une lame de liège et
ric. 251. — Nerf tlioraciquc de la souris, forme par un seul faisceau nerveux, imprégné d'argent et conservé dans laglvcérine. — 200 diam
soumis à la dessiccation. On y pratique alors, en suivant le procédé qui a été indiqué pour les artères (voy. p. 559), des coupes
Gaîiic laiiicl- Icuso dliidiôc sur des
transversales qui sont placées , pendant un instant dans l'eau,
dessiccation du nerf.
colorées par le picrocarminate et montées en préparation dans la glycérine additionnée d'acide, formique. Dansée dernier réactif, le tissu conjonclif périfasciculaire, qui était légèrement teint en rose par le carmin, se décolore d'une manière à peu près complète, tandis que la gaine lamelleuse y conserve une coloration rouge franche.
Des coupes longitudinales des nerfs failes à l'aide du même procédé montrent, au niveau des bords de chaque faisceau nerveux,un ruban fortement coloré qui correspond à la gaine lamelleuse, tandis que le tissu conjonctif voisin est à peu près incolore -.
' La structure de la gaine lamelleuse des nerfs a été décrite pour la première fois dans le travail que j'ai publié dans les Archives de physiologie, en 1872. Pour riiistorifiuç complet do cette question, voyez Leçons sur Vhislologie du sijslème nerveux, t. I, p. 1(10.
' Lorsque ces coupes sont parallèles àl'a.Ke des faisceaux nerveux et qu'elles sont suffisamment minces, les fibres à myéline laissent voir d'une manière bien nette leurs étranglements annulaires. .le signale ce fait en passant, pour montrer ((uà
loi) THAITÉ TECHNIQUE D'HISTOLOGIE.
La dessiccation est un procédé de durcissement suClisant lorsque l'on se propose de montrer sur des coupes transversales l'élection du carmin pour la gaine lamelleuse; mais les préparations qu'elle fournit sont toujours imparlaites, parce que la myéline, desséchée d'abord, puis soumise à l'action de l'eau, se gonfle dans ce liquide, s'échappe des tubes nerveux et
"Ib"!. — Nerf sciali(|ue de riioiiimc adulte. Cuupc transversale l'aile après durcissement du nerf par une solution d'acide cliromique à i pour 1000. Coloration au carmin. — g l, gaîne lamelleuse des faisceaux nerveux ; a, artère dans le tissu conjonctif périfasciculaire ; a', artcriole dans le tissu conjonctif intrafasciculaire. — 20 diani.
l'orme des boules, des lilamcnts et des granulations qui vont se répandre sur les parties voisines et en altèrent l'image. Gaine Cct incouvénient cst évité si, au lieu de la dessiccation, on 011X0 "sur emploie pour déterminer le durcissement du nerf l'action succesaprLd'ùms- sivc d'uue solution saturée d'acide picrique, de la gomme et de l'ncïdc" pfcri- l'alcool. Lcs coupcs placécs dans l'eau jusqu'à ce que la gomme'^ot gommc qui les imprégnait soit dissoute, sont colorées au picrocarminate, lavées et montées dans la glycérine additionnéed'acide formique.
Sur les coupes transversales de nerfs, foites par l'un des procédés qui viennent d'être indiqués, il n'est pas facile de bien distinguer les unes des autres les lamelles qui entrent dans la composition de la gaîne d'un faisceau nerveux. Pour le faire, il
l'alcool.
l'aide d'une méthode simple, pratiquée depuis longtcriips dans les recherches histologiqucs, on reconnaît une disposition dont la découverte cependant n'a pu être faite qu'à l'aide des méthodes perfectionnées de la technique actuelle.
