‹ Traité théorique et clinique de percussion et d’auscultation, avec un appendice sur l'inspection, la palpation et la mensuration de la poitrineChapitre 94 sur 151 · ÉTENDUE RELATIVE DES DEUX CÔTÉS DE LA POITRINE · texte numérisé non relu

ÉTENDUE RELATIVE DES DEUX CÔTÉS DE LA POITRINE

Depuis Laennec, qui paraissait croire à l'égalité des deux côtés de la poitrine à la mensuration, on avait établi vaguement que le côté droit était normalement plus étendu que le gauche, niais personne n'avait fixé la différence de cette étendue, ni indiqué les causes qui pouvaient modifier la règle général du développement plus considérable du côté droit à la mensuration, lorsque, dans ma dissertation inaugurale (p. 26) et dans mes recherches publiées à la fin de 1837, j'établis les faits physiologiques suivants.

Chez la plupart des sujets dont la poitrine est très-bien conformée, le côté droit est plus développé que le gauche d'un centimètre et demi en moyenne; et dans des cas rares, les deux côtés sont égaux à la mensuration (1).

Chez ceux dont la poitrine présente des saillies très-prononcées et assez étendues sur l'un des côtés, les résultats varient tout en restant soumis à la loi générale qui précède. Ainsi, lorsque la saillie siège à droite, la différence en plus de ce côté en est augmentée. Si, au contraire, la voussure siège à gauche, la différence entre les deux côtés peut être nulle, ou même à l'avantage du côté gauche.

Les différences en plus à droite et à gauche peuvent osciller entre un demi et 3 centimètres, même 4, ainsi que l'a constaté Corbin (2). Seulement il est rare que la différence à l'avantage du côté gauche soit des plus prononcées.

On doit ne pas oublier que, chez la plupart des gauchers, comme je l'ai démontré ailleurs, le côté gauche est plus développé que le droit à la mensuration.

fl) J'ai obtenu les mêmes résultats chez les hommes et les femmes.

(2) Corbin, Recherches sur la mensuration de la poitrine et appréciation de c-ztle méthode (Gazette médicale, 1838, p. 129). — On a pensé que les recherches de Corbin étaient antérieures aux miennes. C'est une erreur, mon livre sur l'inspection et la mensuration ayant été publié à la fin de 1837, et n'étant lui-même que le développement de ma thèse.

g 3. — DIAJIÈTIÎES PHYSIOLOGIQUES.

J'ai toujours constaté que le diamètre vertébro-sternal, quelque développée que paraisse la poitrine d'avant en arriére à la simple vue, est moindre que le diamètre transversal dans l'état sain. La mensuration cyrtométrique démontre, en effet, qu'à tous les âges, entre quinze et soixante-dix ans, la différence à l'avantage du diamètre transverse chez l'homme adulte atteint 7 à 8 cenU-

A fT7 -ft -m Ll/ â t/L s77-

\ ci

Fig. 74.

Coupe de la poitrine d'un rachilique.

mètres (7. 3 en moyenne) (1), et que la moitié droite de ce diamètre transversal, comme pour la périmétrie comparative desdeux côtés, l'emporte sur la moitié gauche. Dans la plupart des

(1) Le diamètre vertébro-sternal chez l'homme a varié entre 16 et 25 centimètres, et le transverse entre 21 et 31, avec les moyennes de 18 pour le premier et de 26 pour le second. Chez la femme, dont la mensuration donne des chiffres toujours inférieurs à ceux obtenus chez l'homme, le môme diamètre antéro-postérieur moyen a varié entre 14 '/2 et 21 1/2 centimètres (moyenne 17), tandis que le diamètre transverse a été en moyenne de 23.72 centimètres avec les chiffres extrêmes 20 et 27.

cas, celte différence en plus csl, pour les hommes, de 1 1 17 millimètres (7. o en moyenne); et, chose remarquable. et inexpliquée, cette différence à l'avantage du demi-diamètre transverse droit sur le gauche est manifestement plus prononcée chez les femmes, puisque je l'ai trouvée atteignant 9 millimètres en moyenne, avec des extrêmes de 5 et 20 millimètres (I).

