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ÉTUDE HISTOLOGIQUE EXPÉRIMENTALE DE LA LYMPHE

Après cet exposé rapide des qualités physiques et chimiques de la Umphe, nous allons étudier ses éléments morphologiques à Faîde du microscope. l

Dans cette étude, nous considérerons à part la lymphe des animaux à sang froid et celle des animaux à sang chaud, parce que certains phénomènes que présentent h\s cellules lymphatiques s'observent dans de tout autres conditions, chez les uns ou chez les autres. Chez la grenouille et chez les animaux à sang fioiden {général, les mouvements de ces cellules se manifestent à la température ordinaire, et peuvent être étudiés, par conséquent, sans aucun appareil spécial ; chr^z les animaux à sang chaud au contraire, il faut, pour les voir apparaître, élever la lymphe à une température supérieure à :20 degrés, ce qui ne peut se faire que par des moyens artificiels, excepté dans les plus fort(.»s chaleurs de Tété.

* Voici, à litre d*exemples, deux analyses de 1 a lymphe, faites la première par Cbevreul sur un chien à jeun, Tautrc par Gmclin sur un cheval à jeun :

CHEVKEIL GMEXIN

{cU'um . clicval .

Eau 926,4 961

Albumine 61 27,5

Fibrine 4,2 2,5

Sels 8,4 9

- Hnmmtinten^ Ueber die Gase der Hundelymphe {Arbeiten nu.9 Jpr physioî, Ansialt zu Leipzig j mitgefheilt durch C, Uidirig, 1872, p. 121), a fait, dans h* laboratoire de Ludwifp, une série d'expériences sur les gaz de In lymphe, et il a trouvé que, sur 100 grammes de lymphe, il y avait 42,28 centimètres cubes de (fax qui se décomposaient ainsi :

Aïote 1 .63

Oxygène 0,43

Acide carbonique 40,32

La proportion d*oxygène a varié, suivant les cas, de 0 ù 0,43; celle de Tacide carbonique, de 28 à 40.

13i TRAITfi TRCHNÏQUE D'HISTOLOGIE.

Nous commencerons par la lymphe des animaux à sang froid, celle do la grenouille, par exemple.

Lymphe den animaux A «aiiff froid (e^renonlUe). — NouS

avons indiqué plus haut comment, à l'aide d'une pipette effilée et tranchante, une goutte de lymphe peut être extraite du sac dorsal d'une j^nenouilh». La pointe de la pipette étant placée audessus d'une lame de verre bien propre, on souffle dans la pipette pour faire tomber la goutte sur la lame de verre où elle est immédiatement recouverte par une lamelle préparée d'avance et bien propre. Li préparation est bordée à la paraffine (voy. plus haut, page 140) et portée sous le microscope.

Examinée avec un grossissement de 500 à 000 diamètres, la lymphe ainsi préparée présente des globules rouges du sang, en plus ou moins grand nombre, suivant les conditions dans lesquelles la lymphe a été recueillie ; ces globules, ovoïdes et d'une teinte jaunâtre, se distinguent parfaitement des cellules incolores, arrondies, qui sont les cellules lymphatiques et dont nous allons nous occuper exclusivement.

Dans la préparation examinée au moment où l'on vient de la faire, les cellules lymphatiques visibles sous le champ du micro.*?rope sont à peu prés toutes rondes. Laissées à la même place et examinées quelques minutes après, toutes les 'cellules ne se montrent plus sphériques ; un certain nombre d'entre elles ont changé de forme, et ont pris l(»s aspects les plus variés. Les unes ont encore leur corps ou ce qu'on pourrait appeler leur milieu sphérique, mais celui-ci est muni de prolongements plus ou moins longs, généralement elïilés ; d'autres sont aplaties, étalées en surface, et occupent une étendue deux à trois fois plus considérable que la dimension primitive de la cellule.

Ces changements de forme continuent à se produire pendant iphiîiïî!r$. qu'on examine; comme ils sont généralement lents, le meilleur moyen pour bien s'en rendre compte, c'est de choisir dans le champ une cellule bien déterminée dont on dessine la forme, soit directement, soit à la chambre claire; puis de revoir de minute en minute ou de deux minutes en deux minutes la préparation, pour constater les différences qui se sont produites et que l'on suit parfaitement en même temps qu'on les reproduit par des dessins successifs. I^ cellule lymphatique, ronde au début de l'observation, pousse tantôt un, taniôt plusieurs prolongements effilés, tantôt des .sortes d'éminences coniques ; ces prolongements gran-

GpIIuIos iiphaliqiip<t

HivonMmls »s cpIIuIos

ifî;

Sm

Dvi.

iSut.

dissent, s'élargissent peu à peu jusqu'à avoir le diamètre de la masse principale. Celle-ci se rétrécit, et finalement la masse entière de la cellule est portée dans ce qui n'était que le prolongement; la cellule se trouve par le fait avoir cheminé, s'être déplacée; etilar- .

rive quelquefois qu'après avoir dessiné une cellule sur le bord du champ, si l'on attend trop longtemps pour Tobsener de nouveau, elle en a disparu. Ces prolongements donnent aux cellules lymphatiques les aspects les plus variés et les plus bizarres.

D'autres cellules restent , comme nous l'avons dit , sphériqups et immobiles; d'autres ^'étendent en surface ; nous en avons vu même s'étaler de telle façon à la face inférieure de la lamelle, qu'elles dispai*aissaient presque complètement et qu'elles n'étaient plus reron-

naissables que pour nos yeux, qui les avaient suivies dans leurs transformations, et cela grâce à la réfringence spéciale du bord de la lame de protoplasma ainsi formée.

Cette première observation suffit à montrer que les cellules lymphatiques ne possèdent pas de membrane qui les entoure, et qu'elles sont constituées par une masse susceptible de changer de forme.

