‹ Traité théorique et practique des opérations de banqueChapitre 63 sur 168 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

DES COMPTOIRS D'ESCOMPTB.

I^es comptoirs nationaux d'escompte sont affectés aux mêmes opérations que les banques ordinaires du commerce : il n'y aurait donc point lieu d*en donner une description spéciale si les circonstances dans lesquelles ils ont été fondés^ leur organisation j Timportance acquise par celui de Paris, et surtoutiVétablissement d'un vaste système de prêts sur nantissement par les magasins généraux et les sous-comptoirs , ne donnait à ces établissements un caractère public et original, entre toutes les institutions de crédit.

La révolution politique survenue dans la dernière période de la crise financière ouverte en septembre 1847, avait porté au crédit les plus graves atteintes. Dès les derniers jours de février 1848, les banquiers de Paris avaient annoncé à leurs correspondants des départements qu'ils allaient se mettre en quelque sorte en liqoi* dation et suspendre toutes leurs opérations, même les recouvrements ordinaires. Jamais on n'avait vu transition si brusque entre un état de crédit naguère exagéré et un état de défiance absolue, universelle : il semblait qu'en quelques jours la civilisation eût rétrogradé de deux siècles. Cette détermination des banquiers de Paris déroutait tous les calculs, toutes les prévisions du com* merce; c'était comme si, à l'improviste, les chemins de fer venaient à se fermer; les voyageurs et les marchandises auraient moins de moyens de transport qu'au temps du roulage ordinaire et des diligences. Les recouvrements furent, un moment, aussi difficiles en 1848 que le seraient les transports le jour où les chemins de fer leur seraient interdits. Quiconque était initié aux secrets de la vie commerciale dut s'étonner alors que les désastres amenés par la suspension des opérations de banque ne fussent pas plus grands.

Les maisons qui décrétèrent en quelque sorte cette liquidation

174 UTBS UI. CHiPITBE 01.

générale du crédit commercial furent-elles bien inspirées? La peur ne fut-elle pas pour elles une mauvaise conseillère? Les événements ont répondu : ils ont montré que le commerce français en général et les banquiers des départements en particulier, avaient une vitalité plus grande qu'on ne Tavait supposé : et s'ils furent réduits à faire de grands sacrifices, ils se maintinrent du moins honorablement. Qu'eût-ce été si la banque de Paris ne. leur eût pas crié : « Sauve qui peut ! » si une résolution collective, prudemment téméraire, eût fait continuer les affaires au milieu même de la tourmente politique?

Quoi qu il en soit^ on prit un autre partie et le commerce, an lieu de se mettre à l'œuvre pour remplacer ceux qui abandonnaient leurs fonctions^ tourna les yeux y selon lusage^ vers le gouvernement. 11 ne restait plus debout que la Banque de France et le Trésor : encore la panique menaçait-elle d'emporter Tun et Tautre^ car on courait du même pas aux caisses d'épargne pour j réclamer les dépôts, et à la Banque pour y exiger l'échange des billets contre espèces.

Quatre maisons principales avaient fait jusque là le service de la banque du commerce à Paris : c'étaient les maisons Gouin et G^, capital 17 millions; Ganneron et C'S capital 11^763,000 £r.; Baudon et O^, capital 7 millions et demi; Béchet, Dethomaset O^y capital 15 millions; Cusin, Legendre et C*<^, capital 2 millions. Les deux premières, dans le portefeuille d^quelles avaienA passé plus d'un milliard en 1847^ sui^;)endaient leurs paiements en même temps que d'autres caisses de premier ordre plus spéfiiak»nent affectées aux négociations suar les titres de ciienuns de ier. Tdle était l'importance de la lacune qu*ii s'agissait de combler!

Le 7 mars^ le gouvernement décréta rétablissement des comptoirs d'escompte.

c Considérant, dinH-il, qa*uii des defofrs «ssenticfls de l'Ëtat est dlntenrenir dans une juste mesure^ quand les cito^ns sentent eux-mâoies le betoindA se réunir pour créer entre eux une sorte d'assurance nauUieUe« » Décrète :

Ait. l«r. Dans toutes les iVSkn indostrlelles et eoimnerciales, Il sera créé un comptoir oaiional d'escompte»*.

Art. 2. Ce capital sera formé dans les proportions suivantes : 1* un tien en argent par les associés songcripteurs; 2* un tiers en obligations par les Villes; 3» un tiers en bons du Trésor par TÉtat. »

DES GOMPToms d'esgompte. 175

Le lendemain^ on autre décret établissait les bases du comptoir de Paris^ fondé au capital de garantie de 20 millions^ dont ua tiers seulement, dirisé en actions de 500 fr., fourni en espèces par les souscripteurs. Le décret disait , art. 3 :

« Les l)éB^oe8 da ootrrptoir (fescompte appartiendront exelosiTemeat am aetiennahres, TÉtat et la Ville ne voulant t'rrer aucun profit de leur intenreii'tton^ — Abt. 4. Le capital à fournir par TÊtat et la Ville de Paris garantira Jusqu'à due concurrence les pertes qui pourraient résulter des opérations du comptoir. »

Il y avait bien quelque chose d'insolite dans cette association de l'État , de la commune et du commerce pour fonder une maison de banque , l'État et la commune acceptant d'avance toutes les pertes et abandonnant aux actionnaires tous les bénéfices. C'était mieux cependant qu'en 1830, puisque alors 1 État, comme en son temps Tempereur Tibère , avait pourvu par des prêts directs aux besoins issus de la crise. En 1848, l'initiative partait du commerce auquel le gouvernement répondait de prendre courage et prêtait ce qui lui restait encore de crédit. Si la mesure n'était pas strictement conforme aux principes de la liberté commerciale, il est constant qu'elle pourvoyait jusqu'à un certain point aux besoins immédiats et engageait peu l'avenir, puisque la durée du comptoir était limitée à trois ans.

