‹ Traité théorique et practique des opérations de banqueChapitre 116 sur 168 · CARACTÈRE^ HABITUDES ET ADMINISTRATION DU BANQUIER · texte numérisé non relu

CARACTÈRE^ HABITUDES ET ADMINISTRATION DU BANQUIER

§ 1. — Caractère.

Le banquier doit posséder, à un certain degré, les qualités qui distinguent tout homme d'affaires, cepuis celui qui dirige un gooyemement jusqu^au demi^ entrepreneur de commerce on d'industrie : du jugement, du bon sens, de la fermeté, de la décision, une appréciation froide et calme, une intelligence ouTcrte et vigilante, peu d'imagination, beaucoup de mémoire et d^application. Celui qui a les nerfs irritables, l'imagination active, le cœur trop sensible, la mémoire défectueuse, l'intelligence ardente, inquiète, mobile, doit embrasser une autre profession. L'homme dont l'esprit est paresseux et lent à comprendre ou le caractère indécis, doit aussi éviter la banque, celui de tous les commerces qui supporte le moins la médiocrité.

Sur un sujet si délicat, l'opinion, même laisonnée, du premier venu ne saurait jamais avoir la même autorité que celle d*un praticien. Un homme de beaucoup d'esprit qui s^est élevé au premier rang, après avoir passé par les grades inférieurs de la i»rO'fession, et dont la parole s'autorise d'une expérience de trentesix ans, M. Gilbart, énumère dans les passages suivants les principales qualités nécessaires à un banquier, ou plutôt lès faiblesses et défauts contre lesquels il doit se tenir en garde :

a Un banquier n'a besoin d'être ni poète, ni jdkilosophe, ni savant, ni littérateur, ni orateur, ni homme d'Etat ; il n'a besmn de posséder aucun talent brillant qui le distingue du reste des hommes, et même il vaut mieux qu'il n'en possède point de ce genre. 11 suffit qu'il ait à un haut degré cette qualité pratique appelée sens commun. Le talent du banquier résulte de l'assemblage d'un certain nombre de qualités dont aucune en parttcoliar n'est éclatante, mais qu'il est rare de trouver réunies en la même

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personne. Ce serait une erreur de supposer que le commerce de banque est une routine^ et qu'il ne faut, pour Tezercer, ni science, ni habileté. Le grand nombre de faillites qui ont eu lieu dans ce commerce depuis cinquante ans, prouve que les bons banquiers sont aussi rares que les bons praticiens en tout autre genre. Le commerce de l'argent emploie des facultés intellectuelles d*un ordre élevé et très utiles à la société, car la manière dont il est pratiqué exerce toujours une grande influence sur le bonheur de rhumanité.

» S il est vrai qu'un homme sage ou, en d'autres termes^ doué de beaucoup de raison et de sens commun, ne soit pas nécessairement un homme de talent, il doit au moins n'avoir aucun défaut saillant.

» L'indétùsion est un* grand défaut chez un banquier, qui doit savoir en toute question balancer rapidement le pour et le contre, et prendre une prompte résolution. Ou s*excuse ordinairement de rirrésolution en invoquant Futilité d'une mûre réflexion ; mais en réalité les gens indécis réfléchissent moins que les autres. Celui qui craint de se décider se fatigue bientôt d'une réflexion qui tend nécessairement à une conclusion et il songe à autre chose, ou bien il cherche des motifs d'ajournement. Un esprit indécis conclut toujours à ajourner.

» Le défaut de fermeté n'est guère moins fâcheux. Lorsqu'un banquier, après avoir mûrement réfléchi et pesé le pour et le contre, a pris une résolution, il doit s'y tenir. 11 doit savoir pourquoi il dit non, et lorsqu'il a dit non^ il ne doit jamais revenir sur sa parole.

» Ld promptitude et Tétourderie sont encore de grands défauts. C'est folie de répondre avant d avoir entendu. En écoutant, l'homme sage s'instruit et parvient aux bonnes résolutions.

> C'est encore un grand défaut de se laisser dominer par des préoccupations personnelles ou de tempérament, ou d'habitude. Tout homme, et le banquier comme les autres, a ses faiblesses contre lesquelles il doit toujours se tenir en garde.