Je n'ai jamais trouvé, même chez les rachi tiques, le diamètre vertébro-sternai supérieur au diamètre transversal. La figure 74 représente la coupe de la poitrine d'un rachitique extrêmement déformée par une scoliose dorsale droite, et chez lequel la somme des deux diamètres transverses latéraux était seulement égale au diamètre antéro-postérieur moyen (vertébro-sternai).

Quant aux diamètres antéro-poslérieurs des deux côtés, j'ai montré plus haut que la comparaison ne doit se faire qu'entre les deux diamètres obliques vertébro-mammaires , mais que c'est surtout en comparant le même diamètre à différentes époques de la maladie que l'on pouvait obtenir de la cyrlométrie des résultats utiles. Il est donc sans importance de rechercher les rapports existants entre ces deux diamètres vertébro-mammaires chez l'homme sain. Ils sont à très-peu de chose près égaux l'un et l'autre au diamètre vertébro-sternai à la même hauteur (v. fig. 72).

Chacun de ces derniers diamètres est, en nombres ronds, le quart du périmètre total de la poitrine. Le diamètre transversal est environ le tiers de ce même périmètre; et, en décomposant ce dernier diamètre en latéral droit et gauche, chacun d'eux est aussi le tiers du périmètre de chaque côté de la poitrine.

Ces différents rapports sont intéressants à connaître ; mais ils ont une valeur bien secondaire, parce que, la poitrine augmentant ou diminuant de volume, tous les diamètres et les périmètres subissent des changements proportionnels. Cependant il peut arriver que, dans l'état physiologique, un seul diamètre

(I) Les 35 hommes et les 20 femmes examinés par moi, se répartissaient ainsi pour le rapport existant cuire les deux moitiés du diamètre transverse de la poitrine :

hommes.

femmes.

Demi-diamètre droit plus étendu que celui du côté

gauche

Les deux demi-kliametros égaux

Demi-diamètre gauche plus étendu

Total

subisse une modification sensible de longueur, les autres restant les mêmes. Ainsi le diamètre antéro-postérieur peut varier suivant la position du sujet debout ou assis dans son lit (fig. 75). Le malade étant debout, la capacité antéro-postérieure de la poitrine est aussi peu développée que possible : la poitrine s'aplatit antérieurement, et par contre la courbure postérieure des côtes se projette d'autant en arrière, comme le représente la

Côté gauche. Dos. Côlé droit.

Fig. 75.

figure 75 (aa, aa). Quand le malade est assis la courbe antérieure du thorax tout entière et les deux courbes latérales postérieures sont portées en avant (bSb, bb)- La différence dans les deux cas provient de ce que, le malade étant assis, les organes abdominaux sont refoulés vers le diaphragme, ce qui n'a pas lieu dans la station droite. On voit que le diamètre antéropostérieur moyen YS varie seul ; cette variation ne dépasse pas ordinairement un centimètre. Ce que peut faire la positio» assise que je viens d'indiquer, l'ingestion d'aliments copieux dans l'estomac le fait aussi. Enfin l'embonpoint augmente l'étendue du diamètre antéro-postérieur relativement au diamètre transversal, sans jamais le surpasser.

Art. 3. — Signes morbides fournis par la mensuration.

Nous avons vu que la mensuration, à l'inverse des autres moyens physiques d'investigation, ne pouvait, dans la plupart des cas, se baser sur l'état physiologique pour obtenir des signes morbides à une première exploration. C'est, en effet, seulement dans des cas exceptionnels qu'il en est autrement :

1° Lorsque par exemple le périmètre d'un côté est supérieur à celui du côté opposé, soit à gauche, soit à droite, lorsque ce côté l'emporte d'une quantité beaucoup plus considérable que la différence physiologique ;

2° Lorsqu'il en est de même du périmètre général relativement aux mesures extrêmes chez l'homme sain ;

3° Enfin, lorsqu'un tracé cyrtographique, ou par tout autre procédé, montre un développement ou une rétrocession notable dans le sens d'un diamètre vertébro-mammaire.

