BANQUES PB PLAGBVENT ET DB SPÉCULATION
Outre les banques de toute sorte que nous avons énumérées jusqu'ici et qui existent à des conditions diverses çt plus ou moins nombreuses dans presque toutes les localités des pays civilisés^ il en existe d'autres qui n'ont pu se fonder jusqu'àce jourquedans les grands centres d'affaires et de spéculation, particulièrement à Paris et à Londres : ce sont les banques spéciales de placement. liCurs fonctions consistent à recevoir en dépôt d'une part des fonds destinés à être placés en rentes ou effets publics, en valeurs industrielles, et d'autre part des inscriptions de rente, actions et autres titres destinés à être vendus.
Le banquier qui se livre aux opérations de cette sorte est strictement commissionnaire. Il achète ou vend pour le compte d'autrui, moyennant une commission convenue, et n'a point d'ailleurs à remplir d'autre engagement que celui de rendre compte des fonds ou des titres qui lui ont été confiés. Les capitalistes s'adressent à lui parce qu'ils savent que, plus habitué qu'eux aux achats et aux ventes de titres, et à l'appréciation des valeurs qui se cotent à la Bourse, il saura mieux qu'eux choisir celles de ces valeurs qu'il convient d'acheter ou de vendre ou, s'ils ont fait leur choix, exécuter mieux qu'eux les ordres d'achat ou de vente.
En se bornant à leurs fonctions régulières, ces banques peuvent réaliser de beaux bénéfices. Grâce à la concentration des affaires de placement sur quelques grands marchés, les titres divers et si nombreux qui s'y négocient ne sont guère connus des capitalistes, et ceux-ci se trouvent en grand nombre sur ces marchés où on est parvenu à faire affluer presque tous les capi-
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taux disponibles d'un grand \ms. Les banques de placement et de spéculation n'ont besoin pour bénéficier ni d'une clientèle trèsnombreu.^e^ ni de relations très-étendues : elles ont peu de détails à surveiller et tous leurs comptes se bornent en général à des comptes d'espèces. Quant au capital propre, elles pourraient à la grande rigueur s'en passer, et elles ne l'emploient en effet qu'à faciliter au besoin quelques opérations par des prêts sur dépôts de titres, reports ou déports ou autrement. Ces banques commencent dans les rangs des coulissiers qui vendent et achètent les titres en concurrence avec les agents de change et s'élèvent par degrés jusqu'au sommet de la hiérarchie financière.
Dans les degrés inférieurs, les banques de placement négocient fréquemment les titres en dehors de la Bourse et sans le ministère des agents de change. Lorsque le banquier qui fait ces opérations voit venir simultanément dans ses bureaux l'offre et la demande, il n*a pas besoin d'aller trouver deux agents de change pour conclure le marché : il n'en a pas besoin non plus, lorsqu'il sait où trouver le vendeur d'un titre qui lui est demandé ou l'acheteur d'un titre qu'il est chargé de vendre. Lorsqu'il s'agit de titres au porteur, l'affaire se consomme sans difficulté; lorsqu'il s'agit de titres transférables, il suffit que le vendeur et l'acheteur interviennent au transfert. Le privilège de l'agent de change n'est garanti que pour le cas spécial des inscriptions de rentes nominatives. Il en résulte que le banquier de placement peut très-souvent se contenter d'un simple courtage et s'en contente en effet.
Il n'est guère d'homme qui obtienne plus de confiance que le banquier de placement en obtient de sa clientèle. Comme l'agent de change, il reçoit habituellement des dépôts de fonds ou de titres qui sont bien souvent au porteur, pour des sommes considérables avec un mandat quelquefois très-étendu. Ainsi, on lui donne fréquemment des ordres d'acheter ou de vendre au mieux, sans limite de temps ni de prix, mandat d'acheter ou de vendre dans des limites de prix et de temps assez larges. Combien ne lui serait-il pas facile de garder pour son compte les meilleures opérations et de laisser au compte d'un client celles qui seraient moins bonnes, ou de placer des titres d'une valeur douteuse! De toutes les branches du commerce de banque, il n'en est aucune