‹ Traité théorique et practique des opérations de banqueChapitre 100 sur 168 · BANQUES BELGES · texte numérisé non relu

BANQUES BELGES

11 est peu de pays en Europe où Ton ait testé avec autant de hardiesse et de persévérance qu'en Belgique de faire de grandes choses par Tassociation de petits capitaux. On y a procédé par voie de privilège, comme dans les autres États du continent, et on y a fait de grands e£Ebrts pour donner au crédit un caractère impersonnel en quelque sorte. Mais^ à la différence des pays qui ont procédé dans le même ordre d'idées^ la Belgique^ gouvernée par des hommes d'affaires intelligents et désireux de faire le bien, a vu ses établissements privilégiés montrer une activité presque digne des banques libres et imprimer le mouvement aux affaires industrielles.

La plus ancienne^ la plus importante des banques belges est la « Société Générale pour favoriser l'industrie nationale. » Fondé .en 1822^ avec les statuts qui conviennent à une banque exclusivement commerciale et de circulation, cet établissement est devenu peu à peu le centre de toutes les grandes affaires de crédit du pays et il a fini par être surtout une banque de placement et de spéculation. Caissier de TÉtat, dépositaire des fonds amassés par l'épargne et la prévoyance, préteur sur hypothèque^ sur fonds publics et sur marchandises^ aussi bien que sur papier de com* merce^ commanditaire et fondateur de presque toutes les grandes entreprises du pays, il émettait concurremment des billets-monnaie et des obligations à terme portant intérêt et réunissait ainsi presque toutes les opérations de banque. La Société Générale a joui pendant longtemps d'un crédit en quelque sorte sans limites et d'une influence assez grande pour inspirer à un moment donné des soucis et des inquiétudes au Gouvernement. Alors fut fondée 9 à la date du 24 février 1835, en vue des mêmes opé-

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rations que faisait la Société Générale^ et sur les mêmes bases théoriques, la a Banque de Belgique b.

Il y aurait pour les praticiens un grand profit à retirer d'une étude attentive et approfondie de l'histoire de ces deux banques : ils y trouveraient la confirmation la plus éclatante des enseignements4e la théorie. Ces deux banques ont, Tune et l'autre^ rendu de grands services, conduit des affaires importantes et inspiré des espérances presque infinies : elles ont été également impuissantes à résister aux épreuves auxquelles les établissements de crédit doivent toujours être préparés. L'une et l'autre avaient pris des engagements pou( des sommes fixes et à échéaace indétermiiiée, à Fexécution desquels elles n'avaient pourvu que par la foniiati<«i d'un actif immobilisé» exposé aux vicissitudes des réalisaliûiift* U était impossible qu'elles ne fussent pas ^ucoiées par les crises à suspendre leurs paiements .

Lorsque les difficultés relatives aux provinces du Limboui^ et du Luxembourg firent craindre un moment que la Belgique fût . exposée à la guerre^ le crédit subit^ à Bruxelles, une eontractioa violente et les difficultés de la ûtuation pesèrent particulièrement sur la Banque de Belgique. Sa fondation était récente et son sort semblait lié à celui du nouveau gouvernement^ tandis que sa paissante rivale, œuvre de l'ancien gouvenumient des Pays-Bas^ paraissait devoir résister à toutes les rév(dutioiis. La Société Gêné* raie voulut tirer avantage de cette situation pour accabler sa concurrente ; le 4 décembre 1 838^ elle présenta au change un million de billets au porteur de la Banque de Belgique; le 10^ elle en présenta pour une somme de 1^200,000 fr., et le 15 pour 300^000 fr. La Banque de Belgique fut obligée de suspendre ^

Il faut remarquer du reste que dans cette crise^ les fonds déposés en compte courant avaient été récianués avant les billets et que le montant des billets était réclamé, non par le public» mM par une main ennemie. Les émissions de la Banque de Bdlgiqoe avaient été si peu exagérées^ qu'au 5 déeembre 1838 il n^ avait pas toMt-à-fait pour trois milUcms de ses billets en eireulalîoa. Le gouvernement dut venir au secours de la Banque de Belgi<-

* Rapport de M. de Bronckôre à l'assemblée générale des actionnaires de la Bancpie de Belgique, le 2B février 1899.