A part ces résultats exceptionnels, on peut poser en règle générale que, dans l'état morbide, les signes de mensuration résultent de la comparaison d'une mensuration à des mensurations précédemment faites, la première ne pouvant constituer qu'une sorte de jalon, un point de départ pour les explorations ultérieures.

Nous avons vu l'inspection fournir des signes d'ampliations et de rétrécissements delà poitrine, révéler des étals pathologiques particuliers, venir compléter les données de la percussion et de l'auscultation, et parfois même mettre immédiatement sur la voie du diagnostic à première vue. La mensuration, sans avoir ce dernier avantage, vise aussi les ampliations et les rétrocessions ouïes rétrécissements thoraciques,mais en précisant mieux leur degré, et surtout leur évolution.

Les sigues morbides que fournit la mensuration se réduisent à trois : 1° les ampliations de la poitrine, qui comprennent une période de progrès, une période d'état, et une période de rétrocession; 2° tes rétrécissements; 3° les modifications de l'élasticité jiérimétrique.

1° Ampliations thoraciqucs. — Ces ampliations sont aiguës ou chroniques, suivant la maladie qui les présentent. Leur mensuration n'est applicable qu'aux ampliations générales de la poitrme, ou à celles de l'un de ses côtés.

WOILLEZ. aP

Caractères. — Un premier caractère des amplialions Ihoraciques est d'être sensible à la mensuration avant de l'être à l'inspection. C'est en n'ayant égard qu'aux dilatations extrêmes de la poitrine qu'on a considéré tout développement de la poitrine comme étant sensible à la simple vue avant de l'être à la mensuration. C'est une erreur que l'on répète encore, malgré les preuves contraires décisives que j'ai fait connaître, en étudiant les ampliations à leur début et dans leur évolution, ce qui n'avait pas été fait d'une manière convenable. 11 en résulte non-seulement que ces ampliations sont latentes à la vue à leur début, mais que la plupart d'entre elles restent ainsi dans tout leur cours, et ne se révèlent que par la mensuration.

Les autres caractères de l'amplialion de la poitrine varient suivant qu'elle est générale, ou limitée à l'un des côtés.

A. Ampliation générale. — Elle existe très-fréquemment, puisqu'elle se rencontre dans toutes les maladies aiguës fébriles. Cette ampliation générale n'est pas un accroissement de volume du thorax sensible à la vue, même au niveau des espace^ intercostaux. Mais tous les procédés de mensuration qui révèlent celte ampliation générale n'ont pas la même valeur. J'ai dit que la mensuration périmétrique générale comparée à différents jours de la maladie était la plus profitable (1). C'est ce qui m'a donné l'idée de réunir, dans des tableaux analogues à ceux consacrés à la température clinique, les résultats successifs de la mensuration, dont on peut suivre ainsi facilement les différentes périodes. La figure 76 en est un exemple. Ces tableaux, que j'ai multipliés dans mon Traité clinique, m'ont été fort utiles, surtout pour l'étude de la pleurésie.

Si Ton a recours au cyrtomètre, on obtient, en plus du périmètre, un tracé de la coupe transversale du thorax qui par luimême peut révéler l'ampliation, par le développement des diamètres antéro-postérieurs. Si l'ampliation est considérable, les courbures postérieures peuvent être sur un même plan; tandis que l'on peut affirmer qu'il n'y a pas de dilatation notable si ces deux courbures sont saillantes, en même temps qu'il existe un angle rentrant prononcé an niveau de la colonne vertébrale, comme on le voit dans la figure 75.

