MUSCLE CARDIAQUE
Il y a dans le cœur plusieurs espèces d'éléments muscuhires: dans Fendocarde, des fibres musculaires lisses; sous Teodocarde d*un certain nombre d'animaux, des fibres particulières qui portent le nom de ûbres de Purkinje; enfin, les fibres do myocarde proprement dites. Ces fibres sont striées transversilemeot comme les muscles des membres, mais, comme les faisceaux des muscles lisses, elles sont constituées par plusieurs eelloles soudées entre elles. Le muscle cardiaque forme donc au point de vue histologique une espèce à part, aussi bien qu'au point de vue physiologique.
Sous reviendrons sur les fibres-cellules de Tendocarde à propos de ce dernier, mais nous devons décrire les fibres de Purkinje »ant celles du muscle cardiaque, parce que leur constitution cellulaire bien nette nous conduira à mieux comprendre celle de la fibre du c<£ur.
nkrcsdto Porkiafe. — Il y a déjà longtemps que Purkinje ' a découvert ces fibres ; on les rencontre chez le bœuf, le mouton, la chèvre, le cochon et une série d'aulres animaux ; mais le moaton est celui qui convient le mieux pour les étudier. Chez les Qoutons gras, il existe une couche plus ou moins épaisse de vitales adipeuses dans le tissu connectif qui double Tendocardo les ventricules. Les fibres de Purkinje y apparaissent sous ^ forme de petits cordons translucides, anastomosés les uns avec ^ autres et formant un réticnlum dont les mailles sont de mndeur très- variable. Chez les moulons où il n'y a pas de graisse sous Tendocarde, le réseau des libres de Purkinje tranche moins parsa transluridité et forme à la surface interne du cœur un léger relief.
' En 1845, Purkinje, à la An d'un mémoire intitulé Observations microscopiques i^iliii^cro/b^iVtlIicroscopisch-ueurologische Bcobachtungen, MûiiersArch.^ 18^5, h 381), dans lequel il décrit ses recherches sur les flbres nerveuses du cœur, ) ligiialé sous l'endocarde du mouton un réseau de filaments gris gélatini. fnKi, qai tantôt sont appliqués sur la paroi interne du cœur, tantôt passent sur les ktÊu de cette paroi. Au microscope, il les vit constitués de cellules polyédriques ftf prtiiioo réciproque. Entre ces cellules, dans Tintérieur desquelles il y a un ou inx Boyaux, il existe un réseau de flbres striées qui n'en sont pas indépenilantes. ifeercbant la signiflcation histologique et physiologique de cet appareil, Purkinje, près avoir éloigné l'idée qu'il pourrait être composé soit de cellules ganglionntiires, )H de cellules cartibgineuses, arrive à penser qu'il est de nature musculaire.
Lorsque l'on veut acquérir les premières notions sur la structure de ces fibres, il faut procéder de la façon suivante. Après avoir circonscrit par des incisions superficielles une petite région de l'endocarde ventriculaire, on Tarrache en se servant de la pince et on Tétend sur une lame de verre.
A un premier examen microscopiqnc avec un grossissement de cinquanle diamètres, on constate que les fibres de Purkinje sont restées fixées i sa partie profonde ; souvent avec elles oui été enlevées quelques fibres du myo- FiG. 181. — Une portion du cardc ; il faut s'en débaiTasser en s'a-
réseau de Purkinje de Tendo- i * j i • » j • «n » •
carde ventriculaire du mou- dant de la pmcc et des aifoulles. Apres
ton, vue à la loupe. — m, ^ ,j|p Hernièrp onération la nipmhnnr maille du réseau ; o, fibre du ^*^^^^ "^' '"*^' ^ opeidUOn, la meniDranc
réseau; g, masse adipeuse, étant régulièrement étalée de manière
que sa face superficielle repose surb lame de verre, on ajoute du sérum iodé et on recouvre de la lamelle pour faire Texamen avec un faible grossissement.
Ces fibres se montrent alors constituées par des cellules polji driques placées les unes à coté des autres comme dans un épitliélium pavimenteux. Les plus fines sont formées par une seuk l'angée de cellules, mais la plupart en possèdent plusieurs placées à côté et au-dessus les unes des autres. A un grossissement de ^(K) à r)00 diamètres, ces cellules montrent sur leuR bords des stries longitudinales et ti^nsversales et à leur centre une masse protoplasmique granuleuse dans laquelle se voient un ou le plus souvent deux noyaux ovalaires munis de nucléoles.
