‹ Traité technique d'histologie (volume 2)Chapitre 9 sur 81 · INSTRUMENTS · texte numérisé non relu

INSTRUMENTS

raient présenter retiendraient, comme autant de petits crochets, les parties délicates dans les préparations fines. Ce poli leur est donné, soit avec une pierre fine employée à l'huile ou à la glycérine, soit avec de l'émeri très-fin.

Pour certaines préparations, il est essentiel de pouvoir agir sur •le tissu avec une certaine longueur de l'aiguille, par exemple lorsqu'il s'agit de couper un filament isolé sur la lame de verre. Il est nécessaire alors d'avoir des aiguilles B (fig. 27) qui soient assez fortes à la partie qui est voisine du manche, tandis que vers l'extrémité elles sont beaucoup plus minces, et par conséquent plus souples; de cette façon, en appuyant fortement sur la pointe, on arrive à faire presser l'aiguille sur la lame de verre dans une étendue de 2 à 3 millimètres et à couper les objets interposés.

Instruments tranchants. — ScClljjels.

— Outre les scalpels à dissection ordinaires, il faut avoii' de petits scalpels trèsbien trempés; on est souvent obligé de couper des parties de la préparation lorsqu'elle est déjà sur la lame, et l'on émousserait très-vite le tranchant d'un scalpel à trempe molle.

Couteau double de Valentin. — Pour couper d'un seul coup de très-fines tranches d'un tissu, Valentin a imaginé un couteau (fig. 28) composé de deux, lames parallèles qu'on peut écarter ou rapprocher à volonté à l'aide d'une vis de pression, de manière à rendre l'espace intermédiaire aussi petit qu'on voudra. Il suffit d'enfoncer ce couteau dans un tissu, dans le foie, dans le rein par exemple, pour qu'il en reste une coupe très-mince entre les deux lames. C'est un instrument peu employé, et auquel on supplée avantageusement par un bon rasoir.

Ra.soirs. — C'est avec le rasoir que se font presque exclusivement les coupes minces qu'on porte sur les lames ; c'est donc un instrument essentiel pour l'histologiste. On peut se servir soit de rasoirs ordinaires, soit de rasoirs spéciaux. Il faut en avoir de

Fig. 28.

Deux modèles

fie couteau double.

-iS TRAITÉ TECHNIQUE D'HISTOLOGIE.

trempe différente, suivant qu'on veut pratiquer des coupes dans des tissus fermes ou dans des tissus mous, ou dans des tissus séchés ; pour les tissus fermes, il faut des rasoirs de trempe dure, tandis que pour les tissus mous et délicats des rasoirs à trempe molle conviennent mieux. On a des rasoirs spéciaux qui ont un côté plan (le côté gauche quand on regarde le tranchant) et un côté évidé ; le côté plan repose sur l'objet qu'il s'agit de couper. On se sert aussi et plus généralement de rasoirs évidés des deux côtés. Ils donnent un biseau d'autant plus aigu qu'ils sont plus évidés, par conséquent ils pénètrent d'autant mieux dans l'intérieur des (issus. Cependant il y a une limite. Si le rasoir est trop mince, le tranchant, cédant en certains points à la pression, ne forme plus une ligne droite, et la coupe devient inégale. Aiguisage {{ est très-lmportaut de savoir repasser soi-même son rasoir.

(lu rasoir. ' ^

La pierre qu'on doit employer de préférence est la pierre du Levant. Il ne fa\it jamais repassera la pierre sèche ; d'autre part, avec l'eau, ces pierres ont trop de mordant. L'huile serait préférable, mais il en reste toujours un peu au rasoir, et alors il ne prend pas l'eau, ce qui est, comme nous verrons plus tard, une mauvaise condition pour les coupes. La glycérine n'a pas cet inconvénient, mais elle fait trop glisser le rasoir, on sent qu'il ne mord pas sur la pierre; le mieux est de sa servir d'un mélange d'eau et de glycérine.

Pour aiguiser, il faut tenir le rasoir à plat sur la pierre et mettre le tranchant en avant ; on évite ainsi le morfil, c'est-à-dire cette petite lamelle d'acier qui adhère au tranchant et qui, en se repliant d'un côté ou de l'autre, l'empêche d'agir. On constate que le rasoir coupe bien en l'essayant sur l'épiderme ; on s'assure, en passant le tranchant sur l'ongle, qu'il ne présente pas de brèches.

Ciseaux. — On se sert, en histologie, de ciseaux de diverses formes ; il faut en avoir surtout de petits, droits et courbes, dont le tranchant soit vif et dont la trempe soit dure. Il convient qu'ils aient des manches très-longs, parce qu'on les emploie le plus souvent à couper des objets plongés dans des liquides. Les lames peuvent être très-courtes.

