‹ Traité technique d'histologie (volume 2)Chapitre 78 sur 81 · VAISSEAUX SANGUINS DES NEUFS · texte numérisé non relu

VAISSEAUX SANGUINS DES NEUFS

Les nerfs les plus fins ne possèdent pas de vaisseaux propres ; ils empruntent les matériaux de leur nutrition au plasma qui les baigne et qui leur est fourni par les capillaires situés dans leur voisinage. Mais, dès qu'ils ont un calibre notable, les faisceaux nerveux, isolés ou groupés pour constituer des nerfs, possèdent des vaisseaux sanguins qui, après s'être engagés dans leurs gaines lamelleuses, les pénètrent et se distribuent dans leur intérieur.

L'existence de vaisseaux sanguins (artères, veines et capillaires) entre les tubes nerveux qui composent les gros faisceaux des nerfs peut déjà être reconnue sur les coupes transversales des nerfs faites après n'importe laquelle des méthodes indiquées page 739. Les artérioles et les veinules sont comprises dans des lames intralasciculaires, tandis que les vaisseaux capillaires sont

mWVS. — VAISSEAUX SANGUINS.

en rapport direct avec les tubes nerveux, ou en sont seulement séparés par quelques fibres de tissu conjonctif. Sur les mêmes préparations, on observe, dans le tissu conjonclif périlasciculaire, un certain nombre de vaisseaux de calibre relativement considérable, coupés en travers et dont la direction générale est par conséquent parallèle à l'axe du nerf (voy. fig". 25^2). Mais, pour bien voir tous ces vaisseaux et en reconnaître la distribution, il est nécessaire d'étudier des ' préparations de nerfs dont le système vasculaire sang uin a été convenablement injecté.

Ces nerfs peuvent être enlevés à un animal dont tout le système vasculaire a été rempli avec une masse cà la gélatine colorée par le carmin ou le bleu de Prusse, ou chez lequel on a pratiqué une injection partielle. Pour les détails relatifs cà la préparation de la masse et à l'opération, voyez pages 112 et suivantes.

Si le nerf sur lequel doit por ter l'examen est assez grêle pour qu'on puisse le soumettre tout f entier à l'observation microscopique,il est traité successivement par l'alcool ordinaire et l'alcool absolu, et monté dans le baume du Canada ou la gomme dammar, après avoir été éclairci par l'essence de girofle ou l'essence de térébenthine.

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IG. '258. — Nerf sciatlquc d'une grenouille verte, dont les vaisseaux sanguins ont été injectés avec une masse de carmin à la gélatine. Le nerf tout entier a été ensuite plongé dans ïa\cool absolu, éclairci par resscncc de girolle et monté dans le baume du Canada. L:i portion du nerf qui a été recueillie est constituée par un seul faisceau, et tous les vaisseaux sanguins qui y sont figures sont contenus dans rinlcriiHir ch; ci; raisc(!au,en dedans dela^gaîne lamclleuse. — 80diani.

Vaisse:iiix sniij;^iiins du

s la

7(j.s THAITÉ TEGIliNIUUE D'HISTOLUUI K.

Le scialique de la grenouille, la plupart des nerfs du rat, le sapliène péronier du cochon d'Inde ou du lapin conviennent tout spécialement pour ces préparations.

Le sciatique de la grenouille est constitué, comme on le sait, 'Jrenouinc^ par un seul faisceau nerveux ; le tissu conjonctif périfasciculaire y fait à peu près complètement défaut et les vaisseaux sanguins que l'on y observe sont presque tous intrafasciculaires. Le réseau intrafasciculaire du sciatique de la grenouille possède des maille, très-allongées suivant l'axe du faisceau nerveux. Il y a lieu de considérer à ce réseau des branches longitudinales qui sont à peu près parallèles entre elles, et des branches transversales qui leur sont perpendiculaires on plus ou moins obliques. Souvent un des vaisseaux capillaires du réseau, s' engageant entre les différents tubes nerveux, parcourt au milieu d'eux un certain trajet, et forme une anse pour rejoindre le réseau commun dans un point plus ou moins éloigné de son lieu d'origine (voy. lig. 258).

Dans les nerfs des mammifères, observés en entier et suivant leur longueur, après que

l'ui 551). — Vaisseau 1*^^^'^ vaisscaux ont été injectés et qu'on les a capillaire inirafasci- reudus transparents par l'cssence de térébeni^iit^lîîirnadX" thine ou de girofle, à l'image du réseau intraisoié après durcisse- fasciculairc proprement dit vient s'ajouter ?;:l'"c.,,'':mi,f,n ceUe a-un réseau artériel, capillaire et vei- 2 pour 1000. — s, neux situé dans le tissu conjonctif périfascicut^'ZZrJ:: laire. Pour distinguer ces deu. réseaux l'un l'iutéricur du capil- de l'autrc il faut une très-grande attention, et If ■p.ir'oi drcapu- encore peut-on rester dans le doute sur la lairc ;c, cellule con- situation de tel OU tel rameau vasculaire. ;:";:S''SetcI aussi, pour éviter toute confusion à ce sujet, capillaire. -600 diani. convicnt-il d'avoir rccours à l'examen de coupes longitudinales et transversales.

