VARIATIONS DU PRIX DES CAPITALX
Les peuples et en géaéral toutes les agglomérations d'hoinraes s^appauvrissent ou s*enrichissent par les mêmes causes que les simples particuliers, selon que la consommation totale e\oè4le la production totale, ou que, par Taction d'un travail intelligent et soutenu^ la production marche d'un pas plus rapide que la consommation.
Lorsqu'une nation s'enrichit, ce sont les habitudes sociales et les lois relatives à là distribution des richesses qui règlent la répartition de l'excédant acquis entre les citoyens ; ce sont elles qui déterminent l'emploi des capitaux ajoutés à la masse, et, par conséquent, le genre de produits ou de services sur lesquels porte plus particulièrement l'augmentation de prix. Une nation peut être exactement comparée^ sous ce rapport, à un particulier, à un commerçant, par exemple, dont les bénéfices nets ont augmenté la fortune, soit de 10,000 fr. Ce commerçant peut employer le nouveau capital dont il dispose à la reproduction et le joindre à son fonds de commerce, comme il peut le sacrifier à la satisfaction de désirs intellectuels, ou de sensualité, de vanité, etc. : un acte de sa volonté décidera, en tout cas, quelle classe de producteurs, quel genre de services acquerra, par l'emploi de ces 10,000 fr., un nouvea^u débouché. De même une nation peut faire un usage sensé ou insensé de ses nouvelles richesses, suivant l'état de ses lumières et de ses mœurs. Mais si la plus grande partie du capital acquis est appliquée à la reproduction, comme il arrive presque toujours lorsque les richesses ne sont pas enlevées.à celui qui les a produites, on voit les disponibles augmenter en quantité et baisser de prix relativement au travail : on voit en même temps s'élever le prix relatif des fonds de terre, rentes perpétuelles, actions industrielles, etc.
Renversons la supposition et voyons ce qui se passe chez une nation qui consomme plus qu'elle ne produit, chez laquelle la
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somme deB capitaux diminue, qui s'appauvrit en un mot. Ce sont encore les h2i)itudes sociales et les lois de distribution qui règlent la répartition des pertes éprouvées ; ce sont elles qui choi-r sissent Tespèce de services et de capitaux sur lesquels doit porter de préférence la consommation qui excède^ et quelle classe de consommations il faut réduire, pour se rapprocher de l'équilibre ; car les deux décisions marchent presque toujours parallèlement et de fipont. En pareil cas, un particulier voue à la consommation qui excède ceux de ses capitaux qu'il peut réaliser promptement et avec facilité; puis il réduit ses dépenses en commençant par celles qui correspondent à ses désirs les moins pressants. Une nation procède exactement de la même manière.
Mais un particulier est un, tandis qu'une nation^ bien qu'à beaucoup d'égards elle forme un corps^ est cependant composée de plusieurs membres qui souffrent très-inégalement de la réduction du capital et du retranchement^ presque toujours forcé, de certains débouchés. Bien que les capitaux faciles à réaliser aient d'abord été' consommés, la réduction ayant porté sur la somme entière des capitaux^ cette somme entière en est affectée et la puissance productive de la nation se trouve réduite. L'offre de capitaux étant moindre, leur valeur comparée à celle du travail^ l'intérêt en d'autres termes, augmente. Les capitaux les plus réalisables qui ont subi presque seuls l'excès de consommation^ sont ceu2» dont le prix s'élève le plus haut, soit relativement au travail, soit relativement aux capitaux moins faciles à réaliser. Aussi le phénomène de l'appauvrissement se manifeste toujours à la longue par la dépréciation des immeubles, rentes^ actions, fonds de commerce et autres valeurs d'une aptitude spéciale et qui ne sont pas propres à être consommées en nature. En même temps, les entrepreneurs d'industrie, dont la puissance et les débouchés sont réduits à la fois, éprouvent des pertes et se ruinent, entraînant le crédit dans leur chute : ceux des travailleurs sur lesquels porte directement le poids de la dépréciation du travail et devant lesquels les débouchés se ferment, souffrent, et souvent disparaissent par la mort ou l'émigration, lorsque le mouvement rétrograde de la richesse vient à se prolonger.
C'est ainsi que, par la fiscalité de son administration, par son faste, par son grand état militaire, par le brigandage, par son
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mépris pour le travail; TEmpire romain est tombé d*ijumtion en quelque sorte, 11 avait consommé d*aboifl les capilaux faciles à réaliser^ ensuite les outils^ puis les bestiaux, puis les maisons, et enfin les fonds de terre, réduisant incessamment ses instruments de travail et le nombre de ses travailleurs^ mangeant^ on peut le dire^ les villes et les provinces, fonds et habitants.
