CHAPITRE III
RÉACTIFS GHiniQUES
I^ réactifs dont on a besoin dans un laboratoire d'histologie sont assez nombreux. Nous allons en donner la liste, en ajoutant quelques remarques sur la manière de reconnaître les qualités ou les défauts de quelques-uns d'entre eux.
La plupart de ces substances peuvent être conservées en nature ; ^S^* mais comme presque toutes sont généralement employées en solution plus ou moins étendue, nous avons l'habitude, dans notre laboratoire, d'en avoir des sokitions faites d'avance. Ces solutions doivent être titrées, et il est bon qu'elles soient décimales, à i pour 10, à 1 pour 100 par exemple. Il est facile dès lors d'en faire des dilutions plus étendues.
Eau, — Pour servir aux divers usages hislologiques, l'eau doit Choixdercau. être filtrée. Les laboratoires possèdent en général à cet effet une fontaine fdlrante ; à son défaut, il suffit de filtrer l'eau sur du papier Joseph.
En outre, il est absolument nécessaire d'avoir de l'eau distillée. Pour s'assurer qu'elle l'est en effet, on y verse une goutte de nitrate d'argent pour reconnaître si elle contient des chlorures ; on l'évaporé à siccité pour voir si elle laisse un dépôt, etc.
AlcooL — C'est, après l'eau, le réactif le plus important. On l'emploie à différents titres : l'alcool ordinaire à 36° de Cartier, l'alcool fort à 40°, et l'alcool absolu.
Quand on fait des recherches minutieuses, il faut vérifier auparavant le titre de l'alcool au moyen d'un alcoolomètre. Aieooiâbsoiu. L'alcool absolu est un réactif précieux, mais il est nécessaire qu'il soit en réalité tout à fait exempt d'eau; il faut donc un moyen simple et expéditif de le reconnaître. Pour cela, on calcine du sulfate de cuivre ordinaire dans une capsule de porcelaine sur une lampe à alcool ou à gaz. Le sel devient blanc. On en met une parcelle au fond d'une éprouvette avec un peu de l'alcool que l'on veut essayer. Si l'alcool est absolu, le sel reste blanc; s'il contient de Teau, le sel s'en empare, s'hydrate, et reprend une couleur bleuâtre ou verdûtre.
Il faut maintenir l'alcool absolu dans des flacons bien bouchés, non-seulement parce qu'il s'évapore, mais parce qu'il est hygrométrique et qu'il absorberait la vapeur d'eau de l'atmosphère.
Glycérine, — La bonne glycérine doit être sirupeuse, exactement soluble dans l'eau et dans l'alcool. Il est nécessaire qu'elle ne soit pas acide, ce que l'on constate au moyen du papier de tournesol ; il faut aussi qu'elle ne contienne pas de plomb, ce que l'on reconnaît au moyen de l'hydrogène sulfuré, ou du sulfhydrate d'ammoniaque.
Éther.
Chloroforme,
Essences diverses :
Térébenthine.
Essence de girofle ou cC oeillet. — Elle doit être très-peu colorée. Benzine. Huile (T olive,
Paraffine.
Cire vierge.
Bitume de Judée.
Cire à cacheter. — Elle doit être de première qualité et devenir souple dans la main.
Baume du Canada, — On connaît sous ce nom des résines de provenances diverses. Le meilleur baume est celui dont l'indice de réfraction se rapproche le plus de celui du verre. Pour s'en assurer, il suffit de plonger dans le flacon qui le contient une baguette de verre. Quand le baume possède cette qualité, la ba-
guette de verre devient invisible (voy. plus haut, page 13) ou n'est plus reconnaissable qu'à ses stries.
Mastic en larmes.
Résine de dammar (ou d'Ammar, d'après les fournisseurs parisiens).
Térébenthine cuite.
Collodion. — Il ne faut pas qu'il soit riciné.
Acides :
Acide azotique. — Le mieux est de l'avoir en solution à 20
pour 100.
Acide chlorhydrique. — Il faut en avoir tel qu'on le livre dans le commerce, et en conserver en outre une solution al pour 100.
Acide sulfurique mxmohydraté. — On en conserve tel quel, et en outre on s'en fait une solution à 1 pour 100.
Adde arsénieux.
Acide chromique. — C'est un réactif important. Il ne faut accepter des marchands de produits chimiques que de l'acide chromique solide ; autrement on ne peut avoir aucune certitude pour le titrage des solutions qu'on en fera. Pour la même raison, il faut le conserver dans des flacons bien bouchés, car il est hygrométrique. Comme il est diflîcile à maintenir sec, il vaut mieux le garder en solution définie, par exemple à 1 pour 100 ; avec cette solution, il est facile d'avoir les dilutions plus étendues dont on se sert. On le renferme dans des flacons bouchés à l'émeri.