Le nerf sera durci dans l'alcool si l'injection a été faite avec une masse colorée au carmin, dans l'alcool, l'acide chromique ou les bichromates si l'on a employé une masse au bleu de Prusse. Sur les coupeslongitudinales des gros faisceaux nerveux (scia-

Vaisseaux sanguins cliidics sur des

coupes de nerfs injectes.

NKRKS. — VAISSEAUX LYMIMIATIOUES. 7(iU

tiqiic du chien, du lapin, du cochon d'Inde, cLc), on peut rcconmiîlre alors l'existence d'un réseau capillaire analogue à celui du scialique de la grenouille. Sur les coupes transversales des mêmes faisceaux, la plupart des capillaires sont coupes en Iravers; si la coupe est épaisse et bien éclaircie, on peut les suivre dans sa profondeur (voy. fig. 2(50) et voir en certainspoints des divisions de vaisseaux en forme de fourches.

La structure des artérioles, des veinules et des capillaires qui cheminent dans l'épaisseur des faisceaux nerveux, ne présente rien de spécial. A leur sujet, il convient de faire remarquer que, les branches longitudinales du réseau que forment les capillaires ayant une très-grande longueur, leur isolation complète peut être obtenue facilement en dissociant un tronçon d'un nerf dont les éléments ont été fixés par l'acide osmiquc, l'acide chromique ouïes bichromates.

Si la dissociation n'a pas été poussée trop loin, on observe à la surface des capillaires des cellules connectives aplaties qui leur forment un revêtement externe incomplet (voy. fig. 259 et p. 589 et 590).

Pour étudier les vaisseaux lymphatiques des nerfs, il faut les injecter avec une masse de bleu de Prusse dissoute dans l'eau distillée, ou avec une masse de bleu à la gélatine chauffée à 35 degrés, au moyen d'une seringue hypodermique munie d'une canule fine à extrémité tranchante.

Après avoir découvert le nerf sciatique d'un chien que l'on vient de sacrifier, en ménageant le tissu conjonctif qui l'entoure, on réussit parfois d'emblée à injecter quelques-uns des vaisseaux lymphatiques de ce nerf, en faisant pénétrer la pointe de la canule entre les 'faisceaux qui le composent; mais le plus souvent il se produit d'abord une diffusion de la masse colorée qui, en se répandant dans le tissu conjonctif, s'étend progressivement sur une certaine longueur du nerf, et c'est plus tard seulement que l'on voit des vaisseaux lymphatiques se remplir du liquide coloré. De ces vaisseaux, dont la forme est caractéristique, les uns remontent le long du nerf, pénètrent avec lui dans la cavité pelvienne, et vont se rendre au ganglion lombaire; les autres s'engagent dans les interstices musculaires voisins.

ItA.NVIKH, llistol. 49

liijccliulis iiitci'sliliellos dos faisceaux nerveux.

770 TRAITÉ TJiGII.NlQUIi; D'HISTULOGIK.

Si, au lieu de faire pénétrer la canule de la seringue dans le lissii conjoncLir périfasciculaire, on l'introduit obliquement dans l'intérieur d'un gros faisceau nerveux, on voit, sous l'innuence de la pression, la masse colorée se répandre dans le faisceau et en suivre le trajet sur une longueur plus ou moins considérable. L'injection se fait dans ce faisceau comme s'il était creusé d'une cavité analogue à celle d'une branche vasculaire ou d'un conduit glandulaire mais en réalité la masse injectée s'est simplement logée dans le tissu conjonctif intrafasciculaire. entre les éléments nerveux. Pour s'en assurer, il suffit de faire des coupes transversales du nerf après qu'il a macéré dans un liquide qui

PS

Fie. 260. — Gros faisceau iiurvcu.x du sciatique du rat. Les vaisseaux sanguins ont élc injectés avec une masse au carmin additionne de gélatine. Une injection interstitielle de bleu de Prusse additionné de gélatine a été faite dans le

• tissu conjonctif intrafasciculaire. Le nerf maintenu en extension physiologique a été plongé dans l'alcool absolu. Coupe transversale après durcissement. — gl, gaine lamclleuse ; c, capillaire sanguin ; tn, tube nerveux ; ca, cylindre-axe ; a, interstices remplis de la niasse au bleu de Prusse. — 80 diam.

augmente sa consistance et qui fixe le bleu de Prusse de manière à permettre de déterminer exactement les points où l'injection l'a fait pénétrer.

Pour atteindre ce but, le nerf injecté, maintenu en extension,

' En 1824, Bogros (Mémoire sur la structure des nerfs, in Répertoire d'anaiomie et de phijsiologie, t. IV, 1827, p. 63) réussit à injecter les nerfs avec du mercure, comme on le faisait alors pour les vaisseaux lymphatiques. Il en conclut que dans l'intérieur de chaque faisceau nerveux il existe un canal préformé analogue à un canal vasculaire. Plus lard, Cruveilhier, ayant vainement cherché ce canal, pensa (|ue, dans l'injection centrale d'un nerf, on n'injecte ni le névrilemme, ni la

MiHKS. — GIHCULATlOiN LYMPHATIOUE. IH

est placé dans de l'alcool IbrL. VingL-quatre heures après, il a pris une consistance suffisante pour que l'on puisse y pratiquer des coupes transversales. Ces coupes seront montées dans le baume du Canada, en suivant le procédé classique. Pour obtenir de ces préparations des renseignements complets, il est bon que les vaisseaux sanguins du nerf aient été préalablement injectés au moyen d'une masse colorée par le carmin.