Pour continuer notre étude, et en faire une étude vraiment expérimentale, comme nous l'avons annoncé, laissons cette préparation pendant vingt-quatre à quarante-huit heures, et examinons-la de nouveau. Pour que, dans ces conditions, la prépara-

FiG. â2. — La mAme coUule de la lymphe de la grenouille, obsenée à la température ambiante et dessinée à la chambre claire, au bout de deux minutes, au bout de cinq minutes, et de deux en deux minutes jusqu'à la dix-septième. Une vacuole t* change de situation par rapport au centre de figure de Télémcnt et sert à apprécier les déplacements de sa masse.

i:i« TRAÏÏK TKCHMOrE D'HISTOLOGIE.

tion de lymplio ne soit pas envahie par les baclmics* el autres microzoaires, il est nécessaire que la lame et la lamelle aient été chauffées d'abord au-dessus de 100 degrés et refroidies immédiatement avant de s'en servir; en second lieu, que la pipette au moyen de laquelle on a pris la lymphe ait été étirée fraîchement; le tout pour qu'il n'ait pu se trouver entraîné dans la préparation aucun germe microscopique. Si ces conditions ont été bien remplies, voici ce que i)résente, au bout de quarante-huit heures, la préparation. Qii^'lqii^^ cellules lymphatiques rondes ont le même aspect que le premier jour, il en reste aussi ça et là quelquesunes avec une forme irrégulière, trace de leurs mouvements amiboïdes; d'autres, également rondes, sont moins réfringentes et renferment un ou plusieurs noyaux très-distincts, entourés de granulations graisseuses. Dans certaines cellules, ces granulations sont grosses, très-réfringentes, et forment, au nombre de dix ou douze, comme une couronne autour du noyau; d'autres fois elles sont massées sur une des parties de la cellule ; dans d'au- Ires, les granulations sont beaucoup plus fines et disséminées dans toute la substance.

ExcroisMocoH Quclqucs ccllules présentent des sortes d'excroissances en wrcodique:». f^^^^ ^q boulcs, tantôt sur le bord même de la cellule, tantôt un peu distantes et reliées à la cellule par un filament. Ces excroissances sont d'une tout autre nature que les prolongements amiboïdes dont nous avons parlé plus haut. Tandis que ces prolongements, une fois produits, changent constamment de forme et peuvent môme revenir sur eux-mêmes pour se confondre de nouveau avec la masse de la cellule, les excroissances dont nous parlons en ce moment et que j'appellerai sarcodiques, d'après Dujardin*, qui les

1 liOs bactéries apparaissent d*abord dans les préparations sous la forme d'une masse sphérique granuleuse, dont les granulations sont extrêmement fines et donnent à cette masse une apparence grise. Plus tard, cette boule s'émiette pour ainsi dire sur les bords; il en reste un noyau central où les granulations sont encore denses et serrées, et autour de lui une sorte d'atmosphère nuageuse qui n'est plus formée par des grains arrondis, mais par des grains allongés, ayant déjà la forme do bâtonnets. Plus tard encore, ce nid do bactéries s'est dispersé, et dans toute la préparation on observe de petits bâtonnets isolés ou articulés par leurs extrémités. Ces petits bâtonnets errent parmi les éléments qui sont contenus dans la préparation, et les détruisent.

^ C'est généralement à Dujardin qu'est attribuée la découverte des mouvements amiboïdes, par suite de la confusion faite entre ces mouvements et les excroissances sarcodiques décrites par cet auteur. Il n'a vu ni les mouvements des prolongements

de Tcau.

a vues le premier, une foissortiesde la cellule, demeurent à l'endroit où elles se sont produites, et jamais ne rentrent dans son intérieur. Elles onl toujours une forme sphérique. Elles sont claires, homogènes et lisses. On peut considérer leur production comme un phénomène de mort (de même que Tapparition nette du noyau et des granulations), tandis que les mouvements et les prolongements amiboîdes sont des phénomènes de vie.

Si, à une préparation de lymphe de grenouille, on ajoute de AcUon Teau, le protoplasma* de la cellule lymphatique se gonile, devient moins réfringent, et les noyaux de la cellule lymphatique appa-

qu'il décrit, ni la progression des cellules. Le premier qui ait signalé les vrais moirrements des cellules, c'est Wharton Jones [The blood corpuscle considered in iis différent phases of devclopment, Philos. Transact., 18â6, p. 6à). Avant lui, Sieteld et Kôlliker avaient vu des mouvements analogues chez les planaires, mais les eoosidéraient comme un fait isolé et étrange. Depuis lors on a constaté ces mouvements sur des cellules de toute espèce, et aujourd'hui les mouvements amiboîdes sont admis comme une des propriétés générales d'un grand nombre de cellules.

* Le protoplasma est par excellence la matière vivante de la cellule. Pour faire comprendre ce que les histologistes modernes désignent sous ce nom, nous sommes oMîgé de reprendre d'un peu plus haut l'histoire des conceptions diverses qui ont régné sur la cellule.

Les premières notions un peu exactes sur ce sujet remontent à Schwann (i/Acroseopitche Untersuchungen ùber die Vebereinslimmung in der Struciur und dent WaehsthumderThiereundPflanzetiy Berlin, 1839). Pour lui, la cellule était composée d*an noeléole, d'un noyau et d'un corps cellulaire qui formaient trois couches, trois sphères concentriques l'une à l'autre. Il admettait que le corps cellulaire est limité par une membrane. Cette conception a régné longtemps ; elle a duré jusqu'à l'époque où Sehultze {Ueber Muskelkôrperchen und dos, was mon eine Zelle zu nennen habe, Arcb. de Reichert et du Bois-Reymond, 1861, p. 1) et Briicke (Comptes rendus de t Académie de Vienne, t. \LIV, p. 381) ont démontré qu'un grand nombre de cellules ne possèdent pas de membrane. Dès lors la cellule est caractérisée par son noyau et une masse cellulaire qui l'enveloppe. Cette masse cellulaire a été comparée à la substance qui entoure les noyaux des cellules végétales et que les botanistes désignent sous le nom de plasma et de protoplasma. Aussi délinit-on aujourd'hui la cellule une masse de proloplasma contenant un ou plusieurs noyaux. Quant à la nature de ce protoplasma, il est difficile d'indiquer exactement ce qu'elle est. C'est une substance albuminoïde qui contient habituellement, sous forme de grains distincts des substances excessivement varices et môme des corps inertes. Parmi ses propriétés physiologiques, celle qui la définit le mieux, c'est la faculté qu'elle a de présenter des mouvements amiboîdes ; elle est en outre l'organe d'échanges trèsactifs. Le protoplasma des cellules lymphatiques peut du reste être considéré comme un fort bon type du protoplasma en général, et dans les considérations que l'on va lire sur les cellules lymphatiques, on puisera la notion la plus exacte sur la nature de cette substance, sur sa vitalité très-aclive, sur ses mouvements et sur les échanges nutritifs variés dont elle est le siège.*

Action

yalièrc i^lycogènc.

Arliou rt>loninlos.

yoS THAITÉ TECHNIQUE D'HISTOLOGIE.

raissent neltement; additionnée d'un peu d'acide acétique, l'eau détermine beaucoup plus rapidement ces modifications.