NERFS. —TISSU CONJONCTir. 7;i7
lauUvvoir recours ùd'autresmélliotles, parmi lesquelles il convient de choisir d'abord les suivantes :
Le sciatiqiie du chien, du lapin ou de tout autre mammifère, lamoii'êuse étant mis à découvert et laissé en place, ou bien étant enlevé et ''''-tjlcir maintenu en extension sur une lame de liège au moyen d'épingles l}" i," ^LTino fixées à ses extrémités, on injecte dans le tissu conjonctif périfas- "do niû-âîe ciculaire du nerf, avec une seringue hypodermique munie d'une ''"''«"nt. canule en or à extrémité tranchante, un mélange de gélatine ramolUe dans l'eau distillée et fondue au bain-marie, 2 parties, solution de nitrate d'argent à 1 pour 100, 1 partie. Il faut avoir soin d'enfoncer la canule obliquement, de façon à en conduire la pointe au voisinage d'un gros faisceau nerveux. Lorsque la masse de gélatine est prise par le refroidissement, le nerf est enlevé, plongé dans l'alcool fort, et, vingt-quatre heures après, il est
FiG. 253. — Coujie transversale du nerf sciatique du lapin. — n, faisceaux nerveux légèrement déformés par pression; ?h, lamelle delà gaîne lamelleuse. — 80 diam.
devenu suffisamment dur pour que l'on puisse y pratiquer des coupes transversales. Ces coupes sont placées d'abord dans l'eau' et ensuite montées dans la glycérine.
Dans le nerf sciatique du chien, la gélatine ne se répand pas d'ordinaire entre les lamelles des gaines, mais le nitrate d'argent les pénètre et indique leurs limites par autant de lignes noires,
7;iS TRAITÉ TECHNIQUE D'HISTOLOGIE.
de sorte que ces lamelles, devenues bien distinctes les unes ^ des autres, peuvent être exactement comptées. Il y en a dix, douze el jusqu'à quinze autour du gros faisceau nerveux qui existe dans le sciatique à la partie moyenne et supérieure de la cuisse.
Chez le lapin, il arrive souvent que la masse de gélatine pénètre entre les différentes lames qui composent la gaine des faisceaux nerveux et les écarte les unes des autres. On peut reconnaître alors que ces lames ne représentent pas autant de tubes simplement emboîtés les uns dans les autres, mais qu'elles se divisent, s'infléchissent, pour s'anastomoser entre elles et former un système continu, sysième de Ce systèmo, que j'ai désigné
sous le nom de système de tentes, peut être également observé dans la gaine lamelleuse du gros faisceau du sciatique du chien. Pour cela, les coupes doivent être faites suivant l'axe du nerf;- le segment de la gaine compris dans la coupe forme une sorte de ruban coloi'é en noir par le nitrate d'argent et constitué par une série de feuillets que l'on peut écarter les lins des autres, mais non d'une manière complète. Ils sont re-
FiG. 254. — Lamelles du gros faisceau du liés entre cux par dcs lamellcs
nerf sciatique du chien, dissociées surunc Q^jUgueg ^OUt IcS inSCrtioUS Ct
coupe longituiliiiale faite après injection ...
interstitielle de gélatine additionnée de la distribution paraissent SOU-
nitrate d'argent et durcissement par l'ai- j^^j^^g ^ ^^^^ très- grande iri'é-
cool. — 50 diam. ^ • ,
gularite.
Ces différentes lames sont recouvertes de cellules endothéliales, dont on peut en quelques points distinguer nettement les limites, grâce à l'imprégnation d'argent.
Il convient d'ajouter que, sur les petits laisceaux nerveux qui ont été soumis à l'action du nitrate d'argent et qui sont examinés à plat dans la glycérine, on aperçoit des traits noirs minces, superposés, en nombre plus ou moins considérable suivant l'épaisseur du faisceau nerveux, ct qui correspondent aux lignes inler-
NERFS. —TISSU CONJONCTIF. 7oi)
cellulaires des couches endothéliales des différentes lames connectives de lagaîne lamclleuse.
On peut encore bien distinguer les lamelles de la gaîne lamelleuse et memelescompter sur des coupes transversales de nerfs, faites après l'action successive de l'acide osmique, de la gomme et de l'alcool (voy. p. 743). Aprèsque la gommequ'elles renferment a été dissoute par un séjour convenable dans l'eau distillée, ces coupes sont placées pendant vingt-quatre heures dans une solution de purpurine (voy. p. 280).