On constate alors que là masse bleue s'est répandue dans une certaine zone tout autour des tubes nerveux et des capillaires sanguins qui leur sont associés (voy/fig. 260), remplissant ainsi l'espace plasmatique ou lymphatique qui est compris entre ces différents éléments ; quelquefois elle s'est engagée le long des lames intrafasciculaires et les a suivies pour atteindre la gaine lamelleuse ; mais le plus souvent elle est restée limitée à la partie centrale du faisceau nerveux.

Il y a lieu de se demander comment il se fait qu'une masse colorée puisse filer dans l'intérieur d'un faisceau nerveux et y cheminer dans une grande longueur, sans être retenue latéralement par une membrane; mais, si l'on considère que, à mesure que la masse pénètre au milieu des tubes nerveux, elle les écarte, on comprendra aisément que ces tubes, pressés les uns sur les autres et maintenus à la périphérie par la gaine lamelleuse, forment audessous d'elle une barrière plus ou moins impénétrable, tandis qu'en avant le liquide trouve une issue facile.

Quand bien même la gaine lamelleuse serait constituée par un lacis perméable, la masse injectée n'en suivrait pas moins la direction du faisceau nerveux, si toutefois la résistance de cette gaine était suffisante pour empêcher un écartement notable des tubes nerveux qu'elle renferme.

Si le nerf sciatique d'un chien est dénudé, comme il a été dit d'abord, et que l'on pratique dans le gros faisceau de ce nerf une injection interstitielle de bleu de Prusse, lorsque la masse s'est

substance nerveuse, ni les vaisseaux, mais une gaine propre à cliaque filet nerveux (Analomie descriptive, 3" édil., t. IV, p. 4(V1). J'ai dcmonlré depuis (Recherches sur l'analomie et la physiologie des nerfs, in Archives de physiologie, 1872, p. 139) que la masse d'injection qui pénètre dans un l'aisceau nerveux^ se répand entre les différents tubes qui le composent et peut filer entre eux dans une très-grande longueur sans atteindre la gaine lamelleuse qui les entoure, el que par conséquent l'injection des filaments nerveux n'implique pas l'existence d'un canal limité dans leur intérieur. — Voyez pour les autres détails historiques, Leçoiis sur l'histologie du siislème nerreux. t. I, p.- 181 et suiv

répandue dans une longueur de 8, 10, \i ou 15 centimètres, elle ne s'étend plus au delà, quand bien môme on augmente graduellement lapression ; mais onlavoitbientôt, enun ou plusieurs points, gagner la surface du faisceau nerveux, traverser sa gaîne lamelleuse, et diffuser dans le ti^isu conjonctif périfasciculairc. Quelquefois un ou plusieurs des lymphatiques qui prennent naissance dans ce tissu s'injectent comme si l'on y avait fait pénétrer directement la pointe de la canule.

11 suit de laque l'espace connectif intrafasciculaire, limité par la gaîne lamelleuse, les tubes nerveux et les vaisseaux qu'elle renferme, se poursuit entre les lames de cette gaîne pour communiquer avec les intersiices ou les mailles du tissu connectif péri- (asciculaire, et que c'est dans ces mailles que les lymphatiques du nerf prennent naissance.

En résumé, il n'y a pas de vaisseaux lymphatiques distincts dans l'épaisseur des faisceaux nerveux ni dans la gaîne qui les entoure. C'est seulement dans le tissu conjonctif périfasciculairc que l'on parvient à en injecter en procédant par piqûre.

HÉSUMÉ DES NOTIONS ACQUISES SUl^ LES NEHl-'S.

Nous devons maintenant résumer les notions les plus essentielles que nous avons acquises dans cette étude expérimenlale de la structure des nerfs. Certaines de ces notions doivent même être complétées pour nous permettre d'arriver à quelques conclusions importantes relatives à la morphologie des fibres nerveuses et à leur nutrition.

Dans les nerfs des vertébrés nous avons reconnu l'existence de deux espèces de fibres nerveuses: les tubes nerveux et les fibres de Remak.

Tubes iidi'- Les tubes nerveux ont tous la même structure et constituent

i'eux a inyij- . . m ? i • i i i • •

'■"c- une seule espèce hislologique ; il n y a pas lieu de les diviser, avec certains auteurs, en tubes nerveux minces et tubes nerveux larges , car entre les tubes les plus grêles et ceux dont le diamètre est le plus considérable on rencontre tous les intermédiaires.

Les tubes nerveux sont caractérisés non-seulement par leur gaîne do myéline, mais encore par leurs élrangleiuents annulaires. Ces étranglements, chez un même animal et sur les tubes ner-

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