SUR LES CENTRES NERVEUX
Par l'examen comparatif des coupes du cerveau, du cervelet et de la moelle dont les vaisseaux sanguins ont été injectés, on constate sans peine que ce sont les régions des centres cérébro-spinaux dans lesquelles se trouvent des cellules ganglionnaires qui possèdent le réseau vasculaire le plus riche. On a vu également que, dans le système sympathique, les ganglions ont un appareil vasculaire d'une grande richesse, tandis que RiciiesM tables cordons nerveux sont aussi pauvres en vaisseaux sanguins *^"îubiunce** que les nerfs du système cérébro-spinal. Les cordons blancs de ^^^' la moelle épinière, la substance blanche du cerveau et du cervelet sont alimentés par un réseau capillaire qui n'est guère plus serré. De tous ces faits, il faut conclure que dans le système nerveux le travail fonctionnel se produit surtout dans les centres ganglionnaires, et que la transmission des incitations motrices et des impressions sensitives, qui se fait par les nerfs, par les cordons blancs de la moelle épinière et par la substance blanche du cerveau, ne nécessite pas des échanges nutritifs importants et n'exige pas une grande activité organique.
La richesse vasculaire qui, dans tous les organes, parait être en relations avec leur activité, dans les centres nerveux semble . surtout nécessaire pour déterminer l'incitation motrice. Elle est grande, en effet, dans les centres qui jouissent de cette propriété et dans lesquels on n'a pas encore découvert de sensi-
bilité proprement dite, par exemple les ganglions purement sympathiques. Cela conduit nécessairement à poser la question, es mo- débattue depuis bien longtemps, de la division des cellules ganglionnaires en cellules motrices et en cellules sensitives. L existence de cellules motrices est incontestable, elle est démontrée par les expériences que Ton a faites sur le cœur de la grenouille' : mais Texistence de cellules douées seulement de sensibilité n est nullement établie. Nous avons vu, par exemple, dans la moelle épinière, les fibres des racines postérieures, qui sont sensitives. aller jusque dans les cornes antérieures, où se trouvent les cellules motrices. Quant aux cellules des ganglions spinaux, qui sont annexées à des fibres nerveuses purement sensitives, aussi bien que les cellules que Ton rencontre à la périphérie dans de^» nerfs de sensibilité spéciale comme le glosso-phar^ngien ou l'acoustique et les cellules multipolaires de la rétine pour le nerl optique, rien n autorise à les considérer comme des cellules sensitives. Nous avons môme été conduit à les rattacher aux cellules motrices, en ce sens qu'elles agiraient sur les tubes nerveux sensitifs qui sont en rapport avec elles pour diminuer ou pour atténuer leur irritabilité quand cela est nécessaire. Du reste, en bomu* logique, il faut admettre quç les cellules motiices sont sensibles: autrement, elles ne réagiraient pas sous Tinlluence d'une excitation venant du dehors, pour envoyer une incitation motrice. A ce point de vue, il n'y a pas d'expérience plus intéi*essanto que celle que l'on peut faire sur la torpille.
Chez cet animal, les nerfs de l'organe électrique, naissent de deux lobes cérébraux distincts (voy. page 780 et fig. 261). Ces lobes sont entièrement formés de substance grise; ou y trouve un nombre considérable de cellules multipolaires, toute^ semblables, dont les prolongements cylindraxiles forment les cylindres-axes des nerfs électriques. Ce sont même les cellule> ganglionnaires sur lesquelles il est le plus facile, au moyen des injections interstitielles d'acide osmique, d'observer la formation d'une fibre nerveuse à myéline aux dépens d'un prolongement biiitédes cylindraxile. Toutes ces cellules sont des cellules motrices, c'estirices. à-dire à action centrifuge. Or, il suffit de loucher très-légèn^ ment, après l'avoir mis à nu, le lobe électrique, pour déterminer de violentes décharges. De toutes les expériences que Ton peut faire
* Voyei la note de la page 845 et suivantes.
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sur le système nerveux pour démontrer le rôle important des cellules ganglionnaires et Texcitabilité ou sensibilité des cellules motrices, il n'y en a pas de plus nettes.