Gaîne lamolleuse. Coupes transversales après l'action de l'acido osmique.
Wmmmmmmm
PjG. 125,''). — Nerf collatéral des doigls de la main. Coupe transversale après injection vasciilaire forcée d'une solution d'acide osmique à 1 pourlOO cldurcissement |iar la fçomme el l'alcool. Coloration parla purpurine ; conservation de la préparation (lans la glycérine.—/' n, faisceaux nerveux ; gl, gaîne lamellcuse : a, cloison de division d'un faisceau nerveux; n, un faisceau nerveux très-grôle ; 71, vaisseau sanguin; /t.', tissu conjonctif ; ca, cellules adipeuses. —150 diam.
On obtient de fort belles préparations des gaines lamelleuses des nerfs collatéraux des doigts de l'homme àl'aide d'une méthode analogue, mais qui ne peut guère être appliquée à d'autres organes. Par une des artères collatérales et sous une forte pression, on injecte une solution d'acide osmique à 1 pour 100, toute
700 TRAITK TRCIINIQUR D'HISTOLOGIR.
voie de retour élaiiL formée. Une heure après, l'acide osmiqne ayant complètement agi, on enlève les plialanges par dissection pourne conserver que les parties molles, et l'on traite ces dernières successivement par l'alcool, la gomme ctl'alcool. Les coupes transversales que l'on en fait ensuite sont colorées par la purpurine; à côté d'autres détails intéressants relatifs à 1 cpidcrme, au tissu conjonclif, aux glandes sudoriparcs et aux corpuscules de Pacini, elles montrent les nerfs collatéraux et leurs gaines, dont les différentes lamelles incolores sont séparées les unes des autres par des noyaux colorés en rouge pâle.
Sur les coupes transversales de nerfs isolés durcis par l'acide osmique et colorés par la purpurine, comme il a été dit d'abord, la gaîno lamelleuse donne des images analogues. Elle sont cependant moins régulières, parce que, sous l'influence du traitement qu'on lui a fail subir, il se produit toujours dans le nerf complélement séparé un retrait considérable.
La siructure élémentaire des lamelles qui composent la gaine des faisceaux nerveux peut être déterminée à l'aide de plusieurs procédés dont les résultats s'ajoutent et se complètent : les imprégnations d'argent, ainsi qu'il ressort de ce qui a été dit plus haut; des dissociations ménagées, après que le nerf a macéré dans des solutions de bichromate d'ammoniaque, d'acide chromique ou d'acide osmique.
Lorsque l'on se propose de colorer, soit parle picrocarminale, soit par l'hématoxylinc, les lamelles isolées, il faut donner la préférence au bichromate d'ammoniaque en solution à 2 pour 100. Après que le nerf a séjourné plusieurs semaines dans cette solution, on en prend un tronçon de deux centimètres de longueur environ. En opérant sur lui avec des pinces, il est facile d'en séparer les faisceaux nerveux qui le composent. Il convient d'agir maintenant sur le plus gros de ces faisceaux. Outre la gaine lamelleuse, il reste autour de lui une certaine quantité de tissu ronjonctif périfasciculaire ; il faut l'en débarrasser aussi complètement que possible, en le maintenant dans l'eau avec une pince, tandis qu'avec une seconde pince on arrache les fibres connectives. Lorsque la gaine lamelleuse estcomplétement à nu, elle est fendue suivant sa longueur avec des ciseaux fins, et les tubes nerveux en sont extraits. Elle se présente alors comme une membrane mince, lisse et repliée en forme de tuile. Cette membrane est trop complexe et encore beaucoup trop épaisse
NEUFS. —TISSU CONJONCTIF. 701
pour être examinée à plat. 11 esl. indispensable delà diviser en lambeaux plus minces, correspondant à une seule ou à un petit nombre de ses lames constitutives, ce à quoi on arrive iui moyen de la pince et des aiguilles en y mettant de l'adresse et beaucoup de patience. Ces lambeaux sont colorés par l'hcmatoxyline, lavés et montés en préparation dans la glycérine.
