MENSURATION DES DIAMÈTRES
Nous avons vu Chomel signaler le premier l'importance de l'étude des diamètres de la poitrine, en faisant remarquer que, sans modification du périmètre, l'ovale transversal de la poitrine, représentant sa capacité intérieure, pouvait s'élargir d'avant en arrière et tendre à devenir circulaire. Le cercle est, en effet, la figure qui renferme le plus grand espace, comparé à celui de
Côté gauche. Dos. Côlé droit.
toute autre figure ayant la même étendue de contour. Ce principe est très-juste, mais l'application qu'en faisait Chomel avec
(1) Noël Guéneau de Mussy a signalé un mode particulier de constater l'ampliation thoracique d'un côté. Il compare en arrière l'inclinaison des deux dernières côtes, dont la mobilité offrirait des variations sensibles quand le diamètre vertical de la poitrine est agrandi ou rétréci. Le diaphragme entraînant en bas la douzième côte, celle-ci aurait, dans le cas d'agrandissement, son bord inférieur situé plus bas que le bord inférieur de sa congénère, et se rapprocherait du ra-
son instrument était stérile, parce qu'il comparait entre eux les deux diamètres anléro-postérieurs des deux côtés, et que cette comparaison ne donne pas les résultats espérés. Je puis faire la même réflexion à propos des autres moyens diamétriques que l'on a appliqués, dans le même but de comparaison, aux deux diamètres antéro-postérieurs. L'insuffisance du procédé ressort de cette simple considération, qu'il peut y avoir projection en avant de la courbe antérieure de la poitrine sans modification des diamètres latéraux, la courbe postérieure pouvant s'avancer également d'avant en arrière de la même étendue, comme le montre la figure 67.
Les deux diamètres antéro-postérieurs AB, CD, en devenant A'B' et CD', peuvent conserver leur étendue réciproque, par défaut de point fixe en arrière. Ce n'est qu'en prenant, ainsi que je l'ai conseillé, l'épine vertébrale V pour point de départ fixe, que l'on peut constater, de ce point à la région mammaire, des variations dans trois directions différentes, dans le sens : 1° vertébro-sternal VS ; 2° vertébro-mammaire droit YD'; 3° vertébro-mammaire gauche VB\
C'est donc dans ces trois directions que l'on doit utiliser les compas d'épaisseur ou les autres moyens de mensuration donnant les différents diamètres de la coupe de la poitrine. Il en serait de même à la partie supérieure du thoïax, où l'on a conseillé de comparer les deux diamètres latéraux du soinmet de la poitrine, de la région sous-claviculaire à l'épine de l'omoplate correspondante (1). Il serait plus rationnel que cette comparaison fût vertébro-sous-claviculaire, le peint postérieur étant fixe, et l'application antérieure de l'instrument, au-dessous de la partie externe de la. clavicule, étant ainsi perpendiculaire à la surface de la poitrine.
On voit, d'après la figure qui précède, que la meusuration transversale varie trop peu par elle-même, pour que l'on cherche à utiliser ces modifications. Aussi me parait-il peu utile de chercher un indice thoracique en comparant les diamètres transversal et anléro-postérieur moyen, comme le propose Fourmentin (2), en imitation de la recherche de l'indice céphahque des anlhropologistes.
Outre celte diametrie antéro-poslérieurc et latérale, on a re-
(1) Walshc, ouv. cit., p. 47.
(2) Thèse citée.
cherché des données dans la constatation, en avant, des diamètres verticaux. On a comparé, à. l'aide du ruban gradué, la distance entre le milieu de la clavicule et le point le plus déclive des côtes correspondantes.
Les résultats de celte mensuration sont insignifiants à côté des autres signes d'ampliation ou de rétrocession très-prononcée de l'un des côtés de la poitrine.
§ 4. — CYRTOMÉTIUE, CYRTO GRAPHIE.
En imaginant le cyrtomètre, je crois avoir apporté quelque clarté dans l'étude des diamètres, et de la mensuration en général. Cet instrument. peut en effet fournir, non-seulement le périmètre de la poitrine, mais encore ses diamètres, et un tracé sur le papier de la coupe transversale de la poitrine, montrant toutes ces données à la fois. On obtient donc par son emploi tous les signes que peut fournir la mensuration des coupes horizontales du thorax.