Les pliénomènes de la mort des cellules lymphatiques s'observent plus nettement encore par l'action de l'iode. Le sérum fortement iodé et la solution iodée que nous avons recommandée sont également bons pour ceUe expérience. Une fois la préparation de lymphe faite, une goutte du liquide iodé est déj)0sée à côté de la lamelle et y pénètre par capillarité. Immédiatement les cellules lymphatiques se colorent en jaune verdàtre; le noyau et les granulations apparaissent; il se forme des excroissances sarcodiques incolores ou légèrement teintées en violet. Certaines cellules prennent, ainsi que leurs expansions sarcodiques, une teinte d'un brun-acajou.

Cette coloration en brun-acajou par l'iode est la réaction cai^actéristique de la matière glycogène, et comme nous la rencontrons ici pour la première fois, il ne sera pas mauvais que nous nous étendions un peu sur ce sujet, car les cîu-actères généraux de r(*tte substimce sont les mômes dans toutes les cellules, et en général dans tous les éléments qui en contiennent.

Cette matière est homogène; elle CvSt répandue d'une manière ditïuse dans toute la cellule ; elle se trouve dans une sorte d'état gommeux qui lui permet de s'étendre partout. Aussi peut-elle même s'échapper de la cellule fct former des gouttelettes; si l'action du sénun iodé se prolonge, ces gouttelettes se fondent et finissent par produire autour de la cellule une atmosphère colorée en brun. Ces caractères, joints à la coloration caractéristique de l'iode, sont communs à la matière glycogène partout où il s'en trouve. La présence de cette matière dans les cellules lymphatiques nous exi)lique pourquoi les analyses chimiques de la lymphe y ont décelé du sucre.

L'action des différents réactifs colorants sur les cellules lymphatiques est loin d'être la même. Elle diilère suivant la rapidité avec laquelle ces substances amènent la mort de ces cellules.

Si Ton mélange sur une lame de verre avec une goutte de lymphe une goutte de picrocarminat(Mrammoniaque à I pourlOO, Tensemble d(» la préparation prend une teinte jaune sur laquelle les cellules lymphatiques se détachent en blanc ; au bout de quinze il vingt minutes, ces cellules, d'abord homogènes, laissent voir nettemi^nt leurs noyaux et leui-s granulations, et ensuite prennent la couleur du liquide dans lequel elles flottent. Le picrocarminate

arrête donc les iiianifeslations vitales des cellules lymphatiques, il les tue rapidement et ne les colore qu'après.

Le carmin, additionné d'un minimum d'ammoniaque en solution étendue, parait être moins contraire à la vitalité des cellules lymphatiques. En opérant avec du carmin ammoniacal dilué, comme nous avons opéré avec le picrocarminate, on voit les cellules hmphatiques, quoique baignées dans la solution carminée, continuer leurs mouvements amiboïdes et prendre les formes les plus diverses. Les cellules qui ne changent pas de forme demeurent homogènes pendant assez longtemps. Cependant, dès le début, ceilaines cellules lymphatiques perdent de leur réfringence et laissent voir des granulations nettes ; leurs noyaux se colorent bientôt en rouge. Plus tard seulement les autres cellules deviennent rondes, mais ne se laissent pas encore pénétrer par la ma- tière colorante. La coloration s'y fait ensuite peu à peu, à mesure que l'imbibition se produit. Les noyaux sont alors colorés en rouge et le protoplasma granuleux est à peine rosé.

Les autres matières colorantes ont sur les cellules lymphatiques ime action analogue ; elles déterminent une coloration des noyaux aloi's que la cellule est morte et que l'imbibition est produite.

L'étude des novaux des cellules Ivniphatiques piésente un , •V»";' grand intérêt, parce que c'est sur elle que seront fondées les notions que nous pourrons acquérir sur la multiplication de ces cellules. De toutes les méthodes (jue nous avons essayées à cet effet, celle qui nous a h; mieux réussi est la suivante : A une goutte de lymphe déposée sur la lame <l<' verre on ajoute une goutte d'une solution d'alcool à f\i\ degrés dans ^ parties en volume d'eau distillée (voy. p. 77). Les deux gouttes sont mélangées par agitation avec la pointe d'une aiguille; on recouvre la lamelle et celle-ci est bordée avec de la paraiHine. Toutes les cellules lymphatiques sont immédiatement frappées de mort ; elles sont revenues à la forme spliérique, présentent souvent sui* leurs bords des boules sarcodiques, et les noyaux apparaissent nettement dans leur intérieur. Examinés à un grossissement de r)(M) à tiOO -diamètres, avec un bon objectif, ces noyaux présentent un double contour et des nucléoles brillants. Ces nucléoles sont spliériques, ou allongés en forme de virgule, de haricot ou de bissac. Pour bien voir la disposition des noyaux, il vaut mieux les observer sur des préparations colorées avec le rouge d'aniline. Ces piéparations se font en mélangeant, comme if a été dit, la lymphe

ino THAITÉ TECHNIQUE D'HISTOLOGIE.

à la solution cralcool, el on ajoutant sur la lame de verre une j;oiitto d'une solution de sulfate de rosaniline dans ralcool dilué. L<î tout est mélangé avec la pointe de l'aiguille et fournit une préparation où les noyaux des cellules lymphatiques se montrent avec toutes les variétés de formes que nous allons décrire. ir^tw Dans quelques-unes de ces cellules (et elles sont en petit

i>/j4M».' nombre), se montie au centre de la masse de protoplasma un noyau spliérifjue nnmi ordinairement d'un seul nucléole. Sur d'auti<»s cellides, 1(? noyau est en forme de bissac; il est replié sur lui-même, de telle sorte que ses deux masses terminales, qui possédr*nl chacune un nucléole distinct, et le pédicule qui les relie, sont voisins des boids do la masse de protoplasma ; mais ce ne sont pas là les formes les plus communes. Le plus souvent le noyau a la forme d'un cylindre replié sur lui-ménïe à la manière des anses de Tinlestin. Pour se loger dans la masse protoplasmique de la cellule, ce noyau allongé, dont la longueur sei'ait beaucoup |)lus considérable que le diamètre de la cellule, est obligé de se contourner en hélice ou en zigzags, de telle sorte que SCS différentes parties étant sur des plans très-différents, la masse nucléaire, bien qu unique, paraît, lorsque l'objectif est au point pour une certaine région, constituée par deux, trois ou un plus grand nombre de noyaux distincts. Dans une quatrième forme, à côté d'un noyau en boudin, se trouvent un ou deux noyaux sphériques isolt's, ou reliés au noyau en boudin par une sorte de pédicule. La cinquiènK» et dernière forme dont nous parlerons ici <»st celle dans laquelle il y a dans Tinlérieur de la masse de proloplasma de la cellule lynq)hatique deux, trois ou quatre noyaux distincts. Cette forme est la plus larr. i».Mirg.umH- En étudiant une prépaiation de lymphe faite connue nous. 1 fTh.'IliK. venons de Ir dire, nous arrivons à observer successivement tous les modes de nudtiplication des noyaux par bourgeonnement : allongement et division des nucléoles, allongement et boui*geonnemenl des noyaux, chacun d«»s bourgeons prenant un nucléole tlislincl, et linalemenl se séparant de la masse nucléaire qui Ta produit. Bien que le phénomène ne si» produise pas sous les yeux de Tobservaleur, toutes les formes sont réunies les unes aux autres i>ar des intermédiaires si nombreux el si variés, que Ton est conduit à penser que la multiplication des noj-aux des cellules lymphatiques est réelle, el qu'elle se produit par une division rapitle el incess;uile des noyaux de ces cellules. Qmmi à la division