(1) C'est de ces ampliations générales aigufc que j'ai fait une étude spéciale dans mon Mémoire (déjà cité) sur les variations de la capacité thoraeique dans les maladies aiguës.

L'ampliation générale des maladies fébriles débute avec la maladie, et suivant l'époque plus ou moins avancée de cette dernière, où l'on observe les malades, les résultats de la mensuration se rapportent à l'une ou à l'autre des trois périodes de l'ampliation :

i° A l'ampliation croissante ou progressive;

2° À l'ampliation stationnaire ;

3° A sa décroissance, ou rétrocession Ihoracique.

Fig.

montre la succession des mensurations auv E nts fours in^L S % •''ISCe

La première période, bien manifeste, est en apparence peu prononcée, parce que les malades sont habituellement observés quelques jours après le début de leur maladie, et que l'ampliation progressive est plus forte à son début que plus tard h -

KîS fusion survenant du jour au lendemain ; tantôt elle persiste pendant peu de iours avant de décroître ; d'au-

1res fois, enfin, elle se prolonge longtemps et persiste avec la maladie, dont la résolution se fait attendre. La décroissance de l'ampliation ou rétrocession coïncide avec la résolution de l'affection aiguë. Survenant plus tard que les deux premières périodes, elle donne une idée juste de l'ampliation progressive primitive. Dans les faits que j'ai observés, celle décroissance a été de 4 centimètres en moyenne, au plus de 8, et, comme l'ampliation progressive, prononcée surtout à son début.

fit

A B C Fig. 77.

Exemple d'oscillation dans la période croissante (AB) de l'ampliation thoracique.

La durée totale de cette ampliation, de quinze jours e moyenne, a varié suivant les maladies. Elle a été de vingf deux jours au plus, sauf dans certains cas, où l'ampliation sta tionnaire était encore plus prolongée.

La période de rétrocession est généralement égale en duré] à l'ampliation progressive. Dans ces deux périodes, la crois sance ou la décroissance de la capacité thoracique présente;) une gradation régulière; mais dans quelques faits, il y a ou de! interruptions momentanées ou des oscillations (fig, 77). Lu général, sauf dans certaines fièvres éruptives, où elle est plus courte, l'ampliation complète dure autant que la maladie, aiguë.

Telle est l'idée générale qu'on doit se former de celle ampliation des maladies aiguës, dont l'apparition, dès l'invasion de ces

MENSURATION. AGI

dernières, doit être regardée comme un fait caractéristique et constant.

Période de progrès. — Celte première période peut rarement être observée dans son entier, les malades étant Je plus souvent observés quelques jours après le début. C'est ce qui explique comment je l'ai trouvée inférieure à la rétrocession et ne dépassant pas 4 centimètres (1). Malgré son peu d'étendue apparente, on ne doit donc pas considérer celte amplialion comme illusoire, car sa marche est progressive, quoique parfois interrompue, et dans tous les cas où je l'ai observée, sauf chez un sujet qui succomba, elle fut suivie d'une rétrocession parfaitement caractérisée. La durée de celte amplialion progressive est en moyenne d'environ huit à dix jours; mais chez certains sujets, comme ceux atteints d'une fièvre éruptive, elle est suivie de rétrocession dès le quatrième jour.

Période stationnaire. — Lorsqu'un sujet atteint d'une maladie aiguë n'est soumis à l'observation qu'à la seconde période de l'ampliation, c'est-à-dire àla période stationnaire, on peut se demander si l'on a affaire à un sujet qui ne présente rien de particulier du côté de la capacité thoracique, ou bien à un malade arrivé réellement à la période stationnaire de l'ampliation. On ne peut en général admettre celle-ci comme positive que lorsque survient la rétrocession, preuve sans réplique d'une amplialion préalable. La capacité thoracique varie, en effet, pour chaque individu, et les chiffres exprimant cette capacité n'ont de valeur que par comparaison avec les nombres recueillis avant ou après. Cependant on pourra admettre qu'il y a amplialion stationnaire lorsque la nature de la maladie fera supposer nécessairement l'ampliation (comme on le verra plus loin), et qu'il y aura persistance des symptômes locaux de la maladie aiguë.