Dès 1851, j'avais fait construire un cyrtomètre qui ne remplissait mon but qu'à moitié. Ce but était d'obtenir une tige prenant l'empreinte des courbes extérieures du thorax, et pouvant être retirée sans être déformée, après son application sur une surface courbe supérieure à l'étendue d'un demi-cylindre. Le tout était d'imaginer une articulation particulière permettant l'écartement de la tige à son niveau, puis le retour de cette tige à. sa courbe d'application. On va voir comment j'ai résolu plus lard le problème-
Actuellement, mon cyrtomètre se compose d'une tige articulée
Fi-. 08.
de deux en deux centimètres à double frottement (Fig. 68), s'appliquant par sa tranche et présentant sur sa longueur une'ou deux articulations mobiles comme celle représentée par la figure 69 qui permettent de retirer l'instrument appliqué sur une° surface d un pourtour plus étendu qu'un demi-cylindre sans le déformer et qui fait ensuite que l'on restitue sa forme d'application à là lige, au moyen d'un crochet d'arrêt dans le sens concentrique
D'abord j'ai fait l'application du cyrtomètre successivement de chaque côté de la poitrine en réunissant dans le tracé les deux courbes en une seule; mais l'expérience m'ayant démontré que les diamètres antéro-poslérieurs dont il a été question précé-
Fig. 6.).
c, e, Courbe d'application du cyrtomètre. — ad, écartement de l'inslrunnnt. Retour possible de la partie ad à sa position primitive e, le crochet a de 1 articulation mobile venant de nouveau s'arebouter contre la goupille d arrêt b.
demment, sont les seuls utiles à connaître, avec le périmètre général, j'ai simplifié l'application de l'instrument de la manière suivante.
Le malade étant couché sur le dos, on glisse (de préférence du côté affecté) l'extrémité initiale de l'instrument, tenu comme l'indique la figure 70 ci-jointe, jusqu'à l'épine vertébrale, à la
hauteur de la base de l'appendice xiphoïde, que l'on a marquée d'avance à l'encre ou au crayon; puis l'on circonscrit le thorax à l'aide de l'autre main (fig. 71), avec le cyrtomètre place de
champ, son côté résistant touchant la peau. On a soin de noter, pendant celte application, le point correspondant à la base de l'appendice xiphoïde. L'instrument, retiré facilement, grâce à ses articulations mobides, est porté sur le papier, où il est ramené à la courbe primitive, de façon à placer sur une ligne verticale médiane de la feuille le point correspondant à l'épine vertébrale, et celui qui était au niveau de la ligne médiane antérieure. Le tracé au crayon fait en dedans de la courbe de l'instrument,
Côté gauche. Dos. Côté droit.
Fig. 72.
tandis que celui-ci est maintenu appliqué sur le papier par un aide, donne la courbe du côté affecté, et surtout celle de la partie antérieure de la poitrine : la seule utile à la rigueur, car le diamètre antéro-postérieur VS ((fig. 72), et les diamètres vertébromammaires Va, V ft,sont les seuls nécessaires à constater, surtout le vertébro-mammaire du côté affecté. Cela fait, on relève, toujours avec le cyrtomètre, le périmètre du côté opposé, dont l'étendue, ajoutée à celle du côté affecté, donne le périmètre général.
L'instrument de Fourmenlin a une grande précision pour obtenir le tracé circulaire de la poitrine. Il aurait une incontestable utilité s'il importait de constater, d'une manière absolue, le linéament de la courbe circulaire, et d'en mesurer la surface, comme l'indique cet ingénieux observateur. Mais ces données ne sauraient être utilisées pour la pratique. Néanmoins l'instru-
mont, pouvant avoir son avantage au point de vue scientifique, je •crois nécessaire d'en donner une description succincte.
Un ressort circulaire garni de cuir ((ig. 73) est fixé autour de
Fig. 73.
Instrument de Fourmentin.
la poitrine au moyen d'une agrafe qui reçoit un des boutons que présente le ressort. Ce dernier sert de support à une planchette, à laquelle est articulé un parallélogramme de quatre tringles, mobiles l'une sur l'autre. Sur le prolongement A est fixé une tige courbe qui sert à suivre le contour de la poitrine, par son extrémité L contre le ressort en ceinture, tandis qu'un crayon placé sur le prolongement C trace exactement en réduction sur la planchette, où se trouve une feuille de papier, le contour thbracique parcouru avec la pointe de la tige. Une moitié étant tracée, un renversement de la tige courbe permet de tracer l'autre moitié. Le patient est assis et à jeun, ou du moins n'ayant pris que peu d'ah-
ments. L'instrument est placé de côté, les bras étant levés, et l'on commence le tracé après avoir dit au malade de rester immobile après l'expiration ; enfin après avoir retourné la branche, et permis au malade de respirer un instant, on achève le tracé, qui se fait ainsi en deux fois.
