CHAPITRE X
BANQUES D*ÉGHANGE.
Jusqu'à ce jour, on a emprunté ou pris le capital représenté par la monnaie métallique au moyen de billets payables en espèces à vue, au porteur, ou par rémission de papier à cours forcé. 11 semblait difficile d'imaginer un système mixte et intermédiaire qui ne consistât précisément ni à prendre de force, ni à emprunter de bonne volonté au public la valeur de la monnaie métallique. On l'a tenté cependant en imaginant la banque monétaire d'échange sur laquelle on a fait depuis vingt-cinq ans, en France surtout, des expériences nombreuses.
§ 1. — Banque monétaire d'échange,
La théorie de^ la banque* d'échange, que nous appellerons monétaire pour la distinguer de l'autre, est fondée sur une idée très-spécieuse, a Puisque les services, a-t-on dit, se paient toujours avec des services ; puisque la monnaie ne sert qu'en qualité d'intermédiaire dans les échanges, pourquoi cet intermédiaire ne serait-il pas supprimé? Pour y parvenir, il suffit d'évaluer les marchandises existantes, de les représenter et de les monétiser avec du papier au moyen duquel tous les échanges seraient effectués. Qu'on imagine, par exemple, un bazar où se trouvent réunies toutes les marchandises nécessaires à la consommation d'une agglomération d'hommes ; élevons une banque au milieu de ce bazar et qu'elle délivre à chacun en papier, après évaluation contradictoire, le montant de la marcifiindise qu'il produit. Tous
* Voir Storch, Court é^Économie politique, t. IV.
350 UTBB IT. GDAPITBX X.
les achatB seront (^Hs par Tintermédiatre de la banque à laquelle les paiements seront effectués en billets . Ainsi la somme représentée par les billets sera toujours égale à celle des marchandises existantes^ puisque toute consommation sera précédée d*une extinction équivalente des billets en circulation, d
Telle est^ dans sa plus simple expression^ la théorie de la banque monétaire d'échange. Elle a été exposée pour la première fois, au moins à ma connaissance , en 1818, par M. Fulcrand- Mazel^ qui a fondé sur cette idée une banque d'échange à Paris en 1829 et une succursale à Marseille en 1832. Plus tard^ au commencement de 1848^ cette théorie était exposée avec éclat en Ecosse par M. John Gray, et à Paris par M« Proudhon. Jamais on n'avait suivi avec une logique plus serrée que M. Gray les conséquences de Faxiome fondamental et incontestable : a Les services se paient avec des services, d L'imagination aussi est intervenue et a joué un grand rôle aussi bien dans les écrits de l'économiste écossais que dans ceux de M. Proudhon. Leurs projets de banque d'échange étaient-ils réalisables? Passons sur les difficultés d'exécution^ et supposons que tous les produits de la société^ de l'humanité mème^ sont bien évalués^ cotés ^ emmagasinés dans le bazar de la banque d'échange. Les opérations commencent; mais quoi I les prix sont toujours les mêmes , ou du moins ils ne varient jamais du jour de l'entrée au bazar au jour de la sortie , car s'ils varient un seul instant, la somme de la valeur des marchandises cesse de se trouver exactement égale à celle exprimée par les billets; or^ c'est sur cette égalité constante des deux sommes que toute la combinaison de la banque d'échange se trouve fondée. La fixité des prix depuis l'entrée au bazar jusqu'à consommation devrait-elle être décrétée? Que ferait-on au moment où un accroissement de l'ofEre d'une marchandise ou ]a diminution de la demande rendrait nécessaire une baisse de prix? Déciderait-on i^ue les marchandises, à l'entrée, seraient évaluées au nouveau cours et subiraient seules la baisse de prix? Mais alors personne ne voudrait des nsarehandtses de même sorte, déposées antérieurement au bazar» et^ pour les ven« dre, il faudrait cacher les dernières venues et imposer à la fois à
< Lectures on ihe nature and ute of money, by John Gray, nn vol. in-8.
