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1852 (10 mois) 1...

Ce succès, obtenu avec un capital si médiocre et qui pourtant s'est si bien soutenu, sans se démentir un instant^ a quelque chose de merveilleux, et il n'est pas dû tout entier, on peut le croire, au procédé matériel, à la combinaison sur laquelle est fondée la banque d'échange; le talent de l'homme y a eu sa part En e£fet pour

* Le rapport présenté à rassemblée des actionnaires le 25 mars 1853 oonttatait^ du premier janvier au 25 mais, un chiffre d'affaifes de 2,i74,499 fr.

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réussir dans la banque d'écbange^ il faut surmonter des difficultés pratiques très-grandes et qui ont une grande analogie avec celles que l'on rencontre dans les banques proprement dites. 11 esl Trai que tout bon sorti du portefeuille de la banque d'échange est éteint pour elle et ne laisse après lui aucun engagement éventuel, mais elle court le risque direct de voir les souscripteurs des bons de son portefeuille devenir insolvables : elle court eu outre et surtout le risque de se laisser encombrer de marchandises d*une réalisation difficile. Il y faut^ exactement comme dans le? autres banques^ avoir soin de tenir son capital disponible et actif , c'est-àdire sous la forme de marchandises demandées et d'un débit fa* cile , soit par leur nature même ^ soit à cause de la qualité et de la façon. Le directeur d'une banque d'échange doit donc en quelque sorte prévoir les besoins du publjc pour chaque espèce de marchandises, et y pourvoir^ de manière à se tenir toujours ^au milieu du grand courant des échanges.

Or cet art n'est pas facile : pour le pratiquer avec succès, il faut une grande connaissance des besoins et des habitudes de la place sur laquelle où opère : il faut savoir accepter beaucoup d'affaires et en refuser un plus grand nombre ^ car, on doit le remarquer, le directeur d'une banque d échange dispense jusqu'à un certain point ceux avec lesquels il fait affaire de la recherche des débouchés; il se charge à ses risques et périls de leur en procurer, et dans la nouvelle division du travail qu'il vient introduire , il prend à sa charge une grande partie des soucis de la prévoyance. S'il s'encombre de marchandises d'un écoulement difficile, son capital se trouve immobilisé ou trop longtemps engagé et improductif : il éprouve le même embarras s'il acquiert en quantité trop grande des marchandises même dont le débit n*éprouverait d'ailleurs aucune difficulté.

Quant aux crédits à accoider, les principes de la banque d'échange ne diffèrent guère de ceux des banques proprement diteSj, si ce n'est en ceci que 1 échange étend le crédit personnel plus loin, parce qu'il est infiniment plus facile au débiteur de se libé* rer en produits de son industrie que de toute autre manière.

£u principe, la banque d'échange a des débiteurs, mais point de créanciers. Sans doute elle pourrait recevoir des députa et les rembourser à l'échéance, mais dans Tadministration de ces dé*

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pots elle courrait plus de danger que les banques ordinaires, parce que celles-ci ont en portefeuille des engagements exigibles en espèces , qui laissent toutes les chances de réalisation à la charge des signataires, tandis que l'actif de la banque d'échange est en marchandises , ce qui laisse à sa charge une partie des ehances de réalisation. Elle ne peut accepter prudemment que des dépôts remboursables en bons d'échange , et ces bons, il faut le remarquer, n'ont pas un titre uniforme qui les rende propres à satisfaire aux convenances ordinaires des déposants. Mais toutes les opérations de placement dans lesquelles le banquier n'est que commissionnaire, s'adaptent à merveille aux banques d'échange. Voici en quels termes sont définies les opérations de la banque d'échange, dans les statuts du Comptoir central y que M. Bonnard vient de fonder à Paris :

« Art. 4. L'objet de la Société est de faire ou de faciliter comme intermédiaire principalement la commission et l'échange en nature des marchandises, immeubles^ travaux, services et objets de toute sorte> et comme complément les prêts sur hypothèques, les dépôts de fonds, les avances de fonds sur consignation de marchandises, le transit, les recouvrements pour compte de tiers et généralement toutes les opérations de commerce, sauf celles qui sont interdites au titre viu.

j» Abt 25. Indépendamment des opérations de commission et de l'échange en nature des marchandises, immeubles et objets de toute sorte qui sont la base des opérations de la Société, ces opérations comprendront: — 1* Les prêts sur hypothèque; — 2" Les dépôts de fonds; — 3« Les prêts sur nantissement; — 4« Les coulmis^'ions de passage en transit, à la condition expresse de ne pas avoir de découverts sur l'étranger; — 5« Les recouvrements pour compte de tiers en ayant soin de ne couvrir ces derniers q l'après encaissement; — ()« Les achats au comptant et en espèces; — 7» Enfin toutes les affaires ou entreprises d'utilité publique. Dans aucune de ces opérations autres que réchange, la Société ne devra se trouver en avances, sans être couver, e ou par l'hypothèque, ou par des marchandises, ou par les fonds nécessaires à l'opération dont elle sera chargée par les tiers.