Les observations de Golgi sur la division des prolongements w^ision du cylindraxilesdes cellules ganglionnaires du cei'veau et du cervelet cjîindra!iie" rendent compte de certains phénomènes de la sensibilité que chacun peut observer sur lui-même, phénomènes qui consistent dans la sensation de picotements ou de douleur que Ton éprouve dans certaines régions de la peau ou des muqueuses, lorsqu'on irrite une tout autre région de la surface du corps. Ce phénomène semble résulter de ce que deux libres nerveuses, venant, l'une de la région irritée, l'autre de la région à laquelle on rapporte la sensation, arrivent à la môme cellule nerveuse. Avec les anciennes données de Deifers, d'après lequel le prolongement cylindraxile restait indivis, il était impossible de concevoir comment ce phénomène pouvait se produire.
L'obser>ation des tubes nerveux en T des ganglions spinaux Fiuioode conduit à admettre qu'une fibre nerveuse peut être en rapport *^"a7cs? "*" avec plusieurs cellules ganglionnaires. 11 doit en être nécessairement ainsi pour les fibres nerveuses qui animent les faisceaux musculaires, parce que, en général, chaque faisceau des muscles striés ne reçoit qu'une fibre nerveuse et que cette fibre peut être mise en jeu, non seulement par la volonté, mais encore par une action inconsciente de la moelle épinière, ainsi que l'établit, d'une manière incontestable, l'expérience classique des mouvements réflexes, qui se produisent lorsqu'on a séparé la moelle du cerveau, et même lorsqu'on a complètement enlevé ce dernier organe.
11 est une question que nous avons négligée, avec intention, dans la description des préparations du cerveau, du cervelet et de la moelle épinière, parce qu'elle est très-générale, et qu'on n'y peut répondre qu'autant qu'on envisage^ d'aulœs organes, par exemple les ganglions sympathiques et la rétine. Cette question est relative aux prolongements protoplasmiques des cellules ganglionnaires. Jusqu'à présent, il a été impossible de déterminer, par une observation directe, la terminaison ou les rapports ultimes de ces prolongements. Gerlach a bien dit que les prolongements des différentes cellules ganglionnaires Termintiwn voisines dans les cornes de la moelle, s'anastomosent les uns i^nïï**pwSavec les autres, en formant un l'éseau d'une délicatesse extrême; p»*»«»'<i"«*
Golgi a bien soutenu que les prolongements protoplasmiques se continuent avec les fibres de la ncvroglic ; mais ce sont là des hypothèses anatomiques, et, poun ma part, bien que j*aie appliqué à cette recherche les méthodes de Gerlach, celle de Golgi et même bien d'autres sur différents déparlements des centres nerveux, notamment sur le lobe éleclrique de la torpille où, la disposition des éléments nerveux n'étant pas compliquée, il devait être facile d'arriver à une solution, il m'a été complètement impossible de l'obtenir. Ainsi, pour se faire une opinion sur le sort des prolongements protoplasmiques des cellules ganglionnaires, il faut employer la méthode comparative, méthode extrêmement fructueuse, essentielle en anatomie générale.
Les cellules des ganglions sympathiques, comme on Ta vu, (page 1027) chez les mamuifères, sont multipolaires, et chaque prolongement devient fibre nerveuse.
Toutes les fibres du nerf optique passent dans le prolongement cylindraxile des cellules multipolaires de la rétine, de telle sorte que les impressions sensitives de cette membrane, pour arriver au cerveau, doivent nécessairement passer par les prolongements protoplasmiques des cellules multipolaires; et, comme la vision nette ne saurait se produire que si l'impression sur chaque cellule visuelle est transmise absolument distincte, il faut que la fibre nerveuse qui est chargée de cette fonction ne se confonde avec d'autres fibres sur aucun point de son trajet. Elle peut former avec elles des intrications plexiformes comme celles qui st» produisent dans le plexus basai ou dans le plexus cérébral, voiro même dans les cellules ganglionnaires ; mais elle ne doit jamais se confondre avec d'autres fibres dans un véritable réseau neneux.
Les prolongements protoplasmiques des cellules ganglionnaires sont donc des équivalents des fibres nerveuses, et tout porto à croire qu'ils sont en rapport avec des fibres de sensibilité cl qu'ils sont chargés de transmettre des impressions sensitives. Mais, aujourd'hui, il n'y a pas de méthode histologique, je \o répète, qui permette d'obser>er, d'une manière certaine, les relations des prolongements protoplasmiques des cellules ganglionnaires avec les libres nerveuses, à plus forte raison, avec des fibres de la sensibilité générale ou spéciale.