UYRI II. CHAPITRE XI
Il" n'est pas vrai qu'en émettant des billets de banque on crée quelque chose de rien : on emprunte seulement à ceux qui s'en servent la valeur de la monnaie métallique dont ils se seraient servis si le billet à vue et au porteur n'eût pas existé. En souffrentils quelque dommage? Aucun, puisque le billet de banque remplit parfaitement, dans les échanges, les fonctions monétaires. Éprouvent-ils quelque peine à accorder leur confiance, ont-ils besoin de métaux précieux, ils peuvent, sur-le-champ, réaliser en espèces le billet quUls ont en main.
Les contrats civils, les effets de commerce, représentent, eux aussi, des valeurs mobilières, de la monnaie, mais de la monnaie aocumulée, mise sous forme de trésor ou d'encaisse stérile. Que fait le billet de banque de plus que les contrats et les effets de commerce? Il remplace la monnaie employée dans le mouvement même des échanges, la monnaie active et circulante, mais d'ailleurs aussi stérile par elle-même que si elle était accumulée et enfouie. Au lieu d'emprunter à une personne déterminée, le billet de banque emprunte au porteur inconnu de la monnaie, à celui dans les mains duquel il va la remplacer.
Gomme l'emprunt dont le billet de banque est le signe ne coûte aucun sacrifice au prêteur, cet emprunt est gratuit; il n'impose à l'emprunteur que des charges et des conditions d'administration, semblables à celles qui résultent des dépôts remboursables sur demande. Ainsi, pour être en mesure de faire face aux réquisitions de numéraire, il faut garder des encaisses considérables, et n'admettre dans le portefeuille que des effets dont la réalisation puisse être obtenue facilement et en peu de temps.
L'émission des billets à vue et au porteur donnant, au banquier l'usage gratuit des sommes qu'ils représentent, lui a permis d'accorder à bas prix l'escompte aux effets de commerce à courte échéance; les sommes empruntées à la circulation métallique ont été mises à la disposition des producteurs, sans qu'il en résultât aucune privation pour qui que ce fût.
Sans doute les banques battent monnaie, mais elles ne créent pas la monnaie, comme on le dit. Dana les Hôtels des Monnaies, le fabricant aussi donne la forme aux écus. mais il ne leur donne pas la valeur. Cette valeur résulte des propriétés du métal dont le fabricant de monnaies certifie seulement le titre et le poids :
Univêraitirofl
ÉBOSSiON D£ BILL£TS AU PORTEUR. ' 99
la quantité des émissions est laissée au libre arbitre, à la demande du commerce. De mème^ lorsqu'une banque d'escompte émet des billets^ que fait-elle en réalité? Elle donne sa garantie et la forme circulante aux effets qu'elle a escomptés. Ces effets forment la matière de ses billets, comme les lingots forment la matière des monnaies; elle ne fait que certifier leur valeur devant le public.
D'ailleurs^ les émissions de billets ont des bornes aussi bien que celles des monnaies métalliques. Lorsque celles-ci excèdent les besoins et les convenances du commerce^ il les fond et en as^ plique la matière aux usages industriels : lorsque le commerce a plus de billets que n'en exigent ses besoins et ses convenances, il les fond, si Ton peut s'exprimer ainsi, en venant les échanger contre espèces, et c'est par cette faculté d'échange laissée au porteur que les billets de banque et la monnaie métallique suivent toujours de très-près le -cours de l'or et de l'argent.
Tant que le billet de banque est remboursable à bureau ouvert, sa valeur est évidente : on Ta vu même en plusieurs pays la conserver après que les remboursements étaient suspendus sous l'empire de circonstances difficiles. Ceci tenait d'une psett à l'habitude contractée par le public de se servir comme monnaie du billet de banque, et à la bonne opinion que Ton avait de la valeur des portefeuilles; de l'autre, à la valeur que le papier tirait des décrets, de suspension qui le rendaient propre à acquitter les dettes antérieures et les contributions publiques. Chaque fois qu'on a douté de la valeur des portefeuilles ou que, pour subvenir aux besoins du Gouvernement, les banques à cours forcé ont voulu abuser de leurs émissions, le prix de leurs billets a baissé comme celui d'une monnaie dont le titre a été altéré.
Outre les billets de banque proprement dits, coniius dans presque tous les pays civilisés, surtout en Angleterreet aux États-Unis, on a vu à Paris et dans les département du Nord-Est des maisons particulières obtenir des capitaux par l'émission de billets au porteur et à quelques jours de vue qui, en fait, étaient payés à vue.
On trouve des billets-monnaie moins connus dans quelques villes des bords de la Loire et notamment à Orléans, ce sont les bons de sous mis en circulation par des maisons particulières et qui remplacent avantageusement l'incommode monnaie de cuivré. Ces bons manuscrits de 20, 30, 4o, 50 francs circulent de-
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puis un grand nombre d'années sans avoir fait parler d'eux au dehors, et sans avoir donné lieu à aucune plainte^ malgré la liberté des émissions.
Nous reviendrons sur cette question de la liberté. Ici nous ferons observer seulement combien il est utile à ceux qui veulent employer ce moyen délicat des émissions de billets, d'avoir sur la nature des monnaies et sur les lois qui en régissent la circulation^ des idées saines et exactes.