‹ Traité théorique et clinique de percussion et d’auscultation, avec un appendice sur l'inspection, la palpation et la mensuration de la poitrineChapitre 22 sur 151 · SENSATIONS TACTILES · texte numérisé non relu

SENSATIONS TACTILES

sensation de souplesse exagérée, perçue par les doigts qui percutent, lorsque la quantité d'air sous-jacent est augmentée, ou que cet air est épanché en abondance dans la plèvre. On peut ajouter qu'en général les sonorités hautes .de ton s'accompagnent de résistance, et les sonorités graves au contraire d'élasticité exagérée.

Le degré de résistance à la percussion est donc proportionné à la densité plus ou moins considérable des tissus organiques. Piorry a signalé la percussion au niveau du .coronal comme donnant le maximum de résistance que l'on puisse éprouver. Moins prononcée dans la congestion ou I'œdème du poumon, cette résistance est plus accentuée quand les organes percutés sont entièrement privés d'air, ou que l'on a sous les doigts qui percutent des infiltrations tuberculeuses pulmonaires compactes, ou des tumeurs accidentelles. Les tumeurs hydatiques présentent en outre quelquefois un frémissement particulier qui a été comparé à celui d'une montre à répétition qui serait percutée (Piorry). Ce signe, très-rarement perçu, a été signalé par Blatin dès 1801, et a été plus tard étudié par Briançon (1) et par Piorry.

Ce frémissement hydatique est caractérisé par une sensation de vibration ou de tremblotement ressentie au moment de la percussion. Il est mieux perçu lorsque, une main étant appliquée sur la tumeur, la main opposée donne à cette tumeur un coup sec et rapide. Davaine conseille d'appliquer, avec une certaine pression, sur la partie la plus saillante delà tumeur, trois doigts écartés, et de donner sur celui du milieu un coup sec et rapide. Les deux autres doigts perçoivent le frémissement d'une manière trèsnette. Ce signe n'est pas pathognomonique, comme on l'a

(l) p.-a. B riançon, Essai sur le diagnostic et le traitement des aclhalocijsles. Thèse, 1828.

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cru d'abord. Je l'ai obtenu au niveau d'une tumeur cancéreuse du foie prise par Follin et par moi pour une tumeur hydatique. 11 ne faudrait pas non plus confondre le frémissement hydatique avec la sensation de crépitation que donnent certains abcès froids divisés par des cloisons, ou dont le foyer est en bissac, ainsi que l'a fait remarquer Davaine (1).

Les épanchements liquides très-abondants dans la plèvre ou le péricarde donnent lieu à une sensation de résistance quelquefois extrême, mais le plus souvent un peu moindre que celle due à la compacité des tissus solides. Il y a là des nuances souvent difficiles à préciser, mais qui ne diminuent pas l'importance, comme signe, de la résistance anomale perçue par la percussion.

La souplesse exagérée constatée par la percussion est due à des causes contraires à celles que produisent la sensation de résistance. L'élasticité augmentée est en effet la conséquence de la raréfaction du tissu pulmonaire, comme dans I'emphysëme alvéolaire, ou bien l'effet d'un épancbement abondant de fluide gazeux dans les plèvres. Je l'ai toujours perçue dans les pneumothorax abondants, même avec distension extrême de la cage thoracique.

Nous verrons, à propos de la mensuration, qu'il y a un moyen plus précis de constater l'élasticité de la poitrine.

(I) Davaine, Traité des enlo&oaires, 1860, p. 390.

Après avoir fait une étude détaillée de la percussion thoracique, ma tâche se trouve très-facilitée pour l'exposé des données générales relatives à la percussion de l'abdomen.

C'est à Piorry que l'on doit l'application de ce moyen d'investigation au diagnostic des affections abdominales, et c'est là certainement le plus important résultat de ses patients travaux sur la percussion, quoiqu'il en ait exagéré l'application à des organes sains impossibles à atteindre.

L'abdomen a des parois molles, dépressibles dans sa région antérieure et en partie dans ses régions latérales, ses parois postérieures étant épaisses et résistantes. En avant, le champ d'investigation est limité supérieurement par la partie antérieure des cartilages costaux, sous lesquels se dérobent la voûte diaphragmatique et les organes qui sont en rapport avec elle. Inférieur ement, la partie pubienne des os iliaques, et le sacrum en arrière, abritent aussi des organes qui ne peuvent dès lors être accessibles à la percussion, comme je le montrerai plus loin.

Les personnes qui se servent du plessimètre Je trouvent indispensable pour délimiter exactement les sonorités diverses qui s'observent à l'abdomen et qui marquent les limites des organes. Elles se basent sur l'absence des côtes et de la rigidité des parois, ce qui donne à l'instrument la facilité de déprimer les parties interposées entre le plessimètre et

les organes profondément situés. Nous répéterons ici que le doigt, considéré comme plessimètre, peut suffire parfaitement au praticien exercé pour la percussion abdominale. La main gauche a même cet avantage de pouvoir à volonté opérer une pression étroite avec un seul doigt ou plus Large avec plusieurs. Remarquez d'ailleurs qu'en percutant decette manière, on interpose un corps intermédiaire semblable à celui que représentent les parois costales ossomusculaires à la poitrine, puisque le doigt est formé drun centre osseux entouré de parties molles.

On explore le malade lorsqu'il est couché, les parois de l'abdomen étant dans le relâchement, quoique la tension des muscles abdominaux n'altère pas l'intensité du son d'une manière aussi marquée que le dit Skoda; seulement celte tension empêche d'avoir la sensation de l'élasticité desorganes. Pour percuter les régions latérales de l'abdomen, le sujet est couché sur le côté opposé, et le bras libre est relevé. Certains praticiens pratiquent en arrière une percussion dont l'utilité est fort problématique, et pour laquelle le malade doit se coucher sur le ventre ou sur les coudes; mais ici même le décubitus latéral peut suffire.

En raison de la superposition des organes abdominaux, le procédé de percussion consistant à percuter d'abord légèrement, puis plus fortement, pour rechercher l'état des parties superficielles et profondes, est particulièrement

utile. .

Les sonorités de percussion perçues au niveau de 1 abdomen sont analogues à celles que présente le thorax pour l'intensité, la tonalité, le timbre; je n'ai donc nullement à insister sur leurs caractères généraux, en renvoyant a ce qui précède. Seulement l'intestin occupant avec l'estomac la plus grande partie de l'abdomen, ce sont les sonorités que ces organes fournissent qui sont les plus communes, de même queues sonorités pulmonaires pour la poitrine. 11 en

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