Période de décroissance. — L'ampliation thoracique décroissante est constatée hien plus fréquemment que la période progressive, parce qu'elle survient plus tard que celte dernière. Cette rétrocession, même lorsqu'on la constate seule, est toujours précédée d'une ampliation progressive ; car sans cela il serait impossible de la comprendre, surtout quand elle est rapide. Elle débute le huitième jour en moyenne, ce qui s'accorde avec

(1) Dans la figure 76, que j'ai donnée comme spécimen «le tracé graphique de mensuration, il y a une amplialion de 8 centimètres • mais il s agit dans ce cas d'un épanchement pleurélique, et non d'une simple amplialion de maladie fébrile. v

l'époque à laquelle se termine l'amplialion progressive ou stationnaire; de plus, sa durée moyenne est de huit jours, et par conséquent analogue à celle de l'amplialion proprement dite. Mais ce début et cette durée sont très-variables, comme la résolution de la maladie principale. En moyenne de k centimètres, elle a été jusqu'à 8 centimètres. La conformité de durée de l'amplialion progressive et de la rétrocession est un point intéressant de leur histoire, qu'il ne faut pas oublier, la règle générale étant que la rétrocession est longue ou courte lorsque l'ampliation a été également prolongée ou rapide.

Dans un certain nombre de faits, l'amplialion progressive, stationnaire, ou décroissante, ne s'annonçait pas toujours par des chiffres continuellement croissants, slationnaires ou décroissants ; il y avait parfois des oscillations. 11 me reste à dire un mot de 03s oscillations que je constatais clans les résultats de la mensuration pendant les trois phases de l'amplialion, quel que fût le soin avec lequel la mensuration avait été pratiquée. Ces oscillations n'existaient pourtant que dans la minorité des faits, et encore plusieurs sujets n'en présentaient qu'une seule. Tel est le cas du sujet auquel se rapportait le tracé de la ligure 77. Ces oscillations étaient peu considérables, d'un demi à un centimètre et demi, et n'empêchaient pas de suivre les changements de capacité qui ont été décrits; mais elles doivent être signalées, surtout clans les cas où la mensuration est quotidienne. J'en indiquerai plus loin les causes.

B. Ampliation d'un côté de la poitrine. — J'ai montré que toute dilatation de ce genre était précédée d'une dilatation générale de la poitrine et que la comparaison périmétrique des deux côtés fournissait des données insuffisantes, dans la plupart des cas, pour constater ce développement relatif. Il faut que l'on trouve au moins une différence de 3 à k centimètres du côté droit, ou de 2 à 3 à l'avantage du côté gauche, pour conclure à une dilatation latérale prédominante. La cyrtographie, en montrant dms le sens d'un diamètre oblique verlébro-mammaire, un dévcloppemer*. croissant ou décroissant dans la rétrocession, est le seul procédé mensuraleur qui puisse préciser la marche de l'amplialion latérale et le sens dans lequel elle s'effectue. La figure 78 est un bel exemple de tracé cyrtométrique de ce genre.

Conditions organiques el physiques. — L'augmentation de volume des organes intra-lhoraciques , les épanchemenls dans les séreuses pulmonaire ou cardiaque, et le développement de

tumeurs volumineuses, expliquent le développement de la poitrine, qui se fait avec d'autant plus de facilité que les parois en sont plus molles et plus flexibles.

Cette ampliation a d'abord lieu dans la plupart des maladies

Cote' gauche. Dos. Côté droit.

Fig. 78.