» Art. 26. L'escompte en argent ou partie en argent des bons d'échange payables en marchandises sera facultatif, mais non obligatoire pour le comptoir; le gérant jugera de l'opportunité de ces escomptes et en réglera le taux.

» Art. 27. Le coaiptoir pourra faire aux actionnaires un crédit pour un chiffre égal à celui de leurs actions. Toutefois, dans 1 intérêt de la Société, îe gérant dirigera ces crédits avec la plus grande réserve, il y fera toutes les restrictions et exceptions qu'il jugera à propos et ne se mettra à découvert vis-à-vis des propriétaires d'actions que contre le dépôt de leurs titres^ lors^ qu'il le croira convenable.

» AftT. 2S. Le gérant pourra faire chaque année, aux enchères pabliqoei^ une ou deux ventes de marchandises ou objets quelconques, dont la liquida'lion par ce moyen loi paraîtra utile.

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j» AftT. 29. U est interdit au gérant de faire des achats à terme, ainsi que des ventes et des achats à livrer; de souscrire ou accepter des obligations de commerce, bons d'échange ou autres, de céder avec garantie des créances ou coupons de créances hypothécaires, en un mot, de faire aucun acte qui ^is$e constituer pour la Société des dettes ou édtéances, à quelque titre que ce soit, Eo conséquence, les effets acceptés en paiement par le comptoir central devront être gardés en portefeuille et encaissés par lui à Téchi^ance ou négociés pour le mieux à forfait et sans garantie. Il n'est imposé au gérant aucune limite pour le taux et les conditions de ces négociations.

» Art. 30. Sont exceptés de Tinterdiction formulée dans l'article précédent: — |o Les contrats passés pour des constructions ou livraisons de travaux à faire à des époques déteiminées et dont les conditions ne peuvent être remplies qu'au furet à mesure de l'exécution; ^ 2» Les traites ou mandats A fournir mr les maisons ayant des fonds à la Société; — 3" La remise à faire aux expéditeurs de marchandises du dehors, soit pour avancer, soit pour soldes de comptes : seulement il sera toujours stipulé pour ces derniers que les couvertures seront faites en remises du comptoir et non en traites des ezpé* diteurs. b

L'usage des banques d'échange tend à économiser à la fois Tem* ploi de la monnaie et l'emploi des capitaux mobiliers évalués en monnaie. En effet, aux enR;agements de crédit exigibles en monnaie^ elles substituent des engagements exigibles en marchandises diverses. H en résulte que, dans l'hypothèse de la propagation de ces banques, si le marché du crédit vient à éprouver quelque perturbation^ toutes lés demandes des capitalistes n'auront pas pour objet une seule marchandise, qui est la monnaie; par conséquent ces demandes ne tendront pas à élever le prix de la monnaie aux dépens de toutes les autres marchandises^ bien au contraire. Ainsi les engagements résultant de Tusage des banques d'échange se* raient en quelque sorte les compensateurs des engagements exi* gibles en monnaie^ et autant la réalisation précipitée de ceux-ci abaisse le prix des marchandises^ autant la réalisation de ceux* là tendrait à élever ce prix. Dans ce système d'échanges, les prêts à long terme seuls seraient exigibles en monnaie; les crédits commerciaux, exigibles en marchandises, ne seraient que médio* crement atteints par les crises qui pourraient survenir.

L'usage de la banque d'échange économise remploi des capi* taux , en ce sens que ceux qui s'en servent peuvent exercer un commerce ou une industrie avec moins de capitaux que s'ils souscrivaient des engagements exigibles en monnaie. Ils n'ont besoin d'aucune réserve en fonds de caisse ou en crédit chez le banquier^ pour subvenir à leurs échéances : il leur suffit, pour être en me*

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sure de remplir leurs engagements « d'avoir de la marchandise demandée par la consommation. Ils peuvent avoir de la peine à trouver du crédit^ à traiter avec la banque; mais une foisquMls ont obtenu ce crédit, ils n*ont plus qu*à travailler avec ardeur, sûrs qu'ils sont d'avoir un débouché pour les produits de leur travail , et sans crainte de se voir dépouillés par des méventes forcées , consenties sous le coup des échéances. Ce service vaut bien une commission.

Ainsi dans le mécanisme des affaires, la banque d'échange, sans attenter en quoi que ce soit aux droits du capital , et en lui ouvrant même des débouchés nouveaux par la mise en valeur des aptitudes productives , tend à améliorer surtout et à assurer les conditions du travail, à augmenter la liberté économique de celui qui travaille. A ce point de vue, son introduction dans les affaires a une immense portée , mais ce n'est pas ici le lieu d'insister sur cet ordre de considérations : nous préférons faire ressortir son caractère commercial et sa mélliode générale.