Scies. — La scie dont on fait usage en histologie est la scie d'horloger, qu'on trouve dans la quincaillerie, mais il faut adapter à son manche les petites lames très-fmes qu'on emploie pour la marqueterie; il faut les monter avec attention, de manière

INSTIUJMENTS.

que les deux bords soient également tendus et que la scie ne gondole pas. On peut aussi employer la scie à phalanges et la scie de dentiste.

microtomc. — Pour fuirc avec sûreté et sans difficulté des coupes minces sur de petits fragments de tissus, on se sert du microtome. Il y en a de plusieurs espèces. Celui dont nous nous servons, et que nous avons déjà décrit dans une note de l'édition française àw Traité d'histologie de Frey, p. 712, est composé de plusieurs tubes de laiton emboîtés les uns dans les autres (fîg. 29); l'extérieur porte une plate-forme qui élargit sa base. A l'extrémité opposée se trouve une douille avec un écrou dans lequel passe une vis portant un petit plateau, mobile sur son axe, qui s'élève ou s'abaisse plus ou moins, suivant qu'on fait tourner la vis.

Deux points sont à considérer lorsqu'on choisit un microtome. Il faut que l'angle extérieur de la plate-forme soit mousse, plutôt arrondi qu'aigu ; autrement on risque d'entamer cet angle avec le tranchant du rasoir lorsqu'on fait une coupe. En second lieu, il faut que le plateau mobile dépasse un peu la tête de la vis qui le relie à sa tige ; autrement la vis, en tournant avec la tige, peut faire tourner la pièce incluse dans le microtome. Nous reviendrons plus loin sur la manière d'employer cet instrument.

Betz' a recommandé depuis un microtome analogue à celuido nt nous venons de donner la description : il n'est pas aussi commode ; il manque de la plate-forme qui guide le rasoir.

Le microtome de bois de M. Rivet, qui est excellent pour faire des coupes de tissus végétaux, n'a pas de nombreuses applications à l'histologie animale, parce que, pour les coupes des tissus animaux, nous sommes toujours obligés d'employer des liquides -.

Instruments et appareils^ divers. FlttCOns. — LcS llaCOUS

doivent être à large ouverture, fermés soit avec des bouchons de liège, soit à l'émeri, soit avec les fermetures anglaises de caoutchouc, qui sont parfaitement suffisantes et moins chères.

Baquets de porcelaine. — Il faut choisir aussi de petits baquets

Fio 29. — Microtome.

du inicrolonic.

' linlz, Archiv fiir microscop. Anatomie, 1873, p. 110.

- Voyez pour la description de cet instrument : Des préparations microscopiques tirées du règne végétal, par Gronland, iVI. Cornu et Rivet. Paris. Savy, 1872.

Ranvier. Histol.

couverts, de porcelaine, comme les pois de pommade des parfumeurs ; ils préservent les préparations de la poussière et ne permettent qu'une évaporation lente. Il faut aussi des soucoupes, des cloches de verre, des verres de montre, etc.

Seringues. — Outre les seringues à injections ordinaires dont nous parlerons en détail plus loin à propos des injections, il faut avoir pour les injections interstitielles une petite seringue hypodermique. Pour qu'elle ne s'altère pas, elle doit être de veri-e monté sur argent, avec une canule d'or. On injecte, en effet, assez souvent des liquides qui attaqueraient l'acier ou le cuivre.

Pinceaux. — Outre les pinceaux ordinaires, il faut avoir au moins un bon pinceau d'aquareUiste de poil de martre. Ce poil a l'avantage de ne pas trop se ramollir dans l'eau.

Pierre ponce. — On trouve la pierre ponce dans le commerce. Il faut en choisir de légère, mais qui ne présente cependant pas des cavités trop considérables ; elle est la meilleure quand elle a un aspect nettement fdDreux. Pour l'employer, il faut la scier, non pas perpendiculairement, mais parallèlement aux fibres. Elle sert à user des pièces dures,, des os, des dents, pour en rendre les plaques plus minces, etc.

Elau. — L'étau est nécessaire pour saisir de grosses pièces, par exemple des os à scier. Sa forme importe peu.

Pinces. — Les pinces de l'histologiste doivent être à mors plats (,>t très-fins. Le mieux est de leur donner une forme nettement triangulaire, celle d'un triangle isocèle très-allongé ; cela augmente la solidité du ressort, le paralléhsmedes deux mors et rend la pince plus facile à tenir en main.

Épingles. — Il faut en avoir de deux sortes, les unes Lrès-longues, comme les épingles à insectes , les autres trèscourtes.