de la cellule elle-même, elle est une conséquence si naturelle de la division du noyau, qu'il ne nous paraîtrait pas possible de la mettre en doute, lors même que nous n'aurions pas fait à ce sujet d'obsenations directes. Or, nous avons pu observer le processus dans tous ses détails sur les cellules lymphatiques du sang de raxoIofl.Chez cet animal, la plupart des cellules lymphatiques du san^y étudiées à l'état frais, à une température supérieure à 15 degrés dans la chambre humide, possèdent un protoplasma clair, dont la faible réfringence permet l'observation du noyau pendant la vie même de la cellule et tandis qu'elle se traduit par tous les phénomènes amiboïdes. Ces noyaux ont généralement la forme en boudin qui a été décrite plus haut, ou présentent des bourgeons en nombre plus ou moins considérable. La formation de ces bourgeons peut se faire sous l'œil de l'observateur et même trèsrapidement. Il se produit un étranglement du noyau en un point. Cet étranglement se resserre peu à peu et se transforme en un pédicule plus ou moins mince. Le bourgeon une fois formé, deux phénomènes peuvent se produire : le pédicule, continuant de s'amincir, finit par se rompre, et le bourgeon se délache en emportant avec lui un ou plusieurs nucléoles; ou bien le pédicule, après s'être rétréci, s'élargit de nouveau, et le bourgeon revient se confondre avec le noyau primitif. Sur certaines cellules encore vivantes, on peut voir des noyaux munis de nombreux bourgeons les plus variés reprendre une forme sphérique par l'effacement de tous ces bourgeons. Plus tard ce noyau sphérique pourra bourgeonner de nouveau.

Revenons maintenant à l'étude d'un noyau qui, en se divisant, a fonmé deux noyaux distincts, et disons tout de suite qu'au lieu de deux noyaux, il peut s'en former par bourgeonnement trois, quatre et même un nombre plus considérable. Lorsqu'une cellule lymphatique possède deux noyaux et présente sous l'œil de Tobsenateur les jibénomènes amiboïdes, chacun des noyaux semble diriger les mouvements d'une portion distincte de la masse protoplasmique. Cette masse tend à se diviser par une sorte d'étirement en deux parties. La portion étirée intermédiaire s'amincit peu à peu, finit par se rompre, et, au lieu d'une cellule lymphîitique, il en existe deux. On a assisté ainsi à toutes les phasiîs d'une multiplication cellulaire. J'enfrage les jeunes histologisles à répéter cette expérience si simple, car elle leur donnera des renseignements très-exacts sur la constitution des

Rajiviir, Histol. il

Cellules

lymphatiques

de l'axoloU.

Division dei cellules.

de la chaleur

noyaux et sur leur rôle dans la vie cellulaire. Dans une expérience qui nous a fourni des résultats très-démonstratifs, tous les phénomènes de la division d'une cellule lymphatique se sont produits dans l'espace de trois heures, à une température qui a varié de 10 à 18 de<(rés.

Il y a un dél^iil d'observation à ajouter, c'est que les noyaux qui présentent d(»s étranglements pour former des boui'geons montrent, sur rétranglemcntmèmeet dans la région voisinCi des j>lis longitudinaux qui nous prouvent : 1° que les noyaux sont des vésicules ; :2" que le protoplasma joue un rôle actif dans le phénomène du bourgeonnement en étranglant par une sorte de contraction d(?s portions de la masse nucléaire, comme le ferait un anneau sur un sac.

Si nous sommes entré dans d'aussi grands détails sur ce fait de multiplication cellulaire, c'est qu'il a une très-grande importance pour la question tant discutée de la formation des cellules.

Action Bien que les cellules lymphatiques des animaux à sang froid

possèdent des mouvements amiboïdes à la température ambiante, la chaleur n'est pas sans influence sur la forme des prolongements amiboïdes et sur la rapidité d(îs mouvements. Prenons, par exemple, une préparation de lymphe de grenouille, faite comme nous Tavons indicjué (page 154), bien scellée, ne contenant pas d'air et abandonnée à elle-même pendant vingt-quatre heures. Au bout de ce temps, comme ii n'y a pas d'air sous la lamelle, les cellules, qui ne peuvent pas respirer, comme nous verrons plus loin, sont pour ainsi dire atteintes de paralysie ; elles sont pour la plupart rondes (it fixes dans cette forme ; quelques-unes, en plus ou moins grand nombn», frappées d'asphjTcie, sont mortes, ce qui se reconnaît, conuTie nous avons dit, à leur moindn^ réfringence et à rap|)arilion nette des noyaux et des * granulations. Mettons cette préparation dans la platine chauTfante (voy. p. -41), et élevons peu à peu la température. Les cellules à noyau net et évident ne chang(înt point. Mais, parmi les cellules restées homogènes, il en est qui, une fois que la chaleur a dépassé 40 degrés, se réveillent et reprennent des mouvement samiboïdes, qui, vers SO à :35 degrés, deviennent très-actifs.

Ui chaleur est donc un excitant pour les cellules lymphatiques, puisqu'elle y fait réapparaître des manifestations vitales qui sommeillaient auparavant.