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qae dont Fembarras momentané porta un coup terrible aux entreprises qu'elle avait commanditées. Quant à la cause prenûèie de la catastrophe^ elle n'était pas douteuse. L*homme édaiié qui dirigeait alors la Banque^ l'indiquait formellement dans son rai^rt du 28 fêvrier 1 839 : « L'administration^ disail-il, a ewgagé les capitaux de manière à ne pas pouvoir les mobiliser promplement. Les prêts faits à Tiadustrie et ceux sur adioas in- 1 dustrîelles sont la cause la plus frappante de la gêne prolongée i de la Banque, n

Cependant, la crise passée, la Banque de Belgique suivit à peu près le? mêmes errements que parle passé, maîa avec une graïide tmidité : la Société Générale s^engagea plus hardiment que jamais dans la voie qu'elle avait frayée. Aussi, dans la grande crise de 1848, le» deux banques rivales eurent la même sort et fuient réduites à implorer Tappui du gouvernement. Une loi du 20mai!S Î9i8 donna cours forcé aux billets-monnaie de Tune et de l'au^ en fixant un maximum d'émission qu'il fallut bientôt élever^ et en faisant servir à TEtat llutérèt des émissions supplémentaires. Le 26 décembre 1849, le ministre des £knaûces se plaignait à la ehsunbre des représentants de ce que l'Etat eût été réduit à cautionner ees deux établissements de crédit jusqu'à concurrence de la scmune de 54 miUions. .

Mors on résolut de fonder, sur le modèle de la Banque de Fiance, un établissement de réserve en quelque sorte^ « la Baa-, que nationale. » Les statuts de cet ét^issemeni lui interdisent,] dans tes termes les plus formels, les opérations par lesquelles il pourrait immobiliser ses capitaux» et le restreignent en quelque/ sorte kl'eaeompte. La Banque nationale,, fondée au capital efiEecjbf ' de 15 millions de francs, fournis par la Société Générale et par la Banque de Belgique i» a obtenu, par des conventions successives du gouvernement avec les autres banques, le privilège exclusif d'ânelitre des billets à vue et au porteur, et à peu près aussi le nuttopoleide l'escompta proprement dit. Par la loi du 10 mai 1850, cette banque fait en«mème temps le servit^ de caissier de TÊtat, moyennant une indemnité annuelle fixe de 200,000 fr. Mais

* LeeapitalDomiiialdelallaiMiiifiiiatknntoasI^eStlH^^ #aelioB»oi^ été atteibttë&à la Société Géaénde eà^uôie miUions âk la Qa^pie 4e Belgique. Quinze millions seulement ont été versés.

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comme^ parla loi qui constitue la Banque nationale^ un sixième des bénéfices qui* excèdent 6 p. % ^ ^^ réservé à l'État (art. 7 de la loi); la Belgique obtient presque gratuitement S comme prix du privilège accordé à la Banque nationale^ le service de centralisation et de mouvement des fonds du Trésor qui coûte si cher à la France.

La Bloque Nationale peut faire des reeouvrements au dehors et le papier fourni par ces recouvrements s'élevait au 31 décembre 1852 à la somme de 28^344^725 fr. Les coupures de ses billets-monnaie sont de 1^000, de 500, de 100, de 50 et de 20 fr.: elles lui permettent de faire pénétrer ses billets bien plus profondément dans la circulation que ne pénètrent ceux de la Banque de France.

Le bilan de la Banque Nationale^ arrêté au 31 décembre 1852,

se résume par les chiffres suivants :

il*.

PoriefeuiUe SS,S6I,MI .«7

CtitM 39,t87,MS.W

Fonds publics l4,ca7.5(6.M

Prêts sur rentes. 6,193,351.99

Billets sur la Société générale. 4,000,000.09

De Rotscbild frères 1 ,531,937.3»

Effets en souffrance 96,903. 33

DiTers |,847,83S.3<

Le compte rendu des opérations de la Société Générale et les tableaux qui y sont annexés contiennent un grand nombre de faits intéressants et dignes d*étude que les limites et le plan de cet ouvrage ne nous permettent ni d'énoncer, ni de discuter.

Aujourd'hui^ après une liquidation qui n'a pas été exempte de diiBcultés^ la Société Générale se trouve dégagée, par des réalisations fort heureuses^ des embarras de 1848 .La liquidation des âfEsdres de la banque de Belgique a été plus facile encore, parce que cet établissement^ paralysé en quelque sorte par les souvenirs de 1 838, avait opéré avec plus de précaution.

Voici comment la Société Générale et la Banque de Belgique résumaient leur situation dans les bilans arrêtés au 31 décembre 1852 et publiés à la suite des comptes rendus des opérations de cette année.

* La part attribuée à l'État dajis les bénéfices de la Banque, en exécotion de l'art. 7 de la loi du 5 mai 1850, t'est élevée pendant l'exercice 1852 àla oomme de t5S,4n fr.

Capital 15,000,000.00

Billeto-monmie - e9,3t9,SI0.00

Comptcs-rourants 94,161,141.86

MaDdtts à piyer 9,999.06

Réser?es 898,834.48

Dividendes 1,800,000.00

Part da Trésor 458,417.94

DiTert 44.935.91

BANQtlS BBIiGES;

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