BANQUES d'échange. 351
Tacheteur le prix et la maiehandise. Ici évidemment on se trouve en face de l'impossible.
On peut, il est vrai^ n'évaluer la marchandise déposée dans le bazar de la bancpie d'échange qu^à une portion de sa valeur^ ou retenir^ au compte du propriétaire^ une somme de billets égale à une fraction, soit un quart^ de la valeur^ pour faire face aux variations de prix. En ce cas, le déposant se trouverait dans la situation du marchand qui emprunte au sous- comptoir d'escompte sur un certificat de dépôt , avec cette différence que le billet-monnaie de la banque n'aurait point, comme ceux des banques de circulation^ une valeur certaine et presque fixe.
Si^ au lieu de renfermer dans son bazar toute la société ^ la banque monétaire d*échange n'est qu'une maison libre ^ opérant en face de la concurrence^ voici sa desthiée inévitable : ses billets qui représentent non de la monnaie^ mais des marchandises^ ne peuvent avoir un cours régulier au-dehors qu'autant qu'on peut obtenir partout^ contre ces billets, une valeur en marchandises ou en services égale à celle qu'on obtiendrait pour une même somme de monnaie^ en un mot qu'autant qu'ils sont au pair de la monnaie métallique. S'ils tombaient au-dessous du pair^ leur dépréciation emporterait celle de toutes les marchandises qu'ils représentent : tous les déposants souffriraient, et dans une égale proportion, des émissions de la banque ; ils seraient solidaires de ses opérations. • Or le papier de la banque monétaire d'échange tomberait rapidement au-dessous du pair^ par l'excellente raison que la somme des marchandises existantes en tout temps est bien supérieure à celle des monnaies dont on a besoin et dont on se sert. Dès que les émissions atteindraient la somme inconnue , mais certaine, fixée par les besoins des échanges, la dépréciation commencerait à se faire sentir au préjudice des porteurs de billets qui ne pourraient obtenir hors du bazar de la banque d'échange , l'équivalent de la marchandise par eux déposée , contre les billetsmonnaie.
Enfin, la banque monétaire d'échange encouragerait la spéculation, c'est-à-dire l'achat ou la production de marchandises qui ne sont pas réclamées pour les besoins du marché. Le producteur, ou le marchand, dégagé de la responsabilité des réalisations, assuré d'obtenir en tout temps de sa marchandise un prix à peu
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près fixe> et^ en tout cas, moins mobile que les prix courants actuels^ ne serait pas averti à temps qu'il faut s'arrêter^ parce que les débouchés manquent; il surchargerait le marché : puis viendraient la crise commerciale et les catastrophes; car je ne pense pas qu'on ait imaginé de prévenir par la banque d'écjiange les variations naturelles des prix qui résultent d*une opération libre, de la comparaison de l'offre et de la demande*
Pour comprjendre jusqu'à quel point la spéculation pourrait être excitée par un établissement où on pourrait réaliser à l'instant le prix de la marchandise^ il suffit de se rappeler que les fabriques et les manufactures ont un prix de revient variable en raison des quantités qu'elles produisent. Soient leurs frais généraux représentés par 10 : quelle que soit la production, ces frais n'augmentent pas; si donc la production est de 50, les frais généraux absorbent 1/5 du produit; si elle s'élève à 100, ils ne prélèvent plus que 1/10; si elle atteint 200, ils n'y figurent plus que pour 1/20 et ainsi de suite. Le fabricant a donc un intérêt direct très-grand et très-senti à élever le chiffre de ses produits, et c'est justement ce qui donne un prix si grand aux débouchés. Où s'arrêterait la production industrielle, si elle croyait posséder un débouché certain et presque in&ni?