Sur ces préparations, on reconnaîtra que les lames qui entrent df/'i^^glieg dans la composition de la gaine des nerfs n'ont pas la même struc- ,'|,';„|;J,fu3"° ture suivant qu'elles sont superlicielles ou profondes. Les superficielles sont constituées par de gros faisceaux de tissu conjonctif placés les uns à côté des autres ou entrecroisés, mais toujours aplatis, et formant par leur .réunion une membrane feutrée dans laquelle sont ménagées des ouvertures arrondies, simples ou réticulées, comme on les observe dans d'autres membranes conneclives, par exemple le mésentère de la grenouille, le grand épiploon du lapin, etc. Les lames plus profondes sont également formées de faisceaux de tissu conjonctif, mais ces éléments y deviennent plus minces, et dans les dernières lames ils sont extrêmement grêles.
A ces différents faisceaux se trouvent associés une substance unissante analogue à celle qui existe dans le mésentère du lapin (voy. p. 371) et des éléments élastiques sous forme de grains, de fibres moniliformes, de fibres régulières ou de plaques (voy. p. m).
Les lames principales de la gaine lamelleuse et les lames accessoires qui les relient, composées ainsi d'un stroma connectif, sont, comme toutes les membranes connectives, revêtues d'une couche endotbéliale continue. »
Cet endothélium, dont l'existence a été démontrée au moyen iio"1amcii'os" de f imprégnation d'argent, se présente, dans les préparations dont nous nous occupons maintenant, sous la forme de grands lambeaux membraneux colorés en violet clair sous l'influence de riiématoxyline, et munis, à distances à peu près régulières, de noyaux aplatis, colorés en bleu foncé par le même réactif.
Les cellules extrêmement minces qui correspondent à chacun de ces noyaux n'ont pas la même épaisseur dans, toutes leurs parties. Reposant sur le treillis connectif de la lame sous-jacente, elles en prennent l'empreinte et présentent des dépressions qui correspondent aux fibres de ce treillis. Ces dépressions, qui après la coloration par l'Iiémaloxyline s'accusent par un trait
7fi2 TRAITÉ TECHNIQUE D'HISTOLOGIE.
moins coloré, sont analogues à celles que l'on observe sur les cellules endolhéliales de la choroïde.
^^''"TOidc (In La choroïde, dissociée. après un séjour prolongé de l'œil dans le liquide de Mûllcr, paraît constituée, comme les gaines lamclleuses des nerfs, par une série de lames connectives superposées, à la suriace desquelles il existe des cellules plates, étoilées chez certaines espèces, irrégulièrement polygonales chezd'autres.
Fifi. 25(5. — Une des lames de la choroïde du chien, isolée après macération de l'œil dans le liquide de Millier; conscrvaliondans la glycérine. — n, noyaux des cellules connectives ou endolhéliales pigmentées; /', fibrilles connectives de la lamelle. — 275 diam.
le chien par exemple. Ces cellules, qui ne se touchent point et qui dès lors ne peuvent être considérées comme des cellules endothéliales vraies, sont formées de protoplasma, auquel se trouvent mélangées un nombre considérable de fines granulations pigmenlaires. Au niveau de chacune des fibrilles du stroma qu'elle recouvre, la cellule subit une empreinte qui diminue son épaisseur, de telle sorte qu'en ces points il y a moins de pigment coloré. Il s'ensuit qu'à la lumière transmise la place de chacune des fibres du stroma est marquée par un trait clair.
Si les empreintes des cellules endothéliales de la gaine lamclleuse des nerfs sont moins nettes, moins faciles à voir, elles n'en existent pas moins. On les reconnaîtra plus facilement, on en sai-
lamolieuse apn^s l'action de l'aeidc osmiqne.
NERFS. — TISSU CONJONOTIF. 763
sira mieux la signification, après avoir étudié les lames do la choroïde du cliien, et c'est la raison pour laquelle nous en avons donné la description.