Dilatation du côte droit dans le sens du diamètre vertébro-mammaire VM. — b, c, courbes de rétrocession suivant le même diamètre. — VS, diamètre antéro-posrieur, ou vcrtébro-sternal.

aiguës fébriles. Je l'ai constatée dans la bronchite, la pneumonie, la congestion pulmonaire simple, la névralgie intercostale, les fièvres graves, le rhumatisme articulaire aigu, etc., et surtoutdans la pleurésie, dans laquelle l'épanchement constitue une cause particulière de dilatation latérale, mais où cette dilatation est d'abord générale, comme dans toutes les conditions d'où résulte un effort sur les parties voisines. On conçoit comment le même effet peut résulter d'affections locales à marche chronique.

Dans tous les cas, le refoulement physique excentrique des parois tboraciques explique naturellement Pamplialion thoracique sensible à la mensuration.

Signification. — Si l'on a remarqué le peu d'importance que

la mensuration comparative des deux côtés de la poitrine peut avoir dans des cas exceptionnels, on reconnaîtra que l'on ne saurait utiliser dans la pratique que la mensuration générale périmétrique, en attendant que le cyrtomèlre, donnant toutes les données que peut fournir la mensuration thoracique-, ail été assez simplifié pour devenir usuel (1). Dans l'étal actuel des choses, la périmélrie circulaire générale, comme je l'ai décrite, est le moyen qui produit les signes cliniques les plus faciles à obtenir.

J'ai démontré ailleurs (2) que l'amplialion thoracique, dans les maladies aiguës fébriles, s'expliquait par l'existence de i'hyperhémie pulmonaire dans ces maladies. On ne peut, en effet, expliquer que par une congestion sanguine une ampliation se produisant avec les mêmes caractères dans les maladies les plus diverses. Il résulte de cette origine de l'amplialion qu'elle ne saurait être un signe diagnostique proprement dit, mais un signe d'évolution croissante, stationnaire ou décroissante des maladies qu'elle accompagne. Par conséquent, c'est un signe pronostique souvent précieux; soit qu'il annonce, par ses progrès en dehors du développement naturel de l'affection, une aggravation insolite, soit qu'il rende manifeste une résolution qui n'est pas encore appréciable par d'autres données. Les résultats fournis par la mensuration que j'ai obtenus dans les différentes maladies auxquelles je l'ai appliquée, feront comprendre l'importance des signes obtenus.

Il faut d'abord faire deux groupes des maladies fébriles en question : les unes comprenant celles des organes thoraciques, pneumonie, bronchite, hémoptysie, névralgie dorso- intercostale, pleurésie et péricardite; les autres étant des maladies générales, telles que la variole, l'érysipèle de la face, la scarlatine, le rhumatisme articulaire aigu, la fièvre intermittente, la fièvre gastrique et la fièvre typhoïde.

(1) Je ne doute pns que l'on ne parvienne à faire du cyrtomètre un instrument plus simple. Au lieu des pièces articulées qui on compliquent tant la fabrication, on ne peut malheureusement employer une simple lige de plomb, comme l'a l'ail, le docteur Pinard pour ses Études sur les vices de conformation du bassin (1871). Pour circonscrire la poitrine horizontalement, en effet, il faut qu'il y ait au moins une articulation particulière qui permette de retirer la tige, comme je l'ai montré, la courbe thoracique dépassant une demi-circonférence.

(2) Mémoire cité plus haut.

1° Dans toutes les affections thoraciques fébriles, il y aampliation aiguë de la poitrine; et dans toutes, cette ampliation a les mêmes caractères généraux, quelque soit le siège anatomique de ces affections. Aussi devais-je, comme ou l'a vu déjà, l'attribuer à l'hyperhémie pulmonaire qui en est la cause commune. A en juger par sa période de rétrocession, cette ampliation est, en général, bien plus prononcée dans cette catégorie de faits que dans les autres maladies aiguës. Dans tous ces faits de maladies thoraciques aiguës, les progrès de l'affection coïncident avec ceux de l'ampliation croissante de la poitrine, et la résolution avec la rétrocession thoracique, ce qui explique les variations de durée des Irois phases de l'ampliation.