Le prêt sur dépôt de marchandises ou de rentes, malgré toutes les restrictions que la prudence des banquiers lui a imposées, encourage souvent la spéculation. On a vu dans le nord de l'Angleterre des marchands de blé remettre en nantissement leurs premiers achats , puis se servir des capitaux obtenus du banquier pour acheter encore , remettre en nantissement encore une fois et retourner aux achats , jusqu'à complet épuisement de leur crédit. Une baisse de prix entraînait la ruine des marchands de grains et celle de la banque puissante qui leur avait fait des avances.
On use en ce moment à Paris, de la même façon, des avances sur dépôts de rentes et d'actions de chemins de fer. Sur ces dernières , la Banque de France avance 60 p. % et le sous-comptoir 75 p. % de leur valeur au cours de la veille. Le spéculateur fait une première opération sur un capital propre ou un crédit de 100, puis il va au sous-comptoir où il obtient 75 p. % et fait une nouvelle opération sur laquelle il obtient encore 75 p. %, ou s'il est très gêné par les formalités du sous-comptoir, 60 p. % à la
BANQUX8 d'ÉCOAHGK. 353
Banque. Il Ta ainsi jusqu'à Textrémité de son crédit. Avec un capital de 100, il parvient à emprunter rapidement par ce moyen !• 75; 2* 56,25; 3« 42,19;' 4* 31,65; 5« 23,74; 6° 17,81; 7'' 13,36; 8^" 10,02; soit en tout 270,02, sur des opérations qui ne sont pas réalisées et dont la réalisation est soumise à deë éventualités de hausse et de baisse. Le spéculateur ne doute pas , lui;' il voit l/i hausse dans son imagination comme si elle existait, et il attend sans inquiétude les bénéfices qui doivent lui fournir le moyen de remplir ses engagements et do retirer ses titres; mais si les cours viennent à changer, si la baisse survient?
Tels sont les dangers que font courir au préteur et à Temprunteur les prêts sur nantissement ou dépôts de titres. Ces dangers seraient plus grands et plus sensibles dans la banque d'échange de MM. Gray et Proudhon , parce qu'on y courrait à la fois ceux qui résultent de la variation du cours des marchandises et ceux de la variation des cours du papier : on n* aurait plus pour opérer ni base ni mesure.
M. Mazel et ceux qui, après lui, ont essayé de monnayer les marchandises, ont rencontré le même obstacle. Les bons généraux d'échange, payables en produits ou services des adhérents, qu'ils mettent en circulation , forment des engagements dont la réalisation est toujours difficile, parce que le porteur n*en connaît pas exactement les conditions. Il peut et il doit arriver sou ^ent, ou que le produit qu'on lui offre ne soit pas celui qu'il demande, ou que le prix, soit la qualité, ne lui conviennent pas. Cependant le titre d'engagement dont il est détenteur est précis, rigoureux et doit être libéré. De là des difficultés énormes dans l'application, même avec de petits établissements. Combien, avec de grands établissements, ces difficultés ne seraient-elles pas plus considérables ! On s'apercevrait bien vite qu*on a eu tort de croire que la valeur des mar* chandises était en proportion directe de leur quantité et que la monnaie fiduciaire ne pouvait être en excès, lorsqu'elle représente une quantité donnée de marchandises existantes.
On ne peut monnayer sûrement ni la terre, ni des titres dont la valeur soit susceptible d'accroissement ou de diminution, ni des marchandises, mais seulement ce qui se rapproche le plus des conditions de la monnaie métallique, savoir des promesses exprimées en monnaie et à une échéance assez prochaine. Après
2* iDlTlOIL 83
354 UYBfi 1¥. GHAPITBE X.
ftNit, U banque de circulation ordioaire , telle qu*el1e existe ea Éoosse et daos la NouTelle-Augleterre ^ est encore rinstrument le plus sûr que Tod puisse employer pour emprunter à la circu. latîon la valeur de la monnaie métallique. Lorsque cette mounaie est réduite dans un pays à la quantité de 3 fr . 38 c par tète d'habitant^ comme en Ecosse, il n'est pas besoin de courir la chance de bouleverser tous les marchés et toutes les transactions pour emprunter cette somme : il vaut mieux se tenir aux moyens connus et éprouvés^ qui exercent une influence utile sur la produc* tion et jusque sur Tâme du producteur. .
