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CHAPITRE PREMIER

11 peut paraître singulier, au premier abord, de voir i*anger la lymphe parmi les tissus, attendu que c'est un liquide. Mais dans la défmitiondes tissus telle que nous l'entendons, nous ne faisons pas entrer le degré plus ou moins grand de consistance ; il suffit que la lymphe contienne des éléments figurés, disposés d'une

certaine façon, pour qu'elle constitue un tissu aussi bien qu'un muscle ou un nerf.

La lymphe se rencontre chez les animaux supérieurs dans les Endraiu vaisseaux lymphatiques et chylifères, dans les grandes cavités "^laîJSiïSr séreuses : péritoine, plèvre, péricarde ; dans les ganglions lymphatiques et dans les interstices du tissu conjonctif. Chez la grenouille, elle se trouve dans un système de cavités lacunaires communiquant entre elles. De ce système de cavités fait partie un grand sac situé à la partie inférieure du dos, et que l'on nomme sac lymphatique dorsal. C'est là que la lymphe peut être recueillie le plus facilement.

La quantité que ce sac en contient est très-variable suivant les circonstances : ainsi elle est en général presque nulle, si la grenouille a séjourné longtemps dans un endroit sec. Le moyen le plus simple pour reconnaître si le sac dorsal contient une quantité appréciable de lymphe consiste à mettre la gi^enouille à plat et à essayer si, dans la région de ce sac, il y a de la fluctuation, comme le font les chirur«fiens. Pour recueillir cette Manière

^ do rreadllir

lymphe, on fabrique, en étirant un tube de verre à la lampe, iai.«nphe une pipette effilée dont la pointe est cassée, de manière k la '« Rrmouuic rendre tranchante. Les pattes postérieures de la grenouille sont enveloppées avec un linge, aussi bien pour la maintenir que pour refouler la lymphe vers le sac lymphatique ; puis, en comprimant avec les doigts les côtés du dos, pour ramasser la hiuphe vers le milieu, on fait au point saillant une. ponction à la peau avec la pipette tenue obliquement de haut en bas, et on l'introduit ainsi dans le sac dorsal. La pipette se remplit génél'alement tout de suite par capillarité, sinon il faut promener son extrémité dans les culs-de-sac lymphatiques et même aspirer au bout du tube pour y faire arriver du liquide.

La quantité de lymphe recueillie ainsi n'est jamais considérable; on en a tout au plus une ou deux gouttes; mais cette quantité (qui serait insignifiante pour une analyse chimique) est parfaitement suffisante pour un examen histologique.

Dans l'espoir de faire augmenter la quantité de lymphe qu'on pourrait recueillir sur la grenouille, nous avons essayé divers procédés. Ainsi, partant du fait d'observation que la circulation capillaire est plus active chez une grenouille soumise à l'action du curare, nous avons tenté ce moyen, pensant qu'à une circulation capillaire aussi complète que celle qui se manifeste alors, devait

Manière dn recueillir }he les (TitM animaux.

la lympt chei Ici

150 TRAITÉ TECHNIQUE DHISTOLOGIE.

correspondre une transsudation exagérée du sérum hors des vaisseaux sanguins et un accroissement de la quantité totale de la lymphe. Dans notre expérience, nous n'avons constaté aucune augmentation de ce liquide dans le sac dorsal *. Nous avons aussi essayé de mettre une grenouille dans le vide ; mais la quantité de la lymphe a été diminuée au lieu d'être augmentée. Le seul moyen (expérimental qui nous ait réussi pour faire augmenter la quantité (le la lymphe chez la grenouille a été do la mettre dans l'-eau ; l'augmentation est proportionnelle, jusqu'à une certaine limite, a la durée du séjour qu'elle y lait.

Lorsque Ton a fait une première piqûre à la peau de la grenouille dans le hut d'y prendre de la hiuphe, on en trouve le lendemain une quantité heaucoup plus considérable ; mais cette nouvelle lymphe ne peut plus être considérée comme normale, à cause des altérations qu'a du y amener l'irritation qui s'est produite autour de la plaie.

Chez les gros animaux, on prend la lymphe dans le canal thoracique, à la partie inférieure du cou, au point où ce canal va se jeter dans le système veineux. C'est au moyen de fistules pratiquées dans le canal thoracique que Colin *^ est arrivé aux résultats qu'il a indiqués sur la quantité relative et la composition chimique de la lymphe.

Ce même procédé peut être appliqué chez les chiens. L'animal est curarisé et soumis à la respiration artificielle ; son canal thoracique une fois trouvé à la partie inférieure du cou, on y introduit une canule de verre à laquelle est adapté un tube de caoutchouc, et le liquide coule dans une éprouvette placée au-dessous. C'est ainsi que Lesser ^ a obtenu rlOO centimètres cubes de lymphe en quatre heures.

1 Plus récemment, M. Tarchanoiï a fait dans notre laboratoire de nouvelles expériences, et il a constaté que sur les grenouilles soumises à l'influence du curarf , le sac lymphatique rétrolingual et les différentes cavités viscérales contiennent de grandes quantités de lymphe. Cette lymphe est reprise en partie pour rentrer dans le système vasculaire au moment où l'animal se réveille.

^ CoUn^ Physiologie comparée des animaux domestiques, t. II, p. 101.

^ K. A. Lesser, Eine Méthode um grosse Lymphmengen vom lebenden Hunde zu bekommen. Arheiten aus der physiol. Anstalt zu Leipzig^ mitgeiheUt dureh C. Lufiwtg, 1872, p. 94.