Tels sont les moyens variés qui ont été mis en pratique pour l'emploi de la mensuration: les uns plus compliqués, mais d'une valeur incontestable pour les recherches scientifiques; les autres qui peuvent être d'un emploi usuel pour la pratique, à la condition d'être simples et par conséquent d'une application facile. Cette dernière considération m'a fait recommander de préférence la périmétrie générale, pratiquée aux différentes époques des maladies, à l'aide d'un simple ruban, comme applicahle à l'immense majorité des faits dans lesquels il importe de constater la capacité de la poitrine. L'interprétation des données ainsi obtenues profite des faits théoriques mis en lumière par le cyrtomètre, que l'on m'a reproché à tort d'avoir abandonné (1).
Art. 2. — Etat physiologique.
Dans l'ordre physiologique, la capacité thoracique varie tellement suivant les individus, dans son ensemble et ses particularités, qu'une seule exploration ne peut avoir par elle-même aucune valeur. Il en résulte que la connaissance de cette capacité chez l'homme sain n'a pas une aussi grande importance que l'on serait tenté de le croire, et comme je le pensais moi-même lors de mes premières recherches sur la mensuration. Cependant celte connaissance de la capacité normale ne saurait être
(1) Dans la séance de la Société médicale des hôpitaux du 27 octobre 1871, Constantin Paul s est étonné de me voir abandonner l'usage pratique du cyrtomètre, qu'il avait lui-même « employé fort souvent avec avantages », et qui donne des renseignements que ne peut fournir le simple ruban métrique. Sans cloute ce derniei n'est pas applicable dans les faits où les modifications de capacité du thorax ne se font que par L'accroissement antéro-postérieur, sans modification dans la longueur du périmètre; mais ces faits sont si rares, qu'il n'y a pas grand inconvénient à ne pas rechercher habituellement Y état des diamètres thoraciques au lit des malades, et à tirer surtout parti de la périmétrie générale, si simple et si facile à employer.
né°-li°-ée; car n'en tenir aucun compte serait s'exposer à de fausses interprétations eu présence des faits pathologiques.
La capacité physiologique de la poitrine doit être examinée aux points de vue': 1° de son périmètre; 2° de ses différents diamètres.
g [or. PÉRIMÈTRES PHYSIOLOGIQUE.
J'ai montré que le niveau le plus convenable auquel on peut constater la capacité périmélrique de la poitrine était celui de la hase de l'appendice xiphoïde. A ce niveau, le périmètre général varie suivant une foule de causes physiologiques qui seront exposées plus loin. J'ai trouvé que ces variations individuelles oscillaient : . .
Chez l'homme sain de 15 à 60 ans, entre 72 et 94 centimètres
(82, 3 en moyenne) ;
Chez la femme de 15 à 65 ans, entre 62 et 77, la moyenne étant de 68 centimètres (1). ,
Enfin, chez l'enfant au-dessous de 15 ans, l'accroissement de la capacité thoracique étant incessante et considérable à partir de la naissance, il faudrait donner des chiffres trop nombreux pour obtenir un résultat qui serait de médiocre valeur au point de vue qui m'occupe. .
En définitive, la capacité circulaire générale ne saurait ollnr de point fixe de comparaison. Elle varie et augmente manifestement avec l'âge. Chez l'enfant, cet accroissement n'est pas douteux- et il ne l'est pas non plus chez l'adulte. D'après mes relevés, l'augmentation serait sensible de 15 à 50 ans, et d'environ 11 centimètres^ moyenne. Il y aurait ensuite une décroissance o-raduelle en avançant vers la vieillesse (2). ' La capacité thoracique générale est proportionnée également à la taille, et surtout cà la forci et à l'embonpoint des sujets. Cette dernière condition influe surtout sur le périmètre sousaxillaire comparé au périmètre inférieur, et qui l'emporte sur ce
(1) Ces chiffres résultent de l'analyse de 55 observations, 35 confirmant des hommes et 20 des femmes.
(2) J'ai trouvé que la moyenne du périmètre général du thorax était chez l'homme : outre 15 et 20 ans, de 75 i/, centimètres; de 21 . dO ans, de 77 ; de 31 à -10, de 85 ; de 41 à 50, de 86 % A partir de 50 ans la capacité thoracique diminuait : le périmètre général de la poitrine n'était que de 79 centimètres, de 51 à 60 ans; et de 73, entre Cl et W ans.
dernier. Il faut être prévenu de ces différentes particularités, qui ont été déjà signalées, pour apprécier à leur juste valeur certains résultats de mensuration regardés à tort comme étant d'origine morbide.