§2. — Banque d'échaingp, iimpk.
Cependant il est incontestable que les services et les produits se paient avec des services et des produits , et il y a quelque chose qui confond la raison dans le spectacle d*une société placée sous le coup d'une crise commerciale profonde. Quoi! cette société possède les mêmes instruments de travail^ les mêmes entrepreneurs^ les mêmes ouvriers^ en un mot la même puissance productive que la veille, et pourtant le travail s'arrête, les débouchés se ferment^ les transactions cessent et une vague inquiétude agite toutes les âmes. Tous ceux qui ont des engagements à remplir et particulièrement les entrepreneurs d'industrie se trouvent ruinés par la baisse de prix de toutes les marchandises. Et d'où vient cette baisse ? Uniquement de la retraite de quelques capitaux sous forme de monnaie^ car d'ailleurs les besoins et les goûts sont restés les mêmes. Évidemment une telle situation présente un problème à résoudre.
Il ne faut donc pas s'étonner qu'un grand nombre d'esprits se soient obstinés à travailler sur l'échange, à réfléchir, à expérimenter, afin d'y découvrir un procédé nouveau pour économiser l'usage de la monnaie et améliorer le contrat de crédit. Enûn on l'a trouvé : l'honneur de cette invention appartient à M. Bonnard, qui en a fait l'application dans une banque d'échange fondée à Marseille en 1849, et qui y a réalisé de magnifiques résultats.
Ce procédé n'est autre chose qu'une shnplification des moyens employés par les banques numélaires d'échange, l'introduction du bon particulier d'échange négociable sans garantie de la
BAHQUBS D'ÉCHANfiB. 355
banque. Ua exemple en fera comprendre remploi et l'usage : Un bottier a besoin de cuir ; il est bon ouvrier^ laborieux, solvable même^ mais son petit capital est tout entier engagé en chaussures fabriquées qui garnissent son magasin. Il pourrait bien acheter des cuirs à crédit chez son marchand ordinaire, mais celui-ci peut-èlre les lui vendrait plus cher, en raison du risque : d'ailleurs pour obtenir ces cuirs à crédit, il faudrait contracter une dette exigible en espèces, ce qui constitue pour le bottier TeiH gagement implicite d'avoir vendu à l'échéance assex de chaussures pour payer son billet el d'avoir pu en réserver le prix. En souscrivant ce billet, il contracte, ainsi que nousTavons fait observer, . quelque chose de plus qu'un engagement de crédit, on véritable marché à livrer dont chacun connaît les conséquences.
Au lien de procéder ainsi, le bottier s'adresse è la banque d'é* change et lui demande les cuirs dont il a besoin. Supposons un moment quelle les ait en magasin et qu'ils conviennent quant à la qualiié et quant au prix : le marché se conclut, soit pour une somme de 1,000 fr. La banque demande au bottier pour 1,000 fr. de bons payables en produits de son commerce et de son industrie. % Voici la formule que fait souscrire à ceux qui lui demandent du crédit la banque d'échange de Marseille :
9àMÇ,tm B'ACBUUMB OB MâltUBff.f.lt.
A vue, je paierai Au Porteur la somme def^M
au cours, valeur reçue comptant de MM. G. B3N1iiri> bt C>«, lesquels en
aucun cas ne seront garants de la présente Obligation, — Je m'oblige à
payer en Espèces, si je n*étais en mesure de remplir mon engagement.
Ayant pris connaissance des tonditions ci ^derrière, j'y adhère sans^
restriction.