Dans la bronchite, l'ampliation est plus prononcée que dans aucune autre affection ; elle est en moyenne de 6 centimètres, et c'est elle qui fournit les chiffres les plus élevés. La pneumonie, malgré l'existence, de l'hépatisation, ne vient qu'en seconde ligne pour le degré de l'ampliation. Il faut se garder d'attribuer ici cette ampliation au tissu hépatisé, puisque l'ampliation, mesurée à la base du thorax, a lieu tout aussi bien avec les pneumonies du sommet qu'avec celles de la base. Celles du côté gauche s'accompagnent d'une ampliation générale plus marquée que les pneumonies du côlé droit. Une considération importante à rappeler, c'est que la rétrocession thoracique commence quelquefois à s'effecluer pendant l'hépatisation, et alors que les signes locaux n'annoncent pas encore la résolution de la pneumonie. Il en est de même dans certains cas de péricardite ; car j'ai vu survenir une rétrocession de i centimètres et demi annonçant la résolution, sans diminution des autres signes locaux.

On peut rencontrer l'ampliation thoracique dans l'hémoptysie, dans la névralgie intercostale, qui s'accompagne toujours d'byperhémie pulmonaire à l'état aigu,etoùj'ai constaté une rétrocession de six centimètres en six jours. Mais c'est surtout dans la. pleurésie que l'emploi de la mensuration est indispensable pour suivre l'évolution de la maladie aiguë. Ici l'ampliation suivie de rétrocession est semblable à celle observée dans les maladies aiguës précédentes, non sensible à la vue dans les cas de guérison assez rapide, et très-différente par conséquent de la dilalalionel du rétrécissement du côté affeclé, signalés par Laennec dans la pleurésie.

2° La signification des données de la mensuration dans le sautres maladies aiguës n'est pas moins remarquable.

Dans les exanthèmes fébriles, que je dois d'abord rappeler, la durée de l'ampliation thoracique s'est montrée beaucoup plus

courte que dans les autres maladies. C'est ce qui a lieu principalement dans la variole et l'érysipèle de la face, où je n'ai trouvé la durée de l'ampliation avec rétrocession que de cinq à neuf jours.

Mais ce qui doit surtout être remarqué dans la variole, c'est l'époque delà maladie à laquelle apparaît la période de décroissance de l'ampliation thoracique. Elle commence précisément à l'époque où celte éruption va acquérirson développement le plus considérable, en même temps que se résout la congestion pulmonaire qui produit l'ampliation.

Dans la fièvre intermittente l'ampliation présente aussi une particularité remarquable qui est à noter : elle se montre avec le frisson. — La fièvre gastrique (embarras gastrique fébrile) et la fièvre typhoïde s'accompagnent également d'amplialion thoracique, pendant leur période de progrès et d'état; mais autant celte ampliation est passagère et brusquement suivie de rétrocession dans l'embarras gastrique fébrile, par l'effet des évacuants, autant elle est persistante avec la lièvre typhoïde, quand les phénomènes thoraciques se prolongent. Ici la durée prolongée de l'ampliation progressive ou stalionnaire est la conséquence de la persistance de la congestion pulmonaire, et le début delà rétrocession indique la diminution de cette même congestion. On conçoit dès lors comment la période décroissante de l'ampliation peut annoncer la résolution de la maladie, en même temps que celle d'un de ses principaux éléments : la congestion pulmonaire qui l'accompagne.

Nous devons le dire, comme conclusion: c'est dans les bronchites graves, et dans certaines pneumonies, dont la gravité dépend de l'hyperhémie pulmonaire bilatérale, que l'on pourra utiliser la mensuration. Mais c'est principalement dans les épanchemenls pleuréliques que son emploi sera utile, au point de vue du pronostic.

