HISTOLOGIQUES
Les méthodes qu'on emploie en histologie pour étudier les tissus sont nombreuses et variées. Elles peuvent différer suivant une série de circonstances et en particulier suivant la nature du tissu que Ton étudie, suivant ses qualités physiques : sa plus ou moins grande dureté, sa transparence, etc.; suivant ses qualités chimiques : son acidité ou son alcalinité ; enfin suivant son âge et suivant Tanimal dont il est tiré.
Chaque tissu est en effet pour Thistologiste un problème auquel il applique, d'une part toutesles ressources de son esprit, et de l'autre tous les moyens mécaniques, physiques, chimiques, etc., dont il peut disposer pour arriver à en trouver la solution et à comprendre exactement la façon dont sont disposés les éléments. Les manières d'étudier un tissu peuvent être variées indéfiniment : non-seulement on peut soumettre, ce tissu à tous les réactifs durcissants, colorants ou autres que nous allons énumérer, pour en faire des préparations susceptibles de l'observation microscopique; nonseulement on pourra en colorer les canaux sanguins ou les canaux excréteurs ; changer le degré de réfringence de certains éléments pour les faire apparaître plus nettement, ou les faire disparaître devant d'autres; en isoler par des moyens divers les éléments constituants, en un mot faire sur un tissu mort tous les genres de préparation ; mais encore sur l'animal vivant, on pourra produire des modifications, comme par exemple de l'œdème, de l'inflammation, des embolies, et d'autres désordres qui, en exagérant certains phénomènes, en transformant certains éléments, rendront sensibles à l'œil des faits qui ne l'étaient pas à l'état normal.
Des C'est en effet en variant le plus possible les méthodes d'investi-
lioni gation qu'on arrive à acquérir les notions les plus exactes
ralement en usage, on n'arrive pas à distinguer nettement sous le microscope, soit la forme, soit la disposition relative des éléments ; lorsque différents observateurs voient la même prépara-
lion SOUS différents aspects, et sont divisés dans les interprétations qu'ils en donnent , il est inutile de discuter longtemps et d'apporter des arguments pour telle ou telle explication de l'image donnée par le microscope. — La discussion à elle seule indique que la méthode employée est insuffisante, incomplète, puisqu'elle ne donne pas d'images nettes, et la seule chose à laire, c'est de se mettre à la recherche de procédés nouveaux. En effet, si devant une image microscopique, plusieurs histologistes exercés ne sont pas du même avis sur la forme réelle de l'objet qu'elle représente, c'est que cette image n'est pas nette. Par exemple, on a longtemps discuté et l'on discute encore pour savoir si, dans la queue du têtard, les vaisseaux lymphatiques sont, oui ou non, en connexion par leurs extrémités avec les cellules étoilées, d'autres disent les espaces étoiles qu'on y voit. Par les méthodes usitées jusqu'à présent (nitrate d'argent, imprégnation) on obtient des préparations sur lesquelles on peut discuter longuement; les uns voient la connexion avec les cellules, les autres la nient. Le procédé à suivre dans ce cas n'est pas de continuer à faire des préparations à l'argent et à les examiner avec une attention soutenue, à discuter toutes les possibilités, à raisonner, c^mme bien des auteurs l'ont fait, sur la probabilité plus ou moins grande de Tune ou de l'autre hypothèse ; la seule chose à faire consiste à chercher une nouvelle méthode, soit des coupes transversales, soit des injections colorées dans les vaisseaux Ijtuphatiques, soit tout autre procédé à Taide duquel on aura des images nettes et indiscutables.
Citons un autre exemple du même genre sur lequel nous reviendrons plus tard; tant (ju'on n'examinait le tissu conjonctif que sur des coupes transversales faites après dessiccation et colorées au carmin, on arrivait à voir des cellules étoilées ; des discussions interminables se sont engagées entre les différents histologistes à propos de ces cellules dites plasmatiques : d'après les uns, c'étaient réellement des cellules anastomosées; d'après les autres, c'étaient des espaces lacunaires reliés par des canaux. En somme, on n'est arrivé à aucun progrès avant que l'on n'eût essayé de nouvelles méthodes. Les injections interstitielles, l'étude des tendons, ont complètement changé la science sur ce point, comme nous le verrons à propos du tissu conjonctif, et elles ont emporté avec elles la base même de la discussion, les cellules plasmatiques. '
Importance «les méthodes.
Histologie
sans «licrosoope.