X» C'est un grand avantage pour un banquier de se connaître lui-même, de savoir quelles sont ses qualités et quels sont ses défauts; s'il est porté par caractère à un excès de prudence ou à un excès de libéralité ; si ses manières sont rudes ou avenantes ;

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s'il est enclin à voir les choses par leur côté brillant ou par leur côté sombre ; si les relations sociales exercent une bonne ou une mauvaise influence sur la manière dont il remplit ses devoirs ; si les cadeaux et les civilités de ses habitués ^ ont quelque eifet sur ses relations d'affaires. Lorsqu'il a éprouvé une perte^ il doit rechercher si elle est un résultat du mouvement naturel des choses ou si elle a eu pour origine une faiblesse de son caractère, et se rappeler les cas dans lesquels il a manqué de fermeté^ de discrétion, de jugement ou de persévérance, pour se tenir en garde à Tavenir.

» Mais s'il est utile au banquier de connaître ses faiblesses^ il ne lui est pas moins ut4e de les cacher à ses habitués, l^s gens rusés qui ont souvent besoin d'argent trouvent bien vite le côté faible de leur banquier, et s'ils s'aperçoivent que les cajoleries, les flatteries, les commérages, les présents ou les menaces leur donnent prise sur lui, il est bientôt à leur merci. C'est pourquoi un banquier fera bien de n'avoir pas de relations trop familières avec ceux qui sont en position de lui demander crédit pour de fortes sommes, d

Avant de s'engager dans la banque, il convient d'étudier avec soin la vocation et l'aptitude qu'on peut y apporter. S'il est vrai que ce commerce réserve une rémunération presque assurée aux travaux de Thomme actif et capable, celui qui s'y engage imprudemment n'y rencontre que des écueils presque inévitables, des désagréments sans nombre^ des inquiétudes perpétuelles^ et, en dernier résultat peut-être la ruine et le déshonneur.

Il n'est pas rare de voir des hommes, forts d'un capital propre important, et d'une certaine connaissance théorique des affaires, prendre, sans apprentissage préalable, le titre et la qualité de banquier. On ne peut guère imaginer une imprudence plus grande, car si la théorie des opérations de banque est simple et facile à comprendre, l'habitude et la routine même sont indispensables à celui qui veut réussir dans leur pratique quotidienne. On ne sait qu'à demi ce qu'on sait le mieux théoriquement, et d'ailleurs combien de détails échappent à la théorie 1 Elle ne peut ensei-

< J'ai traduit le mot eustomer littéralement par habitué et non par client^ mot ambitieux et peu commercial dont nous nous servons bien à tort en France.

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gner, par exemple^ ni à parcourir rapidement^ ni à comprendre à première Yue un compte courant^ ni à compulser utilement des livres de banque en quelques instants^ ni même à tirer des conclusions et des renseignements de la seule inspection d'un effet de commerce» Bien moins enseignera-t-elle des détails que Fhabitude et le commerce des hommes peuvent seuls faire connaître. Ce sont des détails sans doute, mais le^jir importance est grande, et il ne serait pas difficile de citer tel homme qui, après s*ètre fait un noin dans la banque, a mal fini pour les avoir ignorés. '

La théorie enseigne les principes généraux ; elle enseigne comment les faits s'enchaînent ; comment une inadvertance, une faute entraine quelquefois les plus graves conséquences ; comment le banquier peut être égaré, étourdi, entraîné par certaines cir* constances : la théorie, en un mot, enseigne Fart d'observer et d'apprendre, mais on ne la possède bien, on n'a pour elle la confiance qu'elle mérite qu'après avoir été témoin d'un fait à l'appui de chaque précepte. Dans les arts d'application, l'homme ne finit d'apprendre que par une expérience personnelle; cette expérience, il vaut mieux l'acquérir au service d*autrui et sans risques pour personne que de la faire à ses risques propres, en s'exposant à perdre sa fortune et peut-être celle des personnes dont on a obtenu la confiance. Que d'hommes ne sont devenus propres aux aflEatires commerciales qu'après que la perte de leurs capitaux avait rendu leur capacité, chèrement acquise, inutile à eux-mêmes et à la société !

D'ailleurs le banquier est toujours obligé d'employer le travail d'autnii, d'avoir des collaborateurs sous ses ordres. Il lui importe infiniment de connaître les derniers détails de l'organisation d'un bureau, les mobiles qui impriment de l'activité à une réunion de commis, les causes qui donnent du zèle et de l'activité ou qui encouragent la paresse et Tinsouciance. Savoir diriger le travail de plusieurs hommes est toujours un art difficile, important ; et, quoi qu'on en ait dit pour d'autres professions, il est utile, en banque, d^avoir obéi pour savoir commander.