LYMPHE. i63

L'air est aussi un agent excitant de la via des cellules Ivm- AcUon phatiques. Pour en observer Faction, nous prenons une des *' ''^^^^' chambres humides que nous avons déciites et figurées (p. 4-4, Hg. 25). Cette chambre est passée à la flamme d'un bec de gaz, ainsi que la lamelle destinée à la recouvrir, pour éviter, autant que possible , la présence de germes dans la préparation. Sur le disque médian est déposée la goutte de lymphe; on la recouvre de la lamelle, et celle-ci est bordée avec de la paraffine. De cette façon, la goutte de lymphe, entourée de tous côtés par Tair qui se trouve dans la rigole, est cependant protégée contre Tévaporation . Immédiatement après avoir été incluses ainsi, les cellules lymphatiques présentent les mêmes phénomènes que dans une préparation ordinaire ; mais le lendemain, au lieu que dans cette dernière on observe un grand nombre de cellules mortes, dans la lymphe entourée d'air, il n'y a presque pas de cellules présentant les signes caractéristiques de la mort. Celles qui sont près du centre de la préparation sont en général immobiles, presque rondes ou présentent des mouvements trèslents et des prolongements peu accusés; plus, au contraire, elles se trouvent près du bord, et par conséquent près de l'air, plus leurs formes sont irrégulières et leurs prolongements allongés, plus leur aspect varie et leurs mouvements sont rapides. Cette première observation démontre que l'air est un excitant énergique des celhiles lymphatiques. Voici une seconde observation qui rétablit encore mieux. Sur une préparation oareille observée le second jour, il se trouve beaucoup plus de cellules lj:mphatiques sur les bords que le premier jour. Elles ont donc émigré du côté de l'air, et sont arrivées au bord, à moins qu'elles n'aient été arrêtées sur leur route par quelque obstacle. Comment se fait cette progression ? Il est facile de reconnaître d'abord que les prolongements les plus volumineux et les plus nombreux se produisent sur la partie de la cellule tournée du coté- de l'air. En suivant pas à pas les transformations des prolongements d'une de ces cellules, on les voit s'allonger, grossir et absorber peu à peu la substance du corps de la cellule, de telle sorte que finalement celui-ci est déplacé. Sur ces préparations conservées quarante-huit heures et même trois jours, les cellules lymphatiques ont encore des mouvements manifestes, et même si du huitième au dixième jour les cellules sont devenues immobiles, on peut réveiller les mouvements de quelques-unes en chauffant la préparation.

16* THAITÉ TECHNIQUE D'HISTOLOGIE.

De ces diverses expériences on peut conclure que l'oxygène de l'air est nécessaire, non-seuleirient pour déterminer les mouvements des cellules, mais même pour leur conserver une vie latente.

• Action Nous allons essayer maintenant l'action combinée de Faîrel

*^de rllir de la chaleur sur une goutte de lymphe, en mettant la chambre

de la chaleur, humidc dans la platine chauffante. Gomme, dans la chambre humide, il y a une distance très-appréciable entre le disque sur lequel est dispos<?e la goutte et la lamelle qui la recouvre, l'objectir ne fait pas voir à hi fois toute l'épaisseur de cette goutte. Suivant sa position, il donne successivement l'image nette de la couche supérieure du liquide immédiatement au-dessous de la lameUe, celle de la partie appliquée immédiatement sur le disque, enlin celle de la cou(4ic moyenne.

Or, sous rinlluence combinée de l'air et de la chaleur, à pailir de 20 à 25 degrés, les cellules lymphatiques se comportent trèsdifféremment dans -ces trois couches. Dans la couche supérieure, immédiatement sous la lamelle, les cellules ont des formes bizarres, des prolongements effilés, au moyen desquels elles s'appliquent, comme par des tentacules, à la face inférieure de la lamelle et s'y cramponnent; ces prolongements sont souvent nombreux et ramifiés. Dans la couche moyenne, les cellules (flottantes) sont plutôt rondes et ont tout au plus un ou deux prolongements en forme d'aiguilles. Dans la couche inférieure, les cellules s'accroissent beaucoup en dimension; elles deviennent de larges plaques plus ou moins sinueuses, dans lesquelles se distinguent. assez bien un ou plusieurs noyaux. Ce n'est pas à une modification chimique ou vitale qu'est due ici la netteté avec laquelle apparaît le noyau, mais simplement à une modification physique. Dans la cellule flottante et ronde, le noyau, environné de protoplasma de toutes parts, est invisible ; ici la cellule, arrivée sur la lame, s'est pour ainsi dire répandue, a difïlué, s'est étalée, et le noyau, recouvert d'une couche d(» protoplasma plus mince, est par suite plus apparent.

Absorçtion Si l'actiou de la chaleur est poursuivie pendant un certain

*** r(Sl^»"*" temps, l'activité des cellules lymphatiques devient telle que des portions de globules rouges, situées au voisinage de leurs prolongements, sont absorbées par ces derniers; on en reconnaît dans l'intérieur de quelques cellules lymphati(|ues d(»s fragments arrondis qui se (lécèl«'iit par leur couleur ou parleur réfringence spéciale.

LYMPHE. i6o

L'activité des cellules est d'autant plus considérable que la température est plus élevée, et cela jusqu'à environ 40 degrés. Si cette limite est dépassée et si la température atteint 42 ou 43 degrés, les cellules lymphatiques sont tuées et reviennent à la forme ronde. Celles qui se trouvaient appliquées à la face inférieure de la lamelle par leurs prolongements, se rompent au niveau de ces prolongements et retombent dans la masse liquide ; les fragments de prolongements restés adhérents se détachent aussi et forment de petites boules entraînées çà et là par les courants liquides que produit dans la préparation l'inégalité de température des différentes parties. Toutes les cellules redeviennent rondes ; les noyaux et les granulations apparaissent nettement *.

Les cellules lymphatiques absorbent, non-seulement des frag- Absorpiion ments de globules rouges, mais tous les fragments pulvérulents puivérobni«! qui se trouvent à leur portée. Pour s'en convaincre, il faut, avant de prendre de la IjTuphe à une grenouille, injecter dans son sac lymphatique dorsal du vermillon trés-fm ou toute autre substance pulvérulente reconnaissable par sa coloration. Si, au bout de quelques minutes, on recueille de la lymphe dans ce même sac, les cellules lymphatiques exai.:!P*^es présentent du vermillon dans leur intérieur. Une expérience encore plus instructive consiste à mêler quelque peu de vermillon Irés-fm à la lymphe quand elle est sur la lame de verre. Les cellules lymphatiques voisines de granulations leur envoient des prolongements qui les entourent peu à peu, les englobcnl, et finissent par les faire pénétrer dans leur intérieur. Toutes les celuUes lymphatiques ne sont pas sufllsamment actives pour absorber ces granulations, mais dans de bonnes préparations

* Les courants d'induction appliqués avec le porte objet électrique produisent à peu près ie même effet que la chaleur exagérée, en ce sens qu'ils déterminent la mort de la cellule, qui par conséquent redevient sphérique et laisse voir le noyau et les granulations qu'elle contient. Cependant, si le courant d'induction n'a pas une intensité et une durée suffisantes pour déterminer la mort de la cellule, celle-ci revient bien à la forme sphérique, mais elle n'est pas morte, car, abandonnée à elle-même, elle manifesta de Rouveau sa vie au bout de quelques instants par des mouvements ami boidcs (voyez Hoiiett, Slricker's Handbuch, p. 302). Dans cette expérience, il me paraît impossible de se mettre complètement à l'abri de l'action éicctrolytiquc du courant ; dès lors, au niveau des lames d'étain, on observe des altérations des éléments qui surviennent sous l'influence do l'acidité ou de l'alcalinité <lu milieu déterniiniVs (lar le passage du courant électrique.

il s'rn trouve lonjoiirs sur lesquelles on peut observer ce phénomène.