La plupart des détails relatifs à la structure des lames de la gaîne lamolieuse peuvent également être étudiés sur cette gaine après que le nerf a été durci par l'acide chromique, bien que ce dernier réactif, surtout lorsque l'on se propose de colorer ensuite les éléments par le carmin ou par l'hématoxyline, soit bien inférieur au bichromate d'ammoniaque.
La dissociation des membranes qui composent la gaîne lamel- '^/g ja'^gaînë leuse peut être faite également après que le nerf a subi l'action de l'acide osmique (solution à 1 pour iOO ou à 1 pour 200). Il faut alors employer pour colorer ces membranes le sulfate ou l'acétate de rosaniline en solution dans l'eau ou dans l'alcool au tiers. Les préparations obtenues de cette manière sont belles et démonstratives, mais la coloration ne s'y conserve pas \
Tissu conjonctif périfascicnlaire. — H n'ost paS nécessaire
de recourir à des méthodes spéciales pour étudier le tissu conjonctif périfasciculaire. La plupart décolles qui ont été indiquées à propos de la gaîne lamolieuse peuvent être employées utilement pour l'examen de ce tissu. Au moyen des injections interstitielles de gélatine additionnée de nitrate d'argent, sur des coupes transversales ou longitudinales de nerfs faites après durcissement par l'acide picrique, la gomme et l'alcool, l'acide osmique, l'acide chromique, le bichromate d'ammoniaque, etc., on arrive facilement à se convaincre que le tissu conjonctif périfasciculaire présente une structure semblable à celle du tissu conjonctif lâche, fasciculé ou diffus, le tissu cellulaire sous-cutané par exemple. On y rencontre en effet des faisceaux connoctifs ordinaires de diamètre variable, des fibres élastiques, des cellules connoctiv.es plates et munies de prolongements, des cellules adipeuses, et généralement aussi des vaisseaux sanguins et des lymphatiques. Cependant il diffère du tissu conjonctil ordinaire par certains points qu'il importe de noter. Au lieu d'être entrecroisés dans tous les sens, les faisceaux connoctifs y ont presque tous une direction longitudinale. Il en est de môme des réseaux élastiques qu'il contient; les mailles de ces réseaux sont allongées dans le
' Voyez, pour plus de dùla'ils, Leçons aur l'Iitiilolofiie dit sijfiU'mc wrreux, l. I,p. l'JT (!t suivantes.
704 TMAITÉ TECIINIOUR iVllISTOLOfilK.
sons de l'axe du nerf. Les cellules adipeuses elles-mêmes, lorsqu'on les rencontre dans le tissu conjonctif périfasciculaire, sont disposées en petits groupes allongés, ayant leur grand diamètre parallèle à l'axe des cordons nerveux.
Il convient d'ajouter que, si l'on examine le tissu conjonctif périfasciculaire dans les points les plus voisins des faisceaux nerveux, ce tissu, tout eu conservant ses caractères généraux, prend peu à peu la forme de lames. Seulement ces lames, au lieu d'être minces et constiluées par un treillis de fibres fines comme celles de la gaine lamelleuse, ne sont, comparativement à ces dernières, que des nattes grossières. Elles sont composées de faisceaux relativement épais et écartés les uns des autres. Tissu pdrifas- Chez los plagiostomcs, il est des nerfs, les nerfs électriques de
ciculaire .
iomrs'°^" lorpille par exemple, dans lesquels le tissu périfasciculaire est entièrement formé de lames qui s'emboîtent et s'anastomosent les unes avec les autres, en laissant entre elles des espaces trèsextensibles dans lesquels circule le plasma ou la lymphe.
Tissu conjonctif intrafasciculaire. — Le tisSU COUjonctlf qui
existe dans l'intéi'icur des faisceaux nerveux se montre sous deux formes : celle de lames connectives et celle de fibres distinctes ; ces dernières constituent le tissu conjonctif intrafasciculaire proi.umcs iniiw prcmeut dit. Les lames connectives intrafasciculaires partent des
t'asciciilairos. , , , . i i a i n ». i
couches les plus internes de la gaine lamelleuse et pénètrent dans l'intérieur du faisceau nerveux pour y conduire des vaisseaux sanguins, ou pour déterminer dans ce faisceau une division qui se complète un peu plus loin de façon à produire deux faisceaux absolument distincts.