Non pas que les qualités qui distinguent le banquier ou que la capacité commerciale s'acquièrent dans les bureaux, ni qu'une longue pratique des détails soit nécessaire à celui qui est destiné à diriger une maison : une longue pratique m» toutes choses

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^0 UVBl V, OAItlTBI I.

impose de» babitudes et bieal6t «m ^ulin«, bon de kqa Ae rbomme^ ossifié en cpielfue sorte, ae isait plus se mou^oàr . SU était possible de détermiaer eu qudques mots la durée de Vappifiutissage oécesaaire à qui veut être banquier^ ou dirait que œt appreotissage doit durer a^sez pour que le sujet appreaoe tous les détails du métier, et assez peu pour qu'il ne pr^Mie pas tmp Vbabitude de les pratiqiier dans ime po&âtiim subalterne^ dedeux k cinq ans environ.

11 est quelquefois pénible de fonder ime maison de bancpie; il est plus souvent dangereux de {^rendre une suite d'affaires. Ni les cbiffres énoncés aux livres, ni tes prélè^^emenis ou dividendes perçus^ ni les inventaires, ne peuvent donner une idée exacte de la £ituation d'une maison de banque. Dans les autres l»anebes de commerce, il suffit de jeter les yeux sur le livrede magasin pour pouvoir apprécier à peu près la valeur des marchandises: les résultats obtenus les années précédentes sont positifs; quant aux créances et aux dettes, elles sont le plus souvent en petit nomlnre, et il est facile de les distraire, de les laisser au compte du cédant. Mais en banque, les dettes et les créances sont la matière même du commerce : le portefeuille est un vrai magasin dans lequel chaque effet a sa valeur exprimée. Est-ce bien sa valeur réelle? Qui le sait? Quelquefois le banquier l'ignore luir même : il ne sait pas que tel habitué, dont le compte présmite les plus belles af^rences, ne vit que par le crédit.

Le banquier sait bien^ il est vrai, que tel compte se maintient uniquement par des renouvellemeats, depuis plusieurs années peut-être : mais celui qui se présente pour acquérir ignore cette circonstance, et souvent il ne peut l'apprendre que du hasard. A moins qu'il ne soit dans la maison dont il prend la suite d'affaires depuis longtemps; à moins qu'il n*en sache les haU)itudes, la dientèle et les stscrets les plus cachés, il ne peut acquérir une suite d'afl^res en connaissance de cause et sws s'exposer aux ris- 4Qes lés plus graves.

En effet, il est bien rare qu'après un long exercice une maison de banque n'ait pas quelques nourrissons j comme disent les Ànl^s, c'est-à-dire des comptes qu'elle n'a osé fermer de peur d'oe- «ftfiionner la faOltte du client et d'étie obligée de passer par pn^ Als et pertes quelcpsK somme importante. Plus rarement encore

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na malcMm de bftiiqve ancienne est exempte d^engagvments à long terme el difficiles à réaliser^ tels que p[èt9 sur immeubles, erédits ouverts lé^ement sur garanties hypothécaires, etc. Un homme expérimenté li^idniit compte de tout ceci en acifuérant une suite d'affaires ; mais les hommes expérimentés ne font uae telle acquisition que lorsquUls ont une connaissance intime de la maison à laquelle ils ireuleni succéder et de la localité dans laquelle ils s*ét'ibiis6ent.

Car c*ef4 peu de chose de posséder même à fond la théorie de la lianque et d'avoir du métier une expérience suffii^ante, si Ton né connaît pas les mœurs, les habitudes, les routines, les préjugés du commerce avec lequel on va Satire des affaires. Cette connaissance locale est indispensable, mais un homme intelligent Tacquiert facilement et vite.

§ 2. — ffabiiudei ei maximes.

J*em|irunte à un écrivain déjà cité dans ce chapitre la plupart des préceptes techniques de Tart du banquier. On trouvera peutêtre ses maximes un peu minutieuses; mais elles révèlent le prsr ticien, et, en appelant l'attention du lecteur sur des détails que la plupart des hommes dédaignent et négligent trop souvent, elles peu veut avoir une grande utilité.

a Un banquier, dit M. Gllbart, doit savoir choisir ses associés et collaborateurs, de manière à compenser par leurs qualités les défauts qu'il reconnaît en lui-même. Il faut qu'il sache employer ses commis aux détails de ses affaires en se réservant toujours la surveillance et la direction de Tensemble. On a vu des directeurs de banque user leur santé par un travail matériel excessif qu'ils auraient dû laisser à leurs commis, et négliger le travail intellectuel de la direction, au grand détriment de leurs affaires.

B Un banquier doit savoir économiser le temps, en assignan à chacun de ceux qui travaillent sous ses ordres des fonctions bien déterminées, en leur laissant une certaine latitude pour exercer leurs fartultés, se former un jugement indépendant et se sentir leqionsables.

o il économise encore le temps en adoptant dans ses occupations un ordre réguUer. U dcôt venir tous les jours a la même

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