‹ Traité théorique et practique des opérations de banqueChapitre 106 sur 168 · GOMPARÀISOM DS8 DIVERS SYSTÈMES · texte numérisé non relu

GOMPARÀISOM DS8 DIVERS SYSTÈMES

On dit bien en Europe que les banques aniéricaines n*ont au* cune consistance, et cela peut être vrai pour celles des grandes villes et de quelques Etats du Sud; mais celte assertion est complètement inexacte en ce qui touche la Nouvelle-Angleterre^ où la situation des banques a subi moins de révolutions que dans aucun État du continent européen. Quant aux banques d'Ecosse, elles offrent une expérience de cent cinquante ans sansjcatastrophes : cette expérience ne devrait-elle pas suffire à convaincre les plus incrédules?

En Angleterre, la banque de circulation et Tart du banquier sont moins avancés. Dans les comtés comme en Irlande, une grande partie de la population reste étrangère aux banques et ne les connaît, ni comme lieux de dépôt, ni comme agences de placement. Les émissions de papier comparées au chiffre du capital sont plus fortes : elles éprouvent aussi des fluctuations plus considérables, et il est nécessaire de conserver un encaisse plus gros. En ce pays d'ailleurs, les banques de circulation ne sont pas sou* mises aux influences commerciales : elles subissent l'influence des nécessités politiques, directement, par Teffet du privilège de la Banque d'Angleterre et de son cortège de restrictions; indirectement^ par la concentration à la Bourse de Londres d'une masse énorme de capitaux engagés dans le jeu.

Il faut bien observer, en effet, que la concentration de ces capitaux et le genre d'emplois auxquels ils sont affectés est une des causes les plus actives qui puissent déterminer les grandes crises commerciales. .Les capitaux employés par le commerce régulier varient peu en quantité et très-lentement ; au contraire, les capitaux engagés dans le jeu et la spéculation sont tourmentés par de très-grands orages. Essayons de rendre sensible riufltience que leurs agitations apportent sur le marché commun.

Supposons que les capitaux engagés d'une manière permanente dans les spéculations de la Bourse de Londres s'élèvent à 300 millions de francs. Si les affaires auxquelles ils sont em* ]^oyés deviennent rares, c'est-à-dire si les cours sont calmes, s*il ne se crée pas de nouvelles valeurs industrielles ou d'État, ces capitaux sont réduits à jouer les uns contre les autres; et comme la perte d'un joueur compense nécessairement le gain de l'autre, un tel jeu ne peut guère durer. Dans ces moments de

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stagnation^ une partie des 900 millions sera placée en fonds publics^ Tautre en dépôt diez le banquier qui s'en serma pour escompter le papier du commerce régulier.

Mais on ne tarde pas^ dans une telle ntoatîen, à créer de nouvelles valeursy actions de diemios de Cer^ emprunts étrangerSy etc. Les cours s'animent, et aussitAI les 300 miffions s'engagent presque entiènpent dans le jeu. Les propriétaires ou négociants qui ayaient réalisé quelques épargnes et qui ne pou- Taient les placer qu'à bas prix ou même gratuitement abat le banquier^ allédiés par les diances du jeu^ viennent se mMer aux spéculateurs de profession; leurs capitaux s'ajoutent aux 900 millions qui flottaient déjà sur la place et passent successivement, de l'emploi qu'ils avaient d'abord^ dans les diemins de fer ou dans l'emprunt dont les titres sont émis à la Bourse. Plus le jeu est actifs plus il dure^ plus les capitaux et les capitalistes abandonnent les placements ordinaires pour y accourir.

Chacun sait avec quelle rapidité se multiplient les promesses dans les opérations de Bourse. A la suite d'une période de spéculation^ il est impossible qu'une portion importante de ces promesses ne tombe pas en souffrance, parce que tous les spéculateurs ou la plupart^ en jouant sur les diflfêrences^ se trouvent avoir engagé plus de capitaux qu'ils n'en possèdent. Si, par exemple, avec un fonds ordinaire de 300 millions et 200 millions de capitaux étrangers, qui cherchent un placement sérieux, on engage définitivement 700 milUons, il se manifeste un défidt de 200 mHlions qui doit être comHé d'une façon ou de l'autre. Qu'arrive-t-il alors? Il se produit, sur les valeurs qui forment la matière des enga^ments en souffirance et généralement sur toutes les valeurs qui se négocient à la Bourse, une baisse équivalente à près de 200 millions. D'ftutre part, et bien avant cette baisse, les spéculateurs engagés usent de tous leurs moyens de crédit légitimes ou autres, et s'en servent pour appeler à eux les fonds destinés au oommerce de marchandises, chez les banquiers et ailleurs. Le déplacement de capitaux qui s't^>ère en cette cirocmstance produit tous les effets que nous avens décrits en parlant des crises commerciales^.

