‹ Traité théorique et practique des opérations de banqueChapitre 24 sur 168 · DES TITRES FIDUCIAIRES · texte numérisé non relu

DES TITRES FIDUCIAIRES

quelle ils doivent s'échanger à une époque déterminée. En effet, ils représentent pour le créancier de la monnaie à recevoir et pour le débiteur de la monnaie à payer : quelque événement qui arrive, ils suivent toujours le cours et les variations des monnaies. Toute contraction de crédit, qui se résume, après tout, en une extinction des titres par la libération des débiteurs, crée un besoin temporaire de monnaie effective, parce qu'en effet les ventes qui étaient faites à terme ou contre papier ne sont plus consenties qu'au comptant, contre monnaie effective ou à terme plus court, ce qui n'est qu'un autre degré du même phénomène.

Dans un état de civilisation peu avancé, il y a des gens qui thésaurisent, qui font de grands amas d'espèces métalliques^ et les commerçants gardent souvent sans profit,pendant un temps assez long, des sommes qui peuvent être requises par les besoins de leurs paiements. Lorsque la civilisation est plus avancée, les premiers transforment leurs fonds en contrats hypothécaires ou à long terme; les autres achètent des lettres de change et des billets à courte échéance, et c'est ainsi que le capital, autrefois inactif, rend maintenant un service et produit un revenu. Ainsi, le papier remplace la monnaie dans les deux emplois que nous avons indiqués : les effets à vue la remplacent dans les échanges; les titres à terme la remplacent comme instrument d'accumulation.

Lorsque le crédit se contracte, c'est-à-dire lorsqu'il y a plus de remboursements demandés que de prêts effectués, il faut des espèces réelles pour couvrir la différence qui existe entre l'une et l'autre somme, de telle sorte qu'on peut bien dire à juste titre en ce cas : « L'argent est rare et cher. » On a évalué à trois milliards la somme des billets et lettres de change en circulation habituelle dans la Grande-Bretagne*. En supposant qu'un milliard soit créé par des gens qui sont à la fois créanciers et débiteurs pour cette somme, une crise qui ferait liquider 1,500 millions de titres appellerait temporairement, si les affaires n'étaient pas réduites, l'emploi de 500 millions en monnaie, en outre des be soins courants. L'intérêt de cette somme, pendant quelques jours ou quelques mois, constituerait pour la communauté une perte qui viendrait s'ajouter à celles qui résultent toujours d'un déplacement violent de capitaux.

' ÉTaluatloD de M. Neiwmarcb.

64 LIVTIE l. CHAPITRK XV.

Les titres tiduciaires qui représentçût de la monnaie répandue dans le temps et dans l'espace forment^ avec le commerce des monnaies, la matière la plus ordinaire des opérations de banque.

Ces titres ne constituent points comme on Ta dit quelquefois, des valeurs nouvelles; ils représentent seulement le droit de propriété établi sur des valeurs existantes. Quelques combinaisons que Ton imagine, Thomme qui donne une promesse en échange d'un capital, emprunte et ne crée aucune valeur. Toutes les négociations auxquelles sa promesse peut donner lieu ne sont que des substitutions successives d'un prêteur à un autre. Il est très-vrai, comme Ta dit Franklin, que a le crédit est de l'argent, » en ce sens que a le bon payeur est mattre de la bourse d'autrui, » ce qui lui donne un grand avantage dans ses entrepnses; mais, quant à la société en général, le crédit ne crée rien et la multiplicité des titres fiduciaires n'est point une cause de progrès économique. Le crédit est utile ou nuisible, suivant l'usage auquel sont employés les capitaux prêtés. Toutefois lors^ju'il s'étend dans un pays et passe dans les habitudes, on doit présumer que les contrats y sont régulièrement exécutés, que les capitaux empruntés y reçoivent un emploi productif, ce qui prouve à la fois l'intelligence et la probité des entrepreneurs, c'est-à-dire l'existence de deux causes actives de prospérité.

BIT ET ESPHIT DES LN.STITLTIONS l>E BANOLE. 0;i

Page 1