‹ Traité théorique et practique des opérations de banqueChapitre 101 sur 168 · SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

SOCIÉTÉ

Capital

Fonds de réserve

Intérêts et dividendes divers

Billets au porteur. . • . ^. . . .

Caisse d'épargne et instit. de prévoyance. Obligations et promesses. . . • • .

Comptes courants. ...••.. Comptes divers, ••,«...

Total. . .

AOTIP.

Caisse

Portefeuille.. ......

Valeurs immobilières. • • . .

Fnnds publirs

Prêts et reports

Obligations de diverses sociétés. .

Actions de diverses sociétés. • .

Liquidations diverses

Comptes courants. . . « . . Comptes divers. .....

ToUl.

BANQCB

Le système belge, on le voit, n'est autre, à tout prendre, que le système français dirigé par un gouvernement d'hommes d'affaires intelligents et actifs. Il se distingue par des traits bien marqués des systèmes appliqués en Ecosse et en Amérique. En Belgique^ l'initiative est venue de TÉtat plutôt que des particuliers : aussi les opérations de banque ont-elles pris en ce pays^ plus qu'en tout aûtre^ la forme administrative. On y a négligé les petites entreprises et les petits entrepreneurs pour faire de grandes affaires et créer de grandes entreprises. Aussi les banques publiques ont-* elles pénétré bien moins qu'ailleurs dans les habitudes et dans les afEsiires de la masse des populations. Il suffit pour se convaincre de ce fait de considérer le chiffre des billets en émission et de le comparer aux besoins d'une population nombreuse^ dense et industrieuse comme celle de la Belgique.

Ce qui s'est passé dans les crises nous en fournit une autre preuve. En effet, bien qu'un homme fort éclairé ait dit devant une commission d*enquète du parlement anglais qu'il n'y avait aucun

286 UYU I?. CBURU lY.

remède contre la présentation des bQIets au moment des crises politiques^ on a pu remarquer que les banques d'Ecosse avaient traversé sans chanceler depuis 80 ans plusieurs crises de ce genre* Nous en avons indiqué la eause : c'est que la population tout ex^ tière se sent intéressée à leurs affaires et notamment à la drcur lation de leurs billets. En Belgique^ les banques sont des banques de capitalistes : leur but {principal est de réunir les petits capitaux et de les placer par grandes masses, de manière à obtenir toujours des créations et des émissions de titres et à établir use industrie dont la constitution admiaistrative semble avoir pour but les choses plutôt que les hommes. De là Visolément dans lequel elles se sont trouvées^ comme toutes les banques du cûattnent européen^ au moment des crises.

Sans doute il y avait dans la constitution même de la Sâcîété Générale et de la Banque de Belgique^ comme banques de circulation^ des vices nombreux^ notamment Timmobilisation de leurs capitaux et leur prédilection pour des gages susceptibles d'une grande dépréciatioq. Mais ce n'est pas là qu'il fiaut chercher la leause de la suspension de leurs paiements, puisque la Banque de France, qui jusque là avait borné ses opérations à Fescompte éa papier de commerce^ a été^ elle atissi^ obligée de suspendre. C^est parce que^ dans Fun et dans l'autre pays, chaque particulier n'avait pas un intérêt direct, personnel, bien compris^ et bien défini dans les affaires des banques publiques^ et ceci justement par l'effet du monopole.

Cependant l'opinion publique a conclu, en Belgique aussi bien qu'en France, qu'il fallait concentrer et renforcer le monopole, a N'avons-nous pas la liberté des banques^ s'^écriait le ministre des finances dans l'exposé des motifs de la loi de 1850^ n'avonsnous pas la liberté des banques ! Quel bien en est-il résulté pour la circulation?.. Combien de banques possédons-nous? Il n'existe que quatre établissements émettant des billets^ la Société Générale^ la banque de Belgique, la banque de Flandre (à Gand)^ la banque liégeoise et..'... les affaires des banques comme établissements d'émission et d'escompte bien entendu ont été en général si restreintes^., qu'il est rare de rencontrer des billets d\ine banque locale dans une autre province^ même limitrophe de celte où siège