Le capital nécessaire pour que le comptoir de Paris entrât en fonctions fut réalisé au bout de dix jours, non sans peine^ et on peut voir par l'état de formation du premier fonds de deux millions et demi , quelle était l'intensité de la panique : les premières actions furent prises comme les billets d'une loterie de charité, par quelques capitalistes eu évidence, par des chambres d'avoués «t cle notaires, par des compagnies d'assurances, par des sociétés de bienfaisance, etc. : personne ne considérait sa souscription comme un placement. Ce fut avec un capital de 2,587,021 fr., dont un million prêté par TÉtat, que le comptoir commença ses opérations le 18 mars. Bientôt les retenues efifectuées sur les bordereaux admis à l'escompte, moyen ingénieux et étrange de créer des actionnaires, éleva le chiflre de ce capital qui, au 31 août, montait à 4,051,804 fr.

Les articles 7 et 8 des statuts définissent les opérations de l'établissement :

176 LIVBE m. CHAPITBE m.

«|Art. 7. Les opérations du comptoir consistent dans l'escompte des effets de commerce payables à Paris oa dans les départements.— Toutes autres opérations lui sont interdites.

> Ait. 8. Le comptoir n'admettra à l'escompte que des effets de commerce leyétos de deux signatures au moins, et dont l'échéance ne pourra pas excéder cent cinq jours pour le papier payable à Paris, et soixante jours pour le papier payable dans les départements. — Pour les efftts sur les départements, réchéance pourra être étendue à quatre-vingt-dix jours, mais seulement à regard des effets payables sur les places où il existera, soit une banque locale, soit un comptoir de la Banque de France. — Il ne sera admis à l'escompte aucun effet d'une échéance de moins de cinq jours. »

D*abord le comptoir n'escompta que les valeurs sur Paris et les villes où la Banque avait des succursales ; puis il admit à Tescompte le papier à 30 jours sur les principales villes de France.

A peine six jours s'étaient-ils écoulés depuis l'ouverture des travaux des comptoirs, qu'il fallut lever l'interdiction portée en l'article 7 des statuts de faire aucune opération autre que l'escompte des effets de commerce. Un décret du 24mar^, dont nous avons déjà rapporté les principales dispositions ^, instituait les sous-comptoirs de garantie, et ajoutait, par un mécanisme simple et original, le prêt sur nantissement à l'escompte des effets de commerce.

Six sous-comptoirs furent organisés du 24 mars au 31 août 1848. Leur capital de garantie, réalisé péniblement et dont les retenues sur bordereaux avaient fourni plus de moitié, n'apportait au comptoir central qu'un dépôt de 222,381 fr. Au 31 août, les effets admis à l'escompte sur la présentation des sous-comptoirs s'étaient élevés à la somme de 5,822,994 fr. Il est vrai que TEtatintervenait comme garant, jusqu'àconcurrencede5 millions, des prêts hypothécaires consentis aux entrepreneurs de bâtiments.

Au 31 août 1848, le comptoir avait escompté pour 80,378,326 fr. d'effets, et pour 6,924,266 fr. de récépissés de marchandises : il avait été chargé de recouvrer 15,904,956 fr. dans les départements et plus de 88 millions avaient passé par sa caisse. Il avait réescompté son portefeuille à la Banque de France jusqu'à concurrence de la somme de 59,389,215 fr.

Tels furent les commencements du comptoir national d'escompte de Paris. Le tableau suivant, dressé d'après les rapports

« Voir, p. 101.

) COHPTOms D ISGOHPTX.

annuels du directeur à l'assemblée des actionnaires, peut donner une idée générale de la marche de ses opérations ,

.ssojs»

Outre le capital statutaire complété par les actionnaires^ le comptoir a disposé, pendant les années dont les opérations sont résumées ci dessus, d'une somme active de 3 millions qui lui a été successivement prêtée par l'État, et c'est pour ce motif que nous avons évalué son capital actif d'abord à 7, ensuite à 9 millions. I.e capital propre du comptoir a été porté à 20 millions par délibération de l'assemblée des actionnaires du 32 janvier 1853.

Le mouvement inverse des déiiôts ou comptes d'espèces et des réescomptes à la Banque est aussi naturel que remarquable. En

1848, l'intérêt accordé à ces dépôts était de 4 "/„; au 18 septembre

1849, il fut réduit à 3\;le 10 juin 1851, à 2 1/2%; et le 15 mars 1852, à2o/o.

Le comptoir national de Paris et les sous-comptoirs, par l'intermédiaire desquels il accorde du crédit sur nantissement de marcbandises, ont été prorogés jusqu'au 18 mars 1857. Ce qui n'était d'abord qu'un expédient temporaire destiné à pourvoir aux exigences d'une situation difficile peut se transformer en institution.

Le 30 juin 1852, les opérations du comptoir d'escompte de Paris avec les sous-comploirs, pendant l'année échue, se résumaient par les chif&es suivants :

« psi pioQU et poitet au bilan du 30 Juin tB3l.

ilVU lfl« GH4ni»l IIU

DESIGN ATIOIT DES «ODS^COMPTOIM.

Souf«comptoir des néiaux. • . « •— des entrepreneurs. .

— des chemins de fer. .

.— de la lii>rairi^« . .

-*- des denrées colooia- Im.

Totam

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