Acide osmique. — Ce réactif, introduit depuis peu de temps en histologie, se trouve dans le commerce contenu dans des tubes fermés à la lampe, sous la forme de masses vitreuses transparentes.
Pour en faire une solution, on prend un flacon lavé à l'acide sulfurique et ensuite à l'eau distillée, afin de détruire toutes les matières organiques ; on met dans ce flacon une quantité d'eau distillée déterminée ; puis on prend un de ces tubes scellés, on le pèse, et après en avoir brisé les deux extrémités, on le plonge dans le flacon, avec les deux bouts brisés. L'acide osmique se dissout assez lentement : quand la dissolution est effectuée, on retire le tube et les deux bouts cassés ; on pèse le verre, et Ton en conclut le poids de l'acide osmique qui s'est dissous. Il faut calculer approximativement la quantité d'eau qu'on met dans le flacon par rapport au poids présumé de l'acide osmique, de manière à n'avoir pas une dilution trop étendue. Une fois le
Précautions
pour les
soluUoas
d'acide
osmique.
poids d'acide osmique et le poids d'eau employé connus, on ajoute la quantité d'eau qu'il faut pour avoir une solution titrée à 2 pour 100 ou à 1 pour 100. Pour conserver cette solution, il est indispensable de la mettre dans des matras allongés ou dans des ballons fermés h la lampe. Vu leur prix élevé, on n'emploie ces solutions qu'en petite quantité; quand on en a besoin, on brise d'un trait de lime l'extrémité scellée du tube ; on verse la quantité voulue dans un petit flacon sur le tissu que l'on y a déposé préalablement; puis on referme le tube, soit à la lampe, soit à la cire à cacheter.
A propos du maniement de l'acide osmique, il est essentiel de noter que celte substance est toxique; de plus, ses vapeurs peuvent déterminer une irritation et même une inflammation de la conjonctive : il faut donc la manier avec la plus grande précaution.
Acide ojcalique. — OnTemploieen solutions saturées à froid. Son usage est très-limité.
Acide formique, — Il doit être incolore et exhaler sort odeur caractéristique.
Acide acétique, — Il faut en prendre qui soit cristallisable, ce qu'on peut constater directement en hiver. On a alors un point de départ exact pour les dilutions.
Acide tartrique, — Les solutions de cet acide les mieux faites, les mieux bouchées, se couvrent de moisissures. Il faut le conserver en cristaux.
Acide picrique, — 11 est solide, en petites lames cristallines d'un jaune-serin franc. Les solutions doivent être préparées d'avance ; comme on les emploie concentrées, il faut laisser des cristaux d'acide picrique dans le fond du flacon.
Acide phénique, — Cet acide doit être pur et cristallisé; il est hygrométrique. Il convient d'en avoir des solutions à \ pour 100 et à 2 pour 100.
Alcalis :
Potasse et soude caustiques. — On les conserve en solutions à 4-0 pour 100, sauf à les diluer suivant le besoin; il faut se garder de les mettre dans des flacons bouchés à l'émeri, car on n'arrive plus à les ouvrir. 11 vaut mieux avoir des flacons à fermeture de caoutchouc; seulement il ne faut pas prendre du caoutchouc vulcanisé, autrement il se forme du sulfure de potassium. Le papier de l'étiquette doit être verni pour que la solution alcaline ne l'attaque pas.
Ammoniaque, — On l'a dans les laboratoires à l'étal de solution, et comme elle s'évapore constamment, on ne peut la conserver titrée. Un titi-age exact de cette substance n'est du reste pas nécessaire à l'histologiste.
Chaux et baryte. — Ce sont deux corps qui ont à peu près le même usage ; on les emploie à l'élat d'eau de chaux ou de baryte, que l'on conserNe dans des flacons bien bouchés. Substances salines :
Chlorure de sodium.
Bichromate de potasse.
Chlorate de potasse,
Bichlorure de mercure.
Nitrate d'argent, — Il faut le prendre cristallisé pour être sûr de l'avoir pur; il ne s'altère pas du tout à la lumière quand il ne renferme pas de matières organiques; les flacons jaunes ou bleus sont complètement inutiles. — On en fait des solutions à 1 pourlOO.
Chlorure d'or, — On le trouve dans le commerce en masses d'un beau jaune, ayant l'apparence de la cire. On en fait des solutions à 1 pour 100 ou l.pour 300. 11 ne s'altère guère à la lumière diffuse, cependant il vaut mieux le conserver dans un endroit sombre.
Chlorure double d!oret de potassium, — Il est jaune, franchement cristallin, employé aux mêmes doses que le chlorure d'or.