Ces lames peuvent être étudiées sur des coupes transversales ou longitudinales de nerfs d'embryons, de jeunes sujets ou d'adultes, faites par l'une des méthodes précédemment indiquées (voy. p. 739).
Le tissu conjonctif intrafasciculaire proprement dit est composé de fibres et de cellules. Les fibres sont des fibres connectives ordinaires, sans mélange de fibres élastiques. Les cellules sont des cellules plates, analogues à celles qui accompagnent généralement les faisceaux dans le tissu conjonctiX ordinaire.
Ces éléments peuvent être reconnus dans les préparations laites par dissociation des nerfs qui ont été soumis à l'action des différents réactif? fixateurs précédemment indiqués, par
Tissu inli'afasciculaii'o pi'opremont dit.
NERFS. — TISSU COiNJONGTlK. 76i) exemple le bicliromale d'ammoniaque, l'acide cliromique, l'acide osmique^ etc.
Dans ces préparations, surtout si elles proviennent des nei'is i;'ii)ies et
r i ^ i cellules coii-
du chat, du chien et de l'homme adultes, les tubes nerveux, plus . neciives ou moins complètement isolés, se montrent entourés d un certain laircs isolées, nombre de libres très-fines, très-délicates et dont la direction est parallèle à la leur, il existe donc à l'état normal autour de chaque tube nerveux un manchon de fibres connectivcs à direction longitudinale.
l''ic. 2.57. — Tissu conji-nclif inlrafasciculairc du nerf scialiquc du cliicti adulte, dissocié après durcissement du nerf par l'acide chromiquo à 2 pour lUOO. — /", faisceaux conjonctifs ; c, cellules connectivcs. — 600 diam.
A côté de ces fibres ou au milieu d'elles, s'observent des celules connectivcs plates, bien évidentes si la préparation a été colorée par le picrocarminate ou l'hématoxyline. Quand elles n'ont pas été complètement isolées, leurs noyaux seuls (voy. n, fig. 2M) apparaissent nettement.
Quand elles sont détachées des faisceaux qu'elles revêtaient et qu'elles llottent librement dans le liquide additionnel de la préparation, elles paraissent fusiformes si elles sont vues de profil ; mais si elles se présentent de face, on reconnaît qu'elles sont plates, qu'elles ont un contour irrégulier et qu'elles possèdent (les prolongements, moins longs cependant et moins nombreux
THAITÉ TliCll.MQUE IJ'IIISTOLOGIE.
que ceux des cellules analogues du lissu cellulaire sous-culané. Ainsi isolées, ces cellules ne sont pas planes, mais recourbées comme des tuiles faîtières, gardant ainsi la forme qu'elles avaient dans leur position normale autour des tubes nerveux. Elles présentent des parties plus minces et des parties plus épaisses alternant généralement sous forme de bandes. Leurs noyaux participent quelquefois à ces crêtes et à ces dépressions, qui ne sont 'autre chose que l'empreinte des colonnes conjonctives et dfis tubes nerveux sur lesquels elles étaient appliquées.
Pour observer ces derniers détails, il convient de choisir des animaux jeunes, même des nouveau-nés. Le tissu intrafasciculaire, en effet, ne fait pas exception à la loi qui régit le tissu con jonctif en général. Sous l'influence du développement, les cellules prennent de moins en moins d'importance; elles s'amincissent, se dessèchent, et le plus souvent chez l'adulte on ne peut plus y observer les crêtes d'empreintes qui viennent d'y être signalées.
A côté des fibres et des cellules conneclives, on observe souvent des cellules lymphatiques. Ces derniers éléments se rencontrent, comme on le sait, dans le tissu conjonctif difl"us des différentes régions du corps, dont le tissu inlrafasciculairc ne constitue, du reste, qu'une simple variété.