‹ Traité théorique et practique des opérations de banqueChapitre 55 sur 168 · LIVRE II. CHAPITRE XYIU · texte numérisé non relu

LIVRE II. CHAPITRE XYIU

duction. L'influence qu'il exerce autour de lui, en bien ou en mal, est énorme, selon qu'il est ignorant ou éclairé, sage ou téméraire, probe ou de foi légère, libéral ou enclin au monopole. Mais si ses défauts nuisent à ceux qui ont des affaires avec lui, ils lui nuisent aussi à lui-même et il est sans cesse ramené au bien par le sentiment de son propre intérêt. En somme, on peut dire à juste titre qu'il est peu de citoyens dont les services fassent moins de bruit et soient plus utiles à la société que ceux du bon banquier de commerce.

Lorsqu'on lui compare le banquier spéculateur, quel contraste! Celui-cin'est pas un entrepreneur de travail ; c'est un capitaliste attentif à toujours conserver la disponibilité de ses fonds et à en tirer avantage, chaque fois qu'il se produit un embarras dans le mouvement général des affaires. Le banquier spéculateur entret-il dans le commerce des marchandises, il y tend au monopole. Le commerçant ordinaire étudie les chances des cours; le spéculateur cherche les moyens de les dominer ou plutôt de faire les cours; lui-même. Au lieu de pousser les capitaux vers le travail, de les y appuyer^ de les y maintenir, il les attire vers le jeu et l'agiotage. Que lui importe le travail? ce sont les capitaux joueurs qui lui fournissent ses bénéfices. Autant le banquier du commerce est intéressé à propager autour de lui le goût du travail, la tenue, l'ordre, la prévoyance dans les afEaires, l'exactitude dans les engagements, autant l'autre est intéressé à répandre le goût du jeu, des gains rapides sans travail aux dépens d'autrui, la témérité dans les spéculations, le mépris pour, la -valeur intrinsèque des affaires. Le premier exerce dans la société une sorte de magistrature, le second y excite sans cesse les plus détestables passions.

Et ceci est indépendant du caractère personnel des hommes : les nécessités de profession sont impérieuses; on ne leur échappe point. Dans Tune et Fautre banque, il est vrai, le but individuel immédiat est le même, gagner de Targent. Mais pour en gagner beaucoup le banquier du commerce a besoin que ses clients travaillent beaucoup et bien, qu'ils soient intelligents, actifs, honnêtes. Le banquier spéculateur n'a pas besoin de cela,'il lui suffît de rencontrer des capitalistes disposés à jouer. S'ils sont ignorants, tant mieux ! s'ils manquent de courage au travail^ tant.

DEUX SOETSS D'ûPiRÀTIONS DE BANQUE. 137

mieux ! s'ils sont fripons, intrigants^ tant mieux 1 Ses bénéfices n'en seront que plus beaux et le jeu que mieux assuré. Y a-t-il quelque part des capitaux honnêtement engagés dans la production^ rapportant lentement un intérêt médiocre : la spéculation les appelle à grand bruit, les enlève au travail et les pousse dans le ferme, dans la prime^ et ils y périssent.

La banque de commerce et la banque de spéculation ont des intérêts diamétralement opposés^ des allures toutes différentes ^ Il importe de ne jamais les confondre, soit lorsqu'il s'agit d'affaires privées, soit lorsqu'il s'agit de discuter les questions qui se rapportent à Torganisation générale du crédit, ou de peser leurs prétentions opposées, et d'établir entre elles une préférence, une raison de décider. Dans la pratique, il importe surtout que le banquier du commerce soit bien prémuni contre les tentations de la spéculation, qu'il ne se laisse pas aller à des opérations contraires à ses habitudes, étrangères à ses connaissances spéciales et à l'assiette de sa maison. Il lui serait impossible de se livrer au jeu et de réussir dans ses affaires courantes, et il agirait peu honnêtement en employant dans la spéculation des capitaux qui ne lui appartiennent pas et qui lui ont été confiés pour un autre usage.

D'ailleurs si la spéculation est un jeu, il est certain que les chances n'y sont pas égales. Celui qui tient le jeu court peu de risques, mais ceux qui y prennent part en courent de très-grands, surtout lorsqu'ils ne sont pas habitués au marché, lorsqu'ils résident dans les départements. Aussi presque toutes les fois que les banquiers et les capitalistes des départements ont voulu prendre part aux spéculations de Bourse, ils y ont éprouvé des pertes; ils ont acheté la veille de la baisse, vendu la veille de la hausse et fini par supporter les chances des opérations hasardées.

* A Londres, la plupart des banquieri de eommerce n'admettent pas ehez eux comme commis coqx qui ont i'habitude de jouer sur ies fonds, et tl^ renvoient ceux de leurs commis qui jouent à la Bourse.

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Il lie suffirait pas d^avoir décrit, même cosapMtélnent et âlrè<i la dernière exactitude, les diyerses parties dont Se composent léâ miohines : Fengrenage, la yîs, lapouËe^ été., pour faire dOtin*^ prendre rétablissement et la marehe des diflérents mécanismes. De mème^ en matière de banque, c'est peu de chose d'avoir décrit et énuméré une à une les opérations; il faut encore montrer comment elles se combinent entre elles pour produire les résultats demandés^

En effet une maison de banque est uU instrument ot^^ailisé, une sorte de machine commerciale doUt toutes les parties d<Htént être combinées de mfcnière à se prêter uû mutuel appui pour atteindre le but, qui est un bénéfice. Eln mécaniqlie^ le problème posé au constructeur est d*obtenir Teffet utile avec le moins de force possible; en banque, il s'agit de réaliser le profit reeheruhé avec le moindre capital possible* En mécanique* il faut propor tionner la puissance du moteur et de U mîM^hine à la résistance à Tsincre; en banque> il en est de même; seulement^ le moteur eut un capital, et la machine se compose de la combinaison, calculée d'avance, des opérations i

Les diverses opérations de banque peuvent se combiner à Tinfini et être faites dans des conditions très-différentes, suitadt lès temps et les lieux, suivant les habitudes et les aptitudes du banquier et de ceux avec lesquels il travaille. Là il faut de grands capitaux; ici, au contraire, une petite somme suffit : en ce pays, les opérations se succèdent lentement^ ailleurs elles sont actives et multipliées. Ce serait folie de vouloir tenter la description des combinaisons possibles et même celle des combinaisons existantes ; mais il est utile d'indiquer les traits généraux de celles

q^ mut tes plus ootinuti, Im plus mWêts, tn VYloice partieu« Ijèrement. C'est peut-être la meilleure manière d^énotMèr et de faire comprendre les principes généraux de Tart du banquier.

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