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n est bon de remarquer ici que les fonds destinés aux opérations de Bourse forment la plus grande partie des dépôts dont disposent les banquiers qui se livrent aux opérations de première classe^ telles que nous les avons définies. Le spéculateur de Bourse est, de tous les capitalistes^ celui qui dbit être le plus disposé à consentir un compte courant sans intérêt. En eflet^ il n'attond son bénéfice ni de Tintérèt régulier^ ni d\in long travail commercial; il fonde son espoir de gain sur une opération rapide^ réalisée à la faveur d'une disponibilité constante^ et le rend)our8ement sur demande est la seule condition essentielle de son compte courant.

On comprend à quel point les opérations du banquier peuvent être affectées elles-mêmes par celles d'une clientèle de spéculateurs ; il est (d)iigé d'avoir toujours en caisse ou à la Banque d'Angleterre un compte courant improductif, de ne consacrer à l'escompte du papier de commerce qu'une petite partie de ses moyens et de réduire ses escomptes dès qu^il survient une crise. Ainsi il est appelé vers la Bourse, non par la spéculation peut-être, mais par des reports, par des avances à gros intérêt sur dépôt de renies, d'actions industrielles, etc. Tout banquier n'est-il pas amené, parla Ibrce des choses, à faire le genre d'opérations qui convient le mieux à la nature de ses relations et de sa clientèle ?

Telle est la cause réelle de presque toutes les crises commerdales de la place de Londres.' S'il y en eut quelquefois d'autres, provenant du commerce de marchandises, elles furent relativement peu actives, même en 1810. En 1825, en 1837, en 1847 même, les engagements excessifs et téméraires des spéculateurs du Stock Exchange ont exercé plus d'influence sur le marché du crédit que toute autre cause; la disette elle-même n'a été, dans la dernière crise, qu'une cause secondaire.

CTest cette présence des capitaux destinés au jeu, ce sont leurs opérations qui tiennent le' marché du crédit dans une perpétuelle agitation sur les grandes places, telles que Londres, Paris, New- Tork, Amsterdam, etc. Aucun art du banquier ne peut ni prévenir, ni empêcher les oscillations énormes qui s'y produisent presque régulièrement et qui jettent la ruine parmi les entrepreneurs de connnerce ou d'industrie. Grâce aux spéculations de Bourse, cenx-ci to peuvent, sans péril, compter sur la durée

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d'un état de crédit donnée ni 8'engager en conséquence^ sans courir, eux qui ne voudraient pas jouer^ les chances du jeu. Pas n'est besoin d'aller rechercher^ comme les écrivains de l'école métallique^ si ce sont les émissions de la Banque d'Angleterre qui ont fait le mal , ou si ce sont les émissions des banques provinciales. Le mal vient d'une cause plus prochaine, d'une révulsion soudaine du crédit résultant d'engagements excessifs contractés par la spéculation. Si les banques provinciales sont atteintes^ c'est parce qu'elles-mêmes spéculent ou soutiennent des spéculateurs , ou comptent sur un crédit que le banquier de Londres est forcé tout-à-coup de fermer.

Mais cet état de-choses légitime et rend jusqu'à un certain point nécessaire l'excessive prudence que les Américains ont quelquefois reprochée à la Banque d'Angleterre. Sur une pjaœ telle que Londres , il est bon de trouver un établissement de réserve qui vienne ^ au moment du besoin y appuyer^ par un crédit intact et par des émissions de monnaie devenues utiles^ le crédit chancelant des banquiers et du commerce lui-même. Il est bon que dans les temps ordinaires cet établissement ne dispose pas de la totalité de ses ressources , car s'il se trouvait engagé au momeni de la crise , il n'existerait aucun moyen régulier d'en sortir^ et il faudrait^ par nécessité^ recourir aux expédients extraordinaires.

Il est étrange qu'au lieu de se rendre à l'évidence de ces faites l'école métallique et le gouvernement aient pris le parti d'embarrasser^ par des restrictions au moins inutiles, la Banque d'Angleterre et les banques provinciales , comme si les opérations faites avec le commerce régulier, avec l'industrie et l'agriculture , pouvaient jamais causer des crises semblables à celles qui , de temps en temps, éclatent sur la place de Londres! L'Angleterre a déjà son change intérieur^ ses appels d'espèces par des cultivateurs qui n'usent pas des billets de banque; et au lieu de parer à cet inconvénient en répandant davantage les banques et les billets^ on s'est appliqué à les restreindre.

Tout ce que nous avons dit de l'organisation générale du crédit en Angleterre trouve son application en France. Le système qui domine des deux côtés de la Manche est le même : seulement il est plus imparfait , plus irrégulier, en un mot plus conforme aux théories de l'école métallique, de ce côté du détroit. En 1848, nous

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