Pénétraiinn Lf>s mouvements des cellules Ivmuhatiques les portent nonrorjK ,«nnix. Seulement à absorber des corpuscules voisins, mais aussi à pénétrer dans di»s corps poreux. Ainsi un frafonenl de moelle de sureau introduit dans le sac dorsid d'une «rrenouille pendant vinirt-qualrc beures, et ressorti ensuite, se trouve rempli de

Fie. 43. — Vno cellule d'un fragment «le moelle de sureau ayant séjourné vingtquatre heures dans le sac dorsal de la grenouille. Coupe faite au rasoir, étudiée sans addition d*aurun liquide. — CV^ cavité de la cellule ; L cellules lymphatiques; n, canaux poreux.

lympbe. (Pour que rcxpérience réussisse, il faut choisir un morceau de moelle de sureau recueillie sur une tige de l'année et desséchée). L'air que contenaient ses cellules a été remplacé, par du plasma lymphatique. Pour étudier la disposition de la lymphe dans la moelle de sureau cl la manière dont elle y a pénétré, on en fait des coupes avec un rasoir sec à main levée. Ces coupes sont simplement déposées sur la lame, recouvertes avec la lamelle, et la préparation est bordée à la paraffine.

Les prandes cellules polyj>onales de la moelle de sureau sont remplies de cellules lymphatiques, mais pas toutes également. La

LYMPHE. i67

première rangée de ces cellules, relie qui se trouvait au bord du fragment de moelle, en contient beaucoup ; la paroi des cellules de moelle en est couverte, et elles ont des formes diverses qui témoignent de leur vitalité. Dans la seconde rangée des cellules de la moelle de sureau, on trouve des cellules lymphatiques en nombre presque aussi grand, accolées aux parois et présentant des formes diverses. Mais en considérant la troisième et la quatrième rangée de cellules de la moelle de sureau, les cellules lymphatiques se trouvent de moins en moins abondantes ; elles ne sont plus étalées sur les parois, affectent des formes plutôt sphériques, et, à mesure que Ton inspecte des parties de la moelle plus rapprochées du centre, il s'en trouve un certain nombre dont les noyaux sont nets et qui présentent des granulations graisseuses. De celle obsenation, il résulte qu'aux bords de la moelle les cellules ont conservé leur vitalité, tandis que celles logées dans l'intérieur sont pai'alysées par asphyxie ou mortes. Or, on sait que les cellules de la moelle de sureau communiquent entre elles au moyen de canaux poreux. 11 faut donc admettre que les cellules lymphatiques, arrivées directement à la périphérie de la moelle, y ont cheminé grâce à leur vitalité propre jusqu'aux pores intercellulaires et les ont traversés, gagnant ainsi de couche en couche rintérieur du fragment. Mais, à mesure qu'elles s'éloignent du milieu oxygéné, elles perdent la vitalité qui permettait leur mouvement, ce qui fait que vers le centre du fragment de moelle de sureau, il n'y a plus que des cellules mortes*.

< U y a quelques années déjà que Wagner et Middeldorf (Pithn et Biliroth^ HandiNieh der Chirurgie, 1865, vol. I. p. 338) ont parlé de la transformation graisseuse que subissent les corps spongieux introduits dans l'organisme. Suivant ces auteurs, *les tnmssadats de Téconomie, après avoir pénétré dans les interstices du corps sponfieox, se transformeraient en graisse. D'après ce que nous venons de dire, cette graisse se produit dans les cellules lymphatiques elles-mêmes, qui, après avoir pénétré dans les corps spongieux, y subissent la dégénérescence graisseuse.

Oo nous a objecté que les cellules observées dans la moelle du sureau ou dans d'autres corps spongieux n'y seraient pas immigrées, mais se développeraient spontanément par autogenèse dans le blastème qui se serait infiltré *, cette théorie ne rend pas compte de la difTérence que nous avons rencontrée dans le nombre et Taspect des cellules suivant les couches successives de l'objet spongieux. Mais ce qui proure à l'évidence l'immigration directe des cellules lymphatiques, c'est l'expé-

rience suivante :

Cn morceau de Laminaria digitatOy c'est-à-dire un corps spongieux dont les

alvéoles ne sont pas communicants, est introduit dans un sac lymphatique. Au

boat de deux jours, il en est sorti et traité comme le Traicinent de moelle de sureau

il s'en trouve toujours sur lesquelles on peut observer ce phénomène.

Pénéiraiioii Los mouvemenls des cellules lymphatiques les portent noncorps |K>ivux. seulement à absorber des corpuscules voisins, mais aussi à pénétrer dans des corps poreux. Ainsi un frapnent de moelle de sureau introduit dans le sac dorsal d'une grenouille pendant vingt-quatre heures, et ressorti ensuite, se trouve rempli de

Fie. A3. — Une cellule «run fragment de moelle de sureau ayant séjourné vingtquatre heures dans le sar dorsal de la grenouille. Coupe faite au rasoir, étudiée sans addition d'aucun liquide. — CV, cavité de la cellule ; L cellules lymphatiques; n, canaux poreux.

lymphe. (Pour que l'expérience réussisse, il faut choisir un morceau de moelle de sureau recueillie sur une tige de l'année et desséchée). L'air que contenaient ses cellules a été remplacé, par du plasma lymphatique. Pour étudier la disposition de la lymphe dans la moelle de sureau et la manière dont elle y a pénétré, on en fait des coupes avec un rasoir sec à main levée. Ces coupes sont simplement déposées sur la lame, recouvertes avec la lamelle, et la préparation est bordée à la paraffme.