Elle se présente au premier abord sous l'aspect d'un commerce de détail hérissé de difficultés, parce qu'il touche à toules les marchandises, et, en effet, il est difficile d'y réussir si on craint les détails et si on n'a pas des connaissances très-variées sur les hommes et les choses du commerce. Mais ces connaissances n'ont pas un caractère proprement spécial : sur chaque marchandise, il siiffit de pouvoir répondre à ces deux questions : « Dans quelles proportions se vend-elle et à quel prix? » Quant à Thomme, il suffit de savoir s'il sait acheter ou fabriquer et vendre, et s'il est de bonne foi. Mais le travail d'esprit du directeur d'une banque d'échange doit porter plus haut; il doit rechercher incessamment quelle est, dans le mouvement général des échanges, l'importance relative de telle marchandise et de tel homme qui la vend ou la produit. ïl doit suivre avec soin les mouvements généraux de l'offre et de la demande , de la production et de la consommation , et chercher la solution de problèmes qui, jusqu'à ce jour, ont peu occupé le commerce , et qui ont été à peine posés par la science. Il faut donc apporter dans les opérations de la banque d'échange l'intelligence des généralités et une volonté qui ne soit ni intimidée , ni rebutée par le détail des affaires. Le bon d'échsuQge s'adapte avec une gtSnde facilité aux be-

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fsmm de la petite industrie. « Le bon dn producteur primitif qui a reçu la matière première est transmis au second producteur, qui achèTe la transformation de cette matière; celui du second producteur est transmis au marchand en gros; celui du marchand en gros au marchand en détail, et celui de ce détaillant au consommateur^ qui paie aussi en produits de son industriel »

On peut observer que le crédit représenté par le bon d'échange court en sens inverse du crédit représenté par le papier de commerce ordinaire. Dans le commerce^ le consommateur paie habituellement en numéraire et quelquefois en billets : en ce dernier cas^ ces billets sont négociés par le marchand au détail^ avec ses billets propres on ses acceptations , au marchand en gro9, par le marchand en gros au fabricant^ par celui-ci à l'auteur de la première fabrication^ et par celui-ci au producteur ou vendeur de la matière première, laquelle s'achète souvent au comptant. Le crédit accordé au consommateur est à la charge du producteur : avec la banque d'échange, le crédit, au lieu de naître des affaires faites et réalisées, peut naître d'affaires à venir prochaines, et il se trouve accordé au producteur par le consommateur dont la banque tient en quelque sorte la place. En même temps que la banque d^échange étend le champ du crédit, elle en réduit Tusage, mais celui qu'elle procure tout directement au travail est plus fécond, comme Tengrais jeté dans la terre est d^autant plus actif qu'il est plus rapproché des racines de la plante.

Est-ce à dire que la banque d'échange soit, comme le prétendent quelque!} personnes, une panacée sociale? En aucune façon. Il n'existe et il ne peut exister rien de pareil. La banque d'échange, qui peut d'ailleurs à bon droit être comparée aux inventions les plus grandes et les plus utiles, n'est qu'un procédé, une simplification apportée dans le mécanisme des échaiîges, quelque chose comme le retranchement d'un ou deux engrenages dans une machine, la diminution et presque la suppression des réalisations dans chaque transaction. Cette innovation , qui peut être appliquée avec le même succès aux grandes et aux petites opérations, apporte, comme tous les procédés qui économisent un emploi de temps et de travail, des richesses nouvelles à la

■ Çompte-r«nda de la Banque d'échange de Marseille, 1853.

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société j et elle fera certainement son chemin dans le monde. Mais^ pour qu'elle produise tous les résultats qu'on est en droit d'en attendre^ il faut qu'elle laisse chacun dans sa liberté^ qu'elle abrège la durée des engagements en les simplifiant, en les réduisant à leur expression la plus élémentaire : il faut surtout qu'elle s'abstienne de vouloir remplacer la monnaie dans les évaluations^ et qu'elle se contente de la rendre inutile dans les accumulations et dans les réserves. 11 y a dans ce moment un vaste champ pour l'application de ce procédé^ et quelle que soit la concurrence qui se manifestes il s'écoulera bien du temps avant que toutes les places soient remplies. Un grand nombre d'entrepreneurs et de directeurs y échoueront sans doute, ou n obtiendront qu*un succès médiocre, mais le procédé survivra et son usage introduira dans les affaires une nouvelle division du travail : il dispensera jusqu'à un certain point le marchand et le fabricant surtout de la nécessité de chercher incessamment des débouchés pour ses produits : il pourra lui suffire de savoir bien fabriquer ou acheter et de savoir vendre, sans avoir besoin d'aller chercher les acheteurs.

Le lecteur me pardonnera, je l'espère» d'avoir insisté si longuement sur un genre d'entreprises qui est peut-être quelque chose de plus ou de moins qu'une banque, mais qui est assurément autre chose. Il était nécessaire de mentionner un procédé commercial nouveau, appelé selon toute apparence à occuper dans les affaires une certaine place et surtout d'indiquer en quoi il diffère des tentatives faites pour monnayer les marchandises.

* Trente-deux banques d'échange se Kont formées oa sont en voie de formation à Marseille seu ement. On en compte aussi plusieurs à Paris fondées sur des combinaisons diverses.

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