La mensuration seule, en effet, permet de suivre les progrès de l'épanchement pleurélique, lorsque les autres signes paraissent slationnaires; et elle annonce la résolution de la pleurésie dans les mêmes conditions, c'est-à-dire lorsque rien encore ne révèle le retrait de l'épanchement. La rétrocession accusée par la mensuration étant rapide et franchement marquée, la diminution du chiffre se rapportant à la périmélrie générale et comparé aux chiffres précédemment obtenus, doit faire porter un pronostic favorable. Les tracés représentés par les ligures 7G et 77 me dispensent d'entrer dans les détails, pour démontrer l'utilité

de la mensuration dans la pleurésie, où elle permet de formuler si bien les indications de la thoracentèse (1).

Dans les affections chroniques, la mensuration a aussi une certaine valeur, soit qu'on ait recours à la périmétrie générale, comme dans les affections du foie, et dans le cours de la phthisie pulmonaire, soit qu'on emploie des mensurations partielles, comme dans cette dernière affection, ainsi que je le rappellerai dans la seconde partie.

2° Rétrécissements. — En deçà de la rétrocession qui succède au progrès de l'ampliation de la poitrine constatée par la mensuration, il peut y avoir de véritables rétrécissements de la ca°e tho racique. Us n'ont d'intérêt que dans le cours de la pleurésie ou comme signe de la phthisie pulmonaire.

Dans la pleurésie, le rétrécissement périmétrique est indiqué par la mensuration ; mais dans la plupart des cas, lorsque déjà l'inspection peut le constater. Jl arrive cependant que la mensuration seule révèle un rétrécissement tardif, latent à la vue, et que j'ai dénommé rétrécissement de la convalescence. 11 ne fait alors que confirmer la résolution, de même que le rétrécissement apparent.

Fournet a étudié avec beaucoup de soin les résultats de la mensuration partielle pour établir la prédisposition ou l'évolution de la phthisie. Nous reviendrons sur ce sujet à propos de la tubercuhsalion pulmonaire, ainsi que sur la mensuration comparative du sommet et de la base de la poitrine conseillée par Hirtz. r

3° Modifications de l'élasticité thoracique. — J'ai décrit plus haut le procédé de mensuration périmétrique qui donne une idée précise du degré d'élasticité de la poitrine, celle-ci se chiffrant par la différence de la simple application du ruban métrique a laquelle on fait succéder une mensuration aussi serrée que possible. Nous avons vu que cette élasticité, dans l'état nor mal, est en moyenne de G centimètres. Dans l'état pathologique celte élasticité périmétrique présente ceci de remarquable Qu'elle diminue par la compacité des organes intra-lhoraciques, comme il est facile de le comprendre, et qu'elle augmente au contraire

(I) J'ai traité longuement ce sujet, avec preuves à l'appui dans mon

quand la souplesse revient clans les tissus. En un mot l'élasticité périmélrique diminue quand l'ampliation progresse, et augmente quand la rétrocession est survenue.

J'ai rencontré ces différences d'élasticité dans la PNEUMONIE,

l'HÉMOPTYSIE, la BRONCHITE, la PÉRICARDITE, le RHUMATISME AR- TICULAIRE aigu, dans les fièvres éruptives, etc. La diminution entre l'élasticité correspondant à l'ampliation thoracique et l'élasticité constatée vers la fin de la rétrocession, a été de 1 à 3 centimètres, près de 2 centimètres en moyenne. Je dois ajouter que l'évolution des différents degrés de cette élasticité présente des oscillations d'un jour à l'autre qui empêchent de suivre ses progrès jour par jour, mais qui n'empêchent pas de juger l'ensemble des résultats.

Si la compacité des organes diminue l'élasticité de la poitrine, leur raréfaction, au contraire, augmente cette élasticité d'une manière sensible. C'est ainsi que dans l'emphysème pulmonaire elle est plus prononcée que dans toute autre affection ; elle peut en effet atteindre 11 centimètres.

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