CHAPITRE XIV
VAftUtlONS DC PRIX DBS MONNAIES.
Si l'on prend une société quelconque dans un moment donné, avec des habitudes déterminées, on trouve qu'elle a besoin pour ses échanges d'une certaine quantité de monnaie qui varie peu et d'une certaine quantité de monnaie également peu variable pour la thésaurisation ou pour les Réserves. Gomme la monnaie métallique ne produit rien par elle-même, on pourra dire que la société est d'autant plus habile en affaires qu'elle fait plus d'échange avec moins de monnaie effective.
La monnaie obéit d'ailleurs, comme toutes les marchandises, à la loi générale de l'offre et de la demande. Son prix suit celui des métaux précieux avec lesquels elle est faite et sa quantité se proportionne aux besoins d'autant plus facilement que le prix des métaux monnayés se rapproche davantage de celui des lingots. £n supposant la fixité des habitudes commerciales d'une société, on peut dire qu'elle possède exactement la quantité de monnaie qui lui est nécessaire pour faire ses échanges.
La demande de monnaie peut augmenter, soit par l'accroissement des échanges, soit par un changement dans les usages, tel que la substitution des ventes au comptant aux ventes à terme : elle diminue par l'action des causes contraires.
On peut donc dire à la rigueur, comme J.B. Say, qu'en temps d'habitudes moyennes, la quantité de monnaie en circulation n'a aucune influence sur le taux de l'intérêt, parce que la monnaie restant en quantité toujours égale et étant toujours employée, n'est jamais disponible. Mais comme la disponibilité est un fait qui résulte surtout de la distribution des richesses, un rapport de particulier à particulier, et que la monnaie, ayant une valeur exprimée reconnue par l'usage, est toujours facile à échanger, il en résulte que les capitaux sous forme de monnaie sont toujours disponibles pour le particulier qui les possède et qui n'est tenu
^ UYBS I. GiUPITBE JXV.
de les réserver à aucun paiement^ et que tous les capitaux qui tendent à devenir disponibles cherchent à se convertir en monnaie r il en résulte aussi quà toutes les crises, comme nous l'avons déjà observé, les capitaux sous forme de monnaie étant évalués^ faciles à transporter et à transformer, sont aussitôt les plus demandés^ comme l'atteste la baisse du prix de toutes choses que Ton remarque en ces temps. Du reste^ toute crise ayant pour effet de restreindre le crédit, augmente par cela même le besoin de monnaie^ soit en en employant une plus grande quantité pour effectuer la même quantité d'échanges, soit en précipitant les échanges parla nécessité des remboursements ou, comme on dit, des réalisations : la demande de monnaie est surtout intense lorsque les rembour* sements sont réclamés pour thésauriser, comme on le voit dans les crises politiques.
Lorsqu'une société s'enrichit, le mouvement est lent et le crédit s'étend toujours, de manière à ôter toute action à la monnaie sur le taux de l'intérêt. Ce sont des capitaux effectifs et actifs que Ton demande alors et non de la monnaie qui, par elle-même^ ne produit point.
Lorsqu'une société s'appauvrit, au contraire, même lentement, on s'attaque aux capitaux anciens, tout évalués, et comme le prix de toutes choses tend à baisser, on éprouve le besoin d'évaluer souvent, de transformer même violemment, de convertir en monnaie. Celle-ci reste constamment en hausse, parce que, le crédit se restreignant, il faut une plus grande quantité d'espèces pour effectuer les mêmes paiements.
La hausse ou la baisse des monnaies se manifeste nécessairement par une baisse ou une hausse en sens contraire dans le prix de toutes les ir.arcbandises, puisque par la vente toutes les marchandises viennent se mesurer, s'équilibrer en quelque sorte avec la monnaie. Leur prix nominal ou le rapport de leur valeur avec celle de la monnaie est changé, mais leur prix relatif reste le même. Si la monnaie éprouve une baisse de 5 p. 7o> 9^^ exemple, le prix de toutes les marchandises s'élève de 5 p. %; si, au contraire, la monnaie hausse de 5 p. 7oî toutes les marchandises baissent de 5 p. ^o • mais, dans l'un comme dans l'autre cas, le rapport qui existe entre le prix d'un tonneau de sucre et d'un hectolitre de blé reste le même, de telle sorte que les transactions
commerciales au comptant ne 8<mt point affectées directement par la hausse ou par la l>aisse du cours des monnaies.
Il en est autrement des ventes à terme et, en général, de toutes les créances évaluées en sommes monnayées. Ces créances, ainsi que nous l'avons déjà remarqué, constituent entre le débiteur et le créancier un véritable marché à livrer, de telle sorte que la hausse du prix des monnaies profite au créancier et la baisse au débiteur. En effet, comme dans le cours régulier des choses, tout paiement est précédé d une réalisation par le débiteur, s'il se manifeste une hausse de 5 p. ^/o sur le cours des monnaies avant l'extinction de la dette, il faudra que le débiteur donne 5 p. % de plus en marchandises pour obtenir et payer la même somme de monnaie. En cas de baisse des monnaies^ le débiteur se libère au moyen d'une valeur moindre de 5 p. \ que celle qu'il avait empruntée.
Les rentes perpétuelles, actions industrielles et autres titres dont la valeur est fondée sur une redevance en monnaie, ne sont point affectés en hausse ou en baisse par les variations du cours des monnaies comme les créances ordinaires. En effet, la valeur en capital de ces sortes de titres est toujours fondée sur leur valeur en revenu, et si celui^i hausse ou baisse de 5 p. %, le capital hausse ou baisse d'autant. Si quatre francs de rente au pair valent cent francs, la valeur des cent francs suit toujours le sort de celle des quatre francs payables en monnaie, [/es deux termes du rapport étant également affectés, ce rapport ne change point et le prix de la vente reste le même qu'auparavant.
Le cours des immeubles est tout autrement affecté que celui des rentes par le cours de la monnaie, parce que le revenu de Timmeuble n'est évalué en monnaie que lorsqu'il y a un bail et pour la durée du bail seulement; de telle sorte que si le propriétaire voit diminuer son revenu par la baisse du prix des monnaies pendant la durée du bail, il voit augmenter dans les mêmes proportions la valeur en capital de son immeuble, parce que son revenu, récsolte ou service de loyer, n'est point en monnaie, mais, au contraire, en valeurs qui s'échangent et s'équilibrent contre la monpaie.
Les variations du prix des capitaux mobiliers et les variations du prix des moimaies qui amènent également sur les marchés de