En 1870, Genersich, dans le laboratoire de Ludwig, a remarqué que le liquide sort en plus grande abondance du canal thoracique quand on imprime des mou-

ioi

Pour l'analyse bistologique, pour laquelle il suffit d'une goutte de liquide, le procédé peut être simpliiié. Le thorax de Tanimal étant laidement ouvert, le canal thoracique est assez facile à découvrir à côté de Faorte ; on l'étreint au moyen d'une ligature au-dessous de laquelle il se gonfle et se remplit de lymphe; une seconde ligature est alors placée un peu plus bas ; le morceau de canal ainsi isolé est enlevé avec ses deux ligatures, et avec une pipette effilée et tranchante on perce la paroi du vaisseau, et l'on aspire une certaine quantité du liquide qui s'y trouve.

Chez le lapin, la lymphe peut être obtenue de la même faç dans le canal thoracique, mais l'opération est un peu plus délî cate, parce que ce canal est plus petit. On peut aussi prendre de la lymphe dans une des cavités séreuses. Le lapin est tué par la section du bulbe ; la cavité thoracique, ouverte avec précaution, permet d'arriver sur le péricarde , qui est incisé de façon à éviter autant que possible le sang. Puis, avec une pipette plongée au fond de la cavité du péricarde, on aspire le liquide qui s'y trouve, et dont la quantité varie entre 1 et 5 centimètres cubes.

La lymphe, de quelque source qu'elle provienne, est liquide au moment où elle sort de ses cavités naturelles ; mais si on la laisse reposer quelques moments après l'avoir extraite, elle se prend en gelée, et ultérieurement se divise comme le sang en un caillot fibrineux et un sérum. Battue immédiatement au sortir des vaisseaux, elle permet de recueillir une fibrine filamenteuse.

La couleur opaline de la lymphe peut présenter toutes les variétés, depuis la blancheur du lait jusqu'au simple état trouble qui diffère peu de la transparence parfaite, suivant les espèces d'animaux chez lesquels on l'examine, suivant leur clat de jeûne ou de digestion, enfin suivant la région où elle est recueillie. Elle présente aussi des teintes rosées de nuances variables, suivant la quantité plus ou moins grande de globules rouges du sang qu'elle contient.

Manière de recueillir

la lymphe pour ranaljrse histologique.

Oualilés de la lymphe.

Couleur.

Tements aux membres inférieurs. Comme les mouvements passifs produisent plus d'augmentation que les mouvements actifs, il en conclut que ce n*est pas la contraction musculaire, mais le mouvement imprimé aux aponévroses et aux tendons, qui produit cette augmentation. Les aponévroses et les tendons contiennent en effet une grande quantité de l3fmphe. C'est ainsi que cet auteur en a obtenu suffisamment pour l'analyse chimique ; seulement il faut remarquer que le liquide change peu à peu de nature à mesure qu'il s'écoule ; d'opalescent il devient de plus en plus clair.

lo-i ÏKAITÉ TECHNIQUE D'HISTOLOGIE.

Dans le canal ihoracique d'un animal en digestion, la lymphe « est devenue du chyle, c'est-à-dire qu'elle contient un grand nombre de granulations ; chez un animal à jeun, la lymphe, mèm6 recueillie dans le canal thoracique, est transparente. QMfitité. La quantité de la lymphe est plus considérable qu'on ne serait tenté de le croire. Ainsi, il y a quelques années, Colin* a recueilli en vingt-quatre heures, par une fistule faite au canal thoracique d'une vache, 95 *"'', ^80 '-'•^ de ce liquide, et, comme nous l'avons dit ilus haut, Lesscr en a recueilli en quatre heures, chez un chien, 100 centimètres cubes. Partant de ces données et d'autres ana- >gues, Krause - estime la quantité de la lymphe répandue dans le corps à un tinrs du poids du corps ; Ludwig, à un quart environ *.

La lymphe est donc le liquide le plus abondant qui existe dans l'organisme. Chez les animaux inférieurs, elle est répandue dans tous les intorstircs des tissus; chez les animaux supérieurs, outre qu'elle remplit le système de canaux spéciaux destiné à la i^amener dans le sang, elle se trouve entre les parois des cavités séreuses, dans l'épaisseur même des tuniques fibreuses et des tendons, dans les interstices du tissu conjonc tif ; en un mot, elle est tellement répandue partout dans notre organisme, que non-seulement nos organes y sont plongés, mais que leurs éléments mêmes en sont imbibés : de sorte qu'entre ce liquide et les éléments de notre corps, il existe un échange constant, d'où résulte une modification incessante de la composition chimique de la lymphe.

^rwJmlu-'" ^'^^^ P^^' ^^'^ ^^^' parmi les nombreuses analyses chimiques de la lymphe, il n'y en a pas deux semblables ; sa composition varie constamment, suivant l'endroit où elle est recueillie et suivant lesconditions où se trouve placé l'animal. Colin a démontré qu'elle contenait toujours du sucre, environ 15 à 20 centigrammes pour 100 grammes de lymphe ; nous verrons ce fait confirmé et expli-

1 Coiiii^ IMiysiolojçio rompante des animaux domestiques^ t. Il, p. 101.

^ Krause, Zur Physiologie der Lymphe (Zeiischnft fur rab'un, Afir»./., 1855, t. VII, p. 148).

3 Chez récre>isse et le homard^ on peut aisément, au moment de la roue, recueillir la lymphe et en apprécier la quantité. Sur leur carapace, molle et flexilile à ce moment, on perce un trou, et pressant l'animal entier, on en fait jaillir un jet de lymphe, comme d'une poire de caoutchouc munie d'une canule. Je n'en ai pis mesuré la quantité, mais je ne crois pas me tromper en l'évaluant a la moitié i peu prèi du poids du corps.

LY.MPHK. \:a

que par nos recherches histologiques *. On \ a Iroiivt» aussi des gaz, et notamment de Tacide carbonique - ; par contre, Foxygène y fait presque complètement défaut.

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