Fil. — On doit avoir du iil de lin de divers numéros. Pour les injections, le meilleur fil à employer est un fil de chanvre non tordu qu'on trouve chez les fournisseurs des cordonniers. Ce (il résiste assez quand il est ciré, et la ligature est facile, parce ([u'il n'est pas tordu.

Lames de liège. — Il est nécessaire d'avoir des lames de liège de diverses grandeurs, qui servent, soit à étendre les préparations, soit à fixer les animaux.

Appareils pour immobiliser les animaux. — Pour immobi-

LNSTUUMENTS. • lil

liser les grenouilles, il suffit de prendre une lame de liège rectangulaire qu'on perce de trous au niveau des membres de l'animal. On passe une anse de fd dans chacun de ces trous, et un membre de l'animal dans chaque anse; chacun des membres est ainsi fixé à la planchette. L'animal est parfaitement immobilisé, et rien ne gène l'observateur.

On peut aussi immobiliser la grenouille sans appareils, au moyen du curare. Les grenouilles curarisées restent longtemps immobiles : ainsi une grenouille qui avait reçu deux go u lies d'une solution à Yikô d'un curare de bonne qualité, resta sept jours curarisée et reprit ensuite ses mouvements. Contrairement à ce qiie dit Cohnheim \ le curare exerce une action sur la circulation : au début, les petites artères sont resserrées ; plus tard elles sont relâchées. C'est un fait à noter lorsqu'on immobilise une grenouille dans le but d'étudier la circulation.

Vh.. 30. — Appareil pour immobiliser les rats.

On peut aussi employer le chloroforme, et pour cela il suffit de chiorof.i laisser plongée pendant quelques instants une grenouille dans de l'eau qui contient du chloroforme en solution. Il n'agit pas comme le curare sur les petites artères, mais en revanche l'iminobilisalion qu'il produit est passagère.

Il en est de même du procédé de M. Bernard, qui consiste à tremper les grenouilles dans de l'eau à 37 ou 38 degrés. Pour certaines expériences, cette immobilisation n'est pas d'assez longue durée.

Une des meilleures méthodes d'immobilisation de la grenouille consiste à lui détruire la moelle à l'aide d'un stylet pointu que l'on introduit dans la colonne vertébrale tà l'union de la tète et du coi'ps.

Quand une grenouille est immobilisée, il suffit d'étalei', soit la

' Cohnheim, Ueber Entzundung und Eitcrung (FzVehowV /l?'cftù'.j vol. XL 1867 p.26).

paLle, soit la langue, soit les poumons, sur un porte-objel convenable pour pouvoir y examiner la circulation.

Pour les mammifères, on peut aussi employer le curare, mais alors il faut pratiquer la respiration arlificielle. Morspourim- Pour Ic rat, nous nous servons d'un mors spécial que chacun

mobiliser les . . '- '■

rafs- peut fabriquer lui-même avec un fil de fer, et dont nous donnons ici le dessin (fig. 30).

Il est composé de deux pièces mobiles l'une sur l'autre autour d'un axe commun a. Cet axe est placé dans la bouche de l'animal et retenu derrière ses incisives ; l'une de ces pièces, b, s'applique

Fin. 31. — Appareil pour immobiliser les lapins.

sur le maxillaire inférieur, l'autre, c, derrière la nuque; on les rapproche l'une de l'autre, et la tête est solidement fixée. On les maintient au moyen d'un fil noué d. Une fois le mors adapté, le rat est dompté; on peut le coucher sur le dos, et l'immobiliser en l'attachant sur une planchette où il est parfaitement maintenu.

Morspourim- Pour Ic lapin, Czcrmack a le premier inventé un mors, mais il

mobiliser les ^ ' -r '

inpins. est trop compliqué; l'appareil que nous employons est beaucoup plus simple et très-facile à appliquer.

Il consiste en une tige de fer (fig. 3i) montée sur un suppori de façon à pouvoir la mettre dans toutes les positions et terminée par un cercle perpendiculaire à son axe. Sur ce cerch; peuvent se mouvoir dcuxpetils crochets (dont l'un est figuré en a), aux deux extrémités desquels s'adapte un lien de caoutchouc.

RÉACTIFS CHIMIQUES. b3 On place le museau du lapin dans le cercle de fer, et, fixant le caoutchouc à l'un des crochets a que l'on met à la hauteur du museau, on fait passer celien derrière les oreilles; son autre (Extrémité vient s'adapter à l'autre crochet situé de l'autre côté du museau du lapin. La tête du lapin se trouve ainsi parfaitement immobilisée, et on Ue le corps sur la planchette par les procédés ordinaires.

Ces différents moyens d'immobilisation sont indispensables lorscru'onveut examiner des tissus vivants sur des animaux vivants.

Page 1