Les grandes cellules polygonales de la moelle de sureau sont remplies de cellules lymphatiques, mais pas toutes également. La

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ireniière rangée de ces cellules, relie qui se trouvait au bord du ragment de raoelle, en contient beaucoup ; la paroi des cellules le moelle en est couverte, et elles ont des formes diverses qui émoignentde leur vitalité. Dans la seconde rangée des cellules de ï moelle de sureau, on trouve des cellules lymphatiques en nombre presque aussi grand, accolées aux parois et présentant des formes liverses. Mais en considérant la troisième et la quatrième rangée le cellules de la moelle de sureau, les cellules lymphatiques se rouvent de moins en moins abondantes ; elles no sont plus étaées sur les parois, affectent des formes plutôt sphériques, et, à nesure que l'on inspecte des parties de la moelle plus rappro- :hées du centre, il s'en trouve un certain nombre dont les novaux ont nets et qui présentent des granulations graisseuses. De «tle obsenation, il résulte qu'aux bords de la moelle les cellules Ndt conservé leur vitalité, tandis que celles logées dans l'intérieur oat paralysées par asphyxie ou mortes. Or, on sait qu(^. les 'pilules de la moelle de sureau communiquent entre elles au Doyen de canaux poreux. 11 faut donc admettre que les cellules ymphatiques, arrivées directement à la périphérie de la moelle, r ont cheminé grâce à leur vitalité propre jusqu'aux pores inter- ^ellulaires et les ont traversés, gagnant ainsi de couche en couche 'intérieur du fragment. Mais, à mesure qu'elles s'éloignent du nilieu oxygéné, elles perdent la vitalité qui permettait leur mouvement, ce qui fait que vers le centre du fragment do moelle de •ureau, il n'y a plus que des cellules mortes*.

I D y a quelques années déjà que Wa^er et Middeldorf (Pitha et Bilii^thj Handtuch der Chirurgie, 1865, vol. I. p. 338) ont parlé de la transformation graisseuse pie subissent les corps spongieux introduits dans Torganisme. Suivant ces auteurs, es tFUtssudats de réconomie, après avoir pénétré dans les interstices du corps sponpeax, se transformeraient en graisse. D'après ce que nous venons de dire, cette graisse te produit dans les cellules lymphatiques elles-mêmes, qui, après avoir pénétré dans les coips spongieux, y subissent la dégénérescence graisseuse.

On nous a objecté que les cellules observées dans la moelle du sureau ou dans d'autres corps spongieux n'y seraient pas immigrées, mais se développeraient spontanément par autogenèse dans le blastème qui se serait infiltré ; cette théorie ne rend pas compte de la différence que nous avons rencontrée dans le nombre et l'aspect des cellules suivant les couches successives de l'objet spongieux. Mais ce ^ proure à l'évidence T immigration directe des cellules lymphatiques, c'est Texpérience soivante :

€n morceau de Laminaria digitatOy c'est-à-dire un corps spongieux dont les alvéoles ne sont pas communicants, est introduit dans un sac lymphatique. Au boot de deux joars, il en est sorti et traité comme le fra^cment de moelle de sureau

Lvmph.; Chez récicvisse et le homard, la lymphe présente certaines wreussc pj^,.jjpjj|j^j,j|(;j, inléressaHlos. Pour Tchtenir, après avoir essuyé

l'animal pour éviter le mélange de Teau, on fait un trou dans sa carapace, et le liquide qui s'en écoule est aisément recueilli sur une lame de verre.

Outre les e<*llules lymphatiques ordinaires, ce liquide présente de grandes cellules arrondies remplies de granulations très-réfringentes et disposées autour du noyau. Ces granulations laissent entre elles et le contour de la cellule un bord clair qui pourrait faire croire à une membrane. Au bout de quelques secondes, ces cellules envoient des prolongements amiboïdes en foniie de piquants; ils s'étendent lentement, arrivent à être deux ou trois fois plus long^ que le diamètre de la cellule, et se subdivisent en ramilications plus fines ; les prolongements de plusieurs cellules voisines s'enchevêtrent, de telle sorte que ces cellules, jointes entre elles, semblent former une seule masse gi*anuleuse des bords de laquelle partent des prolongements. Les granulations de ces cellules passent en partie dans les prolongements, et en partie restent autour du noyau. Elles se colorent en rouge par le carmin, et en rouge brun par le picrocarminate d'ammoniaque. Elles ne sont dbnc ni des granulations protoplasmiques ordinaires, ni des granulations graisseuses, car ni les unes ni les autres de ces dernières ne se colorent en rouge par le carmin. Leur nature chimique est encore indéterminée ; mais les réactions qu'elles présentent sont les mêmes que celles des corpuscules vitellins (corpuscules du jaune de l'œuf) des raies, des torpilles, des squales, des grenouilles. Ces corpuscules présentent des différences de forme suivant les animaux : tantôt ovalaires, tantôt polyédriques, ils paraissent constitués par des lames super-' posées et se colorent, comme les granulations dont nous venons de parler, en rouge par le carmin, en rouge brun par le picrocarminate.

LTinphe dtss animaux h sang chand (chien, lapin). — NoUS

dcint nous avons parlé Les cellules végétales qui sont sur le bord et qui se trouvaient ouvertes à lextrémité du frapnient de Lmnmann, sont bourrées de cellules lymphatiques; celles qui sont demeurées fermées de toutes parts, bien que remplies de liquide, ne contiennent pas une seule cellule lymphatique.. C'est donc bien racrès du dehors qui est la condition de leur présence.

J'ai fait ces expériences il y a déjà plusieurs années, et j'en ai communiqué les résulUits k la Société de biologie.

LYMPHE. iBîi

avons indiqué plus haut (page 151) les procédés à employer pour recueillir de la lymphe, soit dans le canal thoracique, soit dans les cavités séreuses des animaux à sang chaud, et spécialement du chien et du lapin.

Chez le lapin, tous les liquides cavitaires^ (lymphe péi*icardique, lymphe péritonéale, etc.) se coagulent lorsqu'ils sont sortis de l'oi^ganisnie, comme la lymphe du canal thoracique. Chez le chien, le liquide péricardique ne se coagule pas.

La première différence qui l'iiippe Tohservateur entre la lymphe Dîin.-n*ion* de grenouille et celle des animaux à sang chaud, c'est que les **'** '*""'"*• cellules lymphatiques, qui chez la grenouille avaient des dimensions peu variées, présentent chez les animaux à sahg chaud des différences beaucoup plus considérables de grandeur. Ainsi, une goutte de lymphe prise dans le canal thoracique d'un chien à jeun montre des cellules dont le diamètre varie entre 5 et 12 ^ (millièmes de millimètre) *. Ces cellules sont généralement sphériques ou munies d'excroissances très-petites ^.

Dans les cavités séreuses, les dimensions des cellules lymphatiques différent encore plus que dans le canal thoracique ; elles vonf depuis 5 pt jusqu'à 20 i*. Ces variations sont si considérables, qu'elles ont amené certains auteurs à les classer en diverses espèces : c'est ainsi que l'on a appelé globidins les plus petites ; quelques observateurs les considèrent à tort comme le noyau des autres.