Nous pourrions multiplier ces exemples : montrer comment la méthode de l'imprégnation à l'argent, par exemple, a fait cesser toutes les discussions sur la nature de la paroi interne des vaisseaux; comment l'emploi de la platine chauffante a démontré que, chez les animaux à sang chaud, les globules blancs sont susceptibles de mouvements amiboïdes comme ceux de la grenouille. Mais nous aurons à revenir sur ces questions à propos de chaque tissu, à mesure que nous les étudierons; nous verrons que c'est chaque fois, non pas grâce à un génie supérieur ou à une interprétation bien faite que la science se fait ou se modifie sur un point, mais grâce à une nouvelle méthode, grâce à la découverte soit d'une nouvelle matière colorante, soit d'un procédé de durcissement ou d'extension plus parfait. C'est donc de ce côté-là que l'histologiste doit diriger toute son attention ; il est absolument nécessaire qu'il connaisse à fond tous les détails des procédés à employer, et qu'il sache la raison de chacun d'eux, afin qu'il puisse les modifier suivant le but particuHer qu'il se propose d'atteindre.
L'histologie ne peut, nous le voyons, faire des progrès que grâce à une technique bien connue, bien nette, bien formulée, qui puisse servir de base aux recherches et de point de départ à la découverte de nouvelles méthodes.
A propos de chaque tissu que nous étudierons, nous devrons, d'après cela, décrire les diverses méthodes qui permettent d'en distinguer les éléments et d'en reconnaître la forme; mais, avant d'aborder cette étude détaillée des tissus en particulier qui fera l'objet de notre seconde partie, nous allons nous occuper des méthodes générales, c'est-à-dire des méthodes qui s'appliquent plus ou moins à tous les tissus, et en particulier des procédés variés par lesquels on en fait des préparations histologiques, c'est-àdire par lesquels leur observation au microscope est rendue possible.
L'étude de l'anatomie générale s'est faite d'abord sans l'aide du microscope, et Bichat, qu'on peut considérer comme le fondateur de cette science, n'en faisait pas usage. Après lui, on a continué pendant assez longtemps à faire des observations à l'œil nu, et à les contrôler par l'étude des propriétés physiologiques que l'on constatait sur les tissus. On était arrivé ainsi à avoir en anatomie générale, avant l'emploi du microscope, une
série de notions plus ou moins exactes, mais très-incomplètes, sur la nature des tissus.
C'est ainsi qu'on avait reconnu dans le tissu cellulaire des fibres el des lames limitant des cavités; on insufflait le tissu, et Ton obsen-ait la forme que prenaient ses mailles. On y injectiiit des liquides qu'on faisait geler, et en recueillant les petits glaçons ainsi produits, on concluait de leur dimension et de leur forme à celle des cavités du tissu.
On savait que le tissu adipeux contenait de la graisse ; en l'écrasant sur un papier, il y faisait une tache qui ne séchail pas; maison croyait que cette graisse était simplement déposée dans la trame du tissu conjonctif, comme la sérosité ou un liquide injecté.
Dans les tendons, on avait constaté l'existence de fibres. Dans les os, celle de petits peiluis, et puis de lacunes plus considé- • râbles; on avait reconnu un tissu mou à l'intérieur, et autour une membrane spéciale, le périoste, dont on connaissait, entre autres propriétés, celle de régénérer l'os. Mais au delà on était impuissant, on ne savait si l'os était composé de lames ou de libres; comme les os longs se laissaient cliver dans leur longueur et non pas en travers, on admettait cependant des libres longitudinales.
Pour les cartilages, on nc! connaissait guère que leur transparence, leur élasticité spéciale. On ne soupçonnait pas dans leur intérieur d'éléments cellulaires, on discutait leur vitalité.
Pour les muscles, on connaissait leur constitution fibrillaire, mais sans avoir la notion de l'existence d(*s faisceaux primitifs.
On n'avait sur la structure des nerfs que des notions bien insuffisantes, et Bichat lui-même croyait qu'ils étaient formés par une enveloppe membraneuse contenant une substance qu'il appelait la moelle ner\euse, et qui s'y trouvait renfermée comme le sang dans les vaisseaux.
Le sang était simplement un liquide coloré; cependant, même avant l'emploi du microscope, on aurait pu savoir qu'il contenait des parties solides, puisqu'au sortir des vaisseaux il est opaque, et que l'addition d'eîiu le rend transparent. L'eau devail donc dissoudre des parties solides qui le rendaient opaque tout d'abord.
