SIGNES MORBIDES. - BRUITS DE COLLISION
Conditions anatomiques et physiques. — Ces bruits sont produits par la percussion pratiquée au niveau d'une partie contenant de l'air, alors que le choc de percussion rapproche brusquement les parois opposées de l'espace occupé par cet air, en chassant instantanément ce dernier. On en a la preuve si l'on percute sur un plessimètre en laissant de l'air interposé entre lui et la peau, surtout si cette peau est garnie de poils (Gultmann). Il faut, comme condition anatoraique, que les parois qui se rejoignent brusquement ne soient pas trop écartées l'une de l'autre, et de plus qu'elles soient dans un état de relâchement convenable pour que cette collision s'effectue. La présence d'un liquide avec l'air n'est pas indispensable, comme on l'a pensé, pour que le bruit de collision se manifeste. La collision ne s'effectue pas chez l'homme sain, parce que le poumon a les parois de ses vides aériens dans un état de tension forcée qui les maintient en béance. Mais si le poumon a un volume considérable ou bien s'il est rétracté ou refoulé, il n'est plus distendu, ses fibres sont relâcbées, et si les parois thoraciques sont élastiques et facilement dépressibles, une percussion brusque peut produire le bruit de collision. C'est ce qui arrive chez certains enfants sains du premier âge, qui pleurent ou qui crient (1).
En Allemagne, on explique simplement le bruit de collision pulmonaire (de pot fêlé) par le brusque échappement de la couche d'air confinée dans la partie percutée; mais on doit y ajouter la collision des parois de l'espace occupé par l'air, d'où résulte cet échappement, et dont le contact subit interrompt brusquement les vibrations qui se produisent.
En appliquant ces données à la pratique, on s'explique que le bruit de collision s'effectue soit dans les poumons, soit dans la plèvre contenant de l'air, toutes les fois qu'il
(I) C'est en arrière de la poitrine que j'ai habituellement constaté ce signe chez les très-jeunes enfants.
existe les conditions suivantes réunies : 1° souplesse des parois thoraciques faciles à déprimer par la percussion-, 2° présence de l'air dans les parties sous-jacentes; 3° rapprochement facile des parois des cavités aériennes, qui 1 chasse brusquement l'air dans les parties voisines.
Signification. — Chez l'enfant du premier âge le bruit de collision n'a le plus souvent rien de morbide, et dépend de I ce que le poumon est volumineux, et n'est pas distendu comme chez l'homme adulte. Il en est de même dans la partie saine d'un poumon hépatisé en partie, ou d'un poumon refoulé par un épanchement pleurétique (1). On constate encore le bruit de collision, dans les emphysèmes pulmonaires très-prononcés, sous la clavicule dans cer- I taines gangrènes pulmonaires, dans des infiltrations de ] turercules crus, mais surtout au niveau de cavernes pul~ I monaires dont les parois sont assez rapprochées pour se ■> toucher brusquement au moment de la dépression subite des I parois thoraciques opérée par la percussion. Dans l'im- I mense majorité des cas, c'est à cette dernière cause qu'est 1 dû le bruit de collision. L'air passe brusquement de la M cavité anomale dans la bronche qui s'y ouvre, à moinsH qu'elle ne soit obstruée momentanément. Enfin on rencontre H encore le bruit de pot fêlé dans la pneumonie lobulaire, et ' dans le pneumothorax dans les points où le poumon est le! plus rapproché des parois thoraciques : c'est le bruit costo- \ hépatique de Saussier, que j'ai rappelé précédemment, et qui démontre que l'épanchement d'air s'étend inférieure-ment jusqu'aux dernières limites de la plèvre.
2° Son amp'iiorique. — Ce son de percussion a un limbrefl particulier qui le fait ressembler au son étouffé et grave
(1) Je trouve dans mes notes recueillies à la clinique de Louis à la Pitié, en 1834, que cet excellent observateur signalait dès lors l'existencedu bruit de pot fêlé chez deux malades atteints, l'un de pneumonie et l'autre d'un épanchement pleurétique simple.