Les cellules lymphatiques des animaux à sang chaud ne pré- de it^ïiïïeur. sentent généralement pas de mouvements amiboïdes à la température ordinaire ^ Il faut soumettre la lymphe à l'action de la

• Nous nous servirons de la lellre grecque p. pour désigner le millième de millimètre, qui est runilé de dimension la plus couranunent employée par les histolo^ fistes.

* Dans les recherches que nous avons faites, le nombre de ces cellules s'est trouvé être une fois de âSOO par millimètre cube; dans un autre cas, chez un chien, nous en avons compté 7500 dans lîn millimL'tre cuhe, tandis que le sang contenait 25 000 globules blancs dans un volume égal. Chez \\n lapin, dans le canal thoracique, les globules blancs ont été au nombre de il 300, tandis qu'il ne s'en trouvait dans un millimètre culie du sang de l'aorte que 7500. Nous reviendrons sur ces chiffres et sur le procédé dont on se sert pour compter les globules, à propos du nombre des globules rouges et des globules blancs du sang.

• 3 Cependant, sur une préparation de lymphe de lapin conservée dans une chambre humide à la température de rappartement (1 5 degrés) et ayant été refroidie pendant la nuit jusqu'à 6 ou 7 degrés, nous avons constaté, le lendemain, des mouvements amiboïdes

\li\ TRAITÉ TECHNIQUE D'HISTOLOGIE.

rliiiliHir pour voir apparaître neltcmcnl ces mouvements. En plaijaiil (lis pn'parations do lymphe de lapin dans la platine ehauf- IhuIc» (p. 41), on les voit pousser des prolongements amiboîdes lors(|ue le thermomètre indique 20 degrés cenligr. Ces prolongements sr» manifi^stenl aussi bien dans les petites cellules que dons hîs grosses, et même les petites paraissent se mettre en mouvement phis rapidiMnenl que les grandes. A mesure que la température s*élève, ces mouvements s'accentuent et se produisent plus rapideuHMit : vers rJ6 ou :il degrés, il n'est plus nécessaire de dessiner les éléments pour se rendre compte de leurs changements de forme; sans quitter des yeux les cellules, on voit leurs prolongements se former,' s'allonger, dispaïaître, pour se développer d'un autre côté, comme nous l'avons observé dans la lymphe de la grenouille ; les cellules se déplacent et peuvent traverser en peu de temps le champ du microscope. Mais ici les prolongements ne sont ni aussi longs, ni aussi étalés que ceux que nous avons décrits plus haut ; ce sont ou bien des bourgeons plus ou moins obtus, ou bien des arborisîitions filiformes.

Si Ton continue à élever la température, on reconnaît qu'au-dessus de 40 degrés les rellules éprouvent une transformation subite, les unes plus tôt, les autres plus tard ; elles reprennent la forme ronde, deviennent moins réfringentes et le noyau y apparaît nettement, ainsi que les granulations. Nous n'avons pu remarquer aucun rapport entre la dimension des cellules et leur résistance plus ou moins prolongée à l'action de la chaleur. Action L'oxygène exerce sur la vie des cellules lymphatiques des ani-

maux à sang chaud une influence analogue à celle que nous avons décrite plus haut pour les cellules de la grenouille. Pour étudier cette action, il faut faire deux préparations de lymphe de chien, l'une à la façon ordinaire, l'autre dans la chambre humide que nous avons décrite plus haut (voy. page 44). Dans la première préparation, examinée quamnte-huit heures après, la plupart des cellules lymphatiques sont mortes ; leur noyau est nettement apparent. En exposant la lymphe dans la platine chauffante à une température de rîO à 37 degrés, ces cellules ne présentent plus aucun

faibles, mais /évidents, à la température de 16de^n'*s. La basse température à laquelle ces cellules ont été soumises a-t-elle été pour quelque chose dans la vitalité qu'elle; ont manifestée à la température ordinaire ? C'est un point que nous comptons élucider par des recherches ultérieures.

do l'ox\frèn<».

LYMPHE. i7i

mouvement. La seconde préparation, conservée à une température variant entre 7 et 15 degrés pendant trois jours, contient encore, au bout de ce temps, lorsqu'on la place dans la platine chaufTanle à la température de CJG degrés, des cellules qui ont manifestement des mouvements amiboïdes et poussent des prolongements. Il y en a fort peu de mortes, c'est-à-dire fort peu qui ne remuent point et qui présentent un noyau apparent. L'oxygène est donc tout aussi indispensable à la vie des cellules lymphatiques chez les aniniaux à sang chaud que chez les animaux à sang froid ; même à une basse température, à laquelle on ne distingue aucune manifestation de leur vitalité, ce gaz est nécessaire pour leur conserver une vie latente, qui pourra se réveiller par l'excitation de la chaleur. Au contraire, lorsque l'oxygùnc est absent ou ne se trouve qu'en quantité très-petite dans le plasma do la lymphe, la vitalité des cellules se manifeste à peine, même à une température relativement élevée. C'est ce que l'on constate par l'expérience suivante. Après avoir dégagé chez un chien le canal thoracique, on y fait une petite incision, dans laquelle on introduit un tube capillaire pénétrant assez profondément, et se continuant à son autre extrémité avec un tube capillaire aplati sur doux faces opposées, que nous décrirons plus tard avec détail à propos de la numération des globules du sang. Ce tube aplati se continue lui-même à son bout opposé avec un tube de caoutchouc à parois assez résistantes. On applique la bouche à l'extrémité de ce dernier tube, et Ton aspire assez fortement de manière à faire arriver beaucoup de lymphe dans l'appareil, et jusqu'à ce qu'il en pénètre une certaine quantité dans le tube de caoutchouc. De cette façon, la lymphe qui s'est trouvée en communication avec foxygêne de Tappareil est amenée au delà du capillaire artificiel, et il n'y a plus dans ce tube que la lymphe normale du canal thoracique. Le tube de caoutchouc est alors enlevé, les deux extrémités du capillaire sont fermées avec de la cire à cacheter, et le capillaire est observé dans la platine chauffante. Nous avons constaté que, dans ces conditions, les mouvements amiboïdes ne se produisent que vers 38 degrés, et qu'ils sont lents et très-limités. Cette observation nous montre que dans le canal thoracique les cellules ont une vitalité peu active, en rapport avec le peu d'oxygène que l'analyse chimique décèle dans la lymphe du canhl thoracique ; nous verrons plus, tard combien cette circonstance est importante pour la circulation de la lymphe.

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