Signé:
Au dos de ce bon se trouve Fextrait suivant des statuts de la Banque.
La Banque ne rrçoit rien d'avance; elle livre aux prix et conditions axés à fannable les marchandises^ bons d'échange ou autres objets à sa disposition ei reçoit en paiettient les valeurs ds toute nature ou les otHigatious des échangistes aux conditions ausei fixées de gré à gré.
La commission est payable en numéraire et à l'instant même des livrai* sons ou de la signature des traités; elle se calcule sur l'objet que la Banque doit recevoir en paiement dé ses avances. . . ^ ^ '
356 LIVBS IV. CHAPITRS X.
Les bons d'échange payables à vue ou à terme ne portent pas d'intérêt pour le temps qu'ils sont gardés en portefeuille par la Banque «u les tiers porteurs.
L'esc(»mpte en argent des bons d'échange payables en marchandises est facultatif et non obligatoire pour la Banque. Cet escompte se fixera de gré à gré, chaque marchandise et les convenances propres à chaque affaire comportant souvent un escompte différent.
Les acheteurs et échangistes peuvent toujours avant le marché faire estimer pour leur satisfaction et par qui bon leur semblera, les marchandises ou autres valeurs que la Banque aurait à leur livrer; mais les marchandises une fois sorties des magasins ne seront plus reconnues ni reprises. La multiplicité des opérations exige que cette condition soit de rigueur.
Le lion ci- derrière a la valeur des espèces, pui^qu'avant de le créer, le souscripteur en a reçu le montant en objets de son choix, à sa convenance et de valeur reconnue pf*T lui ; le porteur de ce bon n'est donc pas obligé de prévenir le souscripteur qu'il le lui donnera en paiement, et celui ci ne peut le refuser en aucun cas, même pour un paiement stipulé au comptant, eh e^èces. et dans' un marché conclu, soit directement entre les parties, soit par l'entremise d'un courtier. Seulement ce bon ne peut être donné en paiement ou en compensation pour une affaire antérieure à sa souscription.
11 n'est pas nécessaire d'être actionnaire pour être admis à l'échange Chacun peut y prendre part, et nul n'est engagé que jusqu'à concurrence des valeurs qu'il a reçues et soldées par des bons d'échange.
Toute personne qui aurait à se plaindre de la manière dont un bon d'échange aurait été exécuté par le souscripteur, est priée d'en aviser immédiatement le Gérant.
Tout souscripteur d'un bon qui manquerait de bonne volonté ou de délicatesse pour s'acquitter, ne serait plus admis à traiter avec la Banque.
La Banque t^e peut avoir de dette ou échéance d* aucune nature, l'article 28 de son acte constitutif lui en fait l'interdiction la plus formelle.
Ces bons au porteur^ à vue ou à terme convenu, sont signés par le bottier qui emporte son cuir. La banque^ à laquelle le bottier a payé une commission, met ces bons dans son portefeuille. Elle procède successivement de la même manière avec des producteurs de toute profession^ de manière à garnir son portefeuille de bons qui représentent des marchandises de toute espèce.
Lorsque tous les besoins viennent tour à tour se manifester à la banque, il arrive nécessairement qu'on lui demande desmar* cbandises de sonportefeuille^ si Ton peut s'exprimer ainsi^ et, sans aucun doute^ des chaussures. Elle offre un bon du bottier auquel elle a fourni des cuirs, soit un bon de 10 fr. : c'est à celui qui traite avec elle de voir s'il lui convient de prendre de la chaussure chez le signataire du bon : il est libre de tout engagement. Ac« cepte-t-il? La banque lui transmet le bon, sans lui en garantir le paiement : il le reçoit comme marchandise et donne en échange ses propres bouEu .
