‹ Traité théorique et clinique de percussion et d’auscultation, avec un appendice sur l'inspection, la palpation et la mensuration de la poitrineChapitre 118 sur 151 · INSUFFISANCE MITRA LE · texte numérisé non relu

INSUFFISANCE MITRA LE

fice, dans les cas si fréquents où ce rétrécissement résulte de la rigidité des valves altérées de cet orifice.

On a aussi admis une insuffisance mitrale sans lésions de la valvule. Marc Sée, dont j'ai rappelé la théorie physiologique de l'occlusion des orifices auriculo-venlriculaires, et qui explique cette occlusion par la tension des valvules mitrale et tricuspide, a expliqué ces insuffisances sans lésion par l'affaiblissement des contractions cardiaques, et, par suite, par le défaut de tension suffisante de ces valvules. Ainsi se comprendraient les insuffisances mitrales observées par Peacok, par Skoda dans le cours de la fièvre typhoïde, par Gangolphe dans certains ictères, et par Jaccoud , qui a rencontré cette insuffisance dans un fait ne présentant pas d'autre lésion qu'une dégénérescence graisseuse du cœur.

Signes physiques. — Lorsque l'insuffisance mitrale se rattache à une lésion anatomique, la percussion révèle, par la matité exagérée de la lésion précordiale, l'hypertrophie globuleuse du cœur gauche, qui accompagne toujours cette insuffisance. Cette matité peut mesurer jusqu'à 15 ou 16 centimètres en largeur, et 20 en hauteur. Il y a à son niveau un frémissement cataire débutant avec la systole ventriculaire ou le choc du cœur, et cessant au début de la diastole. Ou l'a considéré par cela même comme absolument caractéristique de l'insuffisance mitrale.

A Y auscultation, l'insuffisance mitrale se caractérise par un souffle dû au reflux du sang dans l'oreillette au moment de la systole ventriculaire, c'est-à-dire au moment de l'impulsion du cœur. Il est donc systolique impulsif. Ce souffle se propage de la pointe du cœur vers l'aisselle gauche, mais il présente celte singularité d'avoir son maximum d'intensité à la pointe du cœur, contrairement au courant sanguin (fig. 91). J'ai déjà discuté, dans la première parlie, les causes auxquelles on a attribué cette anomalie

apparente; je n'ai donc pas à y revenir ici. L'intensité de ce souffle est variable dans l'insuffisance mitrale, et il est loin d'avoir une intensité qui soit toujours proportionnée à la gravité de la lésion anatomique. On rencontre en effet quelquefois un souffle très-faiblement accusé avec un rétrécissement très-étroit de l'ouverture rigide qui constitue l'insuffisance, ce qui dépend de la quantité très-minime de sang qui traverse ce rétrécissement. Le plus souvent cependant l'induration inégale de la lésion s'accompagne d'un souffle rude et énergique (1).

Fig. 91.

Souffle caractérisant l'insuffisance mitrale, ayant son maximum à la pointe du cœur hypertrophié.

Quelle quesoit l'intensité de ce souffle, ses caractères sont très-variés comme tonalité ou comme timbre. Doux ou rude, et dans ce dernier cas associé au frémissement cataire dont il est question plus haut, ce souffle prend parfois un timbre musical : celui d'un piaulement bien caractérisé, et d'autres

(1) Je dois ajouter que ce souffle n'est pas constant. Mats Hérard n'est-il pas allé trop loin en disant que cette insuffisance mitrale ne paraît pas, dans l'immense majorité des cas, susceptible de produire un bruit de souffle? Ce n'est pas, je crois, ce que l'on admet généralement.

Page 1