On avait donc, avant l'application du microscope à l'étude des Nécessité
, * de 1 examen
tissus, une série de notions plus ou moins exactes sur leur constitu- ^ *'«" "" tion élémentaire. Aujourd'hui, l'emploi de cet instrument a fait faire des progrès immenses à la science histologique, et nous avons des notions bien plus complètes et plus exactes sur la structure
des éléments de l'organisme. Cependant l'étude des tissus à l'œil nu ne doit pas être négligée. Môme sur des préparations spécialement faites pour le microscope, il y a bien des choses qui s'apprécient à l'œil nu. C'est ainsi que, si l'on examine à contre-jour une lamelle d'os rendue transparente par suite de son extrême minceur, on y aperçoit les canaux de Havers, et si la pièce a été colorée auparavant, on peut même y distinguer leur trajet et leur distribution.
Il est essentiel de faire cet examen préalable pour tous les tissus que l'on soumet ensuite à l'observation microscopique. On peut apprécier, soit la couleur, soit la forme, soit l'aspect général des tissus, de telle façon que sans avoir besoin de recourir au • microscope, il est possible de dire, rien qu'en regardant une pré- . paration, quel est le tissu qui la compose. Ainsi, pour les muscles, leur aspect nacré et miroitant les fait reconnaître au premier abord (du reste, cet aspect est dû à une structure analogue à celle de la nacre, c'est-à-dire à une striation très-fine); pour le tissu adipeux, la série de cercles brillants et réfringents qu'on y distingue se reconnaît facilement dès qu'on l'a vue une fois. Pour des organes plus compliqués, à la formation desquels concourent plusieurs tissus, l'examen à l'œil nu devient impuissant; il est absolument impossible, sans l'aide du microscope, de discerner la complexité de leurs éléments.
L'examen préalable à l'œil nu acquiert une grande importance dans l'étude des tumeurs ; comme on n'en connaît pas du tout le tissu à priori, il importe, avant de les soumettre aux différents procédés de durcissement et de coloration dont nous parlerons plus loin, de savoir à peu près quelle peut être la nature du tissu ou des tissus qui les constituent; c'est en effet d'après Thypothèse à laquelle on se range qu'on se décide pour le choix des réactifs auxquels on les soumet. La plupart du temps un histologiste exercé devine à peu près, en examinant à l'œil nu une tumeur, quelle est la nature du tissu qui la constitue. conditioiM Cet examen à l'œil nu ne doit être, on le conçoit aisément, raiSSîSîe*" qu'une étude préalable. L'étude d'une pièce histologique quelconque n'est sérieuse et complète que lorsque cette pièce a été examinée au microsco[)e avec de bons objectifs et sous des grossissements variés. Ces observations ne peuvent se faire avec exactitude qu'à la lumière transmise, la seule qui permette de pénétrer, en abaissant plus ou moins l'objectif,
(lans rintérieur de la [)réparation , et de se rendre compte d<» la forme, de la dimension et de la position relative des éléments dans les tissus que Ton étudie. Il est donc nécessaire que les préparations soient transparentes, c'est-à-dire qu'elles laissent passer la lumière, et pour cela, la première condition c'est que les fragments de tissus soient très-petits ou très-minces. De plus, il y a des parties qui, malgré leur minceur, restent plus ou moins opaques, et il faut les soumettre, pour les rendre transparentes, à l'action de liquides appropriés. Pour bien distinguer dans les tissus certains éléments, il est souvent opportun d'en lairedisparaître d'autres qui leur sont interposés et qui empêchent de les bien voir. On a recours pour cela à Taction de réactifs qui augmentent la réfringence de quelques-uns d'entré eux et les rendent plus visibles, tandis qu'ils réduisent celle des autres à l'indice de réfratlion du milieu ou ils se trouvent, et les rendent par conséquent invisibles. Ënfm, cm soumettant méthodiquement les tissus à l'action de certaines matières colorantes, on obtient des préparations où quelques parties seules sont colorées, et où elles deviennent dès lors bien visibles et distinctes d(»s autres.
lies méthodes générales, c'est-à-dire les procédés divers parle moyen desquels on fait subir aux tissus ou aux organes les moditiratîons nécessaires pour les rendre propres àTc^xamen microscopique, peuvent se diviser en sept groupes principaux :
Les méthodes à employer pour l'étude des éléments qui, à l'état normal, flottent dans un liquide.
I/es méthodes pour tendre les filaments, pour étendre et développer bîs membranes.
I>?s méthodes de dissociation et de dissection.
I^es méthodes pour faire les coupes lines.
L«\s méthodes de <-oloration et d'imprégnation, et les procédés pour augmenter la transparence des objets.
Les méthodes pour injecter Ir's vaisseaux et les conduits glandulaires.
I^s méthodes pour la conservation des préparations.
RàKVlKB, Hiftoi.
4Ϋ TFiAITK TECHNIQUE D'HISTOLOGIE.