‹ Traité théorique et historique de versification françaiseChapitre 24 sur 29 · ENVOY · texte numérisé non relu

ENVOY

Prince, fais amye immortelle.

Et à la bien aymer entens.

L'on pourrait dire sans cautelle :

« Mes amours durent en tout temps. »

(Marot.)

La ballade fut une des formes poétiques les plus usitées depuis le xyii*^ siècle jusqu'à la Pléiade, qui TabaDdonna complètement. Elle retrouva quelque honneur au xvii'^ siècle, avec Voiture et La Fontaine. De nos jours, elle a été renouvelée par Th. de Banville. — Dans d'autres pays, le nom de ballade répond à un genre de poèmes qui n'a aucun rapport avec la ballade française; ce qui les caractérise, c'est non pas la forme, mais le sujet même, emprunté à des légendes fantastiques. Telles sont d'ailleurs, chez nous, les ballades qu'a composées Victor Hngo.

ifO TRAITÉ THEORIQUE ET HISTORIQUE

Le chant royal est une ballade qui a cinq strophes et un envoi de cinq vers. Ce poème est complètement tombé en désuétude depuis le xvi® siècle.

Nous passons maintenant aux formes qui sont fixes par la disposition des rimes et la mesure, mais non plus par le nombre des vers. Ce sont la villanelle, le lai et le virelai.

La villanelle, qui commence toujours par un vers féminin, est divisée en tercets plus ou moins nombreux. Le l^"" et le 3^ vers du l^"" tercet reviennent successivement en guise de refrain pour terminer, chacun à leur tour, les tercets suivants ; tous deux figurent à la dernière strophe, qui est un quatrain. La villanelle se fait en vers de sept syllabes. On peut la figurer ainsi :

ABA ABA ABA ABA, etc. ABAA

J'ai perdu ma tourtereUe ; Est-ce point elle que j'oy ?

Je veux aller après elle.

Tu regrettes ta femelle ; Hélas I aussy fay-je, moi ; J'ai perdu ma tourterelle.

Si ton amour est fidèle, Aussy est ferme ma foy ; Je veux aller après elle.

Mort, que tant de fois j'appelle, Prends ce qui se donne à toy.

J'ai perdu ma tourterelle, Je veux aller après elle.

(Passerat.)

« Rien n'est plus chatoyant que ce petit poème. Ou dirait une tresse formée de fils d'argent et d'or, que

DE VERSIFICATION FRANÇAISE m

traverse un troisième, couleur de rose*. » La villauelle n'est pas entièrement tombée en désuétude, comme le chant royal ; quelques poètes modernes l'ont renouvelée: en particulier Philoxène Boyer. Au xvi« siècle, le nom de villanelle s'appliquait à toutes les chansons pastorales. C'est plus tard seulement qu'il fut restreint à la forme dont nous avons plus haut donné un exemple. Le lai, hors d'usage depuis les premiers temps de notre poésie, se compose d'une série de vers féminins peutésyllabes, écrits sur une même rime et séparés de deux en deux par des vers masculins de deux syllabes qui riment tous entre eux.

AAB AAB AAB, etc.

Sur l'appui du monde, Que faut-il qu'on fonde

D'espoir ?

Cette mer profonde, En débris féconde.

Fait voir Calme au matin londe ; Et l'orage y gronde

Le soir.

(Cité par le P. Mocrges, Traité de poésie française.)

Dans le virelai, les rimes opèrent un virement. Celle du petit vers est, dans un second couplet, attribuée au grand ; de même, au troisième couplet, le grand vers s'approprie celle du petit dans le second, et ainsi de suite.

AAB AAB AAB BBC BBCBBC CCD CCD CCD DDE DDE DDE, etc.

Sur l'appui du monde, Que faut-il qu'on fonde

D'espoir ?

Cette mer profonde, En débris féconde,

Fait voir Calme au matin l'onde ; Et l'orage y gronde Le soir.

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