BiRQlIBI BSL6 V. 299

rétabliœemeBt qui les émet II en est mjime qui^ en fait, ont renoQC^ entièrement à letxrs éndssions. n

Esl4l bien Trai de dire qu'avant 1850 la Bdgiqae était m i6gÊme de la liberté des banques ? La Société Générale n'étaii-elle pas une opéation du gonTemement, n'aTait-elle pas été fondée aa BK^en des ressources du domaine public et investie de prifili^;e8 exceptionnels ? !f àvait-elle pas pris »ir les afiBaôres un tel aseeadant qu'il était imposable de tien taiter à coté d'elle et en ddbuMES d'elle? NoBs ayons TU oeomieiit elle avait procédé avec laBanqae de Belgiqpie : à quelle guerre^ n*«iraient pas été exposés des étar Missements i^ns faibiés et qui n^auraient pas compté tmt Tappai du gouvernement ! LMufluenee do la Société Géntrâle avail d'ail* lenrâ appdé k& capitaux à des opératioflB tout autres que Fesotnqite, aur placements indaitriels : sok exenfte^ autant que son privilège, nuffiait à la liberté.

11 est possible du reste que les hàlMiludef des Belges comme celles des Français répugn^st au développement d'un système de eré£t étendu et solide : il est certain que la. liberté ne pourrait donner Aa» Tun et Tautre pays des résultais trèMfttilës qu'au bout d^un temps asses long et à la susta d'espériencea réitérées. VhÀs les difficultés tiennent imiquemeat à l'état et à la direction de l'opinion et bob à la nature des choses.

En Belgique on s'est bien hâté de répéter^ comme en France rincroyable assertion de M. Thiers : a C'est un projet insensé que celui de vouloir établir deux banques dans une même localité ^ » | Comme s'il n'existait pas, depuis plus d'un siècle, plusieurs | banques de circulation à Edimbourg ! comme si l'on n'en comp- tait pas trente au moins qui opèrent depuis plus de vingt ans avec ^ un grand succès dans la seule ville de Boston, bien moins impor- ) tante que Bruxelles I Quelque autorité qu'on veuille attribuer aux > afiSrmations, souvent légères, de M. Thiers, il semble du moins qu'elles ne devraient pas prévaloir contre des faits constants et palpables en quelque sorte.

Ce qui est vrai, c'est la difficulté de faire exister ensemble deux banques privilégiées, non-seulement dans la même localité, mais dans le même pays. On en a fait l'expérience en Ecosse au com-

* y. Exposé des motifs de la loi de 1850, par M. Frère Orban, ministre des finances.

300 LmiB IV. GHAPITBX IV.

mencement du siècle passée aux États-Unis^ il y a vingt ans et plus récemment en Angleterre^ en France et en Belgique. Le privilège est destructeur de sa nature : il tend volontiers à acquérir le monopole des affiiires qui existent : il n'essaie presque jamais d'en faire de nouvelles. En Belgique même où les banques privilégiées se sont montrées plus actives et plus hardies qu'en tout autre pays^ il n'est pas certain qu'elles n'aient pas empêché plus d'aflaires qu'elles n'en ont créé et il est constant qu'elles ont donné à l'industrie du pays une direction artificielle dont il n'y a pas lieu de se féliciter. Les progrès industriels de la Belgique sont . incontestables, mais je crois qu'ils ont eu lieu plutôt malgré les banques que par les banques de Bruxelles.

Quoi qu'il en soit, l'tnsemble du système étant accepté, la création de la Banque nationale est une amélioration incontestable. Partout où la banque de placement et de spéculation a pris un développement, il est utile d'avoir une banque de réserve, un régulateur, parce qu'il faut s'attendre à des crises profondes et fréquentes ; mais il serait plus utile que les efforts des hommes d'affaires tendissent à faire pénétrer plus profondément dans la population Tusage des banques d'escompte et des billets-monnaie : on ne serailfpas réduit alors à imaginer pour la distribution du crédit foncier des projets énormes et dangereux.

-*rw

BANQUES PIÉMOIITAISKS. 301

Page 1