BANQUES d'ÉCHANGK. 357
Que devient maintenant ce bon de 10 fr. ? H ne produit aucun intérêt au porteur et ne lui est point garanti par la banque. 11 est donc très-probable que le porteur^ qui ne peut guère négocier ce titre , ne Taccepte que parce qu'il en a besoin et , au lieu de le considérer comme monnaie qu'il se hâtera de le réaliser ^ Il va chez le bottier et fait son emplette librement^ choisit sa marchandise, en vérifie la qualité^ en débat le prix comme à Tordinaire, puis au moment de payer, il remet le bon^ qui éteint jusquà concurrence de 10 fr., la dette qu'il vient de contracter.
Dans cette suite de transactions^ tout le monde a contracté librement, dans les conditions ordinaires du marché, en se servant de la monnaie courante, comme commune mesure des évaluations. Le crédit et les signes fiduciaires à la création desquels il donne lieu ne se sont pas multipliés^ car les bons d'échange souscrits par le bottier remplacent exactement le billet qu'il aurait souscrit à son marchand de cuirs. Mais il est bien plus avantageux pour lui de souscrire un engagement à la banque qu'au marchand de cuirs. £n souscrivant les bons d'échange, il n'a pris qu'un engagement simple; le marché à livrer qui résulte nécessairement de tout contrat de crédit, est bien moins onéreux pour lui, puis* qu'il doit payer, en celle de toutes les marchandises qu'il peut fournir le plus facilement et sur laquelle il réalise un bénéfice.
' Les bons particuliers employés par la plupart des autres banques d'échange sont garantis par elles eti vertu du droit commun^ ce qui rend ces bons (.lus facilement négociables^ plus propres à re ter dans un portefeuille ou dans la circulation. De là résultent pour les banques des engagements qui, à un moment donnée peuvent devenir embarrassants. La formule de ces bons est d'ailleurs à peu près la même que celle de M. Bonuard. En voici une très-courte et très-nette :
BAMQIIB OB CRÉDIT QÈKimAh,
Rue . ». , à Marseilte,
Gédule marcliSBtfc.
■•mitlt,!* 185 B. P. F.
À tue, je paierai au porteur la somme de franu
«A Marchandises ou en travaux de ma profession, au cours^ valeur reçue comptant de Jf . Laget, gérant de la Banque, Je m'oblige de payer en espèces, 9ije n' états en mesure de remplir mon engagement,
M. (adresse) rue
3S8 uvBs or. cuartu %m
CesX du débiteur de la banque 4u*on peut dire à Juste ti^ : Qui paie ses dettes 8*enrichit. Le bottier dont nous avons parlé ne s'est point obligé à avoir vendu et réalisé mille francs de mar^ chandises au jour de Téchéance; au lieu d^avoir besoin de vendre d*abord et de payer ensuite, il vend et paie par, une seule opération; il ne peut devenir insolvable qu'autant qu*il cesserait de travailler ou qu'il dissiperait follement ou frauduleusement les produits de son travail^ et ses ventes ne sont jamais foreées par la nécessité de faire face aux échéances. Plus il a d'échéances^ au contraire, plus il est aFsuré d'avoir des débouchés et, par suile^ un travail rétribué au cours; puisque la banque est intéressée à négocier promptement ses bons et que les porteurs ont intérêt à les consommer promptement*
Pas n'est besoin de dire que la banque a trds moyens de se procurer les marchandises qui lui sDnl demandées : 1^ par Tachât direct au comptant^ et dans ce cas elle jouit de la remise ordinaire du commissionnaire; 2^ en recevant des marchandises eu consignation ou en nantissement avec mandat pour vendre; 3* par les bons d'échange de son portefeuille. Dans tous les cas et sans rien innover aux usages du commerce, elle perçoit un droit de commission. Avec un capital médiocre^ mis en œuvre par un homme habile et actif, il lui est facile de réaliser des bénéGces considérables. Le tableau suivant extrait des comptes rendus de la banque fondée à Marseille par M. Bonnard, donnera une idée de La fécondité de cette combinaison si simple.
A7<5Ées.