11 n'est pas nécessaire d'aller prendre dans Tbistoire d'illustres exemples, de parler de peuples et de nations. Ce qui est vrai d'une grande agglomération d'hommes est vrai aussi d'une moyenne et d'une petite^ d'une profession^ d'une classe^ d*une contrée, d'un canton. Les mêmes lois économiques régissent les empires et les villages, et il ne manque pas, hélas! de localités en France où l'on a pu observer les symptômes si remarquables de l'appauvrissement.
Lorsque nous avons parlé du marché idéal du crédit où les capitaux viennent s'offrir, quand ils n'ont pas d'emploi^ comme des ouvriers en grève, et duquel ils se retirent après en avoir trouvé ; lorsque nous avons parlé des marchés spéciaux à chaque marchandise, des crises commerciales, etc., nous avons indiqué des phénomènes que l'on peut observer dans les plus petites localités comme dans les plus grandes, et qui, pour y être parfois moins sensibles, n'y sont pas moins réels. Bien que les circonscriptioDs commerciales qui constituent un marché n'aient pas de limites matérielles^ comme les circonscriptions administratives ou politiques; bien qu'un marché, si petit qu'il soit, ait toujours ses quartiers et se trouve toujours englobé dans un marché plus grand, il n'en a pas moins ses mouvements particuliers régis par des lois que Téconomie politique a constatées.
S'il est une de ces lois qui mérite la qualification de générale, c*est celle qui proportionne directement le prix des fonds de terre^ rentes, actions, fonds de commerce à la somme de capitaux mobiliers qui se trouvent sur le marché. Les marchandises destinées à être consommées en nature ne subissent pas les mêmes variations ; 1° parce qu'on n'est pas libre de consomnaer ou de ne pas consommer des comestibles^ vêtements, etc., tandis qu'on est libre de placer ou de ne pas placer des capitaux^ soit à intérêt, soit en fonds de terre, etc., et que l'on court à l'essentiel avant de songer à l'épargne ; 2'* parce qu'il est facile de réduire la quantité
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des approvisionnements en marchandises qui se eonsommenf en nature et à mesure des besoins^ tandis que les fonds do terre, canaux, chemins de fer, et€., ne sont pas réductibles en quantité, mais seulement en valeur.
Il résulte de celte loi qu'une diminution minime de la somme des capitaux mobiliers ou Tapparence de diminution que produit une panique ont pour effet immédiat une diminution proportionnelle sur le prix de tous les capitaux appropriés à la reproduction. Une augmentation de la somme des capitaux mobiliers ou seulement de la confiance, a des effets opposés, de telle sorte que la valeur vénale de tout le capital actif d'une nation est affecté par les variations que subit la somme de ses capitaux mobiliers, ou inème la confiance qui porte et maintient ces capitaux sur le marché.
C'est à la suite d'une variation de ce genre qu'un publiciste affirmait, en 1848, que la France, en deux mois, s'était appauvrie de plus de vingt milliards. En réalité, la consommation n'avait pas augmenté et la somme des richesses effectives, la somme des utilités que possédait le pays n'avait pas considérablement changé; mais l'opinion était sous l'empire d'une panique, les capitaux mobiliers s'étaient retirés du marché, et ceux qui voulaient réaliser des immeubles, des rentes, etc., ou qui y étaient forcés pour remplir leurs engagements, éprouvaient une perte aussi grande que si la société avait tout à coup été appauvrie de vingt milliards. Plus tard, on a dit que la France s'était enrichie subitement, parce que, la panique ayant disparu et fait place à une confiance robuste, le prix de toutes les marchandises qui avaient subi une dépréciation a suivi un mouvement ascendant. Tout ce déplacement de valeurs vénales était l'effet d'un changement d'opinion.
On remarquera sans doute que, lorsqu'une société s'enrichit, c'est surtout au profit du travail, de tous les capitaux actifs, en état d'emploi, et des entrepreneurs d'industrie. Les mouvements rétrogrades de la richesse, au contraire, ruinent les entrepreneurs, abaissent le prix du travail et de tous les capitaux actifs, en état d'emploi, au profit des capitaux oisifs non engagés. Ceux-ci gagnent une partie de ce que perd la société tout entière et s'enrichispont de la ruine d'autrui.
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