Chlorure de palladium, — Il est brunâtre, amorphe; on le conserve en solution à \ pour 100. 11 faut ajouter quelques gouttes d'acide chlorhydrique.
Sulfate de cuivre.
Sulfate de peroxyde de fer.
Prussiate jaune de potasse.
lodure de potassium , Matières colorantes :
Iode,
Carmin. — Le carmin n'est pas une substance définie. Il s'obtient par précipitation de la solution aqueuse de la cochenille au moyen de réactifs divers qui varient suivant les fabricants, et dont ces derniers font un secret. Les carmins sont très-divers ; leur prix varie de 80 à 160 francs le kilogramme. Le bon carmin doit être léger et présenter une couleur d'un rouge vif; il est insoluble dans l'eau, mais forme avec elle une pâte homogène
d'un rouge opaque; en y ajoutant goutte à goutte de l'ammoniaque, le carmin doit se dissoudre entièrement et donner une liqueur transparente qui ne présente au microscope aucun débris solide.
Sulfate et acétate de rosaniline, — Le sulfate et l'acétate de rosaniline se trouvent dans le commerce sous le nom de rouge d'aniline, lis se présentent l'un et l'autre sous la forme de cristaux d'un vert métallique. Ils sont solubles l'un et l'autre dans l'eau distillée, mais Tacétatc est plus soluble que le sulfate; ils sont beaucoup plus solubles dans l'alcool et dans l'acide acétique. Il est bon d'avoir dos solutions toutes préparées de ces sels dans ces différents liquides.
Carmin cV indigo, — On appelle ainsi le sulfo-indigotate de soude qu'on trouve dans le commerce sous la forme d'une pâte bleue molle, soluble dans l'eau.
Bleu d'anilhie, — Il se présente sous la forme d'une poudre brune ; on en trouve dans le commerce deux espèces également utiles en histologie : la première, soluble dans l'alcool, insoluble dans l'eau; la seconde, soluble dans l'eau et dans l'alcool.
Vermillon, — Celui qu'il faut prendre est le vermillon en tablettes qu'emploient les aquarellistes. 11 y en a deux espèces: le vermillon français et anglais, et le vermillon de Chine. Ce dernier contient des particules solides cristallines et transparentes, beaucoup plus facilement reconnaissables que celles de l'autre, et comme c'est pour reconnaître les traces de la matière colorante qu'on l'emploie, il vaut mieux en prendre de cette espèce.
Bleu de quinoléine, — Cette substance se trouve dans le commerce ; à Paris, on peut s'en procurer à la Pharmacie centrale de France. Elle se présente sous la forme de cristaux opaques, verdâtres, métalliques; ce bleu est insoluble dans l'eau, mais il est soluble dans l'alcool et dans les mélanges d'alcool et d'eau. La potasse et la soude n'altèrent pas la couleur des solutions ; l'acide acétique et la plupart des autres acides rendent les solutions du bleu de quinoléine incolores. On peut le conserver en solution alcoolique, et, pour en faire usage, on mélange en proportions variées cette solution avec de l'eau distillée.
Hématoxyline, — L'hématoxyline est une substance définie, cristallisable, qu'on retire du bois de Campôche; elle se présente sous la forme de cristaux ou de masses cristallines légè-
RÉACTIFS CHIMIQUES. g»
rement teintées de rose. On l'emploie en solution alcoolique i 6 ou 8 pour 100.
Il n'est pas nécessaire, on le conçoit, d'avoir tous ces réactifs sur la lal>le de ti-avail; mais il y en a quelques-uns des plus usilésqu'il faut avoir toujours à la portée de la main pour en disposer, sans être obligé de se déianger. C'est l'eau distillée, la glycérine, l'acide acétique, une solution d'iode et une solution canninée. Dans ce but, le mieux est de se servir d'un petit appareil composé de 5 ou 6 pe- . tits flacons placés dans un cristallisoir de là centimètres environ de diamètre cl maintenus par une lame de liège percée de ti'ous dans lesquels ils sont placés (Qg. Si) ; on évite ainsi de les renverser. Ces petits Oacons doivent être munis d'un boucbon à pipette qui plonge Jusqu'au Tond du vase et qui est muni à son extrémité supérieure d'un petit trou pour laisser passer l'aii'.
Arec celte pipette qu'on sort du llacon en mettant le doigt sur le trou, il est très-facile de déposer sur la lame une goutte d'un liquide quelconque. Il Taut bouclier avec de la cire à cacheter le trou de la pipette du Qacon de glycérine; autrement celle-ci monte dans la pipette jusqu'à déborder. On couvre cette boîte d'une cloche pour la maintenir à l'abri de la poussière.