Pour bien étudier ces cellules, il convient d'avoir recoursàb méthode suivante : Avec un rasoir on enlève une portion de l'endocarde contenant des libres de Purkinje et une faible épaisseur de la couche musculaire sous-jacente ; le tout est placé daa« quelques centimètres cubes d'alcool au tiers, et le lendemain il est facile de séparer complètement l'endocarde à l'aide dune pince et des aiguilles et même, en poursuivant la dissociation, d'isoler complètement des fragments plus ou moins étendus do réseau de Purkinje. L'observation peut èin^ faite dans le liquide qui a servi à la dissoiMation, ou bien on colore avec le carmin, ^ picrocarminate ou riiémaloxyline, et la préparation, montée convenablement dans la glycéiine, devient persistante.
Sur les fragments de libres de Purkinje isolées, les cellule>
mar^^nales présentent une face libre et des faces soudées aux cellules voisines. Vues de profil, ces dernières montrent une striation longitudinale et transversale semblable à celle de tous les muscles striés. Comme Tadhérence entre les cellules qui se louchent est très-complète, il est impossible, éumt donné ce mode de préparation, de déterminer exactement la limite de deux cellules voisines; il en résulte que les cellules paraissent être contenues dans un réseau de fibres musculaires. Mais ce serait là une interprétation inexacte, car sur la surface libre des cellules il existe !|uelquefois aussi une striation longitudinale et transversale qui ap- [mrtienl d'une manière bien manifeste à la substance de la cellule Hle-même. L'épaisseur de la couche striée est moindre sur la
Pte 185. — Fragment du réseau de Purkinje isolé après l'action de Talcool au tiers. — Coloration au picrccarniinale. — r, cellule; /*, substance striée; n, noyau. — 300 diam.
fece libre de la cellule que sur ses faces adhérentes, et la limite entre la face libre et les faces adhérentes ne se fait pas sur le bord même de la fibre de Purkinje, mais un peu plus profondément, de telle sorte que fensemble des cellules marginales donne 5ur la coupe optique une ligne festonnée.
II arrive souvent qu'une ou plusieurs des cellules du réseau ont été complètement isolées par la dissociation ; elles apparaissent ilors avec une striation bien nette sur toutes leurs faces, et dans leur intérieur se distinguent les noyaux dont il a été déjà questioUy entourés d'une masse grenue contenant quelquefois des granulations pigmentaires en quantité plus ou moins considérable.
Parmi les difTérentes méthodes que Ton peut employer pour dé- cciiuIm montrer la constitution uniquement cellulaire des fibres de Pur- iLEwIr kinje, il n'en est pas qui vaille la potasse à 40 pour 100. Nous avons ^"^^^J. "*
déjà VU quelle est l'aclion de ce réactif sur les faisceaux striés et sur les fibres musculaires lisses. En dissolvant le tissu conneclif ou la substance cimentante, il décompose le tissu en ses individualités cellulaires. Bientôt, en étudiant le muscle cardiaque, nous pourrons constater des résultats analogues et encore plus remarquables.
Pour faire agir la potasse à 40 pour 100 sur les libres de Purkinjc et être témoin de son action, il faut détacher un lambeau de Tendocarde contenant de ces fibres, l'étendre sans le mouiller sur une lame de verre, ajouter une goutte de la soluti«)n de potasse, recouvrir d'une lamelle et faire Texamen. Au bout de quelques minutes, après avoir comprimé légèrement en appuyant avec une aiguille sur la lamelle de verre, on voit les fibres de Purkinje se résoudre en une série de blocs dont chacun correspond à une cellule et relient avec lui une partie correspoa— dante de la substance striée. Cette observation, que chaque hi^- Iplogiste pourra reproduire facilement, renverse compIélemeEml une manière de voir récemment émise par Lehnert* et qui iem^ à prendre pied dans la science, à savoir que la substance slri( périphérique constitue un réseau musculaire indépendant, dî les mailles duquel sont simplement placées les cellules de Pu kinje.
Les résulLTts fournis par Tapplication de la potasse ù féluc des fibres de Purkinje paraîtront d'une valeur d'autant pli grande que Ton aura étudié à Taide de la même méthode K divers tissus du système musculaire.
Rapport* Sur les préparations d'ensemble obtenues après Faction d^ ^"uaSjJ** l'alcool au tiers, et colorées soit avec le carmin, soit avec I« "ISTrdSîqueîT picrocarminale, soit avec l'hématoxyline, il est facile de saisii* les rapports des fibres cardiaques avec bîs fibres de Purkinje. I* y a continuité entre les deux ordres de libres, comme celnaét« observé pour la première fois par V. Hessling-, et confirmé depuis par tous les liistologisles qui se sont occupés de la même que^ tion. Cette continuité s'établit de différentes façons : en général du réseau de Purkinje se dégage une branche qui se lennineraii librement si de son extrémité ne partait une fibre cardiaqu<^- Dans cette branche, qui d'ordinaire est constituée par ut>«
* Lehnertt Ucber Purkinje'schen Fieden, Arch. f. micr.Anat.t 1868, p. 28.
* Voti Hessling f Hi^tologische Millheilungen, Zeitsch, /. wissenschnplkhe ^ logie, iSôA, p. 189«