PRÉFACE
Bans la plupart des arts industriels, la routine a suivi de près Pinvention, et les hommes ont longtemps travaillé à tâtons, eii suivant servilement les procédés que leurs pères leur avaient transmis. Plus tard, ils ont voulu se rendre raison de ces procédés : ils les ont contrôlés par les sciences physiques, et bientôt chaque industrie» a eu sa théorie, à l'aide de laquelle elle s'est conservée et perfectionnée.
Les procédés commerciaux, au contraire, ont jusqu'à un certain point échappé aux investigations scientifiques. Indépendants, par leur objet méme,xles sciences qui constatent les lois de la matière, ils se sont maintenus par tradition, sans théorie fixe, ni principes reconnus. L'économie poUtique a défini les fonctions commerciales, mais elle s'est presque toujours tenue à distance d^a pratique : occupée de rechercher les lois générales de la richesse dans les sociétés, elle n'a pas tenté d'appliquer ses principes à une profession donnée, à un art déterminé.
Dans ce livre, j'ai tenté d'établir la théorie des opérations de banque. J'ai essayé de les définir, d'expliquer leur utilité et en quelque sorte leur raison d'être, de dire quels étaient leurs priûcipes généraux, leurs applications habituelles, et de déduire, de robservation " des faits, les lois de leurs perfectionnements et de leurs progrès.
La banque n'est point une branche de commerce prise au hasard et qui d'ailleurs ressemble à toutes les autres. Entre toutes les professions commerciales, celle du banquier occupe
Yl PRÉFACE.
déjà le premier rang et chaque progrès nouTcau de la société ajoute à son importance : c'est le banquier qui est généralement chargé de trouver un placement aux capitaux, c'est-à-dire d'établir les conditions de l'alliance entre le capital et le travail ; c'est lui, le plus souvent, qui dispose des capitaux mobiliers, dont les mouvements exercent une influence décisive sur les variations du prix des diverses marchandises et peuvent en peu de temps élever ou renverser les fortunes particulières.
Déjà, il y a douze ans, j'avais essayé d'exposer le mécanisme des banques de circulation et d'en faire ressortir l'importance, au point de vue public et économique ^ De nouvelles études, l'expérience des affaires, l'opinion de praticiens très-éclairés et le spectacle de trois grandes crises, m'ont confirmé dans celte conviction que le commerce de la banque était le régulateur de tous les autres, qu'il avait besoin de liberté, et qu'il était utile d'en exposer et d'en propager les principes : et j'ai entrepris ce Uyre.
Il fallait d'abord définir les capitaux, les monnaies et les contrats qui sont la matière du commerce de banque, et déterminer les lois des variations de leurs prix ; il fallait ensuite définir chaque opération, exposer les combinaisons diverses que l'art du banquier en déduit, ^our indiquer comment les entreprises particuUères, s'enchaînant les unes aux autre^^, formaient de grands systèmes soumis à des lois auxquelles ne pouvaient se soustraire les maisons qui y étaient englobées.
Enfin il fallait aborder les détails de la pratique, traiter de l'administration intérieure et extérieure, des difficultés et précautions légales, de la comptabilité et de l'arithmétique, indiquer autant que possible les procédés en usage et surtout les meilleurs, ceux que les derniers perfectionnements avaient introduits.
J'ai essayé de remplir ce cadre si vaste d'une théorie com-
» Le Crédit et la Banque, — Paris, Pagnerre. 1840.